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Une du n° 580
LA UNE du 10 au 23/12/2008

DOSSIER:N° 583/584 du10 au 23 décembre 2008

Assassinat de Norbert ZONGO
Les faits

C’est en se rendant dans son ranch «Safari Sissili», le 13 décembre 1998 que le journaliste Norbert ZONGO a été victime d’un assassinat odieux en rase campagne, à 7km de Sapouy en compagnie de trois de ses compagnons. Un assassinat qui a ému tous les Burkinabè et déchaîné les passions.

Très grande était l’émotion des Burkinabè en apprenant la nouvelle de l’assassinat de Norbert ZONGO, alors directeur de publication de L’Indépendant. Jamais assassinat n’avait autant ému l’opinion publique burkinabè. L’horreur de l’acte et la notoriété de la principale victime ont plongé tout le Burkina dans la stupeur. Révolte, compassion, passion, haine ont été les sentiments exprimés autour de cette mort tragique. Tragique, elle l’était en tout cas, au regard des corps calcinés et de l’état du véhicule incendié au bord duquel étaient Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune.
Le constat du commissaire de police de Sapouy indique que «sur les lieux un véhicule TOYOTA Land Cruiser immatriculé 11 J 6485 (ndlr, le véhicule de Norbert ZONGO) était immobilisé et une légère fumée provenait du coffre arrière du véhicule ; il était démuni de toute vitre, le véhicule couvert de sable et de poussière explique probablement un quelconque secours…». Dans la nuit du 13 au 14 décembre et suite à un communiqué radiodiffusé, une délégation de la famille de Norbert ZONGO conduite par M. Michel ROUAMBA a permis d’identifier les victimes.
Des premières constatations de police aux analyses balistiques, une seule certitude s’est dégagée : Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune ont bel et bien été assassinés. Sur les raisons de l’incendie du véhicule, les experts ont conclu qu’il «n’est pas dû à une défaillance mécanique…».
Par contre, sur le produit utilisé, ils ont eu des opinions divergentes. Il est convenu au total que «les témoignages recueillis, comme les conclusions des experts permettent d’affirmer que la thèse de l’accident doit être écartée. Norbert ZONGO et ses compagnons ont été victimes d’un attentat criminel».

Réactions immédiates, le pouvoir au-dessus de la mêlée.
Au lendemain de la mort de Norbert ZONGO, c’était un véritable branle-bas national. Des manifestations de rue avec leurs cortèges de destructions de biens, de blessures tant physiques que morales aux déclarations incendiaires en passant par la compassion des uns et des autres, cette disparition tragique a secoué tout le pays et n’a laissé personne indifférent.
Les réactions d’indignation et de stupeur ont été canalisées par les organisations de la société civile telles que le MBDHP, le Collectif partis politiques de l’opposition pour les transformer en des mouvements de défiance vis-à-vis de l’autorité de l’Etat. On note parmi les hauts faits d’actes de vandalisme, le saccage du siège du CDP, le mardi 15 décembre 1998 (jour de l’enterrement de Norbert ZONGO) et la destruction de nombreux biens publics à travers la ville de Ouagadougou. Le summum de la violence sera cependant atteint à Koudougou, ville natale de Norbert ZONGO, qui le 16 décembre 1998 connaîtra une violente émeute avec le saccage des domiciles de responsables du CDP. D’autres villes connaîtront le même sort donnant l’impression que le Burkina était au bord de l’insurrection populaire.
Face à la déferlante fronde sociale, le président du Faso, Blaise COMPAORE s’adresse à la nation en exprimant ses regrets pour le sort tragique du journaliste Norbert ZONGO. A la demande de divers milieux il décide par décret de la mise en place d’une Commission internationale d’enquête indépendante. Dans ses premières déclarations publiques, il laisse entendre: «Je tiens à m’associer aux sentiments de réprobation populaire et à formuler aux familles éplorées ainsi qu’à l’ensemble de la presse les assurances de ma profonde compassion et celle de tous les miens. Comme en atteste la mise en place de la Commission indépendante internationale d’enquête, rien ne sera épargné pour que toute la lumière soit faite sur cet acte qui propulse la question sécuritaire et celle de la violence au premier plan des préoccupations de tous et plus particulièrement du gouvernement qui en a la charge».
De toute évidence, Norbert ZONGO a été assassiné. Avant que les enquêtes ne le prouvent, certains acteurs de la scène politique et de la société civile en étaient convaincus, tout comme l’opinion publique dans sa majorité de l’implication du régime. L’émoi était total, car non seulement rien ne laissait entrevoir un tel assassinat mais en plus, la méthode utilisée a particulièrement choqué. On comprend donc par ces faits que l’enterrement des suppliciés, le 15 décembre 1998 ait drainé une immense foule estimée à 15 000 personnes. L’émotion et l’indignation étaient à leur comble si bien que le cortège funèbre a fini par se transformer en marche de protestation contre le pouvoir.
Le 16 décembre 1998 a véritablement marqué le début des manifestations de rue pour «exiger la lumière et la vérité sur le drame de Sapouy». Marches, meetings, conférences de presse, casses, incendies, sit-in, débrayages actifs vont se multiplier et animer le quotidien des Burkinabè.
Déclarations véhémentes et «tracts» inondent la capitale. La principale revendication était la création d’une commission d’enquête indépendante l’arrestation de militaires de la garde présidentielle, voire la démission du pouvoir en place.

Par Drissa TRAORE

 

D’une enquête à l’autre

Jamais affaire n’a autant défrayé la chronique que celle de l’assassinat tragique de notre confrère Norbert ZONGO. Un intérêt qui s’explique par la personnalité de notre confrère certes, mais qui a été suscité par des « enquêteurs » intéressés qui ont travesti cette affaire pour en faire « un fonds de commerce » selon le bon mot de NANA Thibault.

Robert MENARD,  ex-SG de RSFL’affaire Norbert ZONGO aurait-elle connu tant de notoriété si dès le départ des enquêteurs ( ?) n’avaient affiché leurs convictions et étalé leurs conclusions qui toutes indexaient le pouvoir ? Il vous souviendra, en effet, qu’aussitôt le drame survenu, Reporters sans frontières (RSF) et le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) avaient tous deux diligenté des enquêtes. Lesquelles avaient abouti à la conclusion que c’était « les milieux proches du pouvoir » qui avaient commis l’acte. Ce n’est pas tant la conclusion des enquêtes qui étonne, au vue de la qualité de ses commanditaires, que la célérité avec laquelle elles ont été menées. RSF par exemple a rendu son « verdict » une semaine seulement après le drame, comme s’il attendait celui-ci pour accabler les autorités burkinabé. Or, chacun sait qu’en matière criminelle, et même au cas où le flagrant délit est patent, le juge instructeur prend la précaution avec la police judiciaire de vérifier et de revérifier les circonstances du fait criminel, de rechercher les mobiles intellectuelles et psychologiques, sans oublier l’intérêt qu’avait le meurtrier de commettre le crime, avant de clore son instruction. Est-il besoin de dire que dans le cas de RSF et du MBDHP, il n’y eut rien de tout cela, l’intime conviction pour ne pas dire la conviction politique ayant seule suffi pour trouver les coupables ?
Autrement, le lieu de la commission du crime (en rase campagne) et l’absence de témoins exigeaient une enquête plus approfondie. Un travail auquel s’est plus ou moins livré la Commission d’enquête indépendante (CEI) qui a finalement abouti à la désignation de « suspects sérieux ».

