[Actualité] - [Annonces] - [Archives]
Une du n° 580
LA UNE du 03 au 09/12/2008
EDITORIAL:N° 582 du 03 au 09 décembre 2008

De Charybde en Scylla

En tant que parti fortement implanté dans la province et ayant à coup sûr des militants ou à tout le moins des sympathisants au nombre des victimes ou de leurs parents, le CDP avait-il un choix autre que celui d’assister ceux-ci, en ces moments douloureux ? Même au-delà de cette donne, n’était-il pas un devoir pour lui, comme pour tous les autres partis ou toute autre organisation sociale de manifester sa solidarité et sa compassion ? A la limite, et contrairement à ce que pense M. KABORE, toute la centaine de partis que compte le pays devrait défiler auprès des parents pour les soutenir, comme le feront sans nul doute des centaines, voire des milliers d’amis et parents. On peut en être sûr, même dans deux ou trois ans certains viendront toujours «saluer» pour marquer leur contrition et leur solidarité. Alors le PDP/PS a tout le temps. Les autres avec.

Ceux qui ont parié que nous avions devancé l’iguane dans l’eau en écrivant la semaine dernière, que le parti des «papys», le Parti pour la démocratie et le progrès/Parti socialiste (PDP/PS) pour ne pas le nommer, avait du mal à survivre à son géniteur le Professeur Joseph KI-ZERBO, décédé il y a deux ans, la récente sortie médiatique de son nouveau «calife», est certainement venu les convaincre du contraire et qu’il touchera le fond très bientôt à moins d’un redressement spectaculaire en toute urgence de la barre. Miné par des querelles qui se veulent principielles mais qui ne sont en fait que des luttes de positionnement (l’autre dirait de ventre), réduit à user de la langue de bois pour exister, le PDP/PS en est aujourd’hui à souffrir de l’indigence intellectuelle pour ne pas dire du manque de perspective de ses dirigeants. Comment comprendre autrement que son premier responsable en vienne à voir derrière une visite de compassion, faite aux rescapés du tragique accident du 15 novembre dernier des «manœuvres politiciennes». Sous nos tropiques où la solidarité et l’entraide sont érigées en modèles de vie, dans nos contrées où le député s’apparente à une « caisse de sécurité sociale », l’argument, en plus d’être spécieux, emprunte à la mauvaise foi manifeste d’autant qu’il sort de la bouche d’un papy censé avoir un sens aiguë de la morale. C’est en fait oublier qu’en politique la morale est certainement la chose la moins bien partagée.
En tant que parti fortement implanté dans la province et ayant à coup sûr des militants ou à tout le moins des sympathisants au nombre des victimes ou de leurs parents, le CDP avait-il un choix autre que celui d’assister ceux-ci, en ces moments douloureux ? Même au-delà de cette donne, n’était-il pas un devoir pour lui, comme pour tous les autres partis ou toute autre organisation sociale de manifester sa solidarité et sa compassion ? A la limite, et contrairement à ce que pense M. KABORE, toute la centaine de partis que compte le pays devrait défiler auprès des parents pour les soutenir, comme le feront sans nul doute des centaines, voire des milliers d’amis et parents. On peut en être sûr, même dans deux ou trois ans certains viendront toujours «saluer» pour marquer leur contrition et leur solidarité. Alors le PDP/PS a tout le temps. Les autres avec.
En réalité, ce qui fâche nos opposants myopes dans cette affaire, ce n’est pas tant que le CDP ait effectué cette visite, mais plutôt qu’il ait pu les devancer sur ce «chantier du cœur». On le sait, l’argument massue qu’aiment sortir les contempteurs du parti au pouvoir, pour le flétrir aux yeux de l’opinion publique, c’est, son manque de cœur et son égoïsme, s’octroyant de fait le monopole du cœur et de l’amour pour la veuve et l’orphelin. Un cliché qui résiste peu aux faits.
Que ces « égoïstes-là» donc, aient pu penser et poser un tel acte, voilà de quoi rabattre le caquet de nos paragons de vertus, véritables pharisiens professant ce qu’ils n’appliquent pas. Le PDP/PS n’en est-il pas une parfaite illustration, lui dont absence criarde et fort remarquée au décès du père de leur ex-camarade TRAORE Etienne, en a offusqué plus d’un au plus haut point, et à juste titre. D’ailleurs se serait un des griefs de l’intéressé contre son ex-parti et une des raisons de son départ de celui-ci. Si donc le PDP/PS n’a pas daigné se présenter chez les éplorés du drame du 15 novembre c’est tout naturellement par habitude et non pour autre chose. L’autre aurait dit «c’est naissance».
Que dire quand, M. KABORE insinue sans la moindre preuve (d’ailleurs il ne peut en avoir parce que telle ne fut pas le cas) que la délégation du CDP a utilisé des moyens de l’Etat pour sa visite. Assurément Monsieur fait dans l’accusation gratuite, ce qui en dit long sur le genre de politicien qu’il est. Avec ce type de politicien on a l’impression du voleur qui crie au voleur. En effet chaque fois que l’occasion leur a été donnée d’exercer une parcelle de l’autorité de l’Etat, on a constaté des dérives monarchiques dans les départements ministériels à eux confiés. Les exemples sont légion où on les a vus à l’œuvre, usant et abusant des biens publics comme s’ils voulaient se servir au maximum avant qu’on ne leur ôte la cuillère, plutôt la louche de la bouche. On peut donc comprendre leur aigreur et leur propension à accuser les autres de leurs propres turpitudes. Mais ce coup-ci, le nouveau président du PDP/PS se tire une balle dans le pied et cela fait plus que désordre. En effet, pour un désastre s’en est vraiment un d’autant que le monsieur est à sa toute première prise de parole médiatique après son accession controversée à la tête du parti. Il devrait savoir que ce n’est pas en récriminant contre les faits banals de la vie quotidienne ou en se spécialisant dans le discours fielleux que l’on bâtit une démocratie, mais plutôt, en se posant en force de propositions alternatives crédibles. Mieux on peut et on doit en arriver à reconnaître des mérites à l’adversaire si celui-ci en a.
Les exemples récents de la vie politique internationale avec Barack OBAMA qui se pose en rassembleur et en pasteur de la nouvelle Amérique ou Nicolas SARKOZY qui n’a pas hésité à puiser dans le vivier de la Gauche, devaient édifier les opposants africains. Pour en revenir au PDP/PS, force est de convenir qu’il est plus que jamais à la croisée des chemins, avec un poids lourd comme le Dima de Boussouma qui s’est en quelque sorte mis en réserve du parti. Le vieux compagnon de KI-ZERBO ne se reconnaît certainement plus dans cette mare aux canards où l’on barbote dans la fange sans aucune gène. N’est-ce pas M. KABORE ?
Manque d’hommes de carrure, absence de plate-forme programmatique réaliste, vieillissement des cadres, à défaut de Waterloo, c’est la bérézina. Une lente descente aux enfers pour tout dire.
Par Faèz.

 

INFOS FLASH
LES MEDIAS DU FASO
LES DOSSIERS
index.gif
 
ZEDCOM © 2008 Tous droits réservé