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Une du n° 580
LA UNE du 19 au 25/11/2008

DOSSIER N° 581 du 26 Novembre au 02 décembre 2008

67e CCIC
Le coton OGM est-il incontournable ?

La 67e réunion plénière du comité consultatif international sur le coton a clos ses travaux le vendredi 21 novembre sur des notes d’espoir et de satisfaction pour les participants. Et  après cinq jours d’intenses débats. Plus de quatre cents participants venus de plus d’une trentaine de pays et d’organisations internationales ont débattu sur des dizaines de communications sur des thèmes variés relatifs au coton. Pour couronner le tout, les acteurs sont tous unanimes sur le fait que le développement du secteur, la culture du coton transgénique est aujourd’hui incontournable, même si le secteur connaîtra une baisse de production et de consommation courant 2008-2009. On remarquait, sans risque de se tromper, un satisfecit général sur les visages au regard de la qualité de l’organisation de la rencontre.

«On prévoit une diminution de la production et de la consommation industrielle de coton», note le rapport du secrétariat à la plénière. La saison 2008-2009 sera donc morose pour le secteur cotonnier. La consommation et la production subiront une baisse mondiale. Cela n’est d’ailleurs pas étonnant au vu de la crise financière qui secoue le monde. Mais outre le ralentissement de la croissance consécutive à la crise, il y a le fait que le coton subit une concurrence des fibres synthétiques, ce qui affecte la demande du produit cotonnier. La production mondiale accuse pour ainsi dire, une diminution jamais égalée depuis ces 10 dernières années. C’est pourquoi, le secrétariat indique « que malgré cette réduction des stocks, et l’augmentation des coûts de production, les données de la première partie de la campagne en cours indiquent que les prix moyens cotonniers chuteront par rapport au niveau moyen de la dernière campagne. » Il est ressorti par ailleurs qu’il y a davantage d’incertitudes quant au prix des produits de base et aux perspectives de l’économie mondiale que de coutume pour cette époque de l’année. Ainsi le CCIC, à travers son secrétariat a informé que chaque prévision de prix inclut un intervalle de confiance basé sur des données statistiques et a exhorté tous les participants au marché à prendre en compte cet intervalle lorsqu’ils interprètent les prévisions des prix.

Le coton transgénique désormais incontournable
Pour les spécialistes, la biotechnologie transforme la filière cotonnière mondiale. Au cours des échanges, des informations ont été données sur les variétés de coton développées à partir de l’application de la biotechnologie (coton biotech, issu du génie génétique, transgénique, génétiquement modifié). Aujourd’hui, ce coton représente plus de la moitié de la production mondiale de la dernière campagne et la part du coton biotechnologique continue d’augmenter.  Pour exemple, notre pays récolte 10 000 hectares de coton transgénique  cette campagne. En la matière, l’Inde est classé premier pays producteur de coton transgénique  au monde avec l’introduction de plusieurs variétés biotech. C’est dire que le coton transgénique présente des avantages considérables aux yeux des agriculteurs. 
La réunion de Ouagadougou  a permis aux scientifiques d’indiquer que la biotechnologique agricole est l’un des nombreux outils disponibles pour améliorer la productivité des récoltes et la durabilité environnementale de l’agriculture. « Lorsqu’elle est utilisée d’une façon appropriée, la biotechnologique peut offrir de nombreux avantages notamment une lutte efficace contre certains ravageurs, la réduction du nombre des pertes de rendement dues aux dégâts produits par les insectes, et des réductions du nombre d’application d’insecticides donnant ainsi aux agriculteurs un revenu supplémentaire», a relevé un délégué indien. Selon le CCIC, les scientifiques sont presque tous unanimes à dire qu’aucune conséquence néfaste pour la santé humaine et environnementale due à l’utilisation des biotechnologies pour la production du coton n’aurait été documentée dans aucun pays. C’est dire donc que si des pays traînent les pieds, quant à l’expérimentation de la biotechnologie dans le secteur cotonnier, c’est beaucoup plus diront les scientifiques « dû au fait que ces pays ne sont pas dotés de cadres de biosécurité nécessaires à la réglementation des essais, la répartition et l’utilisation de ces cultures. Mieux, l’harmonisation des règlementations et des normes relatives à la commercialisation des produits biotech pourrait faciliter la création d’environnements propices, qui permettraient aux exploitants agricoles d’avoir accès à ces outils bénéfiques à une amélioration  de la production. »  Le transfert de technologies, la performance sociale, environnementale et économique de la production du coton, la question de la compétitivité du coton africain, l’achèvement du cycle de Doha, etc. ont fait également l’objet de discussion et de proposition. Mais avant de se quitter, c’est l’Afrique du Sud qui a été retenue pour abriter la 68e réunion plénière qui se tiendra du 7 au 11novembre 2009 au Cap..o
Par Frédéric ILBOUDO

