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LA UNE du 15 au 21 /10/08
DOSSIER : N°575 du 15 au 21 Octobre 2008

15 octobre 1987
Il était une fois la Rectification

Au-delà du fait que l'avènement de la Rectification est le dénouement d'une crise politico-organisationnelle qui minait le CNR, la date du 15 octobre 1987 marque le début d'un processus démocratique qui aboutira à l'institution de la Constitution de la IVe République. Retour sur une date qui a mis notre pays sur l'orbite de la démocratie.

Nombre d'analystes sont unanimes à reconnaître que le 15 octobre 1987 est l'aboutissement d'une série de contradictions au sein des camarades révolutionnaires. En prenant en effet le pouvoir le 4 août 1983, les acteurs du Conseil national de la Révolution (CNR) n'ont pu mettre en place un cadre organisationnel bien approprié qui puisse mieux orienter les objectifs de la Révolution. Or, la force des révolutionnaires réside dans l'organisation dit-on. Selon un politologue révolutionnaire, «c'est l'organisation qui permet à la Révolution dans sa marche irréversible d'éviter au maximum les erreurs en empêchant les actions individuelles isolées des militants. En d'autres termes, c'est l'organisation qui permet au peuple d'être l'artisan de son propre bonheur ». Un autre acteur du CNR convient que « Cette absence d'une avant-garde consciente et organisée a constitué dès l'avènement de la Révolution, un handicap majeur qui menaçait d'hypothéquer l'avenir de notre expérience révolutionnaire si les révolutionnaires de notre pays n'arrivaient pas à le surmonter ».
L'ambition affichée des révolutionnaires d'août 1983, à travers notamment leurs leaders Thomas SANKARA, Blaise COMP AORE, Henri ZONGO, Jean-Baptiste LINGANI et autres, il faut le souligner, était de prendre les devants des choses parce que la situation délétère du pays l'exigeait. Mais en l'absence d'une conception claire du rôle et du fonctionnement de l'organe dirigeant dans la Révolution, il s'est instauré dans la pratique des déviations que des acteurs ont même qualifié de «graves et souvent grossières non seulement dans l'approche de la question organisationnelle mais également et surtout dans la politique pratiquée dans tous les secteurs de la vie nationale ».
Durant les deux premières années de la Révolution, le CNR a fonctionné sans textes et pratiquement sans organisation interne. Toute chose qui a développé au sein du mouvement l'esprit groupusculaire. Par ailleurs, le spontanéisme était la méthode de direction prédominante au sein du CNR et le volontarisme, la ligne politique impulsée par son président, Thomas SANKARA. «Les meilleures mesures, disait-il, sont celles qui se prennent dans la surprise générale ». Cette conviction personnelle s'est traduite par la prise à son seul niveau de décisions importantes touchant la vie nationale, de préférence lors des meetings ou de discours improvisés devant la foule, et ce à la surprise générale des membres du CNR et du gouvernement. Cependant que dans le principe, les révolutionnaires fondaient leur méthode de gestion politique sur celle du Centralisme démocratique qui commande qu'au sommet, l'action soit collégiale. Des textes adoptés en 1985 précisaient le mode de fonctionnement de l'organe dirigeant qui est le CNR. Mais...

La dérive autoritaire du président du CNR
C'était sans compter avec la conviction tenace du président du CNR qui optait d'agir « dans la surprise générale », peut-être pour épater la base mais quel cas
fait-il de ses camarades de l'organe dirigeant? La collégialité clamée ne pouvait qu'en souffrir. Et évidemment, les errements ressentis à la base ne pouvaient aussi que déboussoler les militants qui ne comprenaient plus vers où on voulait les mener, les mots d'ordre manquant de pertinence et prouvant visiblement qu'ils n'ont pas été pensés et mûris au sein d'un collège. Ainsi, le CNR, l'instance dirigeante de la RDP était politiquement sclérosé. Les principaux acteurs étaient en rupture de communication. La suspicion prenait davantage le pas sur la confiance.
Le CNR devenu l'ombre de lui-même par la volonté de son président, Thomas SANKARA, ce dernier ramena tout à lui et transforma son cabinet seul centre de décision. En effet, la Présidence du Faso était devenue selon l'expression de ses cadres « le centre de conception, de direction et de contrôle de l'Etat ». Le président du CNR président du Faso devenait ainsi le détenteur quasi-absolu de tous les pouvoirs et ne rendait compte qu'à sa propre conscience. Dans cette perspective, Thomas SANKARA avait créé à la Présidence du Faso des départements qui chapeautaient tous les ministères auxquels il envoyait directives sur directives sans tenir compte ni des avis ni des réalités de terrain. En outre, il a voulu militariser le régime avec cette note prise courant août 1987 qui stipulait que «désormais l'Organisation militaire révolutionnaire (OMR) considère que celui qui s'attaque au président du CNR s'attaque à elle-même et à la révolution ». Et l'OMR était unilatéralement définie comme «L'organisation politique militaire qui participe à l'exercice du pouvoir d'Etat au sein du CNR ».
Ce qui ne manque pas d'exacerber la crise au sein de la direction politique du CNR. Une crise qui a connu son pic avec les débats contradictoires au sein du gouvernement et dans certaines structures populaires. Si fait que le président Thomas SANKARA, assez allergique aux critiques, ne présidait plus les conseils de ministres au début du mandat du Ve gouvernement.
Si les observateurs voyaient en ces disfonctionnements et errements les signes d'essoufflement de la Révolution d'août, ils étaient loin d'imaginer que le président du CNR, Thomas SANKARA se refuserait à une lecture critique de l'avancée de ce processus révolutionnaire pour voir en ses échecs le fait de manigances de ses principaux collaborateurs et non de la révolution elle-même, de sa direction et des sacrifices qu'elle exigeait à un peuple, las d'attendre les retombées de son engagement et exacerbé par les abus des CDR. La plupart des structures révolutionnaires avaient commencé à désobéir aux mots d'ordre du CNR. Le 2 octobre 1987 à Tenkodogo, jour anniversaire du DOP (Discours d'orientation politique), le responsable national des étudiants parlant au nom de la jeunesse n'a pu s'empêcher de dénoncer la déviation militaro-fasciste du CNR. Thomas SANKARA considéra ce discours comme une attaque contre sa personne au lieu de reconnaître ses torts et de s'amender. Ainsi, il opta pour la manière forte en créant la Force d'intervention du ministère de l'Administration Territoriale et de la Sécurité, une force militaire, qu'il confia au mercenaire Vincent SIGUE. L'objectif était de se débarrasser des autres chefs historiques du CNR notamment Blaise CAMPAORE afin de rester, seul maître à bord. Du reste en conseil des ministres du 14 octobre 1987, le ministre de l'Administration Territoriale et de la Sécurité, Nongma Ernest OUEDRAOGO, qui savait bien de quoi il parlait, a justifié la création de la FIMATS en ces termes: «Pendant longtemps, nous nous sommes occupés de nos ennemis ; maintenant nous allons nous occuper de nos amis ».
Tout est dit et plus rien ne devrait surprendre.
Le décor du règlement de comptes était ainsi bien planté. Un plan de liquidation des chefs militaires, Blaise COMPAORE, Henri ZONGO, Jean- Baptiste LINGANI programmé pour être exécuté le 15 octobre 1987 à 20h, appelé "Opération de 20h" sera découvert et le complot éventé de justesse par des soldats qu'on a voulu mobiliser pour cette forfaiture. Ainsi Thomas SANKARA s'est fait prendre dans son propre piège aux environs de 16h le même 15 octobre 1987. Le dénouement s'est fait par les armes et ce qui devait arriver, arriva.