En fait de suspects…
Et c’est là que la CEI dont la qualité et la probité des membres ne sont pas remises en cause, a quelque peu pêché. Donner en pâture des citoyens sur un faisceau d’indices non concordants est quelque peu aberrant, surtout quand cela donne lieu à une prise en otage de l’appareil judiciaire. Au prétexte que les magistrats sont « dépendants » de l’exécutif, moult marches ont été dirigées contre le palais de Justice avec dégradation d’édifices publics et troubles psychosomatiques pour certains magistrats à la clé. Or, en fait de « suspects sérieux », Norbert ZONGO de son vivant avait détecté quelques-uns que personne n’a « dérangés » à l’époque. En effet, lors d’un déjeuner à Kaya avec des amis sûrs, une semaine avant son assassinat, le journaliste avait été victime d’une tentative d’empoisonnement. Il n’a eu la vie sauve que grâce à des soins intensifs d’une officine médicale qui n’a ménagé aucun effort pour le tirer d’affaires.
Bien plus tard, Norbert ZONGO a toujours eu de la gêne à parler des « évènements de Kaya » qui l’avaient certainement ébranlé dans certaines de ses convictions. Qu’un Norbert ZONGO, « défenseur des pauvres », soit victime d’une tentative d’assassinat dans un milieu syndical et de surcroît «d’amis sûrs» voilà qui ne peut, en effet, manqué de surprendre. Du coup, on retombe sur la piste de ceux qui cherchaient « les conditions subjectives » du déclenchement de leur révolution, et qui ont utilisé l’affaire comme un fonds de commerce politique. En disséquant la composition du Collectif et en faisant le rapport avec le drame de Kaya, on se rend compte qu’on n’a pas à faire à des enfants de choeur. On y trouve, en effet, des révolutionnaires blanchis sous le harnais et dépités par le fait que leur « révolution nationale démocratique et populaire » tarde à voir le jour, des opposants revanchards, fâchés d’avoir été débarqués du « navire » présidentiel, des « syndicalistes rouges », des aventuriers de tous les genres, des mercenaires intellectuels prêts pour toutes les «guerres», etc. Un conglomérat mu par un seul intérêt, celui de débarquer Blaise COMPAORE du pouvoir. L’assassinat de ZONGO était à la fois un moyen et une occasion en or pour en découdre avec un homme à qui tout réussissait et qui venait d’être réélu triomphalement par ses compatriotes. Rétrospectivement, il conviendrait peut-être de revisiter toutes ces pistes qui peuvent faire rebondir l’affaire. Celle des « suspects sérieux » s’étant révélée foireuse, cet exercice incombe à tous ceux qui sont épris de paix et de justice. Alors, si l’on réactivait la piste de Kaya ?

Par Alpha YAYA

 

Marcel KAFANDO parle
"Ils ne voulaient pas les coupables, c’est nous qu’ils voulaient"…

Marcel KAFANDOMarcel KAFANDO ! ci-devant chef de la sécurité rapprochée du président du Faso. Homme d’ordinaire discret, pour ne pas dire effacé, fonction obligeait, mais c’était aussi son tempérament, s’est retrouvé malgré lui sous les feux de l’actualité avec les affaires David OUEDRAOGO et Norbert ZONGO. Condamné à une lourde peine de prison, dans le premier dossier une bavre qui a coûté la vie à David OUEDRAOGO, il a été le seul inculpé dans le second avant de bénéficier d’un non-lieu. Il a malgré une santé fragile, accepté de répondre à quelques questions. Dix ans après, Marcel parle…sur l'Affaire Norbert Zongo

Merci de nous accueillir M. Marcel KAFANDO, malgré votre état de santé qui est visiblement défectueux.
Notre première question est relative d’ailleurs à votre situation sanitaire. Comment ça va ?
Marcel KAFANDO (M.K.) :
Comme vous le constatez vous-même ça pourrait aller mieux. Mon état est très précaire. Mais il y a des moments où la situation est bien pire que celle actuelle. Je rends grâce à Dieu.

Meilleure santé M. KAFANDO ! Cela dit, depuis 10 ans vous êtes mis en cause dans le drame survenu à Sapouy le 13 décembre 1998. Comment vivez-vous la situation ?
M.K. : (
Long silence) Les sentiments qui m’habitent sont difficiles à traduire. Il y a beaucoup de choses qui se croisent en même temps. (Silence).
Mais de tout cela, je voudrais d’abord rendre de nouveau grâce à Dieu. Pour avoir été le pilier des miens toutes ces années et pour m’avoir permis de les retrouver, ce qui m’a certainement permis de survivre à toutes les épreuves que j’ai endurées. Je remercie aussi les nombreuses personnes dont les soutiens divers m’ont été d’un secours inestimable. Elles se reconnaitront. Dieu le leur rende au centuple. (silence).
J’ai beaucoup souffert et je souffre toujours au plus profond de moi-même. Pour moi-même, pour ma famille, pour tous ceux qui me sont chers et pour d’autres personnes qui ont été affectées par cette affaire. J’ajouterai pour mon pays aussi, qui depuis cette dramatique affaire a dû traverser des situations très difficiles. J’ai aussi une pensée pieuse et profonde pour les parents des victimes de ce drame.
Je ne souhaiterai pas, même à mon pire ennemi, de vivre ce que j’ai vécu et que je continu de vivre. Se voir accuser d’un tel drame et bien pire ne pas avoir en réalité la possibilité de se défendre loyalement …, c’est vraiment très dur !
Donc je vis la situation dans la foi, convaincu que rien de ce qui arrive ne surprend notre Créateur. Je m’en remets entièrement à lui.

Vous avez été tour-à-tour « suspect sérieux», puis inculpé et enfin vous avez bénéficié d’une décision de non-lieu. Comment avez-vous vécu toutes ces étapes ?
M.K. :
Je vous l’ai déjà dit, je m’en remets à Dieu ! … (Long silence)
Vous savez, avec la Commission d’enquête Indépendante (CEI), ça été très difficile. Pour la plupart de ses membres nous étions coupables, un point, un trait. Il n’y a pas ce qu’ils n’ont pas fait pour nous enfoncer. Honnêtement, ils n’écoutaient même pas nos arguments. Pourtant sur tous les points qu’ils ont soulevés nous avons répondu et ils ont pu vérifier… Mais bref, pour eux nous étions coupables tout simplement même si les faits sont autrement. Ils ne voulaient pas les coupables, c’est nous qu’ils voulaient pour arriver à des objectifs précis.
Avec le juge d’instruction même si l’ambiance était moins lourde, la pression était presque la même. Le sentiment qu’on voulait notre peau à tous les prix était encore là. La preuve a été mon inculpation parce qu’un ami avec lequel j’étais le 13 décembre avait dit qu’il ne se rappelait pas si c’était le 13 ou le 14 ! (Silence). A l’époque je souffrais terriblement. J’étais plus mort que vivant. Je tenais à peine au cours des interrogatoires et des confrontations. Une fois même le juge d’instruction a été obligé de mettre fin à une séance parce que c’était impossible, je ne tenais pas. J’ai vraiment souffert de cet épisode, moralement comme physiquement. Mais Dieu merci la vérité a fini par triompher et mon inculpation a été levée.

Justement ce non-lieu… ?
M.K. :
Un soulagement ! Je remercie encore le Seigneur pour son assistance. C’est vrai que le problème est loin d’être fini mais ce non-lieu a été un grand soulagement parce que pour moi cela veut dire que la Justice ne cherche pas à condamner forcément et qu’elle regarde les faits.

