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LA UNE du 08 au 14 /10/08
DOSSIER : N°574 du 08 au 14 Octobre 2008

Vaccin antipaludique au Burkina
Des chercheurs sur la bonne voie

Le Pr Basile GUISSOU, délégué général du CNRST a présidé l’ouverture de la formation

Depuis bientôt un an, l'Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) en collaboration avec le centre MURAZ et le CMA Saint Camille de Nanoro s'est engagé dans le développement d'un vaccin antipaludique (le vaccin RTS,S). Pour informer et former les journalistes sur la problématique des essais cliniques (dernière phase avant d'aboutir à la mise sur le marché de médicaments et vaccins) un atelier a été organisé, le 29 septembre, suivi d'une visite sur le site de l'essai vaccinal à Nanoro (85 km de Ouagadougou), le 1er octobre dernier.


Parlant du vaccin (RTS,S), le Pr Basile GUISSOU, Délégué général du Centre national pour la recherche scientifique et technologique (CNRT), à l'ouverture des travaux, dira : "…Ce vaccin qui est le plus avancé à l'heure actuelle en matière de développement est également le plus proche de l'utilisation par les populations des pays endémiques. Dans un tel contexte, il est important pour vous journalistes d'être informés et formés sur la problématique des essais cliniques qui permettent d'aboutir à la mise sur le marché de ces différents médicaments et vaccins…".

Dr Halidou TINTO, superviseur du vaccin

"Comme je l'ai dit, le problème c'est le caractère assez complexe du parasite du paludisme. Parce que, lorsque vous avez un individu qui évolue différemment selon qu'il se trouve chez le moustique ou selon qu'il se trouve chez l'homme, vous conviendrez avec moi qu'il n'est pas évident de le "tâcler". Vous pouvez arriver à le cerner au niveau du moustique, mais il vous causera peut-être des problèmes chez l'homme. Pour le vaccin, ce que je peux dire sans trop verser dans l'optimisme béat, c'est que l'humanité n'a jamais été aussi proche de trouver un vaccin contre le paludisme. C'est prématuré de dire qu'on a trouvé le vaccin mais, il y a beaucoup d'espoir dans la mesure où les premiers résultats auxquels nous avons abouti durant nos recherches en phase II nous donnent le droit d'espérer. Le paludisme grave peut être réduit de 50% avec ce vaccin ce qui est considérable.
Parlant du projet RTS,S, il faut dire que c'est un projet qui a commencé il y a plusieurs années. Le développement de vaccin ou de médicament, c'est un long processus parce que nous partons des tests chez l'animal pour s'assurer que le médicament a une certaine sécurité avant de procéder aux tests chez l'homme. Cela peut prendre 10 voire même 20 ans selon la complexité.
Pour le RTS,S, aujourd'hui, nous sommes à la phase 3 qui est la phase qui précède la mise sur le marché du produit. En tant que chercheur je ne peux pas vous donner une date de la mise sur le marché dans la mesure où la recherche est une composante et la phase de la mise sur le marché une autre… Mais avec tout ce qui est fait, nous espérons mettre rapidement ce vaccin à la disposition des populations…"

 

Mobilisation générale contre le paludisme
Durant ces dernières années, la lutte contre le paludisme mobilise aussi bien les autorités sanitaires africaines que les opérateurs privés, notamment les laboratoires et autres firmes pharmaceutiques. Une mobilisation bien justifiée quand on jette un coup d'œil sur les chiffres "macabres" publiés chaque année, par les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et surtout par l'OMS. En effet, selon l'organisation onusienne, le paludisme, c'est 400 millions de cas par an avec plus de 1 million de décès dont 3000 par jour. Au Burkina Faso, la situation n'est guère enviable. Selon le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), le paludisme au Burkina, c'est plus d'1 million de cas par an, ce qui représente 48% des motifs de consultations chez les enfants de 0 à 5 ans avec 60% de décès et 62% d'hospitalisation. La "cible" privilégiée étant les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes.
Il faut donc une mobilisation à tous les niveaux. Ce n'est certainement pas un hasard si cette année, l'OMS, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, a choisi pour thème : "Paludisme, une maladie sans frontière" et pour slogan : "Tous unis contre le paludisme".

La problématique des essais cliniques
Le Burkina Faso ne pouvait certainement pas être en reste, d'où l'engagement de l'IRSS et de ses collaborateurs pour le développement du vaccin antipaludique (RTS,S). Tout un processus qui mérite d'être porté à la connaissance de la population. En effet, le développement d'un vaccin obéit à un certain nombre de règles à respecter et de bonnes pratiques cliniques. Pour permettre aux journalistes de s'imprégner des différentes étapes et autres précautions à prendre pour le développement d'un vaccin ou d'un médicament et pour les essais cliniques, plusieurs communications ont été faites. Il s'agit, entre autres, de :

Au Burkina on enregistre chaque année, selon l’OMS, plus 1 million de cas de paludisme. Ce qui représente 48% des mitifs de consultations. Le CMA de Nanoro n’est pas seulement le site des essais cliniques mais aussi un centre
de production de la spiruline
Ce bâtiment en construction sera un centre de recherche sur le paludisme et bien d’autres maladies

