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“Dans le domaine de la santé, l’enseignement doit être pointu

«Je suis de nature «têtue» ; lorsque j’ai un objectif à atteindre, je fais tout pour l’atteindre», foi de Mme Ramata Edwige DIALLO épouse ILBOUDO, la directrice fondatrice de la première école privée de formation des sages-femmes du Burkina. «Têtue», elle a pris un «risque rêvé» et le rêve est devenu réalité depuis la rentrée 2005. Avec 14 élèves au départ, l’école privée Sainte Edwige a aujourd’hui un effectif de près de 200 élèves répartis dans plusieurs filières. Ce qui n’est pas pour déplaire à Mme ILBOUDO. Femme de conviction et d’actions, nantie d’un diplôme de maîtrise en science de la santé publique obtenu à l’université catholique de Louvain en Belgique, Mme ILBOUDO est aussi militante de plusieurs associations de lutte contre le VIH/Sida et de promotion de la femme. Elle a d’ailleurs été directrice du plaidoyer et de l’habilitation pour la promotion de la femme au ministère de la Promotion de la femme. Pour parler de son école, une première au Burkina, nous l’avons rencontrée.

Mme la directrice, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

ILBOUDO Ramata Edwige (IRE) : Mme ILBOUDO Ramata Edwige, je suis sage-femme de formation. Je suis également conseiller de santé. J’ai une maîtrise en sciences de la santé publique obtenue à l’université catholique de Louvain en Belgique. J’ai également enseigné à l’Ecole nationale de santé publique d’où je suis partie pour la maîtrise en Belgique. A mon retour, j’ai été nommée directrice du plaidoyer et de l’habilitation pour la promotion de la femme au ministère de la Promotion de la femme. J’ai aussi été entre autres, membre du Conseil économique et social (CES), membre du Conseil national de lutte contre le VIH/Sida et les IST, membre fondatrice du syndicat des sages-femmes… J’ai aussi travaillé à l’hôpital Yalgado OUEDRAOGO pendant 3 ans, à la maternité Saint Camille… A l’Ecole nationale de santé publique, j’ai enseigné pendant plus de 10 ans…

Comment est venue l’idée de la création de la toute première école privée de formation des sages-femmes du Burkina ?

IRE : L’idée est partie, en tant que femme, mère et sage-femme, d’une frustration : il y a encore de nos jours beaucoup de femmes qui meurent en voulant donner la vie. Ce qui est intolérable à mon avis. C’est injuste qu’une femme meure en voulant donner une nouvelle vie. C’est ainsi que de par ma formation et ma profession, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour contribuer à la réduction de la mortalité maternelle. C’est vrai que dans la pratique, je contribuais déjà à la réduction du taux mais j’ai trouvé que ce n’était pas suffisant. Je pouvais encore faire quelque chose et j’ai essayé. Comme je l’ai dit lors de l’inauguration officielle de l’école, entre le taux de mortalité maternelle officiel et celui du système des Nations unies, il y a un problème ; la réalité est tout autre. Selon l’OMS, la personne habilitée à lutter efficacement contre la mortalité maternelle, c’est la sage-femme. Au Burkina, nous sommes pratiquement à une sage-femme pour 28 000 habitants alors que l’OMS préconise une sage-femme pour 5 000 habitants. Vous voyez un peu le fossé.

C’est partant de ce constat que l’idée de l’école est née. Je me suis dit qu’en ouvrant une école de formation des sages-femmes, est-ce que je ne rendrais pas service à mon pays, surtout aux femmes.

Le ministre d'Etat, Alain YODA, alors ministre de la Santé pronçant le discours inaugural de l'école Sainte Edvwige

Justement, en tant que spécialiste, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la santé de la mère et de l’enfant au Burkina ?

