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LA UNE du 05 au 11/11/2008
EDITORIAL : N°578 du 05 au 11/11/ 2008

Des plumitifs entre révisionnisme et manichéisme

Que reprochent-ils au ministre SAVADOGO ? De s’être exprimé sur un sujet qu’il ne connaîtrait pas pour la simple raison qu’il n’était pas au Conseil de l’Entente ce 15 Octobre 1987 ; qu’il ne serait pas concerné parce qu’il n’était pas au nombre des protagonistes ; que ce n’était pas le gouvernement qui était mis en cause mais Blaise COMPAORE… Or, et aussi curieux que cela puisse paraître dans le même temps, les auteurs de ces observations se livrent à des affirmations péremptoires sur les évènements du 15 Octobre avec une telle conviction et une telle précision qu’on croirait qu’ils y étaient alors qu’il n’en est rien. Ce qui est valable pour le ministre ne devrait-il pas leur être appliqué, si tant est que nul n’a le droit de s’exprimer sur des faits qu’il n’a pas vécus de lui-même ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la « radio mondiale » en a eu pour son compte ces jours-ci. Pour avoir ouvert ses micros et ses ondes aux élucubrations d’un Prince JOHNSON, un personnage aussi peu recommandable qu’il est crédible, et tenter de fourguer à ses auditeurs une vieille histoire sous la forme d’un scoop, elle a dû, à défaut d’avoir le courage de faire honnêtement son mea-culpa, botter en touche en faisant jouer le droit de réponse et celui de poursuite pour se dédouaner à peu de frais. On a ainsi pu entendre Filippe SAVADOGO, ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Porte-parole du Gouvernement, Stephen SMITH, son correspondant dans la région en 1987, Amara ESSY, ancien ministre des Affaires étrangères de Côte d’Ivoire et envoyé spécial à plusieurs reprises du président Houphouet-BOIGNY auprès du président SANKARA et Christophe BOISBOUVIER, un de ses journalistes, spécialiste du Burkina à ses heures perdues. Chacun avec ses mots et ses raisons a dit les réserves qu’il avait sur les prétendues révélations de Prince JOHNSON, s’est étonné de l’intérêt qu’on leur a accordé.
Est-il vraiment utile de revenir sur ce vrai faux scoop qui n’a déjà que trop fait couler d’encre et de salive et qui a rapidement fait « putsch » en se dégonflant comme une vulgaire baudruche ? En lui-même certainement non ! Tout comme sur les éventuelles spéculations sur les motivations de ses acteurs. Tout cela contribuerait à donner à une manipulation de bas étage une importance qu’elle ne mérite pas, tant elle est cousue de fils blancs et ne résiste devant aucune analyse honnête, même sommaire.
Cette affaire présente tout de même un réel intérêt avec ses multiples effets collatéraux, dont le moindre n’est pas la levée de boucliers de certains milieux, contre le droit de réponse exercé par le Porte-parole du Gouvernement ou encore le révisionnisme outrancier de certains, qui se défaussent sur les paroles d’un sadique et pervers assassin qui ose avec aplomb affirmer que Samuel DOE s’est suicidé alors que presque toute la planète entière a vu le film de sa torture et de sa mise à mort par ses hommes pendant qu’il se délectait de la scène. A croire nos spécialistes de la communication d’un jour, Filippe SAVADOGO aurait manqué une occasion de se taire, dans le fond comme dans la forme. Pour le dire ils ont utilisé tous les tons, des plus doctes aux plus railleurs, à telle enseigne que dans l’une ou l’autre situation, on se demande s’ils se prennent vraiment au sérieux ou s’ils se sont simplement donné le temps de se relire.