Le Front Populaire ou le début d'un processus rédempteur.
Après que les soldats opposés à " l'Opération de 20h" l'ont déjouée, ce qui a malheureusement coûté la vie à son instigateur Thomas SANKARA, les autres chefs historiques de la Révolution ont lancé le mouvement de Rectification dirigé par Blaise COMPAORE avec pour instance suprême, le Front Populaire. Les premières actions étaient de corriger les erreurs commises sous le CNR par la réhabilitation des personnes abusivement dégagées à l'instar des enseignants et des magistrats syndicalistes, de donner une dimension démocratique aux idéaux de la révolution.
Cinq jours seulement après l'avènement de la Rectification, soit le 19 octobre 1987, Blaise CaMP AORE prononce un discours dit «L’Appel du 19 octobre» dans lequel il prône l'ouverture démocratique du système politique. Cet appel visait d'abord à rassurer les différentes sensibilités politiques en vue de les amener à contribuer au débat national sur le cheminement vers l'Etat de droit démocratique. Dans cette optique, il autorise l'existence légale des partis politiques par une zatu (décret). Ce décret stipulait également que les organisations et partis politiques pouvaient participer « à toutes les instances où se discutent les grandes questions de la vie nationale, d'ester en justice, de disposer de moyens de presse, d'acquérir, posséder et administrer des biens, meubles, immeubles nécessaires à l'accomplissement de leurs activités ». Ces dispositions légales, il faut le dire, ont sonné le printemps des partis politiques, signe d'un pluralisme démocratique.
Ainsi s'affichait cette volonté de Blaise COMPAORE de tourner définitivement la page des régimes d'exception et de faire du Burkina Faso, une nation démocratique. Il suggère donc des Assises nationales réunissant toutes les sensibilités politiques dans le but de mieux prendre en compte les aspirations des uns et des autres. Au sortir de celles-ci, le président COMPAORE voyant la nécessité d'associer le peuple chaque fois qu'il s'agit de déterminer son destin, a mis en place une commission constitutionnelle pour l'élaboration de l'avant- projet de la Constitution. Et le 2 juin 1991, une nouvelle Constitution a été soumise à référendum aux Burkinabé qui l'ont massivement adoptée. Ainsi naît la IVe République et le pays des Hommes Intègres renoua avec la vie démocratique et la liberté...

Par Drissa TRAORE

Sankarisme
La nébuleuse

Dire du Sankarisme qu’il est une nébuleuse, n’est pas lui faire un procès d’intentions tant le concept tarde à avoir du contenu et dans la réalité ambiante, ressemble plutôt à un fourre tout. C’est donc tout naturellement qu’on interpelle ceux qui s’en réclament pour une clarification. Au point où en sont les choses c’est même une question de salubrité publique. En effet, depuis la mort du président Thomas SANKARA le 15 octobre 1987, son nom a donné des idées à des opportunistes de tous poils, qui ont fait germer tous azimuts des partis politiques, des associations et autres ONG dont les pratiques sont aux antipodes des idéaux de leur prétendu père spirituel. Les professions de foi se sont vite heurtées aux appétits et aux chocs des intérêts personnels vidant le combat de tout son intérêt et laissant un Sankarisme sans âme.

Aujourd’hui, aux vues des tribulations du milieu sankariste, certains «disciples» de Thomas SANKARA, avec du recul, ne montent plus sur leurs grands chevaux quand on leur dit qu’ils se sont laissés prendre au piège par des personnes de peu de foi. Tels de véritables nécrophages, beaucoup ont saisi la disparition du président du CNR comme une aubaine pour se faire une place au soleil dans ce monde où l’opportunisme de mauvais aloi tend à nourrir son homme. C’est dire si le mal qui ronge le milieu est congénital.
Sur le terrain politique, les empoignades entre leaders de partis sont monnaie courante. En effet, dès l’aube de la renaissance démocratique du Burkina Faso avec Blaise COMPAORE, on en a vus se donner en spectacle, en se «déchirant» pour 15 millions offerts par la veuve SANKARA, suite à un «pèlerinage» qu’ils ont effectué auprès d’elle en France. Des Sankaristes qui s’étripent pour de l’argent, avouez que cela fait désordre. Quand sait l’altruisme dont la révolution était porteuse, on ne peut que crier à la trahison de l’idéal de l’homme qui l’incarnait et par conséquent l’esprit du combat que ses héritiers prétendent défendre. Conséquence de cette chienlit congénitale, les divisions vont s’exacerber à chaque tournant de l’histoire suscitant notamment des «appétits présidentielles» insoupçonnés, parce que ne se fondant sur aucune légitimité.
En sus des partis comme la CPS et le MTP, plusieurs autres partis sankaristes verront alors le jour notamment le FFS, l’UNIR/MS et bien d’autres. En effet, au jour d’aujourd’hui, nul ne peut dresser une liste exhaustive des formations politiques de cette obédience sans encourir le courroux de certains qu’on ne manquerait pas d’omettre. De multiples tentatives d’unification vont laisser espérer les militants pour finalement faire flop tant l’instinct de préservation de son leadership est tenace chez chaque responsable de parti. Récemment encore on en a eu une démonstration avec l’UPS qui a vu le jour douloureusement pour se voir dans le même élan reniée par des responsables d’une de ses composantes. Ils ont tout simplement ressuscité leur parti, le FFS. Pourtant, si on s’accorde à dire que le sankarisme est la défense des idéaux du président SANKARA, on s’explique difficilement cette floraison de partis sankaristes, surtout qu’ils ne se font pas de cadeaux.
Le summum de la mésentente sera atteint en 2005 lorsqu’il s’est agit de choisir un candidat sankariste pour les élections présidentielles de Novembre. Faute d’entente et de consensus sur ce choix, Me SANKARA, Norbert TIENDREBEOGO et Nayabtigoungou CONGO KABORE, … prendront la ligne de départ, avec à la clé les résultats lamentables qu’on connaît et qui sont, ne leur en déplaise, à la hauteur de leur petitesse politique sur le terrain. La récente «guerre froide», pour ne pas dire chaude que se livrent Norbert TIENDREBEOGO (FFS) et son héritier, Nestor BASSIERE (UPS) aura fini par convaincre même les incrédules que l’unité des sankaristes ou un cadre unitaire pour les Sankaristes a encore du chemin pour se formaliser. Bien pire, on est en droit de penser que cela relève de la chimère, puisque certains sankaristes ne s’offusquent pas de théoriser sur la nécessité du pluralisme dans le mouvement. Comment dans un tel contexte ne pas dire qu’avec les Sankaristes, c’est l’assertion selon laquelle «les hommes politiques sont là pour régler les problèmes que l’on n’aurait pas s’il n’y avait pas de politiciens» ?
Sur le plan international, les associations et autres ONG «étiquetées Thomas SANKARA» ne feront pas mieux que les partis politiques nationaux. Elles ne servent d’ailleurs qu’à mener des campagnes dont le but ultime n’est autre que la récolte de fonds dont les destinations restent inconnues des non initiés. La célébration du 20ème anniversaire de la disparition du président SANKARA, cette année, l’aura largement montré. Le sankarisme est tout simplement une parfaite nébuleuse dans laquelle et grâce à laquelle certains se font du beurre en toute impunité ; un véritable fonds de commerce.

