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LA UNE du 1er au 07/10/08
CULTURE : N°573 du 1er au 07 Octobre 2008

Mme Emma Patricia TAMINI /TUINA , Directrice des Etudes, de la Coopération et de la Prospective de l’ONTB
« Quelle que soit la destination que vous prendrez au Burkina, c’est toujours une destination de rêve»

Mme Patricia TAMINI/EMMA, directrice des études de la Coopération et de la prospective de l’ONTB

La 5ème édition du Salon International du Tourisme et de l’Hôtellerie de Ouagadougou (SITHO) a baissé ses rideaux. Pour l’édition 2009 l’organisation sera assurée par le secrétariat exécutif du salon qui est piloté par l’Office National du Tourisme du Burkina (ONTB), ce qui n’était jusque-là pas le cas. L’ONTB est le moteur de la promotion du tourisme au Burkina, charge lui revient de bien vendre le Burkina. Ainsi, dans sa nouvelle réorganisation a été créée la direction des études, de la coopération et de la prospective dont l’objectif est de mettre sur orbitre le tourisme burkinabè. Nous avons rencontré la toute nouvelle directrice, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle maîtrise son domaine. Lisez plutôt !

Pouvez-vous nous présenter votre direction ?
Mme T H P :
La direction des études, de la coopération et de la prospective est toute nouvelle ; elle a été créée suite à une réorganisation de l’Office national du tourisme, pour un meilleur repositionnement du tourisme burkinabè dans l’environnement international. Comment l’office peut vraiment faire du Burkina Faso, une destination touristique prisée des pays émetteurs de touristes ? C’est dans cette dynamique là, que la direction dont nous avons la charge a été créée. Sa mission est l’étude du marché du tourisme, devancer même certaines motivations des touristes, voir ce qui les intéresse aujourd’hui, qu’est-ce qui pourrait les intéresser demain, et pouvoir créer les conditions pour les accueillir et ne pas être surpris par les touristes. Il s’agit de trouver des produits, qui peuvent attirer des touristes, non seulement ce qu’ils aiment, mais surtout ce qui peut les attirer.

Et qu’est-ce qui peut attirer des touristes au Burkina aujourd’hui ?
Mme T H P :
Beaucoup de choses peuvent attirer les touristes dans notre pays. C’est un pléonasme que de dire que notre pays regorge d’énormes potentialités dans le domaine du tourisme. Et aujourd’hui nous avons constaté que les motivations du touriste sont de plus en plus variées. Il y a une dizaine d’années c’était la mer, aujourd’hui mais la mer, les plages, n’intéressent plus les touristes. C’est l’authenticité qu’ils recherchent, c’est la chaleur humaine, du point de vue de l’accueil, du contact, les échanges d’expérience, c’est ce qui intéresse les touristes d’aujourd’hui. Et quand ils viennent dans nos pays, c’est pour vivre avec les populations, savoir quelles sont leurs traditions, comment elles évoluent, et c’est cette expérience-là qui plait de plus en plus aux touristes. Il y aussi l’écotourisme, c'est-à-dire, la nature dans toute sa pureté ; ce sont là également des aspects qui attirent.

Le tourisme burkinabè attire-t-il véritablement ?
Mme T H P :
Sans équivoque. Même si pour le moment ce n’est pas comme nous le souhaitons en comparaison avec d’autres pays ; et cela s’explique par le fait que la destination est lointaine, elle est chère, toute chose qui constitue quelque part un frein à notre tourisme. Sinon en Afrique, touristiquement parlant, le Burkina Faso est bien visité. Le tourisme culturel marche bien, ainsi que le tourisme d’affaire. Cela est bien connu aujourd’hui, notre pays excelle dans l’organisation des manifestations, ce qui fait que le tourisme d’affaires, le tourisme de congrès, marchent beaucoup.