IRE : Il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de choses qui sont faites dans le sens de la réduction du taux de mortalité maternelle et infantile. Quand j’étais jeune sage-femme, je me rappelle qu’on ne pouvait faire la césarienne qu’à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou et Ouahigouya. Tout le reste du pays était obligé d’évacuer les femmes dans l’une ou l’autre ville. Aujourd’hui, il y a les CMA partout, dans toutes les provinces. Les autorités sont conscientes de la situation et ont mis des moyens pour réduire cette mortalité. Il faut cependant noter que la population s’accroît et les problèmes de santé avec ; d’où la nécessité pour le secteur privé d’accompagner le gouvernement. Ce que j’essaie de faire à travers cette école.

Vous avez travaillé au ministère de la Promotion de la femme. Avez-vous pris une disponibilité ou êtes-vous à la retraite ?

IRE : Je n’ai pas l’âge de la retraite (rire). J’ai pris une disponibilité. C’est d’ailleurs à partir du ministère de la Promotion de la femme que l’idée de la création de l’école est venue. J’ai toujours été sensible aux problèmes des femmes et j’avais prévu ouvrir une clinique. J’ai même acquis le terrain en 1991 pour l’ouverture de la clinique et c’est d’ailleurs sur ce terrain qu’est bâtie l’école et la clinique qui est aujourd’hui fonctionnelle.

Au ministère de la Promotion, j’avais aussi en charge le volet santé, c’est cette somme d’expériences qui m’a poussé à vouloir faire quelque chose pour la mère et l’enfant

Pouvez-vous maintenant nous présenter votre établissement ?

IRE : L’école privée Sainte Edwige, dès le départ, a été ouverte pour la formation des sages-femmes uniquement. L’idée des autres filières est venue des parents d’élèves qui m’ont dit de penser aux autres filières pour prendre en compte leurs enfants qui veulent aussi se former parce que ces filières n’existent pas à Ouaga.

J’étais un peu réticente, mais je leur ai promis d’essayer au fur et à mesure et ça marché.

Alors sachez que les filières enseignées sont : les sages-femmes et maïeuticiens d’Etat, les infirmiers et infirmières brevetés, les accoucheuses auxiliaires, les agents itinérants de santé et à partir de cette rentrée, les infirmières et infirmiers diplômés d’Etat. Je voulais aussi ouvrir la section des accoucheuses brevetées, mais je pense que je vais aller doucement. L’année prochaine ce sera chose faite. En terme de professeurs, je vous dirais que j’ai autant de professeurs que de matières enseignées.

Je n’ai pas une matière non enseignée parce qu’il n’y a pas de professeur. Si vous prenez la filière des sages-femmes, c’est en majorité des spécialistes (gynécologues, obstétriciens, médecins généralistes, pharmaciens…), chacun dans son domaine. Nous faisons aussi la sociologie et le droit… Tous le jours j’ai des demandes d’enseignants qualifiés. Je n’ai vraiment pas de problème de professeur.

Quel regard le ministère de la Santé porte-t-il sur votre école ?

IRE : Je ne peux que louer le Seigneur parce que ce que le ministère de la Santé fait pour moi est au dessus de mes espérances. Au départ, j’étais un peu inquiète mais le ministère de la Santé m’a assurée de son soutien. Et le ministre de la Santé en son temps, Alain Bédouma YODA, s’est engagé à soutenir l’initiative. Pour cela, il y a des conventions avec l’Ecole nationale de santé publique et le ministère de la Santé pour la valorisation et la reconnaissance même de nos diplômes.

Je ne peux que dire merci aux autorités du pays, particulièrement celles du ministère de la Santé pour m’avoir intégrée dans le système sanitaire du pays.

Quelle est la durée de formation dans les différentes filières ?

IRE : La filière sages-femmes et maïeuticiens d’Etat, infirmiers et infirmières diplômés d’Etat, c’est trois (3) ans de formation. Les autres, c’est deux (2) ans de formation.

Pour les sages-femmes et les infirmiers diplômés d’Etat, il faut avoir le BAC ou avoir fait le BAC. Sont ainsi exigés les relevés de notes du BAC ou le diplôme du BAC.