Et si c’est Me Sankara qui avait raison !

A voir certains Sankaristes vitupérer contre le régime qu’ils disent "corrompu" de Blaise COMPAORE, on leur donnerait le bon Dieu sans confession tant leurs prestations frisent la perfection avec tous les tremolos qu’il faut, même si dans le même temps ils se contentent de lieux communs et de raccourcis. Et pourtant, ces chevaliers sans peur et sans reproches, ne sont pas exempts de toute critique, eux dont la vie professionnelle et sociale tout simplement, est jalonnée de manquements graves à l'éthique et à la déontologie de leur métier voire aux règles élémentaires de vie en commun. Parmi ces Janus qui peuplent la galaxie sankariste, Maître SANKARA tranche du lot, avec les multiples casseroles qu'il traîne et qui nous martyrisent cruellement les oreilles, lui et ses victimes qui n’ont de cesse de lui réclamer leur dû à travers des écrits où la colère le dispute à la frustration, ne manquant aucune occasion pour se rappeler à notre bon souvenir. C'est que, le monsieur s'est "spécialisé" dans la rétention des fonds alloués aux travailleurs déflatés par suite de la liquidation de leur entreprise. Premières victimes du sieur, les ex-travailleurs de l'ex RNTC-X9 qui courent depuis plus d'une décennie derrière les millions (plus d'une cinquantaine) que Me SANKARA leur doit. Nous nous sommes largement fait l'écho de cette affaire de laquelle on retiendra qu'au motif qu'ils avaient refusé d'obéir à un mot d'ordre de grève, 35 travailleurs de cette société ont vu leurs droits légaux "confisqués" pour ne pas dire détournés par Me SANKARA, de connivence avec des «délégués du personnel», dont la plupart se retrouvent, curieusement dans des instances de son parti. Au lieu de parti on devrait plutôt parler d’association de malfaiteurs car pour un mélange de genres on peut difficilement faire plus d’autant plus que la loi interdit formellement ce type de connivence. A preuve, ni les tentatives de règlement à l’amiable, ni les supplications des pauvres travailleurs réduits à une vie miséreuse, encore moins celles des ayants droits de certains d’entre eux qui ne sont plus de ce monde, ni les décisions de justice qui le somment de rendre leurs droits aux travailleurs, n’ont pu le faire fléchir. «Droit comme un tec de Pabré», l’homme brave les éléments avec une désinvolture qui accrédite les thèses selon lesquelles notre justice a vraiment des choses à se reprocher et que notre démocratie a encore du chemin à faire pour prétendre maîtriser sa raison d’être. Si on voulait la preuve que dans ce pays il y avait deux justices, cette affaire en est une parfaite illustration. Ayant pris goût à la chose, puisque la justice est restée amorphe face à son forfait, l'avocat des causes injustes a récidivé en "bouffant" cette fois-ci l'argent des travailleurs de l'ex Faso-Fani.
Dans une lettre ouverte publiée par notre confrère Sidwaya, ceux-ci se sont plaint bruyamment sans que leur doléance ne rencontre d'écho favorable, du moins pour l'instant. Du coup, on se prend à se demander si le statut d'opposant de Me SANKARA lui confère une certaine impunité. En effet, les faits sont tellement clairs et parlants que l'on peut parler quasiment de flagrant délit. Hélas, nos juges ne semblent pas l'entendre de cette oreille, et des familles entières sont dans la désolation à cause d'un individu dont la cupidité n'a d'égal que le cynisme. Il vous souviendra, en effet, que nonobstant ces sales affaires qu'il traîne, Me SANKARA a le culot de s’ériger en donneur de leçons, comme pour dire qu’il n’avait que faire de la morale.
Le fait est tellement flagrant et révoltant qu’on en est à se demander si ce n’est pas lui qui a raison et que nous avions tous tout faux de croire que le sankarisme rime avec intégrité ! La question vaut son pesant d’or et devrait autoriser à pousser davantage la réflexion et ne pas s’en tenir uniquement aux aprioris. En effet, en matière d’intégrité on a tellement donné à la Révolution et aux révolutionnaires le bon Dieu sans confession qu’on se demande aujourd’hui si on n’a pas été trop vite en besogne et par conséquent fait fausse route. En effet, si on est d’avis que sous la Révolution l’intégrité était magnifiée, on se rappelle aussi que sous cette même Révolution des brebis galeuses avaient été prises la main dans le sac. On se rappelle aussi que certains CDR avaient brillé beaucoup plus par leurs exactions que par leur attachement aux intérêts du peuple. N’est pas tout cela, ou n’y a-t-il pas de tout cela dans le Sankarisme ? Une évidence-même, en réalité, mais qu’on accepte difficilement tant on a voulu tout en rose pour que la réalité corresponde au rêve. Mais voilà, Me SANKARA n’en a cure et comme la cruche ou la corde dans la fable qui finissent par casser, à trop flirter avec la ligne rouge il a fini par la franchir, dévoilant ainsi dans son horrible nudité le Sankarisme. Me SANKARA n’est-il pas présenté comme l’incarnation du Sankarisme pur et dur ?
Par Alpha YAYA