Après cinq éditions peut-on dire que l’ONTB est rodé dans l’organisation du SITHO quand on sait que c’est cette structure qui est sensée défendre le tourisme de notre pays ?
Mme T H P :
Il faut dire que l’organisation du SITHO n’était pas du ressort de l’office en tant que tel, mais du ministère en charge du Tourisme. Mais à partir de cette édition, le SITHO a été arrimé à l’ONTB, parce qu’elle est la structure nationale chargée de promouvoir le tourisme dans notre pays. A partir de 2009, le secrétariat exécutif, qui est déjà basé à l’ONTB, prendra en charge l’organisation du SITHO. Sinon à cette 5ème édition, et comme les autorités l’ont déjà dit, nous sommes dans la phase de la maturité et l’organisation est bien rôdée c’est vrai la perfection n’est pas de ce monde ; mais nous travaillons à minimiser les problèmes. Jusqu’à l’heure où je parle, il n’y a pas de difficulté majeure, il n’y a pas d’incident, pas de plaintes, tout se passe comme prévu.

A quelques heures de la fin de la manifestation, quel bilan pouvez-vous dresser de cette 5ème édition ?
Mme T H P :
Je dois dire que nous sommes satisfaits, car malgré le nombre limité des pays participants par rapport aux éditions passées, on a enregistré un nombre important de participants, en terme d’occupation de stands, ce qui n’est pas négligeable. Lorsque vous analysez la liste des professionnels, surtout ceux du Burkina, vous sentez leur engouement pour la manifestation, ils voient de plus en plus l’importance et l’intérêt de la chose et ils s’y impliquent. Cette année, les hôteliers se sont bien impliqués dans l’organisation de la manifestation, les concessionnaires de zones de chasse se sont beaucoup impliqués, même les guides de tourisme sont présents et occupent des stands, pour pouvoir se promouvoir et promouvoir leur profession, montrer qu’ils sont un maillon important dans le secteur du tourisme, et qu’ils sont prêts à guider les touristes pour qu’ils puissent découvrir les merveilles du Burkina. L’affluence au SITHO ne peut pas être comme celle du SIAO ou une foire marchande, parce que c’est très technique. Ce qui est visé surtout au SITHO, c’est beaucoup d’affaires, beaucoup de partenariats, entre les opérateurs privés et les tours-opérateurs qui sont venus de l’Occident. C’est ça l’important. Les tours-opérateurs sont des grossistes, des vendeurs de destination, si vous arrivez à décrocher un contrat avec un tour-opérateur, cela veut dire que votre participation n’a pas été vaine au salon. Et c’est ce que nous cherchons. Sinon, l’affluence du public, c’est surtout pour venir découvrir les destinations, les circuits de visite. Concrètement ils ne peuvent pas acheter sur place, on ne peut donc pas mesurer la réussite du salon à partir du flux des visiteurs.

On a quand même l’impression que le SITHO est organisé pour les Occidentaux, alors que le Burkinabè a aussi besoin de connaître les richesses touristiques de son pays. Qu’est-ce qui est fait à ce niveau pour l'intéresser à son tourisme ?
Mme T H P :
C’est vrai que l’accent est porté un peu vers l’extérieur. Vous savez, le tourisme apporte des devises et pour avoir des devises, il faut viser l’extérieur. Mais nous n’occultons pas du tout le public burkinabè et l’ONTB a de nombreuses activités qui concernent le public national. Pendant les vacances par exemple, l’Office organise des colonies de vacances, il y a le camp enfant-tourisme-environnement, spécialement destiné aux jeunes, ces jeunes qui sont la pépinière, la relève des touristes nationaux de demain. Il faut déjà inculquer en eux, l’envie de visiter, de voyager, de découvrir son pays, et il y a des excursions qui leurs sont offertes. Pendant le SITHO, nous avons un programme de découverte de sites touristiques aux alentours de Ouagadougou, et des sites comme Bazoulé avec les crocodiles sacrés, Manéga avec son musée, Laongo avec les sculptures sur granites, etc. Ce programme est desservi avec pour objectif de permettre aux Ouagalais et les étrangers qui sont venus de découvrir ou de redécouvrir ces sites.

