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La une n° 585/586 du 24/08 au 13/01/2009
LA UNE du 24/12/08 au 13/01/2009
Lettre de l'Editeur :N° 585/586 du24/12/08 au 13/01/2009

Le péché originel du Collectif

En vérité ce n’est pas tant le fait que celle-ci ait accusé un des protagonistes de la scène sociopolitique sans apporter la preuve formelle de ses accusations qui pose problème, mais d’avoir dans le même temps fermement absout d’autres acteurs sans pour autant établir leur innocence sur des faits vérifiables et vérifiés.
Si tant est-il que le Collectif est convaincu de l’innocence des milieux hostiles au pouvoir qu’il accuse sans preuve ; qu’il apporte alors celles qui innocentent ses propres membres et ses alliés, car à y regarder de près certains d’entre eux semblent jouer aux voleurs qui crient aux voleurs et qui profitent du brouhaha pour camoufler leurs forfaits. Lui-même ne demande-t-il pas au pouvoir de prouver son innocence ?

Le 13 décembre dernier, le Collectif a fait son show annuel. Comme c’est le cas depuis sa création consécutivement à l’assassinat de notre confrère Norbert ZONGO, le 13 décembre 1998.
Le spectacle promettait, le fétichisme des 10es anniversaires aidant, d’autant qu’on se faisait fort de montrer et de démontrer à ceux qui auraient l’outrecuidance d’en douter, qu’on était là et bien là. On allait donc montrer qu’on était plus déterminé que jamais à faire évoluer les choses dans le sens qu’on voulait et que c’était là l’opinion dominante dans ce pays. Le challenge était aussi de réduire à sa plus simple expression le coup de barre observé depuis quelques mois, voire quelques années et qui semblait évoluer vers un coma profond et de faire face au vide abyssal laissé par les départs de l’emblématique «prési» Halidou OUEDRAOGO pour cause de maladie et du «vieillard assis qui voit plus loin que le jeune debout», le célèbre professeur KI-ZERBO décédé. A cela, il fallait ajouter la sempiternelle lutte de positionnement entre politiciens et acteurs de la «société civile». Ceci explique-t-il cela ? Toujours est-il que les initiatives ont foisonné pour donner à l’événement tout son éclat et sa splendeur avec principalement une pétition et un méga-concert d’artistes «engagés» chargés d’assurer la mobilisation verticale et horizontale. Pour couronner le tout en guise de «guest star» le parrain (RSF) n’a pas lésiné sur sa représentation déplaçant son secrétaire général, marqué à la culotte par celui de l’association «Survie» de la nébuleuse sankariste dont la présence a provoqué quelques murmures dans les rangs. On peut dire que rien n’a été laissé au hasard puisqu’on a sorti l’artillerie lourde jusqu’à la mère du défunt qui a été mise à contribution dans un rôle, on le sait pour le moins critiquable, du simple point de vue de la morale.
Au bilan, une dizaine de milliers de personnes ont répondu présent à la place de la Nation, de quoi regonfler les poitrines des «croisés de la lutte contre l’impunité», qui n’avaient plus vu à leurs manifestations depuis des années une telle foule. C’est tant mieux s’ils sont heureux de ce lifting même s’il y a beaucoup à dire et à redire tant sur le fond que sur la forme. Et là-dessus personne en réalité n’est dupe.
En effet, tout cela est bien beau, mais le fait est que le problème reste entier. Pour ne pas dire qu’on régresse dans la quête de vérité puisque, contrairement aux usages, aucun fait nouveau ou prétendu comme tel n’a été évoqué dans la perspective de permettre à la justice de jouer sa partition. Rien, absolument rien, comme si on avait renoncé à en chercher. N’est-ce pas curieux ? C’est à croire qu’on est à court d’imagination ou qu’on a épuisé tous ses arguments alors que le mystère reste à élucider en dépit des assurances assénées dans une langue de bois qui soulève beaucoup plus d’interrogations qu’elles n’apportent de solutions.