Blaise COMPAORE répondant à une question sur les évènements du 17 mai
Le Conseil de Salut du peuple (CSP) avait un meeting, samedi 14 mai à Bobo et tout le monde devait y être. Le vendredi 13, lorsque je voulus prendre la route de Bobo, un officier de l’Armée de l’air m’appela. Je suis allé le voir, il avait les yeux rouges. Quand je lui ai demandé ce qui se passait il m’a dit qu’il avait quelque chose de très important à me dire mais que je devais garder le secret parce que si cela se savait il dirait ne m’avoir jamais rien dit. Ainsi, il me confia qu’on allait nous arrêter. En mon fort intérieur, je me dis que si c’est à Ouaga, il serait difficile de m’arrêter ; ce qui ne serait pas le cas, si j’étais par contre à Bobo. Ainsi, je décidai de ne plus me rendre au meeting de Bobo. Toutefois, après analyse je me rendis compte que puisque le chef de l’Etat, le Premier ministre Thomas SANKARA et le chef d’Etat major Général des Armées seraient tous au meeting, je ne pouvais pas me dérober. Il fallait donc que j’y aille. Ce que je fis, me disant cependant que si les gens devaient rentrer le dimanche à Ouaga, moi je ne le ferais que le lundi car si on devait nous arrêter ce ne pourrait être qu’à partir du mardi 17 mai ; ce qui serait du reste très compliqué pour eux à Ouaga.
Le meeting était prévu pour 16h. J’arrivai à Bobo autour de 14h et allai immédiatement voir le Premier ministre Thomas pour l’informer de notre éventuelle arrestation dans la semaine. Je lui ai dit que puisqu’il en était ainsi, il devait profiter du meeting pour bien insulter les autres (ndlr : le camp du CSP favorable à son président). Ensuite, je lui conseillai de rester vigilant lorsqu’il rentrerait à Ouaga en attendant mon retour que j’avais prévu pour lundi et là, nous allions mieux nous organiser. Comme j’avais servi auparavant cinq ans à Bobo, je restai pour voir un certain nombre d’amis. (Ndlr : c’est à cette occasion que lui a été présenté Dianguinaba BARRO qui lui avait offert les mangues dont certains intervenants ont fait cas dans leurs témoignages.). Dans la même nuit, je dis à mon chauffeur de rejoindre son hôtel, le Watinoma, pendant que moi j’étais dans les appartements de la BCEAO. Je lui fis savoir qu’on allait quitter Bobo le 17 à 6h du matin. Mais vers 2h du matin quelque chose me dit de ne pas passer la nuit à Bobo et nous quittâmes alors aussitôt la ville pour arriver à Ouaga autour de 5h du matin. Nous traversâmes la ville qui était plutôt calme alors que ça bougeait autour du camp Guillaume et la maison du Premier ministre. Arrivé chez moi, c’est François COMPAORE qui ouvrit immédiatement la porte et il m’annonça que des gendarmes étaient venus la nuit pour m’arrêter. Je pensais, cependant, que c’était fini, car je ne savais pas que les chars étaient dehors. Alors je dis à mon chauffeur d’aller déposer ses affaires au camp et revenir me chercher autour de 7h pour aller à la présidence afin de savoir pourquoi on voulait m’arrêter. Quand il partit, à peine un quart d’heure après, il revint me dire que mes éléments étaient encerclés au camp. C’est là que je décidai de partir à Pô.

Par Drissa TRAORE
In L’OPINION N° 524

15 octobre
La FEDAP-BC rétablit la vérité

Les participants à la conférence donnée par la FEDAP-BC

Le 10 octobre 2008 marquait le premier anniversaire du lancement officiel de la Fédération associative pour la Paix et le Progrès avec Blaise COMPAORE (FEDAP-BC). Cet anniversaire coïncidant avec le 21e anniversaire de la renaissance démocratique du Burkina Faso avec Blaise COMPAORE (15 octobre), la FEDAP-BC a organisé plusieurs activités pour célébrer ces deux dates dont deux conférences le 11 octobre à la salle de conférences de l’UEMOA devenue exigue pour l’occasion. Il s’agissait pour cette Fédération de restituer l’histoire, pour ne pas dire la vérité à la jeune génération qui n’a certainement pas connu la période de gloire et de déclin de la Révolution démocratique et populaire (RDP) et du Conseil national de la Révolution (CNR).

Gaston SOUBEIGA, président national de la FEDAP-BC

Le 11 octobre donc, membres du bureau exécutif, présidents d’honneur, responsables des différentes structures de la FEDAP-BC se sont retrouvés pour deux conférences. La première qui avait pour conférencier M. Marcel KOURAOGO, président du Cercle des jeunes historiens du Burkina portait sur : «Portrait d’un bâtisseur». Le conférencier fera un bref aperçu sur la vie du président COMPAORE en s’attardant sur la période 1980-1987. Pour M. KOURAOGO, cette période a montré que Blaise COMPAORE n’était pas seulement un officier exemplaire mais un progressiste et révolutionnaire. C’est ainsi que COMPAORE et ses camarades coptés par le régime des colonels du CMRPN, ne tardera pas à démissionner face à l’incurie du régime qui avait supprimé le droit de grève, emprisonné les syndicalistes et réprimé sévèrement les élèves et les étudiants. Dans sa lettre personnelle de démission, COMPAORE écrit et dénonce courageusement ce qu’il a appelé : «L’improvisation et le pilotage à vue érigés en méthodes de gouvernement». Conséquences de cet affront et de cette insubordination Blaise COMPAORE, Thomas SANKARA, Henri ZONGO… seront affectés à l’intérieur du pays avec interdiction de sortir et de se déplacer hors des limites de leurs garnisons… bref, le cercle des jeunes historiens a revisité les différents régimes jusqu’au 15 octobre 1987 et qui a abouti à l’avènement du Front populaire. Une période largement explicitée par la suite par M. Gabriel TAMINI, conseiller aux affaires sociales à la présidence du Faso.
«… Dans un environnement international difficile pour les pays en développement, le président du Faso a donné la plaine mesure de ses talents d’homme politique pragmatique. Son esprit d’ouverture, de dialogue et son attachement à la culture de la paix ont été les armes favorites pour conduire le pays des Hommes intègres des errements d’une période révolutionnaire dévoyée aux voies de l’espérance d’une démocratie apaisée» telle est en substance la conclusion du Cercle des jeunes historiens du Burkina.

L’attachement de l’homme à la démocratie
La deuxième conférence était animée par le député Bongnessan Arsène YE et avait pour modérateur le Pr. Basile GUISSOU des acteurs clés de la période révolutionnaire et de la transition démocratique. Le Dr. Bongnessan Arsène YE après un bref aperçu de la période révolutionnaire a surtout insisté sur la période transitoire du front populaire qui a abouti à l’Etat de droit. Une période difficile. En effet, si dès le départ, Blaise COMPAORE a opté et sans condition pour l’ouverture démocratique, dans son propre camp et dans celui d’en face, d’autres étaient farouchement opposés. Malgré tout, Blaise COMPAORE a su avec la manière, rallier le plus grand nombre par la formation du premier noyau du Front populaire. Pour le Conseiller TAMINI, il est important d’insister sur le contexte des différentes tractations politiques. Un contexte marqué par la volonté de formations politiques marxisants, pour ne pas dire «l’intégrisme marxisant, qui voulaient s’imposer.
Mais, Blaise COMPAORE est resté imperturbable : Il faut l’ouverture démocratique. Cela va se vérifier dans la composition des premiers gouvernements de transitions (87, 88,89, 91). Bien avant l’option de la démocratie de Blaise COMPAORE se traduira par la mise d’une commission constitutionnelle élargie à l’opposition politique et à la société civile dont le MBDHP et les autorités coutumières et religieuses.
Dans le même esprit d’ouverture et dans sa volonté d’associer toutes les couches sociales du pays, Blaise COMPAORE convoquera les assises nationales pour examiner l’avant projet de constitution qui aboutira à la constitution du 2 juin 1991.
Malgré ces acquis notables, certains opposants vont par la suite réclamer une conférence nationale souveraine. A ce sujet et dans l’option qui est la sienne, Blaise COMPAORE dira : «La conférence nationale la plus achevée c’est le suffrage universel», la suite on la connaît.
A l’issue des différentes communications, plusieurs questions, témoignages et autres contributions ont été faites par les participants. La nécessité de telles conférences pour permettre à la jeune génération de connaître la «vraie histoire», loin des intoxications et autres désinformations, a été réaffirmée par les participants.
En somme, l’Etat de droit au Burkina, le développement, la liberté… la jeune génération doit savoir qu’on les doit à un homme : Blaise COMPAORE qui affirmait avec conviction que : «… En tant qu’un des acteurs premiers de cet épisode de notre histoire, j’ai tiré la leçon essentielle qu’un mot d’ordre ou un quelconque projet de société aussi juste et populaire soit-il n’a de force au-delà de la théorie que s’il est porté par des institutions démocratiques, ouvertes à l’expression de toutes les forces économiques, politiques et sociales» in les voies de l’Espérance édité en 1998...