Qu’est-ce que Mme TAMINI recommanderait à un étranger qui voudrait découvrir une destination de rêve au Burkina ?
Mme T H P :
Ça va dépendre de sa motivation. Un touriste peut voyager en pays lobi pour voir l’architecture, un autre voudra le Sahel à cause du sable, ou ne vouloir voir que le lever et le coucher du soleil d’Oursy. C’est pour vous dire que les motivations sont différentes. Mais je vous assure que, quelle que soit la destination que vous prendrez au Burkina, vous aurez une destination de rêve, vous découvrirez toujours quelque chose de merveilleux, d’insolite. Tous les quatre coins du Burkina, où que vous irez, vous serez toujours impressionné, vous trouverez toujours quelque chose qui va vous séduire quelque chose qui va vous plaire. Et vous trouverez des guides touristiques qui sont là pour vous faire vivre vraiment votre rêve. Vous voyez, nous n’avons rien à envier aux pays dits touristiques. Au Burkina Faso, même le plus petit cafard, si vous le prenez, vous trouverez un guide qui vous impressionnera par le commentaire qu’il va porter sur cette bestiole. Il vous fera l’histoire du cafard, ce qu’il représente dans la société, etc. C’est vous dire que lorsque vous savez rendre l’histoire, c’est ça qui intéresse et qui impressionne. Nous avons coutume de le dire bien, nous n’avons pas de site impressionnant de l’envergure de la muraille de Chine, mais nous nous devons d'impressionner par le commentaire des sites que nous avons.

Par Frédéric ILBOUDO

SITHO
Nos sites en manque de pub

Le Salon international du Tourisme et de l’Hôtellerie Ouagadougou (SITHO) 2008 a refermé ses portes le 28 septembre après 72 heures de manifestation sur le site du SIAO. Le succès populaire a été réel, mais à en croire des spécialistes du domaine beaucoup de choses manquent pour faire du Burkina une destination touristique qui compte en Afrique.

Les créateurs du SITHO ont vu juste en portant sur les fonts baptismaux ce salon du tourisme, il y a trois ans. Le tourisme est la première industrie du monde et génère plusieurs milliards de dollars US par an. Des pays comme ceux d’Afrique de l’Est qui disposent de grandes réserves naturelles de faunes et de flore ont fondé leur stratégie de développement sur le secteur touristique.
Lors d’un voyage dans la région, il y a quelques années, nous avons pu mesurer l’impact du tourisme sur la vie des populations et l’évolution de leurs économies. Tout ou presque est fait pour satisfaire le touriste. Les hôtels, les circuits, la location de véhicules, l’accueil des populations constituent des facteurs qui incitent le visiteur à revenir et dépenser davantage son argent dans le pays.