Ce n’est pas l’avis de certains !
M.K.
:Oui, malheureusement ! C’est dommage que tout le monde n’ait pas confiance en la justice. Je n’y peux rien.

Au regard de tous ces faits, quel regard avez-vous sur cette « affaire Norbert ZONGO » ?
M.K. : Je n’ai qu’un seul souhait : que la vérité se fasse ! Pour ma part je clame mon innocence dans cette affaire, comme je l’ai toujours fait. En réalité, de la manière dont les choses se sont passées, la CEI ne voulait pas dire que nous étions des « suspects sérieux » mais des « coupables parfaits ». On nous a mêlés à cette dramatique affaire pour des besoins politiques. Depuis le début j’ai toujours répondu à toutes les sollicitations pour faire la lumière dessus. C’est la même chose pour tous ceux qui ont été mis en cause avec moi. Nos programmes ont été vérifiés à plusieurs reprises, etc. J’ai le sentiment que si la CEI ne s’était pas braquée sur nous, elle aurait pu coincer les véritables auteurs ou en tout cas indiquer des voies pour les rechercher et les retrouver.
Tout le monde sait que s’il y avait le moindre début de preuve contre nous il y a longtemps qu’on nous aurait jugés et condamnés.

Avez-vous quelque chose à dire à tous ceux qui vous accusent ?
M.K. :
Non ! … Je ne sais pas.
En tout cas si c’est la vérité qu’ils recherchent, ils n’ont qu’à regarder ailleurs. Pas dans notre direction !... Et nous n’allons pas nous accuser pour leur faire plaisir.

Qu’attendez-vous de la justice dans cette affaire ?
M.K. :
Qu’elle fasse la lumière sur cette affaire au plus tôt. Je rends grâce à Dieu et suis certain que la vérité éclatera un jour !

Par Cheick Ahmed

 

KAFANDO va-t-il demander réparation ?

Inculpé, le 2 février 2001 dans les liens de la prévention dans l’affaire du drame de Sapouy, pour « assassinat et destruction de biens mobiliers » sur la base de la non-concordance de son emploi du temps avec les déclarations d’un des témoins, Marcel KAFANDO a bénéficié d’un non-lieu, le 18 juillet 2006.

C’est, en effet, le mardi 18 juillet 2006 que le Procureur du Faso, Adama SAGNON a rendu le réquisitoire définitif sur l’instruction du dossier Norbert ZONGO. Marcel KAFANDO, seul inculpé depuis le 2 février 2001, pour « assassinat et destruction de biens mobiliers » a bénéficié d’un non-lieu au terme de l’enquête du juge d’instruction, Wenceslas ILBOUDO.
Le chef d’inculpation retenu contre lui l’a été sur la base des déclarations contradictoires de Jean Racine YAMEOGO, devenu dans les faits principal témoin. Le juge d’instruction entendait partir de cette histoire de non-concordance de dates pour mieux orienter son enquête.
Si l’on remonte le cours de cette histoire rocambolesque, Jean Racine YAMEOGO avait à sa comparution devant la CEI témoigné à décharge en faveur de Marcel KAFANDO en confirmant les propos de ce dernier. En rappel, Marcel KAFANDO interrogé par la CEI sur son emploi du temps du 13 décembre 1998, avait expliqué que dans la matinée, il est resté au bureau jusqu’à 11h, il est ensuite rentré chez lui puis est ressorti pour le restaurant « la Source » situé à la cité AN II où il a rencontré son ami Jean Racine YAMEOGO, ex-sergent-chef de la Base aérienne.
Le hic, c’est que revisitant son emploi du temps du jour des faits, à sa première audition devant le juge d’instruction le 29 février 2000, soit près de deux ans après le drame, Jean Racine YAMEOGO revient sur ses déclarations en disant qu’il était plutôt avec KAFANDO, le 14 décembre 1998. Ayant mené son instruction des années durant au cours desquelles, il a eu à auditionner, sans grands succès, 105 personnes dont des militaires y compris les « suspects sérieux », le juge Wenceslas ILBOUDO procédait à l’inculpation de l’adjudant KAFANDO sur la juge base du revirement de son compagnon du jour au sujet de la datation de leur rencontre. Cinq longues années d’instruction aboutiront à la confrontation entre l’inculpé et son témoin, laquelle confrontation permettra à l’accusé de bénéficier du doute du témoin à charge. En effet, la première confrontation a eu lieu le 15 mai 2001. Au cours de celle-ci le témoin s’en tenait à sa déposition du 29 février 2000 dans laquelle il ne reconnaissait pas avoir été en compagnie du suspect, le 13 décembre 1998, date du meurtre. Il situe leur rencontre plutôt au 14 décembre. Quant à Marcel KAFANDO il ne bougera pas d’un iota de sa déposition faite auprès de la CEI. Mais la confrontation sera interrompue en raison de son état de santé. Le 31 mai 2006, le juge d’instruction procède à une deuxième confrontation : coup de théâtre. En effet, pendant que l’inculpé est resté constant dans ses déclarations, le témoin, lui, change de version. Il se dédit en ces termes : « A ce stade actuel des évènements, je préfère ne pas me fixer sur une date à savoir le 13 ou le 14 décembre 1998, ce dont je suis certain, c’est qu’effectivement j’ai rencontré Marcel KAFANDO à cette période. Du conseil de l’Entente, nous nous sommes rendus successivement aux restaurants la « Québécoise », la « Source » avant que Marcel ne me dépose à l’hôtel Splendide. A présent avec le recul, il existe un doute dans mon esprit entre la date du 13 et celle du 14 décembre 1998. Face donc à ce doute, je préfère ne pas persister dans mes déclarations antérieures et accuser à tort un compagnon d’arme ».
Comme le veut la règle en droit, le doute profite à l’accusé. Le juge d’instruction n’avait plus d’indice à prospecter tout comme de raison de maintenir Marcel KAFANDO dans les liens de la prévention d’autant qu’il avait été inculpé parce que Jean Racine YAMEOGO avait réfuté ses propos. Dès lors qu’il ne le fait plus, l’inculpation tombe d’elle-même selon la loi. Ainsi le juge a établi une ordonnance de non-lieu que le procureur du Faso a examinée puis a dressé un réquisitoire définitif de non-lieu, le 18 juillet 2006. Cela veut dire qu’il n’y a pas lieu à suivre. Autrement dit, le juge d’instruction a recherché des éléments à charge et à décharge, des éléments permettant d’envoyer la personne inculpée devant la juridiction du jugement mais n’a pu être convaincu par qu’il a récoltés. Par conséquent il a pris une ordonnance du non-lieu qui du reste, pouvait faire l’objet d’un appel devant la Chambre d’accusation par la partie civile. Mais celle-ci n’a pas agi dans ce sens mettant ainsi fin à l’instruction du dossier Norbert ZONGO. Le dossier est donc renvoyé au greffe du Tribunal de grande instance de Ouagadougou en attendant d’éventuelles charges nouvelles pour sa réouverture.
Dans toute cette affaire Marcel KAFANDO se retrouve fort martyrisé. Sur le seul motif de son emploi du temps, on l’implique dans une affaire aussi grave que celle de l’assassinat de Norbert ZONGO. La loi dit qu’on ne peut pas détenir préventivement plus de 12 mois. Mais Marcel, lui en a écopé 48 mois. Va-t-il demander réparation pour préjudice subi ? Dans l’affirmative ne serait-il pas dans son droit ?