Par Ben Alex BEOGO

Ce que pensent des Burkinabè du Sankarisme

Yaya TARPILGA : "J'évite de parler trop de la politique parce que je ne m'y connaîs pas trop. Mais il ne faudrait pas que des groupuscules se créent pour utiliser le nom de Thomas SANKARA dans le but de se faire valoir. Aujourd'hui n'importe qui se lève et il en fait de ce nom un slogan de campagne. J'ai suivi le mouvement de certains groupes mais je n'ai pas encore perçu l'idéal sankariste, la défense avec conviction des idées de SANKARA.
Pour moi l'idéal sankariste ne doit pas avoir plusieurs tendances. C'est l'unité qui doit faire la crédibilité. Mais on constate que les gens sont mus par d'autres intérêts que de défendre réellement cet idéal."

Bakary PARE : "Ces mouvements-là sont trop dispersés et n'arrivent pas à parler le même langage. Mon souhait c'est vraiment l'unité. Mais je me rends compte que c'est plutôt des intérêts individuels qui sont mis devant. C'est vraiment dommage que les mouvements sankaristes n'arrivent pas à s'accorder. On a vu des conflits de leaderships d'argent. Il fut un moment où des gens comme Me SANKARA et Norbert TIENDREBEOGO ont fait la fusion mais ça aboutit à quoi ? J'ai l'impression qu'il y a des gens mêmes qui disent défendre l'idéal sankariste, mais, qui n'ont pas leur intérêt à l'union.
Comment pour un seul homme y a-t-il plusieurs voix discordantes ?"

Sami PALM :"Je ne suis pas contre les sankaristes mais je pense qu'ils abusent de l'image de SANKARA et se détournent de l'idéologie de THOMAS SANKARA à savoir la liberté, le développement par soi-même. Je pense qu'il y a des gens qui veulent profiter de ce géant pour se faire une place au soleil.
Sinon on ne peut pas comprendre qu'il y ait une multitude de partis sankaristes sans unité politique. Je ne pense pas qu'ils sont en train de faire du bien à SANKARA en allant à rangs dispersés pour la défense de ses idéaux."

L’UPS et le FSS dans la tourmente
Les caïmans d’une même mare se battent. Tel pourrait être le titre d’une fiction cinématographique qui illustrerait bien ce qui se passe dans certains milieux Sankaristes pour ne pas les nommer le FFS et l’UPS. Le «tango-tango» politique qui se joue entre ces deux partis est vraiment désolant pour des responsables voulant défendre un idéal, le Sankarisme.
En rappel, M. Nestor BASSIERE alors président élu lors d’un congrès du Front des forces sociales (FFS), suite à une rencontre avec ses militants décident avec d’autres partis un cadre unitaire, l’Union des partis sankaristes (UPS).
L’ancien président du FFS, pour ne pas dire le fondateur Norbert TIENDREBEOGO ne partage pas l’initiative de M. BASSIERE. Précisons que pour l’élection du président de l’UPS, Norbert TIENDREBEOGO a été battu… Bref, s’en suivra alors une «guerre de raison» entre les deux «amis» politiques tous supposés héritiers de feu Thomas SANKARA. Sans rentrer dans les détails et autres tractations qui se mènent actuellement entre Norbert TIENDREBEOGO, Nestor BASSIERE et le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation sur la «paternité» du FFS, il faut savoir que c’est vraiment dommage pour l’image de ces deux responsables politiques et pour le sankarisme qu’ils disent défendre et perpétuer. De là à penser que c’est le «naam», ses honneurs et ses dividendes qui sont à la base de la chienlit au sein de la famille sankariste, le pas est vite franchi. Dans un tel contexte, on se demande comment les militants à la base regardent leurs responsables, des références politiques certainement avec regrets et tristesse pour ne pas dire désolation et honte.
Les Sankaristes peuvent-ils se surpasser pour faire un jour le bonheur du peuple burkinabé ?

Salimata KABRE : "Le sankarisme, en tout cas, est une bonne chose parce qu'il défend des idéaux d'un homme qui a éveillé, à un moment donné, l'histoire, la conscience du peuple burkinabè. Mais ce que je ne comprends pas, c'est l'existence de plusieurs mouvements, partis politiques et de structures de la société civile qui prétendent défendre les mêmes causes. Je pense que s'il est vrai que l’idéal Thomas SANKARA devait apporter l'unanimité en leur sein, ils devaient aussi pouvoir s'unir et poser vraiment des actes concrets. Il faut noter que dans ces genres de mouvements, le danger ce sont des intérêts égoïstes. Chacun vient avec sa petite idée afin de profiter de la situation. Ce grand homme n'a pas besoin de cela."

Aziz OUEDRAOGO : "Plusieurs partis sankaristes disent qu'ils sont là pour défendre les idées de SANKARA. C'est bien mais pourquoi eux-mêmes d'abord ne peuvent pas s'enttendre sur un minimum c'est-à-dire s'unir pour le même combat.
Je pense que ça y va de leur crédibilité. Sauf s'il y a certains qui ne trouvent pas leur compte dans cette vision. Il faut se dire qu’il y a toujours des gens alertes à utiliser l’idéal sankariste pour un fonds de commerce. Là c'est dommage. On est en train de salir le nom d'un grand homme. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça, mais, c’est curieux, tout de même que des gens se reconnaissant en quelqu'un ne puissent pas unir leurs forces. Ou bien ? C’est mon avis en tout cas."

Aminata SAWADOGO : "Il est même souhaitable qu'on lutte pour préserver les acquis de la Révolution dont le leader était Thomas SANKARA. Tous les Burkinabè doivent le faire et je pense qu'il y a beaucoup de choses aussi qui reviennent. Je veux parler de consommons burkinabè, l'intégrité, la conscience du bien public, l'assainissement des mœurs… Au delà de toutes prises de positions politiques le mouvement est à saluer. Mais est-ce que ceux qui l'animent sont réellement convaincus de ce qu'ils disent. Est-ce qu'ils n'ont pas d'autres intérêts à côté de ce nom-là ? Ce sont des questions qu'il faut se poser. Si nous prenons les partis politiques ce sont eux qui se font la guerre dans la presse. Tout récemment le cas du FFS c'est dommage. Comment voulez-vous prétendre être au sérieux si ce sont des leaders politiques qui montrent à la jeunesse des divergences inutiles."

