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LA UNE du 1er au 07/10/08
ETRANGER : N°572 du 24 au 30 Septembre 2008

Côte d’Ivoire
Six ans après le « big bang »

Le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire rentrait dans une zone de haute turbulence avec une rébellion déclenchée au Nord du pays sur fond de crise politique, identitaire et économique. Six ans plus tard, «le malade» est en voie de guérison (l’Accord de Ouagadougou est passé par là) mais il appartiendra à ses fils d’œuvrer pour qu’il ne connaisse pas une rechute fatale.

Depuis le 30 juillet 2007, les Ivoiriens ont décidé de faire la paix en incinérant les armes.

Sur la crise identitaire et économique qu’a connue la Côte d’Ivoire, on a tellement épilogué qu’il serait fastidieux (du moins dans un papier factuel) d’en revenir sur les causes et les leçons que les Ivoiriens devraient en tirer, le plus fondamental étant de s’attarder sur les perspectives que cette crise ouvre pour le pays. Perspectives heureuses, il faut en convenir, si tant est qu’on ne piétine pas deux fois les bijoux de famille d’un aveugle, à moins qu’en sus de cet handicap, celui-ci ne soit un imbécile indécrottable. Nous osons croire qu’il n’en est rien du côté de l’Eburnie, même si certains échos bruyants et discordants, qui nous en parviennent ces dernières semaines, incitent à un optimisme prudent. En cause, les propos de la première Dame, l’inénarrable Simone Ehivet GBAGBO, adepte du «djafoul» devant l’Eternel et qui vient de nous sortir une de ces phases dont elle a le secret. «Les Accords de Ouagadougou doivent être revisités», a-t-elle clamé urbi et orbi, «en leur partie concernant le dédommagement des ex-rebelles», poursuit-elle pour enfoncer un clou déjà bien planté. Si ce n’est pas de la «provoc», ça y ressemble fort, la situation étant déjà volatile en zone ex-rebelles pour qu’on éprouve le besoin outre mesure d’y mettre le feu. Il vous souviendra, qu’il n’y a guère plus d’un semestre, certaines localités du Nord avaient été secouées par des troubles à la base desquelles se trouvaient d’ex- combattants. Au motif que la paie prévue pour eux dans l’Accord de Ouaga était insignifiante et que le sort qu’on leur réservait dans la vie civile était peu enviable, ils avaient «chauffé» le coin, ne revenant à la raison que sur injonction de leur charismatique leader Sheriff OUSMANE. C’est dire si l’un des signataires de l’Accord de Ouagadougou, Guillaume SORO, a été fragilisé par ces manifestations, lui en qui les soldats ne sont pas loin de voir un «traître», qui a «pactisé» avec le diable. Et, rétrospectivement, Simone GBAGBO leur donne raison, avec cette sortie au cours de laquelle on se demande si elle a mesuré ses mots. Avec la question non réglée des grades dits SORO, l’atmosphère est lourde au sein des Forces Nouvelles. C’est dire qu’on ne sait déjà pas de quoi demain sera fait. La Dame Simone n’en rajoute cependant pas au désarroi sans raison, le fauteuil présidentiel étant sa seule préoccupation au moment où le pays rentre dans la phase délicate de l’enrôlement des électeurs. Bien effectué, celui-ci risque d’apporter un flux nouveau d’électeurs favorables au principal adversaire du FPI à savoir le RDR. Nous l’avons dit, la Côte d’Ivoire sort d’une crise identitaire, certains de ces citoyens ayant estimé à un moment donné qu’ils étaient des laissés-pour-compte et décidant de ce fait de prendre les armes pour se faire entendre. Dès lors qu’il leur sera reconnu une citoyenneté pleine et entière, point n’est besoin d’être grand clerc pour deviner à qui iront leurs suffrages lors du scrutin à venir. Il faut donc autant que faire se peut «troubler» le processus d’identification pour aboutir à l’établissement d’une «short list». Cette tactique laisse présager que les contentieux après l’établissement des listes (s’il a lieu) risquent d’être nombreux, avec un impact négatif sur la date du scrutin. Voilà où Simone GBAGBO fait montre de manque de stratégie, car, plus cette situation de ni guerre, ni paix perdure, plus il y a de chances que l’on retombe dans les démons d’hier. On le voit, les perspectives sont claires obscures pour le pays, la nécessité de recadrer tout le monde étant plus que jamais actuelle. Du boulot en perspectives, pour le facilitateur Blaise COMPAORE, car, en dépit du fait que la volonté des Ivoiriens sera déterminante pour sortir de la crise, il y joue lui aussi sa crédibilité de médiateur reconnu et respecté par tous. Alors, six ans après le « big bang », stop ou encore ?

Par Alpha YAYA

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