Ce qu’ils pensent du coton transgénique

Dr Jérémy OUEDRAOGO
chercheur au CNRST et député à l’Assemblée nationale

Il est de plus en question de la culture du coton transgénique, en tant que chercheur, quel est votre avis sur la question quand on sait que le sujet fait grand bruit dans notre pays ?
J O :
Il faut dire que la question du coton transgénique pour le Burkina Faso est un choix très éclairé du gouvernement. Puisqu’il a permis dans une première phase à la recherche scientifique de répondre à une question qui est de savoir s’il y a une alternative à l’utilisation des insecticides  sur le coton ? Et la recherche avec les méthodes conventionnelles, avec ce que propose la biotechnologie moderne, est arrivée à la conclusion que oui, il y a une alternative, et cette alternative, c’est le coton génétiquement modifié. Et après plus de quatre ans de recherche on est arrivé à la conclusion que le coton génétiquement modifié, permet de réduire l’utilisation des insecticides, et assure un gain substantiel monétaire pour les cotonculteurs. Donc pour nous, notre avis, c’est que  la recherche a fait son  devoir, et le gouvernement également a fait le sien en décidant de procéder à la vulgarisation du coton OGM qui du point de vue de la recherche, pourra aider les producteurs à s’en sortir.
Pourtant, ils sont nombreux ceux qui estiment que le Burkina n’est pas encore prêt pour franchir cette étape du génétique ?
JO : Je pense qu’il appartient à chaque pays de faire l’évaluation de ses capacités. En matière de technologie, aujourd’hui nous ne pouvons pas nous retenir parce que sur le plan scientifique, le Burkina a les compétences humaines, sur le plan de l’équipement scientifique, le Burkina à l’étape actuelle, par rapport à ce qu’il a décidé de faire avait également les compétences pour le faire, il ne manquait plus que la volonté politique et c’est là où nous reconnaissons cette clairvoyance de nos plus hautes autorités. Ceux qui disent que le Burkina n’est pas prêt, sont sûrement des gens qui n’ont pas fait l’évaluation exacte et, également, je pense qu’il y a une question de souveraineté pour le pays de voir à l’étape actuelle, en fonction de nos moyens humains, connaissances scientifiques, qu’est-ce qu’on peut faire pour notre agriculture, et c’est ce choix là que le Burkina a fait de façon souveraine et je pense que c’était le bon choix.

François Traoré Président des producteurs africains de coton

Au sortir de cette 67e réunion, que retenez-vous en tant que producteur ?
 F T :
ce que je retiens de cet forum, c’est que notre continent doit davantage serrer les coudes, que nos décideurs prennent leurs responsabilités, que les acteurs du coton s’organisent, pour mériter leur place parce qu’elle n’est pas donnée, elle ne le sera pas d’ailleurs.
La technologie a été au cœur de vos discussions, qu’est-ce qui sera fait à ce niveau pour le producteur burkinabè ?
 F T : En matière de technologie, ça fait quatre ans que nous essayons le coton OGM, et aujourd’hui nous avons la chance que les grands producteurs de coton  comme l’Inde, etc. et les grands utilisateurs du coton OGM sans les indescer, soient là. L’exemple de l’Inde est très souvent cité à des fons insolites pour décourager nos braves paysans : les paysans indiens se suicident. C’est l’Inde qui est présente à cette réunion, c’est elle qui a une proposition de près de 80% de sa production cotonnière qui estOGM, et c’est encore elle qui est citée parmi les premiers producteurs de coton aujourd’hui. Nous pensons donc qu’il faille adopter l’option BT,  qui est d’ailleurs unanimement reconnue par l’assemblée, comme la solution à nos difficultés.  Nous pensons donc que le Burkina a fait un bon choix,  et que cette décision va avoir une place dans l’évolution positive de la filière cotonnière burkinabè.