Aristide SAWADOGO : "Je dirai que le sankarisme est un idéal de combat, un comportement et tout Burkinabè et Africain doit intégrer cette vision dans sa lutte pour l'émancipation des peuples noirs face aux oppresseurs. C'est un combat burkinabé, voire de tout homme parce que Thomas SANKARA fut un grand homme quoiqu'on dise. Il a fait beaucoup pour le continent. Vous savez ceux qui font du grand bruit et revendiquent le mouvement ne sont pas forcément des gens crédibles. Ils l'ont suffisamment prouvé. Mais on verra. Pour moi ce mouvement doit être plus un comportement qu'une chose politique..

 

Hommage
Watamou Lamien

Le regretté Watamou LAMIEN

« Watamou Lamien : le journal ». C’était à Radio Ouaga au début des années 80. Tous les auditeurs connaissaient cette voix, ce style particulier, très sérieux et aux analyses profondes. Ils en redemandaient.
C’était alors l’époque où de jeunes journalistes formés dans des universités étrangères (Dakar, Strasbourg, Paris, Bordeaux, Lille…) débarquaient dans tous les medias : radio, télévision et presse écrite.
C’était une nouvelle race de journalistes : des cadres, souvent politiquement engagés après une vie universitaire militante.
Au moment où, commémorant les 20 ans de Renaissance démocratique au Burkina, le parcours avec ses victoires et ses échecs, comment ne pas se souvenir des ouvriers et ouvrières de la première heure du chantier devenu aujourd’hui un édifice bien implanté ? Est de ceux-là notre confrère et camarade Watamou Lamien.
Watamou Lamien avait étudié au Centre universitaire de journalisme de Strasbourg en France. Il en était revenu muni d’une maîtrise et c’est très professionnellement qu’il avait pris en charge l’édition du 20h de la Radio nationale (encore voltaïque).
Très marqué par la sensibilité de gauche, il s’est rapidement illustré dans les combats progressistes. On le trouve dans les luttes syndicales durant le régime pourrissant de la IIIème République et on le retrouvera dans les groupuscules politiques clandestins, très actifs surtout pendant le Conseil de Salut du Peuple (CSP) 1 et 2 et pendant la Révolution Démocratique et Populaire (RDP). Entre temps, comme beaucoup d’autres, il avait cru un temps à un sursaut avec le régime du Conseil Militaire de Redressement pour le Progrès National (CMRPN) de Saye Zerbo (1980-1982).

Watamou LAMIEN (micro) en compagnie de ses anciens camarades
Sous la Révolution Watamou Lamien était un des responsables de l’Union des Communistes Burkinabé (UCB) et à ce titre, membre du Conseil National de la Révolution (CNR) où il côtoyait des camarades appartenant à d’autres organisations tels le PAI, l’ULC, le GCB et le l’Organisation Militaire Révolutionnaire (OMR).
Il assurait la liaison entre l’UCB et l’OMR qui entretenaient une alliance idéologique. Il était particulièrement proche de Blaise Compaoré avec qui il avait œuvré dans l’ombre durant la résistance de Pô puis très discrètement durant les quatre années de la Révolution.
Son tempérament calme et posé, presque taciturne, faisait de lui un idéologue écouté. En effet il n’était pas du genre excité et c’était toujours avec sang froid et lucidité qu’il analysait les situations et influençait à sa manière la marche de la Révolution d’août dont il ne manquait pas de critiquer les errements, en particulier de son premier responsable.
Il n’était pas du genre à se pavaner, kalachnikov au poing, pour impressionner ou terroriser les gens comme beaucoup d’autres le faisaient.
Au sein de l’UCB Watamou Lamien était, avec feu Patrice Zagré (mort dans la fusillade du 15 octobre), Hamidou Diallo ou encore Clément Ouédraogo (avant qu’il ne se détache), un des coordonnateurs des nombreuses cellules UCB à travers le pays.
Ce personnage lucide est l’un de ceux qui, à l’analyse des symptômes courant 1987, avaient prédit l’implosion inéluctable du CNR d’une manière ou d’une autre.
Il était persuadé qu’un redressement de la barre était nécessaire pour arrêter ce qui lui apparaissait de plus en plus comme une folie destructrice.

Fauché à la vie en 1988, moins d’un an après le 15 octobre 1987, lors d’un accident de route en se rendant à Ouahigouya, Watamou Lamien ne verra pas la naissance de l’ODP/MT le 15 Avril 1989 d’une fusion entre l’UCB, l’OMR et des fractions d’autres forces progressistes, avènement marquant le printemps du multipartisme retrouvé et l’aurore de la démocratie qu’il avait appelés de ses vœux et de ses actes.
Il a laissé en mourant une veuve à terme de leur fille.
La suite de l’histoire prouve aujourd’hui qu’il avait une vision juste en entrevoyant en 1987 la nécessité de redresser par la modération le gouvernail de la direction du pays.
Par C. A.

Témoignage
Sibiri Patrice ZAGRE, mon aîné

Sibiri Patrice ZAGRE est mon aîné de dix ans à l’Etat-civil, élevé dans une grande famille polygame où la kyrielle d’enfants était tout simplement frères et sœurs, sans plus.
C’est seulement après la disparition tragique de Patrice que j’ai su qu’il était orphelin de père et de mère, que mon père fut le légataire universel de son père tout comme moi, je venais d’être fait légataire universel de Patrice, parce qu’en plus d’être orphelin, il a quitté ce monde, célibataire et sans enfant.
En rejoignant Ouagadougou pour mes études universitaires en 1982, c’est tout naturellement chez lui que je suis, puisqu’il enseigne la philosophie à l’Université depuis 1980. Dans la maison qu’il a louée à Gounghin et où il habite, inutile de dire que j’y ai vu défiler du monde.
Certains, qui ne sont plus de ce monde auraient pu écrire ces lignes. Je dois donc me résoudre à rappeler que Sibiri Patrice ZAGRE est né vers 1952 à M’Bahiakro, dans l’ancien cercle de Bouaké, en République de Côte d’Ivoire, de feu Ounouaga ZAGRE et de feu Kalaga KABORE. Après ses études primaires en Côte d’Ivoire et secondaires à Tounouma Garçons à Bobo-Dioulasso. Ancien scoût de la génération des Jacques BAMA et Mélégué TRAORE, j’ai hérité de ses documents et manuels de formation. Il poursuit ses études supérieures à Dakar et en France, à la Sorbonne, d’où il rentre avec son doctorat en philosophie.
Intégré à l’Université dès 1980, il allie l’enseignement de la philosophie à l’Université et le militantisme au SNEA-HV puis au SUVSS (actuel SNESS) à l’activité politique semi-clandestine à laquelle j’ai été personnellement associé dès 1982.
Gros travailleur devant l’Eternel, toujours en train de lire ou d’écrire, Patrice a accepté de bon cœur et par engagement aussi, ce que certains de ses camarades n’ont pas toujours pu ou voulu accepter : Président de la commission d’attribution des parcelles à Tampouy sous le CNR, Directeur des études à l’Académie Militaire Georges Namoano de Pô, Haut-commissaire du Bazèga. Toutes ces missions, il les a acceptées au titre de la participation de l’Union des Communistes du Burkina (UCB) au sein du CNR. A l’Université, à l’Académie, au SNESS comme à l’UCB, il aurait contribué à encadrer une génération d’hommes et de femmes qui font honneur au pays et à sa mémoire.
Je retiens de lui, un grand frère serviable, intègre, honnête et aimable qui a contribué à aiguiser notre prise de conscience familiale, politique et sociale. Patrice restera à jamais un exemple d’engagement, de probité intellectuelle et morale et d’intégrité, prêt à se sacrifier pour le bonheur du peuple burkinabè.
De Kombissiri où il était haut-commissaire, il est venu au Conseil pour présenter un exposé à la réunion du CNR consacrée ce jour entre autres au code de conduite révolutionnaire. Il y a trouvé la mort, le 15 octobre 1987.
Par C.A.

