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LA UNE du 12 au 18/11/2008
DOSSIER : N°579 du 12 au 18/11/ 2008

Partenariat Afrique - Allemagne

Le Forum d'Abuja pour bousculer les obstacles

Les 7, 8 et 9 novembre 2008, s'est tenu à Abuja au Nigeria le 4 e Forum de l'Initiative Partenariat avec l'Afrique sous le thème : "Les obstacles au partenariat, comment les surmonter ?".

Blaise COMPAORE à l'ouverture du forum

Des chefs d'Etat et de gouvernement ont pris part à cette rencontre dont le président du Faso Blaise COMPAORE. Ce dernier s'est prononcé notamment sur la question des obstacles politiques.

Après Accra (Ghana) en 2007, c'est Abuja (Nigeria) qui a accueilli les 7, 8 et 9 novembre 2008, le 4 e Forum de l'Initiative partenariat avec l'Afrique qui est un projet lancé conjointement par le président de la République fédérale d'Allemagne, Horst KÖHLER, et la Fondation Zeit Ebelin et Gerd Buceruis.

L'ouverture du Forum intervenue, le vendredi 7 novembre 2008, dans la salle de conférence Lasi Kwali, s'est effectuée en présence du président allemand Horst KÖHLER, du président nigérian Umaru Musa YAR'ADUA, du président du Faso, Blaise COMPAORE, du représentant du président du Ghana, John KUFFOR ; de chefs de gouvernement et autres présidents d'institution. Prenant la parole pour son mot de bienvenue, le président allemand Horst KÖHLER a soutenu que le monde où nous vivons devient plus petit en ce sens que les hommes dépendent de plus en plus les uns des autres et que l'Afrique a besoin de l'Europe tout comme l'Europe a aussi besoin de l'Afrique.

Les présidents KÖHLER, Yar'ADUA et Blaise COMPAORE

Du point de vue de M. KÖHLER les actions des uns et des autres sont loin d'être à la mesure de cette prise de conscience. C'est ainsi qu'il a campé le décor de cette rencontre qui s'est penchée sur les obstacles au partenariat entre l'Afrique et l'Europe, notamment l'Allemagne. S'adressant aux invités présents dans la salle, le président allemand a fait le constat que les hommes et les femmes qui se rencontrent là ce jour (ndlr : vendredi 7 novembre2008) sont très différents.

"Nous avons certainement des opinions différentes. Nos apparences diffèrent. Nos cultures diffèrent. Nous différons du point de vue de notre responsabilité", a-t-il relevé. Pour lui, l'essentiel est que tous partagent la même conviction que cette différence peut engendrer la sagesse. Une sagesse non individuelle mais plutôt accessible à tous et à toutes.

 

Deux scénarios différents du monde actuel

Le vice-président Ghanéen Alhaji ALIU en entretien avec le président du Faso

La lecture du contexte mondial actuel faite par M. Horst KÖHLER lui a permis de dresser deux scénarios différents. Primo la crise financière conduit l'Occident vers l'égocentrisme et le protectionnisme. La croissance s'effondre en Chine. Les prix des matières premières sont en baisse, les investissements cessent dans les pays d'Afrique, les budgets de la coopération au développement font l'objet de coupes draconiennes.

Sur le continent africain, les conflits sont ravivés, sanglants, la pauvreté et la migration explosent, le changement climatique n'intéresse plus personne. Le nouvel ordre mondial s'appelle le chaos. Secondo, la crise financière conduit à des remises en question.

Les pays industrialisés comprennent qu'il est dans leur intérêt premier d'œuvrer de toutes leurs forces à ce que ce monde globalisé puisse retrouver la confiance.

Ils apprécient le forum

Blaise COMPAORE, président du Faso

"Nous avons beaucoup de rencontres d'accords avec l'Europe, mais il reste que sur le terrain il y a des indicateurs qui montrent que le partenariat n'est pas au beau fixe. Ne serait-ce que sur le plan de la compréhension entre nos deux peuples et cela n'aide pas les actions communes en faveur du développement économique, social du continent. Nous abordons ces questions sur le plan d'ordre historique. Nous savons que ces deux continents ont eu des rapports historiques dont les traces sont toujours vivantes. Ce qui fait qu'aujourd'hui, il y a des difficultés à comprendre que l'Afrique c'est un autre monde avec ses spécificités, ses diversités. Nous espérons que l'Europe va comprendre que c'est un continent qui a besoin de savoir-faire, de participer au marché mondial. Nous sommes contre un certain niveau de subvention sur certains produits notamment là où nous avons de la compétitivité. Nous avons abordé les obstacles pour lesquels l'Afrique a une grande responsabilité.