- l'éthique dans la recherche en santé ;
- les bonnes pratiques cliniques : historique / introduction;
- les principales étapes dans le développement d'un médicament / vaccin;
- la situation actuelle sur le développement d'un vaccin antipaludique dans le monde;
- la situation actuelle sur le développement du vaccin RTS,S à Nanoro
Ces différentes communications ont été faites par le Dr Noel ROUAMBA, le Pr Jean-Bosco OUEDRAOGO, (directeur de l'IRSS/Bobo) et le Dr Halidou TINTO, superviseur du vaccin RTS,S. Il se dégage de ces échanges un dénominateur commun : en matière de recherche en santé et particulièrement en matière de développement d'un médicament et d'un vaccin, rien, absolument rien, n'est laissé au hasard. C'est d'ailleurs pourquoi, la notion de l'éthique dans la recherche en santé a toute son importance. Il en est de même des bonnes pratiques cliniques. Ainsi des différentes communications, on retiendra entre autres que la biothique est l'éthique appliquée à la pratique de la science de la vie, de la médecine. Elle sert à prendre des garde-fous dans la recherche médicale et les essais cliniques. Plusieurs textes internationaux de régulation ont été adoptés dans ce sens. Ainsi, depuis les crimes Nazi, il a été adopté en 1948 le code de Nuremberg qui exige pour la recherche en santé et les essais cliniques :
- la participation volontaire ;
- le consentement éclairé;
- le droit de se retirer de l'étude sans pénalité.
Les différents textes élaborés dans le domaine de la recherche en santé depuis le cadre de Nuremberg ont pour objectif la protection des personnes qui participent à une recherche. Les pratiques cliniques, pour ne pas dire les essais cliniques ne sont pas en reste. C'est pourquoi, on parle plus de bonnes pratiques cliniques. Comme textes de références dans le domaine, on a le code de Nuremberg et la déclaration d'Helsinki adoptée par l'OMS. Tous ces textes garantissent les droits, la sécurité et le bien-être des patients et leur consentement éclairé. C'est dire qu' à toutes les étapes du développement d'un vaccin ou d'un médicament, il y a des balises qui permettent le respect de la dignité humaine et l'aboutissement d'un résultat de qualité.

Les journalistes dans la salle du service imagérie du CMA de Nanoro

RTS,S, la dernière ligne droite
Le développement du vaccin RTS,S antipaludique a nécessité la mobilisation de plusieurs partenaires nationaux et internationaux dont, entre autres l'IRDD, le CMA St Camille de Nanoro, l'Institut of tropical medecine (MVI)… (nous l'avons déjà souligné ci-dessus). Le RTS,S est donc à sa dernière ligne droite, c'est-à-dire à la phase des essais cliniques.
Pour ce faire, 10 sites représentant différents types de transmissions ont été retenus et 16 000 enfants dans deux catégories d'âges ont été choisis :
- 6 à 12 semaines ;
- 5 à 17 mois.

La spiruline vendue en pharmacie est conseillée pour la nutrition des personnes vivant avec le VIH/SIDA

Le "gros du boulot" comme dirait l'autre, sur les essais cliniques se déroule au CMA St Camille de Nanoro à 85 km de Ouagadougou. La visite sur ce site a permis aux journalistes de toucher du doigt le travail qui s'y mène pour la préparation du site et la conduite de l'essai vaccinal. L'hôpital Saint Camille de Nanoro est un hôpital privé dirigé par l'ordre des religieux camilliens en collaboration avec le ministère de la Santé qui fournit une bonne partie du personnel. On y compte 9 services : médecine, maternité, CREN, chirurgie, orthopédie, laboratoire radio, gastroentérologie, odonto. Le personnel est constitué de 2 médecins, 22 infirmiers et 4 techniciens de Laboratoire.
Il faut souligner que ce centre médical n'a rien à envier aux différents centres hospitaliers du pays. C'est d'ailleurs ce qui explique la ruée de Ouagalais vers le centre pour des prestations sanitaires. La visite à Nanoro a permis également de voir un plateau technique de pointe et un personnel compétent et dévoué.

Journalistes et chercheurs à l’issue de la visite du CMA de Nanoro

Les essais cliniques à Nanoro sont à la phase 2, une phase qui permet de mesurer l'efficacité et la sûreté du vaccin :
- sûreté chez les nourrissons
- efficacité contre le paludisme grave
- efficacité selon différents profils de transmission
- efficacité d'une dose de rappel
Selon le Dr Halidou TINTO, superviseur du projet et du vaccin, le développement d'un vaccin antipaludique est un processus long et difficile. Mais, si tout se passe bien et comme prévu, une première génération du vaccin antipaludique (RTS,S) pourrait être disponible d'ici 2012, soit dans environ 48 mois. Vivement donc que ce vaccin confirme que les chercheurs burkinabè cherchent et trouvent. Ce qui se mène à Nanoro est déjà édifiant. Nanoro semble devenu un véritable pôle de recherches ; en effet, c'est là qu'a été démontré l'inefficacité de la chloroquine et l'étude sur l'efficacité des ACT sur les femmes enceintes y a été menée. Nanoro, c'est aussi un centre de production de la spiruline et de prise en charge gratuite des malades du VIH/Sida. Selon les chercheurs sur le site d'ici quelques années, le centre deviendra un pôle d'excellence en médecine et en recherche en santé.

Par Ben Alex Béogo

Photos : Ramata SORE

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