Par Drissa TRAORE

Inculpation de Marcel KAFANDO
Quand le Collectif souffle le chaud et le froid

Me Halidou OUEDRAOGO Après avoir été désigné par la CEI comme un des six «suspects sérieux» dans l’assassinat de Norbert ZONGO suite à une enquête pour le moins douteuse, Marcel KAFANDO a été inculpé, le 2 février 2001 sur la base de son emploi du temps du 13 décembre 1998. Une inculpation qui a dû amener le collectif à souffler le chaud et le froid.

En tirant sur la sonnette d’alarme sur les conclusions « sulfureuses » de la Commission d’enquête indépendante, ils étaient nombreux les observateurs avertis à essuyer le courroux du collectif dont nombre d’affidés siégeaient dans ladite commission.
Dirigée par le magistrat Kassoum KAMBOU, membre actif du Collectif, la CEI qui a bossé trois mois durant pour rassembler les indices qui permettraient de retrouver les assassins de Norbert ZONGO a déposé son rapport le 7 mars 1999. Dans ledit rapport elle indexait six «suspects sérieux» au nombre desquels Marcel KAFANDO.
L’instruction du dossier fut confiée au juge Wenceslas ILBOUDO qui devait prospecter toutes les pistes possibles dont celles de la CEI pour débusquer les bourreaux de notre confrère Norbert ZONGO et de ses compagnons d’infortune.
Il est vrai que le juge était investi de tout pouvoir et pouvait, à ce titre, interroger qui il voulait pour la manifestation de la vérité; mais n’oublions pas qu’un tel boulot commandait évidemment beaucoup de prudence et de sérénité. C’est dans cet état d’esprit qu’il a dû commencer son travail. Naturellement cette indépendance du magistrat instructeur n’était pas pour plaire aux habitués de la justice à sens unique, dont les adeptes n’étaient autres que les «djafouleurs» du Collectif, prompts à applaudir leurs maîtres même dans la bêtise. Ainsi, voyant en cette sérénité une véritable menace à leur complot de «suspects sérieux» ils continueront leur sale besogne de plus belle en exerçant la pression sur le juge d’instruction en le traitant de laxiste et de tous les pêchés d’Israël avec pour objectif de le contraindre à s’orienter sur leur piste, celle des «six suspects sérieux» fabriqués de toutes pièces.

Inculper un «suspect sérieux» sous la pression
Pendant deux longues années d’instruction, Wenceslas ILBOUDO était coincé entre la recherche de la vérité en toute indépendance et la pression du Collectif. Il finit par céder à cette pression en inculpant, le 2 février 2001, Marcel KAFANDO sur la base de la seule non-concordance de date dans ses déclarations par rapport à son emploi du temps du 13 décembre 1998, jour du drame, avec celle de Jean Racine YAMEOGO, celui-là même avec lequel il prétendait être ce jour-là.
Dès l’annonce de cette inculpation, les ténors du Collectif montent aussitôt au créneau, heureux de tenir enfin leur proie. Ils n’étaient pas loin de dresser des couronnes de lauriers à la justice burkinabè et au juge Wenceslas ILBOUDO, alors que quelques jours avant ils les vouaient tous aux gémonies. Il ne pouvait en être autrement quand on sait que dès le lendemain-même de la mort de Norbert ZONGO, bien avant donc le rapport de la CEI, leur « conviction » était faite. Il ne restait plus qu’à exercer une pression suffisante sur l’exécutif et le judiciaire pour se voir offrir l’agneau de sacrifice.
Pour garder aux yeux de tout ce beau monde une réputation de probité, le meilleur moyen, à défaut d’avoir réellement trouvé quelque chose de consistant dans une dynamique où il faut absolument en trouver, c’était de revenir au gisement des « sérieux suspects » de la CEI. Tout le Burkina a encore en mémoire cette sortie spectaculaire de l’emblématique président du Collectif, Halidou OUEDRAOGO pour ne pas le nommer, congratulant Wenceslas ILBOUDO sur RFI en ces termes : « Le juge serait même à féliciter ». C’était heureux, en effet, que ce soit ceux-là même qui la pourfendaient qui se réconcilient miraculeusement avec cette justice et qui lui déroulent le tapis rouge.

Le show de Racine
L’inculpation de Marcel KAFANDO s’est donc faite sur la base de son emploi du temps du 13 décembre 1998. L’auteur de l’imbroglio qui a conduit à l’ordonnance du juge n’est autre que l’ex-Sergent-chef de la Base Aérienne, Jean Racine YAMEOGO dont les «virements et les revirements» feront tourner en rond la justice six longues années.
Dès sa première comparution devant la CEI, Jean Racine YAMEOGO avait confirmé qu’il était avec Marcel KAFANDO le 13 Décembre 1998 au restaurant « La source ». Un témoignage qui paraissait beaucoup plus lucide en tenant compte du facteur temps (les faits étaient encore relativement récents). Mais le ver était dans le fruit dès l’entame des enquêtes de la CEI puisque malgré ce témoignage à décharge la CEI décidera de lui coller la qualification de « suspect sérieux ». Dès lors, l’instruction de l’affaire amorçait un virage intéressé qui l’inscrivait dans un sillon la conduisant directement vers le pouvoir. On se souvient d’ailleurs que l’unanimité ne s’était pas faite autour du fait et on ne pouvait donc s’étonner des conclusions «bateaux» livrées par le rapport de la CEI. Toujours est-il que le juge lui aussi décide d’entendre Jean Racine YAMEOGO. C’était le 29 février 2000. A cette audition il revient sur ses propos. A cette étape de l’instruction, la procédure d’information n’admettant pas la confrontation de témoins, le juge Wenceslas ILBOUDO décide d’inculper M. KAFANDO pour pouvoir procéder à la confrontation qui s’imposait de fait, compte tenu du climat sociopolitique délétère.
Si techniquement l’inculpation de Marcel KAFANDO pour une histoire de calendrier peut s’expliquer, elle résiste difficilement à la critique. Car ce n’est pas parce que celui-ci n’était pas avec Jean Racine YAMEOGO, le 13 décembre 1998 qu’il était forcément à Sapouy pour « occire » Norbert ZONGO et ses compagnons. En plus, pour inculper quelqu’un dans une affaire aussi dramatique, il faut de sérieuses preuves. L’une des failles de cette inculpation est également qu’elle ne tirait pas son fondement de la matérialité des faits comme il est de coutume ; mais uniquement des déclarations de Jean Racine YAMEOGO. Néanmoins, on comprend que le juge ait voulu partir de cette affaire de calendrier pour rechercher d’autres indices ou faits pouvant le conduire à Sapouy avec ou sans KAFANDO à l’arrivée. Mais lors de la confrontation du 31 mai 2006, Jean Racine YAMEOGO se dédit de nouveau renvoyant le juge d’instruction à la case départ. Est-ce à dire que l’intéressé, doutant de ses déclarations enfonçant Marcel KAFANDO, était bel et bien avec ce dernier le 13 Décembre 1998 au restaurant «La Source» ? Le doute profitant à l’accusé, le juge Wenceslas ILBOUDO n’avait de choix que de prononcer le non-lieu.
Voyant la proie s’échapper, le Collectif est encore monté au créneau, battant le rappel des troupes à travers déclarations, campagnes de presse et actions syndicales tous azimuts. Tout y passera, sans qu’à aucun moment il ne se prononce sur le fait majeur que le juge ait pu inculper le suspect sur la seule base de ce témoignage dont il était évident qu’il n’avait la moindre chance de prospérer devant un tribunal.