Lorsque nous allons à Lisbonne (Espagne), on se rend compte que l'Europe est un ensemble cohérent qui parle d'une seule voix, avec des propositions mieux harmonisées. Alors que l'Afrique, du fait de la faiblesse de son intégration, reste encore face à l'Europe assez désunie sur les questions économiques que politiques. Nous avons souligné pour l'Afrique la nécessité d'avoir une bonne gouvernance car nous attendons de l'Europe l'aide publique, l'investissement du secteur privé sur le continent africain. Nous constatons cependant que l'Afrique mobilise davantage de ressources pour les questions humanitaires, le rétablissement de la paix, la lutte contre la corruption, la mauvaise gestion. Nous disons que tout cela ne crée pas de terrain favorable à l'investissement privé et à l'aide publique européenne.

Face à cette crise économique, qui a donné une leçon aux pays développés, montré qu'ils ont aussi des faiblesses, le monde aujourd'hui a besoin d'une solidarité plus grande entre nations. A partir de ce débat, nous pensons qu'il sera dégagé des pistes pour un partenariat beaucoup plus fort, sincère, plus ouvert.

Les peuples doivent mieux se connaître. Il faut que les échanges humains entre les deux continents soient encore plus forts "

 

Alain B. YODA, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale

"C'est une rencontre au cours de laquelle, il y a eu des échanges francs, directs, comme vous l'avez constaté en dehors de la présence des médias. Tout simplement parce que les gens voulaient se dire la vérité sur les obstacles du partenariat avec l'Europe notamment avec l'Allemagne. Vous savez bien qu'il y a des obstacles à la fois politiques, économiques et sociales. Ce qu'on peut retenir et qui a été essentiellement développé par le chef d'Etat Blaise COMPAORE, c'est que, on ne se connaît pas bien. Nous conservons toujours des attitudes que l'histoire a fini de gommer en principe. Aussi, si on ne se débarrasse pas des oripeaux historiques, il sera très difficile qu'on ait un partenariat franc. Cela appelle à la responsabilité de tout un chacun. Les pays africains doivent développer une meilleure gouvernance, une meilleure stratégie, avoir des projets qui nous amènent le développement. Les pays européens quant à eux doivent nous considérer comme des êtres majeurs. La plupart des pays africains sont assez majeurs parce qu'il y a une gouvernance, des projets et visions pour le développement de l'Afrique qui sont mis en route. On constate aujourd'hui qu'on se réunit à divers niveaux et on ne fait pas appel à l'Afrique. Ceci n'est pas normal. Cela a été reconnu aussi bien par les chefs d'Etat et de gouvernement présents que par notre partenaire allemand venu avec une forte délégation avec à sa tête le président allemand, Horst KÖHLER. Nous pensons que ces genres de rencontres sont débarrassées de toutes fioritures liées au protocole et aux non-dits pour vraiment aborder les problèmes de fond et essayer de trouver les solutions. On en sort mieux décomplexé des problèmes entre l'Afrique, l'Europe et avec l'Occident de façon générale".

Le président Allemand, Horst KÖHLER e, audience avec Blaise COMPAORE

On veille, dans le cadre des stratégies de gestion de crise, à ce que le ralentissement économique ne heurte pas de plein fouet les pays émergents ni les pays en développement ; la communauté internationale parvient à mener à terme le cycle de Doha avant la fin de l'année ; un système d'échange multilatéral, équitable et favorable au développement émerge ; un vaste programme d'investissements pour l'avenir dans les infrastructures et l'éducation lancé à l'échelle mondiale et axé sur les pays les plus pauvres ; les producteurs et les pays acheteurs de matières premières luttent ensemble de manière énergique contre le trafic illicite de ces matières ; là où les conflits éclatent, comme c'est le cas au Congo et au Soudan, les partenaires régionaux des parties en conflits prennent leurs responsabilités, travaillent à éviter les effusions de sang et la violence, et soutiennent les efforts pour trouver des solutions basées sur le droit ;

les pays industrialisés reconnaissent leur part de responsabilité dans le changement climatique et les conséquences qui en résultent pour les pays pauvres ; le Nord n'abandonne pas le Sud à son sort ; une politique de développement est élaborée pour la planète tout entière ; un nouvel ordre mondial émerge dans un esprit de coopération.

