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LA UNE du 05 au 11/11/2008
ACTUALITE : N°578 du 05 au 11/11/ 2008

L'éducation pour tous
Lueurs d'espoir dans les Hauts-Bassins et les Cascades

Les gouverneur des Hauts-bassins (en boubou) a donné un cachet particulier à cette caravane en parrainant la cérémonie de clôture

Après les régions de l'Est et du Centre-Est du 12 au 16 octobre, la caravane de presse en faveur de l'accélération de l'éducation initiée par le Réseau des journalistes et communicateurs pour l'éducation/Genre et développement (REJCED) a sillonné du 26 au 30 octobre 2008 les Hauts-Bassins et les Cascades. Cette série d'activités de plaidoyer a connu son apothéose au complexe scolaire de Colma à Bobo-Dioulasso sous le parrainage du gouverneur des Hauts-Bassins, Pascal T. BENOU.

 

 

Une salle de classe sous paillote à Zamakolo, un village du Kénédougou. La Coopération allemande avait promis de construire une école en maériaux définitifs pour ce village en 2006. Mais depuis, rien n’y fit

Partie de Pantaloana, village de la commune de Bilanga dans la Gnagna le 13 octobre dernier, avec pour objectif principal de contribuer au plaidoyer pour le relèvement du taux de scolarisation, tout en sensibilisant les populations à inscrire davantage les enfants à l'école, la caravane de presse en faveur de l'accélération de l'éducation dans les régions de l'Est, du Centre-Est, des Hauts-Bassins et des Cascades s'est achevée le 30 octobre sur une note d'espoir. Elle pourrait en effet "créer un regain d'intérêt pour les investisseurs et les acteurs sociaux afin qu'ils s'investissent pour l'atteinte des objectifs de l'EPT d'ici à 2015", a relevé le gouverneur des Hauts-Bassins, Pascal T. BENON, lors de la cérémonie de clôture de ladite caravane le mercredi 29 octobre 2008.
Inscrite dans les politiques de développement du Burkina Faso comme la priorité des priorités, l'éducation est cependant confrontée à des obstacles qui freinent toujours son accélération. S'il s'avère que l'Etat et ses partenaires au développement notamment l'UNICEF, déploient d'énormes efforts pour l'atteinte de l'EPT, il y a que les communautés à la base, elles, ne jouent pas pleinement leur partition.

Les élèves de la classe du CP1 de l’école de Djigouèra. Pendant que eux sont en classe, deux de leurs camarades sont victimes des pésenteurs socio-culturelles qui les maintiennent à la maison.
En parcourant les localités de Bobo, de Guena, d'Orodara et de Djigouèra dans les Hauts-Bassins et celles de Yindéré et de Banfora dans les Cascades, la caravane a permis de constater que d'une localité à une autre s'il est une réalité que les populations ont une certaine prise de conscience collective sur l'importance de l'école, les pesanteurs socioculturelles sont handicapantes. De la pauvreté des ménages aux obstacles socioculturels, l'éducation au Burkina, notamment dans les régions suscitées, reste confrontée à de nombreux défis. En premier lieu, la prise de conscience des communautés sur l'importance de la scolarisation des enfants, notamment celle des filles.
L'exemple donné par le village de Guena dans la province du Kénédougou est assez édifiant. Bénéficiant d'un complexe scolaire courant 2007, les habitants de Guena ont vite compris l'importance de l'école et ce, grâce aux actions de sensibilisation des mères éducatives. Par le passé dans les années 1985, le recrutement des élèves se négociait avec les parents. L'unique école à trois classes était peu fréquentée et les filles se comptaient à peine parmi les effectifs. "Pendant longtemps, nous avions pensé que la fille n'était destinée qu'à faire du ménage mais maintenant nous avons compris que nos filles méritent d'aller à l'école" a soutenu l'imam du village, lors des échanges avec les caravaniers. Un changement de mentalités qui a bien induit des effets positifs dans ce village. En effet, depuis la rentrée scolaire 2006-2007, le nombre des filles ne cesse de s'accroître. Cette année, dans la classe de CM2, sur la cinquantaine des effectifs, les filles sont au nombre de 35. Pour marquer son grand intérêt pour l'école, la communauté a, elle-même, construit un logement pour enseignants.
Les parents sont toutefois inquiets pour l'avenir de leurs enfants, particulièrement celui des filles. L'absence d'un collège à proximité fait qu'ils n'arrivent pas à mieux les encadrer après leur admission au Certificat d'études primaires. Loin de leurs parents, les filles sont exposées à des risques de grossesses indésirées. Beaucoup de parents ont témoigné qu'ils ont été désappointés en voyant leur fille revenir du collège avec une grossesse. Ici se pose la problématique de l'enseignement post-primaire. Le chef de programme éducation de l'UNICEF, Mamadou BAGAYOGO, a évoqué la construction des maisons communautaires de la jeune fille comme solution palliative à la sécurité et à l'intégrité physique des filles admises au collège.
Autre lieu, autre réalité. A Yendéré, village frontalier dans la Comoé, avec la crise ivoirienne qui a occasionné les rapatriements, l'Etat en partenariat avec l'UNICEF a construit un complexe scolaire pour une meilleure scolarisation des enfants. Cependant là-bas, la communauté semble avoir peu d'intérêt pour l'école. En effet, les parents préfèrent par exemple voir leurs filles faire du petit commerce et les mariages précoces sont fréquents. Depuis l'inauguration du complexe scolaire en mars 2008, les mères éducatrices se sont engagées dans la sensibilisation. Selon le directeur provincial de l'Enseignement de base et de l'Alphabétisation de la Comoé, Jean-Etienne ZOUNGRANA, le département de Niangoloko dont relève Yendéré a le taux de scolarisation le plus faible de la Comoé. "Il y a tout de même une évolution positive, dit-il, grâce à la sensibilisation". Mais une autre barrière se dresse sur le chemin de la scolarisation des enfants dans cette localité. Il s'agit du phénomène des écoles coraniques. Nombre de parents préfèrent d'abord y envoyer leurs enfants avant de songer à l'école classique. Le problème est qu'après les avoir maintenus deux ans environ, ils exigent qu'ils soient inscrits en classe de CE1 parce qu'ils ont déjà fait deux années dans l'enseignement coranique. Ce même problème est rencontré à Djigouéra où, toutefois, il y a une insuffisance des infrastructures notamment au niveau de l'éducation non formelle. Situé dans le Kénédougou, Djigouéra dispose d'un CEBNF pour au moins cinq villages dont certains sont distants de plus de 15km tels que N'Dorola et Kagnan.
A la différence de Yendéré, où l'un des deux CEBNF ne dispose que de cinq apprenants, celui de Djigouéra a un effectif provisoire de 52 élèves dont 10 filles. Une dizaine d'apprenants inscrits compte commencer les cours après la récolte des champs.