Document

L’Appel du 19-Octobre 1987

Peuple combattant du Burkina Faso,
Camarades militantes et militants de la Révolution démocratique et populaire,
Lorsque le 4 août 1983 à la tête des forces populaires insurgées nous sommes entrés à Ouagadougou, nous étions tous animés, Thomas SANKARA et moi, de la ferme détermination de conduire notre vaillant peuple vers un avenir radieux.
A l’époque, j’ai fait comprendre le fait d’avoir participé activement au renversement du régime de Jean-Baptiste OUEDRAOGO ne me conférait aucun droit particulier ; car en révolutionnaire, j’ai assumé mon devoir, exercé une tâche. C’est ainsi que Thomas SANKARA qui à l’époque semblait incarner à nos yeux les aspirations de notre peuple fut choisi.
Cette attitude de principe écartait de mes camarades et moi toute ambition personnelle au détriment d’une cause dont l’essence réside dans la volonté de servir son peuple à quelque niveau que ce soit. Et c’est pourquoi aujourd’hui, je puis affirmer à notre peuple et à la face de l’Afrique et du monde entier, qu’il n’a été question, à aucun moment, ni pour mes camarades, ni pour moi, d’assouvir des ambitions personnelles, encore moins de les assouvir dans le sang de ceux qui, hier encore, étaient mes camarades, mais avec lesquels notre divergence était devenue fondamentale sur bien de questions.
Peuple du Burkina Faso,
L’accélération de l’histoire fait souvent défiler les évènements à une allure telle que la maîtrise par l’homme des faits devient impossible, rendant celui-ci artisan de situations non désirées.
Les instants tragiques que nous avons vécus le 15-Octobre courant font partie de ce type d’évènements exceptionnels que nous fournit souvent l’histoire des peuples.
Certains d’entre vous se demandent encore pourquoi le 15-Octobre ? Depuis plus d’une année, un conflit latent, puis ouvert a opposé deux conceptions antagoniques dans la révolution d’Août. Cette situation est née essentiellement de la question organisationnelle du processus révolutionnaire de laquelle découle logiquement une série de problèmes annexes non moins importants.
La politique du fait accompli du Président du CNR, si elle était compréhensible au début du processus, devenait aventuriste et dangereuse au fil des ans, voire inadmissible du point de vue des grandes orientations politiques, économiques, sociales et culturelles définies.
Plus d’une fois, la direction politique de notre pays s’est trouvée devant le fait accompli avec le déchirant et douloureux dilemme soit de désavouer telle ou telle mesure et désavouer publiquement par la même occasion le Président du CNR, soit d’être solidaire d’une mesure manifestement erronée au regard de la lutte de notre peuple.
En tant que révolutionnaires, notre travail fondamental était d’ouvrir le débat interne. Nous l’avons fait.
En tant que patriotes militants, notre mission était de l’éclairer par la critique. Ce fut fait.
Face à l’obstination et en l’absence de toute évolution, nous avions tenté d’autres approches. Mais aussi sans succès.