De ces deux scénarios d'une part qui donnent à voir un monde chaotique et, d'autre part ; un monde de solidarité et de partage, Horst KÖHLER refuse d'être pessimiste et trop idéaliste. "Je sais, le monde ne sera jamais aussi lumineux que nous le souhaiterions. Mais il ne sera, sans doute, jamais non plus aussi sombre que nous le craignons", s'est-il voulu réaliste. Selon lui, le fait que presque tout ce qui accable le monde actuellement est le résultat des actes de femmes et d'hommes, il y a espoir que ceux-ci puissent corriger ce qu'ils ont provoqué car des enseignements, ils en ont tirés. Ces enseignements M. KÖHLER pense qu'ils résident dans la confiance, "une matière première" dont a besoin le monde. "Et cette matière première, c'est à nous et à nous seuls, qu'il revient de la produire", a-t-il clamé. De son point de vue, la crise actuellement n'est pas que négative le fait qu'elle a pour origine les pays industrialisés, ceux qui jusqu'ici se sentaient les plus forts.

Leurs propres erreurs leur ont appris qu'ils sont aussi vulnérables. Le président allemand souhaite que les pays industrialisés tirent de cette expérience une plus grande modestie et une meilleure capacité d'apprentissage. Pour cela, il a préconisé un nouvel ordre pour l'économie mondiale, "un ordre qui mette le capital au service de l'homme au lieu de le dominer et au sein duquel la luttecontre la pauvreté et contre le changement climatique soit définie en tant que tâche cruciale incombant à tous".

 

La nécessité d'un partenariat mondial

Le président de la République fédérale du Nigeria, dans son mot d'ouverture, n'a pas manqué de saluer ce Forum qui se tient dans sa capitale et dont le thème est plus que d'actualité et interpelle tous à divers niveaux. La mondialisation étant désormais un fait, il appartient aux Etats du monde d'inventer une nouvelle forme de partenariat inclusif. Pour lui, il est temps de transcender la coopération inter-nation au profit d'un partenariat mondial. "La mondialisation telle qu'elle apparaît en ce moment engendre beaucoup d'obstacles, bloque le développement et le progrès", a-t-il soutenu. Néanmoins, il est confiant que cette rencontre est le cadre idéal de réflexions afin de trouver des solutions durables pour surmonter ces barrières qui sont à la fois politiques, économiques et sociales. A la suite du président YAR'ADUA, c'est Bethuel KIPLAGAT, le président du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP) du Kenya qui relève que le thème lui tient vraiment à cœur et donne déjà une lueur d'espoir de dialogue franc entre l'Afrique et le monde occidental. Pour lui, en bon kenyan, l'élection du Barack OBAMA à la Maison Blanche "est une preuve que l'Occident et l'Afrique sont liés par l'histoire et par le sang. M. KIPLAGAT s'est demandé pourquoi on qualifie de pays de tiers-monde comme si on devait occuper la 3 e et la dernière place dans ce monde. Il a par ailleurs recommandé que l'Afrique initie "une journée du passé".

"L'avenir c'est notre meilleure chance si nous gérons bien notre passé", a lancé le président du MAEP, Kenya. Selon lui, il convient aujourd'hui de créer une nouvelle échelle de partenariat, un changement de paradigme pour qu'on sorte de la logique du donneur de fonds et de bénéficiaires, de seigneurs et de soumis pour parler de vision commune de développement. "Je suis optimiste, je fais confiance à l'espoir, a-t-il dit, et si nous pouvons bâtir notre partenariat sur l'espoir, nous ferons un grand bond sur le développement". Même vue pour l'Allemand, Manfred LAHNSTEIN, président du curatorium de la Fondation Zeit Ebelin et Gerd Bucerius, qui pense qu'il faut se débarrasser de l'arrogance et reconnaître que l'Afrique est une diversité et qu'il ne faut pas confondre monologue et dialogue. "C'est du dialogue vrai dont nous avons besoin avec l'Afrique", a-t-il précisé. Lui aussi est optimiste et pour cause, a-t-il dit, c'est la première fois depuis 60 ans que le Fonds Monétaire International FMI) vient de publier un rapport (ndlr : le jeudi 6 novembre 2008) qui prévoit une récession économique en 2009. Quant au réseau des "Youngs leaders" (ndlr : jeunes leaders) leur représentant (Collins Malagasi, Actions Aids International, Malawite et Lars Allenstein, Allemand) le partenariat est une sorte de mariage où l'un apprend à vivre avec l'autre avec ses qualités et ses défauts, à s'entendre sur une vision commune dans la différence et la complémentarité. Pour les "Youngs leaders", on a tendance à parler de l'Afrique que du côté négatif (guerres, SIDA, famines, etc.) pourtant il y a beaucoup de choses positives desquelles l'Allemagne et l'Europe en général peuvent bénéficier de l'Afrique. "Nous voulons être porteur d'avenir en tant que "Youngs leaders", ont-il laissé entendre.