Que reprochent-ils au ministre SAVADOGO ? De s’être exprimé sur un sujet qu’il ne connaîtrait pas pour la simple raison qu’il n’était pas au Conseil de l’Entente ce 15 Octobre 1987 ; qu’il ne serait pas concerné parce qu’il n’était pas au nombre des protagonistes ; que ce n’était pas le gouvernement qui était mis en cause mais Blaise COMPAORE… Or, et aussi curieux que cela puisse paraître dans le même temps, les auteurs de ces observations se livrent à des affirmations péremptoires sur les évènements du 15 Octobre avec une telle conviction et une telle précision qu’on croirait qu’ils y étaient alors qu’il n’en est rien. Ce qui est valable pour le ministre ne devrait-il pas leur être appliqué, si tant est que nul n’a le droit de s’exprimer sur des faits qu’il n’a pas vécus de lui-même ? Assurément, c’est là une fausse querelle et un argument pour le moins fallacieux et spécieux même dans une plaisanterie entre copains à la sortie d’une soirée bien arrosée. Que dire alors quand il s’agit d’une affaire de l’ampleur de celle dont il est question et sur laquelle les faits tendent à perdre toute objectivité pour ne représenter que les opinions ou les accointances politiques des uns et des autres ? Que celui d’entre eux qui était sur les lieux du drame du 15 Octobre 1987 au moment des faits, lève la main !
Par ailleurs, y a-t-il un seul Burkinabè digne de ce nom comme l’a écrit l’autre, qui ne soit pas concerné par ces évènements ? Nous ne le croyons pas, pour la simple raison qu’ils ont profondément marqué le cours de notre destinée commune et qu’ils font partie du patrimoine de notre histoire. Et cette histoire-là, nous en sommes tous acteurs et tous comptables. A des niveaux divers, et avec des responsabilités différentes, certes, mais avec les mêmes droits d’en parler et d’émettre nos avis. C’est d’ailleurs ce que font si bien nos censeurs qui ne se privent rien au point d’exiger de n’entendre et de ne lire que leur vérité. S’ils en voulaient la preuve, ce type de manichéisme est l’expression la plus achevée de la manipulation politicienne dont ils sont les objets et qu’ils servent à leur tour. Il est vrai, maladroitement !
Parce que soutenir que cette affaire ne concernerait que Blaise COMPAORE et pas le gouvernement c’est remettre en cause tout le processus engagé par l’Etat et qui a conduit à toutes les transformations sociopolitiques, à commencer par l’avènement de la IVe République qui leur permet d’opiner comme ils le font. Et puis, même si chacun a son opinion sur les « révélations » de Prince JOHNSON, rien ne permet d’exclure l’hypothèse d’une tentative de nuire aux intérêts du pays à travers son président. Dans une telle occurrence, qui mieux que le Porte-parole du Gouvernement est le plus habilité à répondre dans le cadre d’une stratégie de communication bien mûrie et responsable ? En effet, suggérer que le président du Faso soutienne la contradiction avec un individu tel que Prince JOHNSON relève tout simplement de l’hérésie. Avant donc de s’ériger en conseillers bénévoles, certains feraient mieux de réviser leurs leçons.
Dans la même veine, on s’étonne que certaines personnes qui avaient depuis des années leurs scénarios des évènements du 15 Octobre 1987 fondés sur des témoignages « sûrs », acceptent de les remettre aussi facilement en cause du fait des propos de Prince JOHNSON. C’est à croire qu’ils ne sont sûrs de rien du tout et qu’ils donneraient quitus à n’importe qu’elle version qui leur serait servie, l’essentiel étant qu’elle pointe un doigt accusateur sur Blaise COMPAORE. En effet, le témoignage de Prince JOHNSON est si grotesque qu’on a de la peine à les voir y mordre ou faire tout simplement semblant. Ce qui est certain, c’est que cette énième exploitation politicienne du drame du 15 Octobre 1987 n’est pas pour rehausser la mémoire du président SANKARA. En effet, à bien d’égards certains témoignages tendent à ramener le héros à des proportions beaucoup plus humaines. Si on n’y prend garde, et comme nous n’avons de cesse de le dire, au rythme où on va, des « choses » finiront par sortir et qui terniront des idéaux forgés sur de simples mythes.

Par Cheick Ahmed

ilingani2000@yahoo.fr

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