Camarades militantes et militants,
C’est pour nous un rétrospectif douloureux, car nous avons usé personnellement de toute notre amitié, de toute notre disponibilité, de tous les arguments auprès de celui dont nous déplorons tous aujourd’hui la disparition.
Nous avons à maintes reprises répété au camarade Président du CNR que notre barque était en train de chavirer, que les décisions étaient incomprises de notre peuple, que l’improvisation, la précipitation inutile, l’absence d’informations préalables des plus hauts responsables de l’Etat concernant les mesures les plus importantes expliquaient en partie ce naufrage.
Dans sa conception, les meilleures décisions sont celles que l’on prend seul et dans la surprise générale.
Une telle méthode ne pouvait qu’avoir des répercussions extrêmement dangereuses au sein de l’organe politique dirigeant, le Conseil national de la révolution et par voie de conséquence au sein du gouvernement et des structures populaires.
La crise atteint son paroxysme lorsqu’il décida au mois de juin dernier de dissoudre toutes les organisations de gauche. Je lui fis part de notre opposition à cette vision parce qu’étant une fuite en avant qui aurait pour corollaire la militarisation du pouvoir, la répression certaine des militants de ces organisations qui nécessairement opposeront résistance.
Effectivement, l’ampleur des réactions a été telle que lui-même fut obligé de reculer pour revenir à la charge sous d’autres formes, sans résultat aucun.
Dépité et excédé par son propre échec, le Président du CNR entame à partir de ce moment une politique sans issue de menaces, d’intimidations, d’intrigues et bien d’autres choses encore.
Mis à l’évidence en minorité, il était de son devoir, en tant que révolutionnaire, d’admettre cela et revoir sa stratégie organisationnelle. Pour lui, cela constituait un échec personnel, inadmissible et intolérable.
Il nous convoqua à plusieurs reprises à son bureau pour tenter de nous convaincre du bien-fondé de son option.
Mis chaque fois en minorité, il commença à nous présenter comme des réformistes, des ambitieux qu’il fallait promouvoir pour qu’ils se taisent. Ainsi, en ce qui me concerne, lors de la dissolution du dernier gouvernement, il me proposa au poste de Premier ministre, chef du gouvernement.
En compagnon d’armes et ami, je lui signalais que tel n’était point mon objectif. Ma préoccupation était l’avancée de la révolution dans le respect des principes. J’estime, ajoutais-je, qu’il doit demeurer le chef de l’exécutif, mais qu’il lui appartenait de respecter un minimum de règles pour que nous accomplissions les nobles objectifs de la Révolution démocratique et populaire.
L’apathie et l’indifférence des masses trouvaient leur origine dans les problèmes réels dont l’ignorance, à terme, allait liquider le processus révolutionnaire. Il fallait en tenir compte et la solution ne résidait nullement dans la nomination d’un Premier ministre.
Peuple du Burkina Faso,
Il est important que chacun de nous ait une claire compréhension de la nature politique des problèmes, car c’est loin d’être des problèmes de personne. Il s’agissait de l’avenir même de la révolution. C’est bel et bien deux tendances aux vues de plus en plus divergentes qui s’affrontaient :
- la tendance du débat démocratique pour l’avancée radieuse de la révolution d’Août ;
- la tendance de la bureaucratisation, de la militarisation et de l’affirmation d’un pouvoir personnel.
Une révolution qui se refuse au débat se bureaucratise, se fascise, fait peu, chavire, crée la médiocrité, la frustration des intellectuels et le désintérêt des masses.
Militantes et militants,
Nous étions convaincus, malgré l’obstination inqualifiable, de la solution par le débat démocratique. Au pire des cas, tous les camarades du Front estimaient que la solution douloureuse était de le démettre de ses fonctions ou qu’il démissionne de son propre chef.
Naïvement. Car au moment même où nous nous activions à la solution pacifique et révolutionnaire, l’aile bureaucratique s’affairait à notre insu à un dénouement brutal, violent et sanglant.
Ainsi, le 15 octobre, nous fûmes tous avisés de la tenue d’une réunion de concertation à 20 heures, au siège du Conseil national de la révolution dont le comité central ne s’était point réuni depuis plus de deux mois.
Naïvement encore, nous allions nous rendre à cette réunion, toujours animés de la ferme volonté de faire triompher la vérité dans le débat contradictoire.
Dans notre dos, traitreusement, des mesures scélérates étaient prises :
- mise en état d’alerte à mon insu de certaines unités de la 5e région militaire dont je suis pourtant le commandant. Cela s’est fait aussi dans l’ignorance totale du commandant en chef du haut commandement des Forces armées populaires :
- distribution massive d’armes à plusieurs éléments ;
- information de certains éléments de la garde présidentielle et de certains responsables de la sécurité de l’assaut final à 20 heures contre les «traîtres» tels qu’il nous présentait. Au cours de ladite réunion, nous devions être tous encerclés, arrêtés et fusillés.
- Ce secret lourd, peu d’hommes peuvent le garder, surtout s’ils savent que cette bassesse était dirigée contre des compagnons d’armes. C’est pourquoi dès que cette information fut connue des soldats de la sécurité du Conseil de l’entente, la tension est montée entre les éléments de la garde présidentielle et ceux du Conseil. Cette tension n’a pu être apaisée lors de la réunion du jeudi 15 octobre au matin, réunion organisée par le responsable de la sécurité du Conseil.
Elle devait dégénérer dans l’après-midi lorsque les éléments de la sécurité du Conseil, opposés à l’exécution du complot de 20 heures, décidaient de prendre les devants. En effet, le Président du CNR et ses hommes n’avaient pas compté avec la vigilance du peuple, notamment certains éléments de la garde présidentielle elle-même et ceux affectés à la sécurité au siège du CNR.
Informés à temps, les révolutionnaires sincères se sont insurgés, déjouant le bain de sang inutile.
En tant que révolutionnaires, nous devons avec courage assumer nos responsabilités. Nous l’avons fait à travers la proclamation du Front populaire. Nous continuerons à le faire sans faille et avec détermination pour le triomphe des objectifs de la révolution d’Août.
Ce dénouement brutal nous choque tous en tant qu’êtres humains et moi plus que quiconque pour avoir été son compagnon d’armes, mieux son ami.
Aussi, pour nous, il reste un camarade révolutionnaire qui s’est trompé. En tant que révolutionnaires, nous lui devons une sépulture digne de l’espoir qu’il a suscité à un moment donné de sa vie.
Cependant, lorsqu’il s’agit des questions politiques et surtout de la direction de la gestion d’un Etat, d’une nation, d’un peuple, nous nous devons d’aborder les questions sans excès de sentimentalisme.
Le refus obstiné de tout débat démocratique, le pouvoir personnel et l’absence de toute critique avaient fini par rendre l’homme incontestable et incontesté. Pour nous, cette méthode de travail a eu trois conséquences principales et fatales pour le processus révolutionnaire :
- le développement d’un arrivisme indécent, chacun voulant plaire au chef, le flattant bassement et finalement le conseillant à l’élimination de tous ceux qui apparaissaient comme des obstacles et ses méthodes de direction étouffantes, c’est-à-dire révolutionnaires conséquents ;
- l’installation d’une peur indicible, d’une lâcheté de beaucoup de camarades qui, soit pour ne pas déplaire, soit pour leur sécurité, ont choisi la solution de la résignation, de la résistance passive et du silence ;
- un aventurisme et un spontanéisme sur les plans économique, politique, social et culturel dont nous devons dès maintenant éliminer les conséquences.
Ce lourd climat a entraîné une démobilisation à tous les niveaux.

Militantes et militants de la Révolution démocratique et populaire,
Le mouvement de Rectification du processus révolutionnaire que dirige le Front populaire a donc été favorisé par les évènements du 15 octobre 1987. Nous sommes convaincus que notre peuple qui sentait déjà la nécessité d’une rectification y participera avec détermination et soutiendra le Front populaire.
Cette révolution, il faut le dire, avait fini par ne plus exister que dans le discours, vidant ainsi les structures insurrectionnelles de leur contenu. C’est pourquoi, il faut travailler à y faire renaître la révolution afin qu’elles puissent jouer pleinement le rôle qui leur est dévolu.
Aujourd’hui plus que jamais, nous devons donner une vie démocratique à nos structures par la pratique de la critique et de l’autocritique, des débats larges et démocratiques et dans le respect du centralisme démocratique sous la direction du Front populaire, organe dirigeant suprême.
En ces moments particulièrement difficiles où l’ampleur, la complexité et l’exigence des tâches à accomplir sont de nature à entretenir le doute quant à l’irréversibilité de notre victoire sur l’impérialisme, la réaction, la contre-révolution et l’opportunisme, je vous invite au travail, convaincu que vous saurez vous départir du défaitisme, de la capitulation, du sentimentalisme sans bornes et de la politique des bras ballants.
Les besoins de notre peuple sont immenses et aucun peuple n’a pu construire son bonheur sans payer le prix correspondant. Pour coordonner nos efforts et les rendre les plus rentables possible, le Front populaire va bientôt publier un programme d’action rédigé à partir du bilan critique des quatre années de révolution.
Au nom du Front populaire, je lance un appel aux ouvriers, paysans, soldats, intellectuels révolutionnaires, démocrates et patriotes du Burkina, à toutes les organisations révolutionnaires et patriotes, à toutes les organisations de masse révolutionnaires et démocratiques (CDR, UFB, UNAB, syndicats, organisations de jeunesse, etc.) pour qu’elles participent à la tâche de rectification, d’approfondissement du processus révolutionnaire et à l’œuvre de construction de notre partie.
Au nom du Front populaire, je réaffirme :
- notre solidarité avec tous les peuples, les nations et pays en lutte pour leur liberté, leur indépendance et leur souveraineté nationale;
- notre soutien au principe du non-alignement et de la coexistence pacifique avec tous les Etats à systèmes socioéconomiques différents.
La patrie ou la mort, nous vaincrons !.

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