Votre réunion se tient en toile de fond d’une crise  financière mondiale, avez-vous discuté du sujet et quelles sont les conclusions auxquelles vous êtes parvenues ?
F T :
nous n’avons pas trouvé  des solutions à la crise financière mondiale, on en a  débattue, nous avons donné notre position. Mais, encore une fois, nous disons que c’est une mauvaise gestion des grandes institutions, une mauvaise répartition des revenus,  que nous avons décriées pendant plus de cinq ans. Cette fois-ci, la crise les frappe directement, avec bien sûr des effets collatéraux sur nos pays et nos économies ; mais c’est une occasion pour nous de montrer à ces grandes puissances, que leur façon de gérer, qui n’a pas un visage humain, qui est ce qu’on appelle finances pour finances, n’est pas une bonne chose en soi ; et nous voici confrontés aujourd’hui à ces conséquences. Je pense que ces grandes puissances doivent, à partir de cette crise, tirer toutes les conséquences de leurs mauvaises gestions, réformer l’économie, leur façon de gérer l’économie du monde, pour qu’elle soit plus centrée sur l’humanité, sur l’homme.
Etes vous satisfait au sortir de cette grande messe sur l’or blanc ?
F T :
j’ai 56ans, je fais du coton, mais enfants sont en train de prendre la relève aujourd’hui, je les encourage à le faire, le combat existera toujours, et c’est dans ce combat que nous arriverons à nous faire une place au soleil. C’est vous dire que je suis optimiste quant à l’avenir du coton.

Par Frédéric ILBOUDO

Célestin TIENDREBEOGO
DG de la SOFITEX et président du comité d’organisation

Célestin TIENDREBEOGOAprès cinq jours d’intenses travaux que peut-on retenir de cette 67e réunion plénière sur le coton?
C T :
Les thèmes qui ont été abordés ont été assez riches, les différents panélistes nous ont servi des exposés de très grandes qualités, chacun a pu connaître ce qui se passe ailleurs. Les technologies sur le coton ont fait l’objet d’exposés et d’échanges ;  et je pense que c’est un travail qui a été bien accompli en cinq jours, et le secrétariat du CCIC a abattu un travail  et moi je ne peux que remercier les différents participants  pour la qualité du travail abattu.

La technologie était au cœur de votre rencontre, qu’est-ce qui sera fait dans notre pays  au sortir de cette grande messe de l’or blanc ?
C T :
Au niveau du Burkina, outre les technologies en matière agronomique, notamment dans le domaine de la conservation des sols, dans le domaine de l’agroforesterie, et dans d’autres domaines, qui sont des technologies en matière de cultures, nous sommes en train d’expérimenter aussi le coton transgénique et de ce point de vue, les participants ont pu, au cours de cette rencontre, aller voir l’expérience du Burkina en la matière. Nous sommes déjà dans cette technologie et nous allons la développer davantage et au cours des années à venir.
 
La crise  financière mondiale,  en avez-vous discutée et quelles sont les décisions  auxquelles vous êtes parvenus ?
C T :
De toutes les façons vous avez pu vous rendre compte au cours ce cette réunion. Il y a eu un exposé suivi de débats sur l’offre et la demande. A savoir que, quels sont les prix que nous pouvons attendre du coton ? Le prix va baisser. Le prix baisse comme le prix de toutes les matières premières : le pétrole a baissé de plus de 50%  et c’est la même chose dans les autres matières premières donc il est clair qu’au niveau du coton aussi il y aura une baisse. Il faut donc qu’on rétablisse la consommation des ménages pour que les prix puissent remonter. Je pense qu’il y a un certain nombre de mesures qui sont prises au niveau gouvernemental, jusqu’ici ça n’a pas encore apporté les effets nécessaires, et je pense que si ça ne porte pas des effets, ça va être un véritable problème pour les matières premières en général, et le coton en particulier. La consommation du coton est élastique. Prenez l’exemple d’un ménage. En cas de crise, dans ce ménage, il y a des dépenses essentielles et primordiales comme le loyer, la santé, l’éducation, la nourriture, le transport qui deviennent prioritaires par rapport à l’habillement.  On peut différer son habillement, mais on ne peut pas différer son loyer, sa nourriture ou ses soins de santé. Vous voyez donc que le sous-secteur du coton supporte mieux les crises financières quelle que soit leur ampleur que ne le font les autres secteurs de production. C’est pourquoi, il est dispensable de rétablir la compétitivité, rétablir une certaine consommation au niveau des ménages pour que nos matières premières puissent s’acheter. Sinon il y aura contraction de la demande.   

Par Frédéric ILBOUDO

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