Les infirmiers brevetés et les accoucheuses brevetées, c’est le BEPC. Les accoucheuses et les agents itinérants de santé, c’est le CEPE, de préférence ceux qui ont fait la classe de 4e ou de 3e des lycées et collèges.

Quel bilan pouvez-vous faire depuis l’ouverture de l’école ?

IRE : Ce que je peux dire, c’est qu’au niveau des professionnels de la santé, je ne cesse de recevoir des félicitations pour l’initiative. Il en est de même au niveau des parents d’élèves.

Il me revient aussi que sur le terrain mes élèves travaillent bien. C’est déjà une satisfaction.

Sur le plan de l’enseignement, actuellement nous sommes en examen et l’école doit sortir sa première promotion, en octobre s’il plait à Dieu. En fait, dans le domaine de la santé, il faut avoir 12 de moyenne sans note éliminatoire. Nous avons des élèves qui ont plus de 14 de moyenne mais qui ont eu une note éliminatoire dans une matière. Ces élèves doivent reprendre cette matière. Il n’y a pas d’à peu près dans le domaine de la santé. Si vous reprenez la matière et que vous échouez alors vous redoublez la classe. Le domaine de la santé est complexe, on a affaire à des vies humaines, donc pas de complaisance.

Il est certain que pour ouvrir une telle école, il faut avoir les «reins solides» comme on le dit…

IRE : Moi mes «reins solides» comme vous le dites, c’est Dieu. Je n’ai eu l’appui de personne… Dès le départ, quand j’ai fait un petit sondage sur l’ouverture d’une école de santé, je n’ai pas eu d’échos favorables. Presque tout le monde me l’a déconseillé.

Mais je suis têtue, quand je suis convaincue et que j’ai un objectif à atteindre, je fais tout pour l’atteindre. J’essaie toujours et avec l’aide de Dieu, j’y arrive. Il faut dire que j’ai eu des facilités pour monter les dossiers parce que je suis une ancienne de l’Ecole nationale de santé publique. J’ai donc monté mes dossiers qui ont suivi le circuit normal jusqu’à ce que j’obtienne mon autorisation. Sinon, «reins solides», bon… Je me dis qu’en général quand vous êtes convaincu d’une chose, Dieu et la nature même vous accompagnent.

Quels sont les problèmes que vous avez rencontrés ?

IRE : Quand j’ai obtenu l’autorisation d’ouvrir l’école, c’est en ce moment que je me suis rendue compte que ce n’était pas une mince affaire pour la simple raison que j’avais déjà construit la clinique mais je n’avais aucune brique pour construire l’école. J’ai dû «ronger» dans le «budget» de la clinique pour commencer l’école. C’est donc les fonds de la clinique qui ont servi à démarrer l’école. Par la suite, je me suis retournée vers les institutions bancaires. J’ai eu aussi de l’aide extérieure, parce que j’ai des amis belges qui m’ont beaucoup appuyée. Ce qui est certain, ça n’a pas été chose facile. J’ai eu l’autorisation en août 2005, la rentrée c’était en septembre et je n’avais encore aucune classe. Mais Dieu aidant, fin octobre, on avait commencé les cours avec 14 élèves.

A ce jour, nous sommes à près de 200 élèves. Malgré tout, malgré les publicités, on me dit souvent qu’on ne sait pas qu’une telle école existe.

On ne peut certainement pas parler de votre école sans évoquer le coût de la formation surtout dans ce contexte de vie chère…