Par Drissa TRAORE

C’est le dossier qui conduit le juge

Adama SAGNON, l’ancien procureur du Faso qui a rendu le réquisitoire du non-lieuSi l’instruction du dossier Norbert ZONGO a abouti à un non-lieu, ce n’est pas tant de la faute du magistrat-instructeur ou de l’Etat qui a mis les moyens qu’il fallait pour une bonne instruction, que de l’opacité qui entoure le crime et qui rend son «déchiffrage» complexe, voire impossible.

Bref rappel des faits. Le 13 décembre 1998, Norbert ZONGO et ses trois compagnons qui rejoignaient le ranch du journaliste situé dans la province de la Sissili sont tués à quelques encablures de Sapouy, chef-lieu de la province du Ziro.
Un crime commis apparemment sans témoin, car et jusque-là, aucun témoin oculaire ne s’est manifesté et ce nonobstant les enquêtes fantaisistes menées par certaines officines politiciennes, qui faisaient cas de l’existence de ceux-ci. A ce propos, L’Opinion s’inquiétait déjà à l’époque du fait que ceux qui avaient relayé ces enquêtes n’aient pas été entendus, alors que leur témoignage aurait pu se révéler capital. Une inquiétude en partie levée par l’instruction du juge Wenceslas ILBOUDO, qui a obéi aux règles de «l’art» judiciaire. Le juge ILBOUDO a, en effet, quasiment entendu toutes les personnes dont les noms apparaissaient dans l’enquête de la Commission d’enquête indépendante (CEI) et aurait même élargi son champ d’investigation à d’autres personnes.
Il s’est aussi rendu à maintes reprises sur les lieux du crime et dans la province du Ziro pour fonder ses certitudes. Car, et contrairement à la CEI qui a abouti à la désignation de «suspects sérieux», le juge Wenceslas ILBOUDO devait lui établir formellement la culpabilité de toute personne qu’il aurait indexée. En instance de jugement en effet, il n’existe pas de suspects sérieux. Il n’y a que des coupables et des innocents.
Malgré le harcèlement dont il a été l’objet «Wens» ne pouvait que rester stoïque sauf pour lui à vouloir trahir le serment de magistrat qu’il a prêté.
Heureusement, la pression des «djafouleurs» n’a pas eu raison du respect de l’éthique et de la déontologie ce qui a conduit à un non-lieu de l’instruction.
Comme on dit dans le jargon, le dossier Norbert ZONGO tel qu’il se présentait ne pouvait que conduire à cette impasse. En bâclant le travail préliminaire et en désignant des suspects sérieux, la CEI a refilé un dossier bancal au juge instructeur. C’est le lieu de dénoncer ici, cette méthode qui a consisté à confier une enquête judiciaire à des profanes en se fondant uniquement sur leur probité supposée et en courbant l’échine devant la pression. La science juridique est une chose que seuls les spécialistes maîtrisent. En ce sens, le dossier Norbert ZONGO a eu un caractère pédagogique, le peuple burkinabè étant désormais convaincu qu’une bonne justice ne peut s’administrer dans le brouhaha. C’est ainsi que la démocratie grandit sous toutes les latitudes.

Par Alpha YAYA

 

Edouard OUEDRAOGO, enseignant de droit pénal spécial
“Même le chef de l’Etat ne peut pas intimer l’ordre de réouvrir le dossier”

Edouard OUEDRAOGO, enseignant de droit pénal spécialEnseignant de droit pénal spécial à l’Université de Ouagadougou, Edouard OUEDRAOGO à travers cette interview explique les conditions pour la réouverture du dossier Norbert ZONGO. Du non-lieu à la prescription de l’affaire, il apporte des précisions importantes. Lisez plutôt.

Le 18 juillet 2006, le procureur du Faso a pris un réquisitoire du non-lieu dans l’affaire Norbert ZONGO. Quels sont les fondements juridiques de cette décision ?
Pr. Edouard OUEDRAOGO (EO) :
Le non-lieu est une décision de clôture par laquelle une juridiction d’instruction déclare qu’il n’y a pas lieu de poursuivre l’instruction contre un inculpé c’est-à-dire une personne mise en examen soit parce que les faits à lui reprocher ne tombent pas sous le coup de la loi pénale soit parce que les charges relevées contre lui n’apparaissent pas suffisantes. C’est l’article 177 de notre Code de procédure pénale qui précise que si le juge d’instruction estime que les faits ne constituent ni crime, ni délit ni contravention ; si l’auteur reste inconnu, s’il n’existe pas de charges suffisantes contre l’inculpé, il déclare une ordonnance qu’il n’y a lieu à suivre.

Qui a au juste décidé du non-lieu ? C’est le procureur du Faso ou le juge d’instruction ?
Pr. EO :
C’est le juge d’instruction qui prend l’ordonnance du non-lieu. Il transmet la décision au Procureur du Faso qui peut interjeter appel devant la Chambre d’accusation s’il n’est pas d’accord avec cette décision. Le procureur du Faso n’a donc pas de décision à prendre, il ne peut que demander au juge d’instruction d’agir par le biais d’un réquisitoire introductif. Soit dit en passant, il existe trois types de réquisitoire. En plus du réquisitoire introductif qui permet de saisir le juge d’instruction pour l’ouverture d’un dossier, il y a le réquisitoire supplétif qui permet au procureur du Faso de fournir un certain nombre d’éléments au juge d’instruction. Le troisième type est le réquisitoire définitif qui met fin à la procédure.

Est-ce que la partie civile avait la possibilité de faire appel de cette ordonnance du non-lieu ?
Pr. EO :
Bien sûr, la partie civile avait la possibilité de faire appel de cette ordonnance. Je crois d’ailleurs qu’elle l’ait fait. Ceci dit, la partie civile tout comme le Procureur du Faso peut faire appel des ordonnances d’un juge d’instruction, notamment les ordonnances de non-informé, les ordonnances du non-lieu et les ordonnances faisant grief à ses intérêts civils. L’appel de la partie a été interjeté auprès de la Chambre d’accusation qui a pris un arrêt de non-lieu. C’est-à-dire que la Chambre d’accusation a confirmé la décision du juge d’instruction. Il faut dire que la Chambre d’accusation a une composition collégiale de plusieurs juges d’instruction qui instruisent et en matière criminelle ils doivent obligatoirement intervenir en second lieu.

On dit que le dossier est renvoyé au Parquet en attendant des charges nouvelles pour sa réouverture. Quelle explication technique peut-on donner à cela ?
Pr. EO :
C’est la procédure qui le requiert. Lorsque le juge d’instruction rend son ordonnance du non-lieu, ça veut dire que le dossier est provisoirement clôt en attendant les charges nouvelles pour sa réouverture. L’article 188 du code de procédure pénale dispose que l’inculpé au regard duquel le juge d’instruction a dit qu’il n’y a lieu à suivre, ne peut plus être recherché pour le même fait à moins que surviennent les charges nouvelles.