Sensibiliser encore et encore
"L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde". On pouvait lire cette citation au-dessus du tableau sur du papier kraft dans la salle de CE1 de l'école de Djigouèra. Si seulement ces élèves de CE1 au nombre de 47 dont 18 filles pouvaient se servir de cette maxime pour mieux travailler à l'école et surtout pour ne pas décrocher. Puisque dans la classe de CP1 de cette même école, deux filles ont été obligées par leurs parents d'abandonner l'école pour aider aux ménages et aux travaux champêtres. Il semble que les tentatives de médiation pour convaincre les parents à revenir sur leur décision furent vaines. L'Etat burkinabè a pourtant pris la décision de rendre l'école obligatoire et gratuite. Une chance qui est en train d'échapper à ces deux filles de Djigouèra quoique l'on dise que force doit rester à la loi. Le fait qu'elles soient nées de parents avec une mentalité hostile à l'école doit-il les priver de jouir de leur droit à l'éducation ? La question mérite d'être posée.
Quant à la gratuité de l'école, elle fait encore l'objet de polémiques au sein des parents d'élèves. Le concept semble incompris dans la réalité. De Guena à Orodara en passant par Djigouèra jusqu'à Yendéré, nombre de parents d'élèves estiment qu'on ne peut parler de gratuité de l'école tant les cotisations des APE sont contraignantes et souvent trop élevées pour leur bourse. Au complexe scolaire de Sarfalao par exemple, la cotisation APE est fixée à 3600F CFA par élève et des parents pensent que cela ne les encourage pas à inscrire tous leurs enfants. Si ces cotisations sont incontournables au fonctionnement des écoles, il est souhaitable de revoir leur nature. On pourrait par exemple permettre à ceux qui n'ont pas de la liquidité de contribuer avec des céréales ou autre chose.
Par ailleurs, comme l'a si bien indiqué le gouverneur des Hauts-Bassins : "l'atteinte de l'objectif de l'éducation pour tous au Burkina doit devenir l'affaire de tous". Et c'est là tout le sens des activités d'alphabétisation de l'association Munyu des femmes de la Comoé basée à Banfora. Créée en 1992 avec 80% des adhérentes analphabètes, elle compte aujourd'hui en son sein 75% d'alphabétisées. Elle a pu ouvrir 290 centres d'alphabétisation dans plus d'une centaine de localités de la Comoé et de la Léraba et former les jeunes filles aux métiers divers. A son image, l'association Yeleen à Bobo-Dioulasso créée par les femmes rapatriées de Côte d'Ivoire en plus des activités génératrices de revenus fait également de l'alphabétisation une de ses priorités.
En un mot comme en mille, l'atteinte de l'objectif de l'éducation pour tous d'ici à 2015 ne pourra être acquise sans une participation effective et efficace de toutes les composantes de la société. L'Etat joue pleinement sa partition, mais il faut relever que la demande en éducation dépasse l'offre. Ce qui rend les classes pléthoriques en effectifs. Certes dans certaines localités, on constate un faible engouement des parents pour l'école, mais dans l'ensemble, les parents prennent de plus en plus conscience de la nécessité de scolariser les enfants. C'est ce qui explique en partie l'ouverture de salles de classes sous paillotes ou des abris précaires… Tout compte fait, l'Etat est constamment interpellé sur le front de l'éducation, les communautés à la base aussi.

Par Drissa TRAORE

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