Les faiblesses de la destination Burkina
Au Burkina, les facteurs d’attractions semblent faire encore défaut. A en croire le représentant d’un tour operator français présent au SITHO, si le pays a un potentiel de vision intéressant, les éléments pour le rendre compétitif sur le plan international manqueraient cruellement.
Il y a d’abord le réceptif hôtelier. Hormis Ouagadougou et Bobo-Dioulasso qui disposent de cadres appropriés, le reste du pays a encore besoin d’équipement pour mettre le visiteur à l’aise et surtout en sécurité.
Si on considère l’Est du Burkina qui est la zone du tourisme cynégétique par excellence, Fada N’Gourma qui est le plus grand centre est situé à plus de 200 kilomètres de Ouagadougou. La ville, dans le meilleur des cas ne compte pas plus de deux hôtels de capacité moyenne. Or Fada, est elle même distante de près de 100 km des réserves.
Dans les zones de faunes, les concessionnaires ont bâti des bungalows pour accueillir les visiteurs, mais ils ne sauraient satisfaire les exigences d’une certaine classe de touristes fortunés qui veulent sentir sinon revivre « leur paradis » même loin de chez eux.
L’autre faiblesse du secteur touristique burkinabè c'est le manque de formation du personnel.
Un gérant d’agence de voyage a affirmé que seulement 5% du personnel hôtelier est formé au Burkina. Ce qui est maigre dans un secteur où l'accueil est la donnée fondamentale. Si déjà le visiteur est déçu dès son premier contact avec le pays, on peut être sûr qu’il ne remettra plus le pied après et il ne manquera pas de décourager ceux qui lui demanderont des conseils avant d’entreprendre un déplacement.
Un journaliste anglais a juré qu’il ne remettra plus pied dans un hôtel de la place même s’il devait revenir en reportage au Burkina. Et pour cause ? La seule nuit qu’il a passée dans cet établissement, il a été victime d’une piqûre d’insecte qui a nécessité des soins intensifs dans une clinique. Le personnel de l’hôtel avait simplement oublié de désinfecter la chambre avant son occupation.
La sanction a été immédiate puisque quelques mois après un de ses compatriotes devait venir au Burkina pour un reportage, et il lui a simplement dit qu'il pouvait dormir partout sauf dans cet hôtel. Voici comment un simple détail peut coûter cher à une entreprise. Et des exemples de ce genre sont légion dans nos établissements hôteliers. Heureusement que des écoles de formation en tourisme se créent de plus en plus pour pallier à ce déficit.
L’accès au Burkina n'est pas une chose aisée. Pour les visas, on peut dire qu’il n’est pas difficile à obtenir. La desserte aérienne encore faible s'améliore avec l'accroissement des vols sur le Burkina. Des fanions célèbres comme Ethiopian’s Airline vont bientôt exploiter la plateforme de la capitale burkinabè. L’idéal pour le pays et pour son tourisme serait que Ouagadougou devienne un hub en Afrique de l’Ouest comme l’ambitionne le ministre des Transports Gilbert Noël OUEDRAOGO.
L’amélioration des infrastructures routières est aussi impérative pour faciliter l’accès aux sites touristiques. Pendant la saison pluvieuse, certaines zones sont coupées du reste du pays du fait de l’état des voies. Le tourisme, surtout de vision, pour qu’il joue son rôle de moteur du développement doit pouvoir être pratiqué en tout temps et en tout lieu. Cela d’autant que les départs en vacance en Europe coïncident avec l’hivernage au Burkina.

La revalorisation des sites
Le Burkina regorge de nombreux sites touristiques allant des réserves de faunes aux monuments en passant par les lieux de mémoires. Le pays a de réels atouts pour séduire les amateurs de découverte. La population reconnue pour son accueil est aussi un élément important.
Seulement, certains sites sont laissés en désuétude et risquent de disparaître si rien n’est fait pour les sauver. Les mares aux crocodiles sacrés de Sabou et de Bazoulé, les ruines de Loropéni jusqu’à une période récente, le barrage de Salbisgo près de Koudougou, la mare d’Oursi…demandent qu’une action de sauvetage y soit menée. Si un problème de rentabilité amène le secteur privé à s’y détourner, l’Etat doit pouvoir trouver les moyens de les remettre en situation pour qu’ils puissent accueillir des visiteurs. Un site comme celui de Sabou a vu passer des hommes aussi célèbres que le reggaeman jamaïcain Jimmy Cliff qui y a tourné une partie de son film Bongoman, avec l’acteur américain Danny GLOVER.
Pour parler de tourisme, il faut d’abord avoir des sites touristiques capables de séduire les Tours operators afin qu’ils y orientent leurs clients.
Les 300 000 visiteurs du Burkina chaque année sont surtout des touristes d’affaires et des séminaristes. Le pays peut doubler voire tripler ce nombre s’il offre des sites et des infrastructures à la hauteur de cette activité désormais moteur de l’économie mondiale.

Par Ahmed NAZE

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