Pour certains, le dossier est en réalité clôt. Votre avis ?
Pr. EO :
Ah non, le dossier n’est pas du tout clôt étant entendu qu’il peut être réouvert sur des bases précises. Le dossier peut en effet être réouvert sur la base des charges nouvelles selon l’article 188 du code de procédure pénale. Ensuite l’article 189 du même code dispose expressement que sont considérées comme charges nouvelles les déclarations de témoins, pièces et procès verbaux qui n’ayant pu être soumis à l’examen du juge d’instruction sont de nature à fortifier les charges qui auraient été trouvées trop faibles soit à donner aux faits de nouveaux développements utiles à la manifestation de la vérité. L’article 190 précise qu’il appartient au ministère public seul c’est-à-dire le Procureur du Faso de décider s’il y a lieu de requérir la réouverture de l’information sur charges nouvelles.

Ce dossier est-il imprescriptible ?
Pr. EO :
Le dossier n’est pas imprescriptible. Les actions qui sont imprescriptibles sont seulement les crimes contre l’humanité.
Sinon les cas d’assassinat comme l’affaire Norbert ZONGO sont prescriptibles sur une période de dix ans. Mais vous faites bien d’évoquer la question de la prescription puisque la réouverture sur charges nouvelles suppose aussi que le dossier ne soit pas clôt. A partir du non-lieu, il y a un nouveau délai de prescription qui commence à courir. Tant qu’il n’y aura pas un acte de poursuite ou d’instruction qui interrompt la prescription, le délai de dix ans court. Passés les dix ans, on ne pourra plus rouvrir le dossier.
Je tiens à vous préciser qu’il y a interruption de la prescription lorsque le délai de prescription déjà écoulé partiellement jusqu’à l’acte interruptif s’efface. Et la prescription recommence à courir après l’acte interruptif pour un nouveau délai tout entier. Selon les articles 7 à 9 du code de procédure pénale, constituent les causes d’interruption de prescription les actes d’instruction ou de poursuite.
Les actes de poursuite sont les actes de mis en mouvement de l’action publique émanant du ministère public telle que la citation directe, le réquisitoire introductif, supplétif ou définitif. Il s’agit aussi de la citation directe et de la plainte avec constitution de partie civile de la victime.
S’agissant des actes d’instruction, il faut retenir tous les actes accomplis par le juge d’instruction ou un officier de police judiciaire et ayant pour objectif la recherche des preuves lorsqu’une information est ouverte (transport sur les lieux, audition de témoins, expertise, etc.)

Il semble qu’il y a actuellement une pétition en cours pour la réouverture du dossier. Quelle est la valeur juridique de cette initiative ?
Pourra-t-elle permettre de reprendre l’instruction ?
Pr. EO :
La pétition est définie par le lexique des termes juridiques comme étant une réclamation entourée d’une certaine publicité adressée à une autorité par un ou plusieurs intéressés en vue de provoquer une décision à leur avantage ou pour la cause qu’ils défendent. Ensuite, le lexique dit que la pétition est une demande adressée par un particulier ou un groupe de particulier à une autorité publique pour qu’on examine leur réclamation. La Constitution aussi fait cas de la pétition en son article 98 qui dit que pour l’adoption d’une loi, les citoyens peuvent faire une proposition rédigée et signée par au moins 15 000 personnes ayant le droit de vote. Par ailleurs, 30 000 citoyens ayant le droit de vote peuvent demander par pétition la révision de la loi constitutionnelle.
Mais si on repart sur la définition du lexique, on peut dire que l’objectif de la pétition initiée c’est de saisir le Procureur du Faso. Lorsqu’il est saisi, il peut décider d’intervenir par un réquisitoire qui saisit le juge d’instruction pour la réouverture du dossier. Mais le hic est que tout cela est basé sur des éléments juridiques. Il faut donc que le Procureur du Faso se fonde sur des éléments juridiques notamment les charges nouvelless pour saisir le juge d’instruction.
Tant que ça ne sera pas sur la base d’une charge nouvelle, le juge d’instruction va prendre une ordonnace de non-informé en se référant à l’article 189 du code de procédute pénale qui évoque les charges nouvelles pour la réouverture d’un dossier. Tant qu’il n’y aura donc pas de charges nouvelles, le Procueur du Faso ne pourra pas agir.

Y a-t-il une possibilié de réouvrir le dossier sans qu’il y ait de faits nouveaux ?
Pr. EO :
Impossible. Il est impossible juridiquement parlant de réouvrir le dossier s’il n’y a pas de faits nouveaux relativement à la personne en fait qui avait été poursuivie ou s’il y a un élément qui permet au juge d’instruction d’épingler quelqu’un d’autre. C’est un dossier qui ne peut être réouvert que s’il y a des charge nouvelles.

Mais le chef de l’Etat ne peut-il pas décider de la réouverture du dossier même s’il n’y a pas de charges nouvelles ?
PrEO :
Ça serait un empiètement de l’Exécutif dans le domaine du judiciaire. Il y a quand même une séparation des pouvoirs. Le chef de l’Etat ne peut agir qu’indirectement sur le Procureur du Faso par l’intermédiaire de son ministre de la Justice. Le procureur du Faso étant hiérachiquement lié au Garde des Sceaux. Dans ce cas de figure, le chef de l’Etat peut faire pression sur le Procueur du Faso pour qu’il saisisse le juge d’instruction. Mais le problème est que le Procureur du Faso sera bloqué parce que pour qu’il puisse saisir le juge d’instrcution, il faut qu’il se base sur une charge nouvelle. C’est l’élément juridique de base pour pouvoir saisir le juge d’instruction.
En définitive, le chef de l’Etat, même s’il le veut, en raison de la procédure, en raison des articles 188 et 189 du code de procédure pénale, ça serait difficile pour lui voire impossible. D’ailleurs, l’indépendance du juge d’instruction fait que le chef de l’Etat ne peut pas lui donner des instructions. Il ne peut pas donc intimer l’ordre de réouvrir le dossier. A moins qu’on ne viole la loi.

Intervew réalisée par Drissa TRAORE

 

Tous les arguments sont-ils bons ?

«Si Norbert ZONGO a été assassiné, c’est parce qu’il enquêtait sur la mort de David OUEDRAOGO, chauffeur de François COMPAORE». Voilà l’argument massue utilisé par ceux qui ont toujours voulu voir «la main du pouvoir» dans l’assassinat de notre confrère, en dépit, il est vrai, de tout bon sens.

