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LA UNE du 1er au 07/10/08
EDITORIAL : N°573 du 1er au 07 Octobre 2008

MENARD démissionnaire ou démissionné ?

MENARD quitte donc la direction de RSF au moment où cette organisation fait la Une de l’actualité et où la moindre de ses actions est reprise sur les principaux médias français. Mais aussi au moment où elle est au centre d’une polémique qui ne fait qu’enfler sur ses pratiques au point de laisser entrevoir que le passage de témoin le mardi dernier n’a pas dit toutes ses vérités et serait beaucoup moins simple qu’on le voudrait.

Ainsi donc il a passé la main ! Après 23 années de bons et loyaux services, diront certains, tandis que d’autres s’autorisent des critiques s’ils ne concluent pas tout simplement par une sentence sans réminiscence.
«Il», vous l’aurez compris, c’est Robert MENARD, ci-devant Secrétaire Général de Reporters Sans Frontières (RSF) qui a démissionné de son poste le mardi 30 septembre pour dit-il : «… faire autre chose. (et) trouver une autre façon de continuer le combat pour les droits de l’Homme et la liberté de presse…» A l’en croire, la décision procède d’une longue réflexion. «Cela fait deux ans que j’y réfléchissais» confie-t-il en ajoutant qu’il reste un militant de RSF et qu’il avait préféré partir «une fois la campagne de Chine terminée..» Robert MENARD quitte donc la direction de RSF le cœur tranquille, avec le sentiment du devoir accompli puisque l’organisation se trouverait dans une très bonne situation financière et serait dans de bonnes mains, notamment celles de Jean-François JULLIARD qui travaille à ses côtés depuis 1998. Pour son futur, il semble que MENARD aurait l’embarras du choix entre le retour au métier, l’édition, la politique et la direction du Centre pour la liberté de l’information de Doha, co-fondé par RSF et l’Emirat de Doha (79ème du classement 2007 de la liberté de presse). Rappelons que le Burkina Faso est 69ème de ce classement après avoir été voué aux gémonies par Robert MENARD. Déjà le 9 octobre prochain, sortira un brûlot dont le titre en dit long sur ses récents combats «des libertés et autres chinoiseries» dans lequel il semble qu’il assène «un certain nombre de choses» qui «ne sont pas toutes gentilles».
MENARD quitte donc la direction de RSF au moment où cette organisation fait la Une de l’actualité et où la moindre de ses actions est reprise sur les principaux médias français. Mais aussi au moment où elle est au centre d’une polémique qui ne fait qu’enfler sur ses pratiques au point de laisser entrevoir que le passage de témoin le mardi dernier n’a pas dit toutes ses vérités et serait beaucoup moins simple qu’on le voudrait. C’est vrai que MENARD avait fini par personnifier RSF, à telle enseigne que tous deux ne faisaient plus qu’un. Pouvait-il en être autrement quand lui-même reconnaît volontiers dans son ouvrage «Ces journalistes que l’on veut faire taire» (Albin Michel, 2001) : «je suis autoritaire… je ne sais pas discuter et j’aime décider seul..». N’est-ce pas pourquoi ses collaborateurs l’appellent «l’Adjudant MENARD» ? En vérité, RSF était devenue sa chose à telle enseigne que ses propres options politiques avaient déteint sur ses pratiques. En effet, l’activisme débordant et parfois désordonné dont il faisait montre est parfaitement caractéristique des milieux d’extrème-gauche dont il est issu.
MENARD laisse aussi une organisation de plus en plus critiquée par les professionnels du métier qui s’interrogent sur ses liaisons pour le moins dangereuses avec certains milieux, notamment celui des grands consortiums des communications qui sont régulièrement cités aux nombres de ses sources de financements. D’ailleurs lui-même n’en fait pas un mystère puisqu’il avoue : «comment peut-on organiser un débat sur la concentration des organes de presse puis ensuite demander à Havas ou Hachette qu’ils parrainent un évènement ?» Du coup, on comprend pourquoi RSF est totalement amorphe et aphone devant de flagrants manquements à la liberté de la presse et à l’indépendance des journalistes dans l’Hexagone. Bien plus, il semble qu’il faille étendre la logique aux Etats-Unis d’Amérique puisqu’il reconnaît recevoir des financements du gouvernement américain à travers le NED (National Endowment for democraty). En effet, interrogé sur la question, sa réponse est tombée comme un couperet : «Absolument, nous recevons de l’argent de la NED. Et cela ne nous pose aucun problème». Et pourtant ! Pour certains analystes cela expliquent le peu de cas qu’il faisait de la présence du président BUSH aux Jeux olympiques alors qu’il n’hésitait pas à taper comme un sourd sur SARKOZY qu’il accusait de «trahir» les idéaux de la France. Ils vont jusqu’à expliquer l’attitude contreversée de l’organisation dans l’affaire du tir meurtrier de l’armée US sur l’Hôtel Palestine, le 8 avril 2003 à Bagdad, par le devoir de réserve qu’il se serait imposé vis-à-vis de ce généreux donateur. En effet, alors que l’ensemble des organisations de journalistes continue de réclamer justice et d’accuser les Américains d’avoir délibérément tiré sur cet hôtel connu de tous à l’époque comme lieu des résidence des journalistes, RSF fait bande à part parlant d’erreur. La famille d’une des victimes, révoltée par cette attitude, lui a même demandé de se retirer du dossier. C’est dire si l’action de Robert MENARD est loin de faire l’unanimité dans le métier.
Quand on sait que RSF reçoit aussi des financements de l’Etat français et que SARKOZY n’est pas homme à se laisser marcher sur les pieds surtout que ses propres amis sont aussi des bailleurs directs de RSF, on peut se demander s’il n’a pas exigé la tête de MENARD. En tout cas, d’autres avant lui ont payé cher leur impertinence vis-à-vis de l’homme fort de Paris. Honnêtement, on voit mal comment MENARD aurait pu éviter son courroux d’autant plus que la Chine continue à faire payer aux opérateurs économiques français sa campagne de boycott qui a fortement terni son image. Voilà qui expliquerait ce départ qui est visiblement plus précipité qu’il n’y parait puisque l’intéressé ne sait pas jusqu’à présent ce qu’il va faire de sa vie. Plus que le fondement de ces causes et de son engagement, ce sont ses méthodes qui offusquent et prêtent à caution.
Les Burkinabé sont bien payés pour le savoir eux qui ont dû souffrir le martyr de ses propos injurieux en rapport avec l’affaire Norbert ZONGO qu’il a plus contribué à compliquer qu’à résoudre. En effet, alors qu’on attendait de lui la lumière qui aurait pu éclairer la Commission d’Enquête Indépendante, il a opté pour la solution du moindre effort, celle de la vindicte et du parti pris. On sait où cela nous a conduit ; une publicité gratuite pour RSF et Robert MENARD, alors que les assassins courent toujours. De toute évidence, son départ va marquer un tournant dans le fonctionnement de RSF. Toutefois, son combat restera une référence dans la défense et la promotion de la liberté de la presse. Ses successeurs ont la lourde tâche de tracer leurs propres sillons en ayant à l’esprit de rechercher plus d’efficacité même si cela devra passer par moins d’actions spectaculaires. Ils devraient aussi s’attacher à balayer devant leurs portes et à œuvrer à accompagner les efforts des pays en difficultés au lieu d’attendre les problèmes pour leur tomber dessus. Oui pour les dénonciations, mais il est beaucoup plus profitable pour les journalistes qu’on prévienne les problèmes. C’est ainsi que RSF servira le mieux la liberté de la presse sous nos cieux.
Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

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