IRE : L’école existait avant la vie chère (rires). Justement, c’est à cause de la vie chère que les frais de formation n’ont pas connu d’augmentation. Mais il faut dire que la formation des agents de santé doit être pointue et elle coûte chère. Je vous prends le cas d’une injection, il faut donner le cours théorique, il faut la pratique de l’injection à partir de mannequins avant même d’envoyer l’élève sur le terrain… Une accoucheuse doit sur le terrain suivre une femme et pouvoir faire un accouchement… tout ça ce sont des coûts… La profession de sage-femme est une profession médicale, c’est tout dire. La formation coûte chère mais nous avons essayé d’être raisonnable, d’adapter les coûts au contexte national. Un parent d’élève m’a dit que la formation coûte 1 600 000F CFA au Sénégal. Alors que moi, pour toute la scolarité des 3 ans de formation de la sage-femme, je suis en deçà de ce coût et même très loin. Celui qui m’a fait l’étude de terrain m’a dit qu’avec mes coûts à la limite au rabais, j’aurais des problèmes. Mais comme dit M’Ba Baoanga, les problèmes c’est pour les hommes. On fait avec puisqu’on est là pour aider.

Au fait que devient votre engagement dans la lutte contre le VIH/Sida et la promotion de la femme ?

IRE : Je crois que ce que je fais présentement avec l’ouverture de l’école, entre en droite ligne de la promotion de la femme. Une femme en bonne santé avec des enfants en bonne santé ne peut qu’être épanouie. Si à la sortie, ces élèves ont un salaire, elles seront financièrement indépendantes, c’est leur promotion. Quant à la lutte contre le VIH/Sida, sachez que j’y suis toujours. Le cours est même enseigné à l’école ici. Je continue à faire la sensibilisation et à orienter certains cas vers les médecins spécialistes. La promotion de la femme est dans mon sang.

Pour conclure quel appel avez-vous à lancer aux parents d’élèves et aux élèves ?

IRE : Je voudrais rassurer les parents quant à la bonne prise en charge de leurs enfants dans cette école. Mais je dirais aussi aux parents de faire l’effort de venir au moins une fois par trimestre voir comment leurs enfants travaillent. Je dis souvent aux élèves d’avoir pitié de ceux qui payent leurs études en se mettant au sérieux pour travailler. Je souhaite vraiment que les parents d’élèves passent souvent nous voir pour s’assurer de la bonne formation que nous dispensons. Pour cette rentrée ceux qui sont intéressés peuvent encore déposer leurs dossiers dans quelques filières. Pour terminer je voudrais vous remercier pour l’intérêt que vous portez à l’école et vous encourager dans votre tâche d’information des citoyens.o

Mme ILBOUDO Ramata Edwige

Un parcours, une ambition

FONCTIONS ACTUELLES

*Directrice fondatrice école privée Sainte Edwige et clinique Sainte Famille

FONCTIONS OCCUPEES

* Directrice du plaidoyer et de l’habilitation pour la promotion de la femme. Ministère de la Promotion de la femme septembre 2001 à novembre 2006

* Membre du Conseil Economique et Social (CES). Membre représentant l’administration des femmes, mai 2002 à septembre 2005 deuxième rapporteur de la commission chargée des affaires institutionnelles et de la bonne gouvernance.

* Membre du Conseil national de lutte contre le SIDA. Coordonnatrice du Comité ministériel de lutte contre le SIDA du ministère de la promotion de la femme, novembre 2002.

DOMAINE DE COMPETENCE

* Santé publique spécifiquement en promotion, éducation à la santé,

* Recherche en santé,

* Administration et gestion des services de santé,

* Santé de la reproduction,

* Formation du personnel de santé (attaché de santé, sage-femme d’Etat, infirmier d’Etat),

* Plaidoyer lobbying,

* Administration générale,

* Genre et développement,

* Gestion de projet et évaluation de programme.

DIPLOMES

* Maîtrise en sciences de la santé publique, orientation, promotion de la santé, option éducation pour la santé à l’université catholique de Louvain, Bruxelles, Belgique 2000/mention «Distinction»

* Diplôme d’études supérieures en soins infirmiers et obstétricaux, Ecole nationale de santé publique (E.N.S.P), Ouagadougou mars 1993

* Diplôme d’Etat de sage-semme/Ouagadougou 1er juillet 1982,

  • Brevet d’études du premier cycle Ouahigouya, 1978.

 

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