A en croire donc, ceux qui trouvent un lien de connexité entre l’affaire David OUEDRAOGO et celle Norbert ZONGO, le journaliste n’aurait jamais été assassiné s’il n’enquêtait pas sur le meurtre de David OUEDRAOGO, chauffeur de François COMPAORE, mort à la suite d’un interrogatoire de certains éléments de la garde rapprochée présidentielle. Une relation de cause à effet, difficile à établir dans la mesure où au moment de sa mort, Norbert ZONGO avait pratiquement tout dit sur cette affaire. Au point que lorsqu’il s’est agi de juger l’affaire David OUEDRAOGO, le tribunal militaire n’a pas eu à trop s’employer, d’autant que les mis en cause ont reconnu les faits, et, surtout, ont déclaré avoir agi de leur propre chef. En rappel, David OUEDRAOGO qui avait été mis en cause par des membres du personnel domestique suspectés de vol au détriment de son patron, François COMPAORE, avait été «durement» interrogé par les éléments de la sécurité présidentielle, tout simplement parce que le domicile de François COMPAORE se trouvant dans le périmètre du Conseil de l’entente, tout fait qui y adviendrait devait être «évalué» par ceux qui assurent la sécurité du Conseil. Et, François COMPAORE comme tous les autres habitants du Conseil sont soumis à cette discipline stricte dont le respect conditionne la pérennité des institutions républicaines. C’est donc de bonne foi que la garde présidentielle a agi d’autant plus que dans leurs déclarations les mis en cause ont fait état d’un coup d’Etat en préparation. Les hommes de sécurité se voyaient donc dans leur bon droit.
Hélas, David OUEDRAOGO est mort au cours des interrogatoires. Et, ils ont «tourné en rond» pendant un bout de temps, avant de porter la nouvelle au patron convaincus qu’ils étaient d’avoir commis une bavure. Car, de son propre aveu, François COMPAORE considérait David OUEDRAOGO comme un frère, d’où son désarroi lorsque la mort de celui-ci lui fut révélée. C’est de cette affaire dont L’Indépendant s’était saisi, demandant à François COMPAORE d’aller «présenter ses excuses à la famille de David OUEDRAOGO». Le procès révèlera que François COMPAORE a fait plus au point qu’il était devenu le protecteur de la famille de son défunt chauffeur. Laquelle famille a été convaincue de sa bonne foi et l’a déclaré par l’intermédiaire de l’un de ses représentants à la barre. Quel intérêt y avait-il dans cette occurrence de trucider Norbert ZONGO ? Aucun et, ceux qui ont fait de l’affaire Norbert ZONGO un fonds de commerce sont les seuls à avoir pu imaginer un tel scénario.
Un alibi factice au service d’une cause perdue d’avance, voilà résumé ce lien de connexité qui n’est guère parvenu à «connecter» l’opinion publique. Car, ici au Faso, personne ne boit l’eau par les narines.

Par
Alpha YAYA

 

L’onde de choc

Me Halidou OUEDRAOGO, l’ex-président du collectifUn Collectif en verve, un flambeau Norbert ZONGO brûlant tout bois, un G14 renaissant de ses cendres, un MBDHP plus virulent que jamais… Voilà le tableau qu’offraient à voir les principaux animateurs de la rue de 1999 à 2000. A dire vrai, l’affaire Norbert ZONGO tel un levain avait donné du tonus à nombre d’organisations sorties de leur léthargie et à des acteurs politiques connus ou « cagoulés » qui en feront voir de toutes les couleurs au pouvoir mais aussi aux paisibles citoyens et à la République.

Le mercure, il faut le dire, n’était pas loin de ne plus trouver place dans le thermomètre tant l’atmosphère au Faso était chauffé à blanc et au plan international, un lynchage médiatique du Burkina était orchestré par des lobbies où se comptaient Sankaristes et réseaux politiques de certaines personnalités qui voyaient en l’occurrence l’opportunité de prendre une revanche sur un pouvoir avec lequel elles ne sont pas en odeur de sainteté.
Ainsi, la toile s’est tissée et des têtes de proue de ce beau monde tenaient la vedette au plan national et international. Dans l’Hexagone et irradiant sur toute l’Europe, Robert MENARD de RSF et certains de ses amis journalistes avaient la charge de jouer la timbale de la diabolisation de notre pays et de ses dirigeants. A l’intérieur, malgré les conclusions de la CEI, le message du chef de l’Etat du 22 mai 1999, la création du collège de sages… le Collectif de Halidou OUEDRAOGO multipliait les grèves et autres appels aux marches et débrayages, pendant que dans le même temps, en son sein ses composantes notamment les partis politiques et certains animateurs et non des moindres se livraient une guerre sans merci de positionnement. Le G14, ayant retrouvé une seconde jeunesse, voulait se faire entendre tandisque l’ADF/RDA, avec à sa tête Me Hermann YAMEOGO, de son côté avait dans la même logique opté pour une « campagne nationale de désobéissance civile ». Il fallait occuper le terrain, être au devant de la « lutte » pour se présenter en opposant irréductible et crédible afin de se «baisser et ramasser» un pouvoir que chacun voyait à terre.
Pour donner de la contenance à cet activisme débordant, il fallait aux organisations impliquées, qui ne mobilisaient guerre, lever des armées de marcheurs et de vendales. C’est ce rôle de chair à canon qui sera dévolu aux milieux scolaires et estudiantins et à tous les sans grade de la société, prompts à hurler leur mal-être. L’université de Ouagadougou deviendra un foyer incandescent qui vibrera à la moindre saute d’humeur du Collectif, ce qui va d’ailleurs conduire Halidou OUEDRAOGO à déclarer que « l’ANEB est le bras droit du collectif ». Ce que vont payer chèrement les étudiants qui du fait de l’insécurité qu’ils ont eux-mêmes installée sur le campus universitaire provoqueront l’invalidation de l’année accadémique 1999-2000.
Au fil de l’évolution des évènements, nos prétendus croisés de la lutte contre l’impunité et pour la justice pour Norbert ZONGO montreront leur vrai visage. Un visage hideux qui n’a rien à envier à ce que laissaient voir les corsaires des temps anciens. Pour la plupart, le plus important était de profiter de l’affaire Norbert ZONGO, pour se faire une santé politique, syndicale et même financière. Les masques vont donc vite tomber et c’est un membre de la « famille », à l’époque, qui lèvera le lièvre en sortant cette formule choc : « l’Affaire Norbert ZONGO est devenue un champ de cacao pour certains ». Thibault NANA, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était un tribun du Collectif, l’homme excellait dans le maniement de la langue nationale mooré et maîtrisait l’art des formules qui accrochent. Dépité par les maigres dividendes de ses qualités de tribun du fait de ce que les «gourous» du moment refusaient de lui faire du soleil, il ruera ainsi dans les brancards. Il ne sera pas démenti car les luttes de leadership pour certainement contrôler la mane et être aux premières loges quand viendrait le moment de jouir des fruits de la « lutte », faisaient rage, lézardaient la structure qui prendra l’eau de toutes parts. Ainsi, les intérêts personnels s’entrechoquant, une vive tension s’est créée entre le patron du Collectif, Halidou OUEDRAOGO et le patron de l’ADF/RDA, Me Hermann YAMEOGO. Les partis politiques membres du Collectif et les organisations dites de la société civile avec à leur tête le MBDHP ne regardaient plus dans la même direction. Le mouvement « trop, c’est trop » soutenu par une presse souterraine très prolixe prenait inexorablement de l’eau de tous les côtés. Les grèves et autres journées ville morte n’étaient plus suivies : beaucoup de Burkinabè ayant compris qu’ils étaient les dindons de la farce, dans un combat qui n’avait rien à voir avec leurs aspirations réelles. Outre cette prise de conscience, les actions et les bonnes dispositions du gouvernement à œuvrer pour la manifestation de la vérité finiront de convaincre que les gesticulations du Collectif avaient autres motivations que celle pour laquelle beaucoup s’étaient engagés. Toutes choses qui allaient conduire à la décrispation, les Burkinabè ayant opté pour la sauvegarde de l’intérêt supérieur de la Nation. « Le Burkina revient de loin », ainsi avions-nous titré un de nos articles à l’époque.

Par Ben Alex Béogo

 

Lettre ouverte aux inquisiteurs néocoloniaux !

NDLR : M Jean R. GUION ne se présente plus au Burkina Faso. Président du CISAB (Cercle International de Solidarité avec le Burkina Faso) et directeur de publication du périodique “Burkina Faso Info”, ce intellectuel de haut vol à la plume alerte ne manque jamais l’occasion de croiser le fer avec les contempteurs de sa seconde patrie qu’est le Burkina Faso. Dans sa lettre ouverte que nous reprenons ci-dessous, il dit ses quatre vérités à trois individus dont les propos excessifs contre le Burkina sont loin d’être à son goût.