A cette rencontre d'Abuja, Blaise COMPAORE a intervenu le samedi 8 novembre 2008 sur le volet politique des obstacles du partenariat entre l'Afrique et l'Europe. C'est un huit clos qui a tenu la presse à l'écart. Néanmoins à la veille de son intervention (ndlr : vendredi 7 novembre 2008) le président du Faso, président en exercice de la CEDEAO, a confié qu'il existe beaucoup de rencontres entre l'Europe et l'Afrique mais il reste que sur le terrain, il y a des indicateurs qui montrent que le partenariat n'est pas au beau fixe. "Ne serait-ce que sur le plan de la compréhension entre nos deux peuples. Et cela n'aide pas les actions communes en faveur du développement économique, social du continent", a-t-il relevé. Ces échanges pour lui ont porté sur les rapports historiques dont les traces sont toujours vivaces entre les deux continents. Ce sont ces stigmates de l'histoire qui font qu'aujourd'hui, il y a des difficultés à comprendre que l'Afrique est un autre monde avec ses spécificités, ses diversités.

Blaise COMPAORE espère que l'Europe par la voix de l'Allemagne va comprendre que l'Afrique est un continent qui a besoin du transfert de savoir-faire, de participer au marché mondial. C'est pourquoi, il dit être contre un certain niveau de subvention sur certains produits de compétitivité de l'Afrique. Il a aussi fait le constat que l'Afrique mobilise davantage de ressources pour les questions humanitaires, le rétablissement de la paix, la lutte contre la corruption, la mauvaise gestion. "Nous disons que tout cela ne crée pas de terrain favorable à l'investissement privé et à l'aide publique européenne", a-t-il précisé.

C'est pourquoi le chef d'Etat burkinabè a préconisé à partir de ce débat direct et franc qu'il puisse être dégagé des pistes pour un partenariat beaucoup plus fort, sincère, plus ouvert. Disons que ce Forum hors de vue des médias a été l'occasion de dialogue critique et bénéfique entre les générations. "Nous nous sommes écoutés mutuellement. Nous avons réfléchi. Nous avons compris que nous avions encore bien des choses à apprendre les uns des autres. Nous devons identifier les obstacles qui nous séparent afin de pouvoir les surmonter, alors la voie sera libre pour l'action", ainsi a été le souhait du président Allemand Horst KÖHLER lors de l'ouverture de la 4 e Forum de l'Initiative partenariat avec l'Afrique à Abuja (Nigeria).

En cela, le souhait d'un nouvel ordre mondial où l'Afrique ne sera plus à l'écart d'une certaine décision concernant le sort du monde est plus que nécessaire.

Issoufou MAÏGA

Vus et entendus à Abuja

Des absences excusées

Deux chefs d'Etat africains ont pris part au forum d'Abuja. Il s'agit de l'hôte de la rencontre, le président de la République fédérale du Nigeria, Umaru YAR'ADUA et le président du Faso, Président en exercice de la CEDEAO, Blaise COMPAORE. A l'ouverture du forum, le président allemand, Horst KÖHLER a excusé l'absence du Ghanéen John KUFFUOR, du Rwandais Paul KAGAME et le président de l'Union Africaine, Jean PING. Sauf erreur de notre part, l'absence de la présidente du Liberia, Ellen Johnson SIRLEAF qui n'a pas été aperçue dans la salle n'a pas été excusée.

 

Consommons burkinabè dans l'avion présidentiel

Le slogan "consommons ce que nous produisons" n'est pas que du discours. Dans l'avion présidentiel où nous avons eu la chance d'embarquer pour couvrir le 4 e forum de "l'Initiative partenariat avec l'Afrique" à Abuja, il nous a été servi du jus de fruit venant d'une société industrielle burkinabè qui n'est autre que DAFANI. Voilà un exemple qui vient d'en haut !

 

La presse "brimée"

Après l'ouverture du forum que la presse a suivie par vidéo-conférence, il leur a été demandé gentiment de libérer les lieux. Même les photographes et cameramen n'étaient pas autorisés à accéder à la salle de conférence. Le deuxième jour où le président du Faso, Blaise COMPAORE devait intervenir sur "les obstacles politiques" du partenariat, il nous a été dit que c'était un huis-clos donc pas d'oreille indiscrète. Toutes les tentatives pour se faire comprendre ont été vaines. Et nous apprendrons par la suite qu'il s'agissait d'une séance de "Gbè" (langage de vérité en Dioula).

 

Blaise COMPAORE en audience avec Horst KÖHLER

Rien n'a pu filtrer de l'audience que le président du Faso, Blaise COMPAORE a accordée au président allemand, Horst KÖHLER. En tout cas pas pour la presse qui a fait le déplacement d'Abuja. Malgré la ténacité de Caroline TUINA/WANRE, l'envoyée spéciale de la Télévision nationale d'arracher quelques mots au président Horst KÖHLER, nous sommes restés sur notre faim.

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