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LA UNE du 08 au 14 /10/08
EDITORIAL : N°574 du 08 au 14 Octobre 2008

L’UA doit rester ferme !

En fait, il faut voir dans cette intransigeance de l’organisation continentale, une volonté de s’affirmer davantage, et de mettre fin aux maladies infantiles qui minent le développement du continent. C’est peu de dire qu’un coup d’Etat retarde un pays, si tant est qu’il ouvre la voie à une redistribution des cartes politiques avec tous les atermoiements voire l’attentisme qui caractérisent les périodes de transition. Entre manifestations des adeptes de l’ordre constitutionnel, répressions desdites manifestations et consultations dans les coulisses, le pouvoir transitoire a peu de temps pour s’occuper des affaires de l’Etat. Surtout que dans l’intervalle, l’aide publique au développement est souvent suspendue ce qui entrave les projets de développement déjà entrepris.

L’ultimatum donné à la Mauritanie, par l’Union africaine (UA) pour renouer avec l’ordre constitutionnel, a expiré au moment où nous tracions ces lignes. C’est en effet le 6 octobre dernier, que les mulitaires-putschistes devaient rétablir le président déchu Ould ABDELLAHI dans ses droits et retourner dans leurs casernes d’où ils n’auraient jamais du sortir. Mohamed ABDEL AZIZ et ses complices ont donc passé outre cette injonction de l’instance africaine, ce qui sommes toutes n’est pas surprenant, même si cette attitude de défiance doit être combattue avec la plus extrême fermeté. Le fait n’est pas étonnant si tant est que les putschistes d’août avaient posé leur acte parce qu’ils étaient en rupture de ban avec le président démocratiquement élu. Après avoir tenté de le déstabiliser par la voie normale, en fomentant une scission au sein du groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée nationale, ils en sont arrivés à cette extrémité, devant l’échec du coup d’Etat «civilisé». Et, à l’instar de tous les putschistes des temps modernes, ils ont clamé qu’ils rétabliraient au plus vite l’ordre constitutionnel normal, non sans avoir au préalable qualifié le régime déchu «d’anti-démocratique» et promis plus de démocratie. L’interdiction et la dispersion des manifestations anti-putsch à Nouakchott les jours derniers sont encore fraîches qui montrent qu’une telle disposition relève de la chimère. On note donc dans leur profession de foi, la simple copie d’un scénario maintes fois usité sur le continent et dont les nouveaux maîtres du pouvoir en Mauritanie entendaient se servir, pour échapper aux fourches caudines de l’UA. Laquelle n’a pas goûté, outre mesure, cette sérénade et a sommé la junte de rentrer dans le rang. Une occurrence difficile disions-nous, dans la mesure où elle équivaut pratiquement pour les putschistes à se faire hara-kiri. Déjà déchus de leurs postes de commandement par Ould ABDELLAHI, il va sans dire que les généraux félons se verront réservés un sort autrement plus douloureux si celui-ci revenait aux affaires. C’est dans ce sens que d’aucuns ont pu dire que l’UA faisait de la «politique fiction» prenant ses rêves pour la réalité.
En fait, il faut voir dans cette intransigeance de l’organisation continentale, une volonté de s’affirmer davantage, et de mettre fin aux maladies infantiles qui minent le développement du continent. C’est peu de dire qu’un coup d’Etat retarde un pays, si tant est qu’il ouvre la voie à une redistribution des cartes politiques avec tous les atermoiements voire l’attentisme qui caractérisent les périodes de transition. Entre manifestations des adeptes de l’ordre constitutionnel, répressions desdites manifestations et consultations dans les coulisses, le pouvoir transitoire a peu de temps pour s’occuper des affaires de l’Etat. Surtout que dans l’intervalle, l’aide publique au développement est souvent suspendue ce qui entrave les projets de développement déjà entrepris.
Dans le cas de la Mauritanie, on a vu que l’Union européenne a suspendu sa coopération avec ce pays et menace de prendre des mesures de rétorsion qui vont affecter le quotidien du peuple mauritanien. Plus que la junte, ce sont les populations qui vont souffrir des effets de ce putsch. La fracture sociale et politique déjà béante dans ce pays va s’agrandir, surtout que Ould ABDALLAHI, nonobstant certaines erreurs de gestion, recollait progressivement les morceaux entre les différentes «entités ethniques». Les propos de ce jeune manifestant contre le putsch ne sont en tout cas pas pour plaire à la junte lorsqu’il déclare : «avant le coup d’Etat, il y avait un peu de démocratie, un peu de réconciliation, un peu la liberté de la presse et on est revenu à zéro».
Avec un président de l’Assemblée nationale issu de la tribu des harratines, et un gouvernement «coloré», Ould ABDALLAHI n’était pas loin d’avoir une stature de «Lincoln» mauritanien. Bien sûr, il restait beaucoup à faire pour intégrer l’immense communauté noire, mais, une révolution de cette envergure ne s’opère pas du jour au lendemain.
Aux défis économiques, son successeur, après l’intermède de la junte, sera confronté à ce défi sociopolitique. Il y aura forcément un retard dans l’exécution de l’agenda politique du pays et, l’UA l’a bien perçu, elle qui veut rendre le plus court possible, la période de gouvernement des militaires.
On ne peut que saluer cette fermeté qui aura en sus le mérite d’édifier tous les candidats-putschistes qui peuplent le continent. L’Afrique ne saurait longtemps se complaire dans le rôle de mauvais élève, elle dont les énormes ressources prédisposent à jouer les premiers rôles. Plus que jamais, la fermeté doit être de mise sur le dossier mauritanien.
Par Alpha
YAYA.

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