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LA UNE du 17 au 23/09/08
EDITORIAL : N°572 du 24 au 30 Septembre 2008

Afrique du Sud : l’engrenage

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire s’accélère au pays de Nelson MANDELA et que malgré les assurances des uns et des autres , la sérénité n’est pas le sentiment le mieux partagé au niveau des analystes et de la plupart des acteurs. Il y a de quoi puisque de nombreux «bruits» font état de ce que le clan M’BEKI digérerait très mal le sort fait à son chef et serait sur le point d’aller voir ailleurs en créant un nouveau parti. Si la victoire massive de ZUMA et des siens au Congrès de décembre 2007 au cours duquel avec 60% des voix ils ont chassé M’BEKI de la tête de l’ANC et le désaveu plus que massif du parlement qui a voté à 299 voix contre seulement 10 pour le renvoi de M’BEKI incitent à donner quitus à «l’unification» du parti, il reste que cette crise ne peut qu’affaiblir l'ANC.

*12 septembre, le juge Chris NICHOLSON invalide le procès pour corruption intenté contre Jacob ZUMA. Au passage, il dénonce des «interférences politiques» donnant raison aux partisans de celui-ci qui n’ont eu de cesse de crier à la cabale politicienne contre leur champion.
* 17 septembre, le procureur de la République fait appel de cette décision.
* 20 septembre, l’ANC convoque une réunion extraordinaire et urgente de son groupe parlementaire. Les conclusions sont énormes et sans appel : retrait de la confiance au président Thabo M’BEKI et un appel lui est lancé de rendre sa démission avant le terme de son mandat en avril 2009.
*21 septembre : Thabo M’BEKI réunit d’urgence son gouvernement et annonce dans la foulée avoir remis sa démission. Cette démission devrait prendre effet à une date qui serait déterminée par le parlement. Une nouvelle fois, il réaffirme que ni lui, «ni le gouvernement n’ont tenté d’influencer le travail du ministère public».
* 22 septembre dans la matinée, le groupe parlementaire ANC qui compte plus de 2/3 des parlementaires, propose son candidat à la présidence en la personne du Vice-président du parti, Kgalema MOTLANTHE, jugé modéré. Il indique que celui-ci ne sera pas un président par intérim mais un président avec les pleins pouvoirs jusqu’aux élections d’avril 2009.
*22 septembre dans la soirée, Thabo M’BEKI décide de se joindre à l’appel déposé par le procureur général contre le non-lieu du juge Chris NICHOLSON. Il estime que les attendus ayant trait à «des interférences politiques» sont «scandaleux et préjudiciables» et portent atteintes à sa réputation. «Il est injuste que je sois jugé et condamné» sur la base de ces attendus, «qui ont conduit mon parti, l’ANC, à me rappeler», écrit-il en ajoutant que «si cette situation n’est pas rectifiée», elle lui ferait endurer injustement d’énormes préjudices.
23 septembre, le parlement, réuni en session, vote par 299 voix contre 10, une motion stipulant que «la démission du président de la République d’Afrique du Sud prendra effet le 25 septembre 2008».
*23 septembre en milieu de journée, 14 ministres dont l’emblématique Tréror MANUEL des Finances depuis 14 ans et la Vice-présidente Phumzile MLAMBO-NCUKA annoncent leur démission du gouvernement alors que Jacob ZUMA, le chef de l’ANC, prétendait qu’aucun membre du gouvernement ne démissionnerait.
Demain, jeudi 25 septembre, les Sud africains se réveilleront donc avec un nouveau président, en la personne de Kgalema MOTLANTHE, que l’on présente à la fois comme un modéré dans le conflit de chefs entre M’BEKI et ZUMA et un partisan de la réconciliation nationale dans laquelle il vient de s’investir à travers une campagne visant à rassurer la minorité blanche et les investisseurs étrangers. C’est vrai que Jacob ZUMA fait peur avec ses airs nationalistes et populistes et ses amitiés avec le Parti communiste et la puissante centrale syndicale COSATU.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire s’accélère au pays de Nelson MANDELA et que malgré les assurances des uns et des autres , la sérénité n’est pas le sentiment le mieux partagé au niveau des analystes et de la plupart des acteurs. Il y a de quoi puisque de nombreux «bruits» font état de ce que le clan M’BEKI digérerait très mal le sort fait à son chef et serait sur le point d’aller voir ailleurs en créant un nouveau parti. Si la victoire massive de ZUMA et des siens au Congrès de décembre 2007 au cours duquel avec 60% des voix ils ont chassé M’BEKI de la tête de l’ANC et le désaveu plus que massif du parlement qui a voté à 299 voix contre seulement 10 pour le renvoi de M’BEKI incitent à donner quitus à «l’unification» du parti, il reste que cette crise ne peut qu’affaiblir l'ANC. En tout cas elle donne plus de relief aux craintes de MANDELA, qui s’adressant aux congressistes le 17 décembre 2007, leur disait dans un message qu’il était «… triste de voir et d’avoir les échos des divergences qui secouent» le parti. Il leur indiquait que l’ANC «a toujours su trouver les ressources nécessaires pour mettre fin à toute velléité de nature à le diviser et à le détruire». Ces propos sont plus que jamais d’actualité et interpellent les deux camps qui se livrent actuellement un duel à mort. Dans le même sens, le Révérend Desmond TUTU, prix Nobel de la paix, n’a-t-il pas fondamentalement raison d’exprimer sa «profonde inquiétude devant le fait que la nation (…) soit soumise à la volonté d’un parti politique …» ?
La nation arc-en-ciel est, à tout point de vue, à un tournant décisif de son histoire ; le parti qui a vaincu l’apartheid avec. On a comme l’impression que tous deux sont en train de livrer leur plus importante et plus dangereuse bataille. En effet, si tout n’est pas à faire ou à refaire dans le pays, nombreux sont les espoirs qui sont déçus et le peuple s’impatiente. Il s’impatiente tant et si bien qu’on l’a vu dans des actes de xénophobie inqualifiables contre des étrangers sur lesquels on l’a vu se passer gratuitement et honteusement les nerfs. Il semble que l’ANC n’ait pas eu le courage des réformes et des options politiques que l’immense majorité attendait.
La fin de l’ère M’BEKI, qui, il faut le dire, n’a fait qu’hériter de Nelson MANDELA, ouvrira-t-elle une nouvelle gouvernance qui ferait plus de place aux préoccupations des laissés-pour-compte? Il faut bien le croire car avec le quitus accordé à la nouvelle direction du parti, celui-ci a l’essentiel des cartes en mains. Mais ce n’est pas en se déchirant qu’elle y parviendra. Il lui faudra et au plus vite sortir de l’engrenage des confrontations intestines. Il y va de l'intérêt de tout un continent qui n'a pas encore oublié les sacrifices qu'il a endurés pour que l'ANC arrive au pouvoir. Aussi grand que soit l'Afrique du Sud, ce qui s'y joue actuellement engage plus qu'elle. MBEKI et ZUMA devraient le comprendre.
Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

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