C’est vraiment le cas de le dire puisque ces certitudes se heurtent à un mur de réalités qui, elles, n’ont que faire des humeurs. Mais voilà, on est enfermé dans un cercle vicieux qui n’autorise aucune analyse indépendante, encore moins une réflexion cartésienne. La raison en est que, dans ce type de mouvement de foule, on est tenu par l’opinion supposée dominante, tout écart étant automatiquement assimilé à du révisionnisme si ce n’est à de la trahison. Depuis dix ans qu’on chante le même refrain, à tue-tête, ce n’est pas aujourd’hui qu’on osérait changer de gamme. C’est dire que tout était déjà dit et connu et qu’il fallait juste obéir à un rituel même si celui-ci manque cruellement d’objectivité et s’apparente à une vulgaire incantation mystique.
Or on ne peut pas imaginer meilleur «enterrement» du dossier que de le conduire dans l’impasse d’un processus qui se mord la queue. Et pourtant, il y a tellement de chemins à explorer, à commencer par celui de retourner sur ses pas pour voir où l’on a pu trébucher. Un adage de chez nous ne dit-il pas que quand on tombe ce n’est pas là où on est tombé qu’il faut rechercher les causes de sa chute mais là où on a trébuché ?
Assurément, dans l’affaire Norbert ZONGO, le premier couac n’a pas été l’incapacité de la CEI à trouver les assassins ou à indiquer des pistes fondées sur des faits tangibles pouvant les confondre, mais d’avoir décidé d’écarter systématiquement certaines pistes. Sa seule «découverte» et là encore elle s’appuie beaucoup plus sur des suppositions que sur des faits, c’est que c’est la qualité de journaliste de Norbert ZONGO qui lui a valu son meurtre. Pour tout le reste, elle s’est contentée de lieux communs sans avoir le courage de le reconnaître même si, à la cérémonie de remise de sa copie, son président avait osé une sortie qui en disait long sur l’impasse dans laquelle elle était : «Les conclusions de la CEI s’apparentent à une enquête administrative et le juge d’instruction peut aller dans un autre sens…». Un sursaut de vérité, un cinglant aveu sur l’ambiance lourde qui a pesé sur les travaux de sa commission.
En vérité ce n’est pas tant le fait que celle-ci ait accusé un des protagonistes de la scène sociopolitique sans apporter la preuve formelle de ses accusations qui pose problème, mais d’avoir dans le même temps fermement absout d’autres acteurs sans pour autant établir leur innocence sur des faits vérifiables et vérifiés.
Si tant est-il que le Collectif est convaincu de l’innocence des milieux hostiles au pouvoir qu’il accuse sans preuve ; qu’il apporte alors celles qui innocentent ses propres membres et ses alliés, car à y regarder de près certains d’entre eux semblent jouer aux voleurs qui crient aux voleurs et qui profitent du brouhaha pour camoufler leurs forfaits. Lui-même ne demande-t-il pas au pouvoir de prouver son innocence ? On pourrait invoquer la présomption d’innocence et le principe du doute qui profite à l’accusé, mais cela devrait être appliqué à toutes les personnes impliquées ou non. En attendant que cela soit le cas, ne gagnerait-on pas à ce que chacun établisse les preuves de son innocence ? Parce que outre l’animosité que certains des contempteurs du pouvoir nourrissent contre lui, on sait qu’ils étaient tous en danger puisque Norbert ZONGO était sur le point de les doubler tous autant qu’ils étaient en créant sa propre organisation pour prendre la tête de l’opposition. Avaient-ils décidé de l’en empêcher et, en faisant d’une pierre deux coups, faire porter le chapeau au pouvoir ? On a l’air de vouloir nous convaincre qu’ils sont trop «bêtes» pour imaginer une telle forfaiture.
Savoir que la tentative d’empoissonnement de Norbert ZONGO à Kaya est un simple incident fortuit; savoir que la nébuleuse sankariste et ses connexions extérieures sont incapables d’avoir planifié et exécuté un tel plan ; savoir que Me Hermann YAMEOGO et ses nombreux amis extérieurs qui ne rêvaient (nombre d’entre eux ne sont plus aux affaires ou ont d’autres chats à fouetter) que d’en découdre avec Blaise COMPAORE sont blancs comme neige, savoir que… peut aider. Alors messieurs, au boulot. Ce devrait être de l’eau à boire à voir votre véhémence à accuser les autres.o


Par Cheick Ahmed
ilingani2000@yahoo.fr.

 

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