Jean GUIONDepuis quelques semaines Messieurs Balemans, Mandel et Ménard vous semblez vous livrer sans retenue, et avec la lâcheté que vous confèrent vos diverses « couvertures », à un véritable lynchage médiatique de la souveraineté du Burkina Faso!
Cela suffit !
Vous n’êtes en fait que de petits donneurs de leçons néocoloniaux qui viennent régler, à peu de frais, leurs frustrations politico-philosophiques sur le compte du développement du Pays des Hommes Intègres !
Tout a commencé, début septembre, par un article du Pays (organe de presse burkinabè), repris par Courrier International, et signé de F. Balemans, sous le titre racoleur « Ouagadougou une capitale au luxe obscène »...
Vous avez bien lu !
Puis par un dossier publié dans la revue GEO, datée de novembre, sous le titre « Ouagadougou invente la banlieue pour riches » signé de J.J. Mandel… Je ne vous connais pas J.J. Mandel, et je m’en félicite, mais je voudrais quand même vous faire remarquer que les banlieues pour riches existent partout dans le monde et depuis la nuit des temps…
En France, pour n’évoquer que votre pays de résidence, on a commencé par les Tuileries loin de l’Ile de la Cité, puis Versailles, sans oublier Neuilly ! Votre papier est un tissu, pire que de mensonges, d’incohérences et de fantasmes! Ouagadougou est certes devenue en 15 ans une des villes les plus propres d’Afrique, mais de là à parler de luxe et d’obscénité …
Vous êtes, que je sache, M. Balemans, un vague religieux au genre indéterminé, mais si j’ai bien compris plus proche du « père Aristide» que de l’Eglise de Rome, et vous sévissez au Burkina Faso depuis quelques années. Vous n’avez pour seule excuse que le fait de n’être pas francophone d’origine…Sinon vous auriez évité le ridicule de l’emploi de l’adjectif obscène qui signifie « contraire à la pudeur », donc « contraire au sentiment de crainte que font éprouver les choses du sexe » (dixit le Larousse Illustré).
Peut-être avez-vous, quand même, été influencé par votre éducation judéo-chrétienne?

Ainsi OUAGA 2000 vous choque M. Balemans, vous ne connaissez pas, dites vous, de site aussi somptueux au Pays Bas…Ou vous mentez, ou vous ne fréquentez que les bas fonds, parfois obscènes, de votre beau pays !
Dois-je vous rappeler les fastes de votre, d’ailleurs fort sympathique, Monarchie, une des plus grandes fortunes du monde, construite sur l’exploitation des « indigènes » d’un des derniers et des plus grands empires coloniaux ?
S’agissant d’obscénités, M. Balemans, vous feriez peut-être mieux de balayer dans les rues de certaines villes d’Europe où, au coeur du monde dit développé, circulent la mort, les drogues, et les prostitutions les plus abjectes !
Il y a quelques mois vous évoquiez la corruption, et vous prétendiez que votre chauffeur avait été victime d’un racket policier d’un montant équivalent à 3 ou 5 €uros…Vous aviez certes raison…Mais n’est-il pas encore plus « obscène » qu’un religieux, sensé avoir fait voeux de pauvreté, puisse s’offrir les services d’un chauffeur ? Il y a deux ans vous déclariez que les burkinabè ne devaient plus manger de pâtes car elles étaient fabriquées avec du blé, que ce dernier était cultivé par les riches (sic), et qu’il ne fallait donc pas les enrichir plus encore!
Je ne sais si cela vous a échappé mais depuis cette année le Burkina Faso est devenu le premier pays africain producteur de blé…En quantité encore trop modeste je vous le concède, mais qu’en dites vous ? Il faut le brûler?
Alors de grâce M. Balemans épargnez nous vos leçons et vos analyses de pacotille !
Espérez ! Même pour le Burkina Faso ! Ce verbe devrait pourtant évoquer bien des choses pour l’homme de religion que vous êtes censé être !
J’ai connu l’Avenue N’Khruma alors qu’elle n’était qu’une ruelle traversée d’un égout… Elle est aujourd’hui la plus belle avenue de Ouagadougou !
J’ai connu Ouaga 2000 alors que cette zone était inhabitée et inexploitée, aride et semi désertique… Désolé d’écorcher votre lyrisme de supermarché J.J. Mandel, mais il n’y a jamais eu là « de terre nourricière écorchée vive » !
Si vous connaissiez mieux les Burkinabè (vous n’utilisez pas une seule fois ce nom invariable dans votre texte) vous sauriez que si cette terre avait été exploitable il y a longtemps qu’elle aurait été mise en valeur!
Vous évoquez la zone ZACA comme un drame humain et urbain ! Cette zone n’était en fait qu’un immense et insalubre bidon ville comme ceux, nombreux, que les gouvernements européens ont « déguerpi » des abords de leurs grandes cités dans les années 70! Les « déguerpis » ont été exilés dans ce que vous décrivez comme l’enfer, la « Trame d’accueil » …Vous oubliez simplement de préciser que cet enfer est viabilisé (eau –électricité - évacuation et traitements des eaux), et qu’au bout de cet « enfer » on a placé la nouvelle Présidence du Faso !
Si vous aviez eu la curiosité de regarder un peu plus loin que le bout de votre étroitesse d’esprit, si vous aviez moins perdu de temps à faire poser des enfants avec des débris de « Barbies » venus d’on ne sait où, vous auriez remarqué les plantations d’arbres et de baobabs, ainsi que les divers projets de reforestations entrepris dans la zone !
Mais voilà, comme vos collègues « inquisiteurs » Mandel et consort, vous ne voyez que ce que vous voulez voir ! Parlons donc de ce consort, le dernier de ma liste, Bob Ménard! Vous êtes Ménard, comme le Beaujolais, vous réapparaissez régulièrement…
Comme le Beaujolais est un vin « particulier », Ménard vous êtes un journaliste très« particulier » si l’on en croit les co-fondateurs de RSF en1985, Rony Brauman alors président de Médecins sans frontières et le journaliste Jean-Claude Guillebaud, qui ont depuis longtemps pris leur distance avec votre association et dénoncé vos dérives !
Comme le Beaujolais vos déclarations nous saoulent ! Comme le Beaujolais vous avez eu un temps la couleur rouge vif de vos engagements politiques… Vos sens de la justice et de l’information sont aussi très particuliers…
Vous nous avez ainsi appris, le 20 octobre dernier, à l’occasion du bien triste anniversaire du meurtre du journaliste Norbert Zongo, alors que vous séjourniez une nouvelle fois au Burkina Faso, que vous veniez protester contre le non lieu prononcé en faveur de l’adjudant Kafando, unique inculpé, à la suite du retrait des accusations portées par l’unique « témoin » ...
Admettons…Mais alors pourquoi, pendant des mois, avoir « crié aux loups » et annoncé que le pouvoir voulait éliminer le seul inculpé, alors gravement malade, pour le faire taire ! Non seulement il a été bien soigné, il a survécu et, aujourd’hui il est libre, même de parler et d’accuser s’il le voulait ! En revanche ce qui est grave c’est votre « scoop » !
Vous auriez oublié de dire des choses, il y a près de huit ans, au juge d’instruction qui menait l’enquête ! Pire encore, si j’ai bien compris votre rocambolesque déclaration, vous auriez signé un pacte secret avec les membres de la Commission Internationale d’Enquête pour édulcorer le rapport final !
Comment expliquez-vous alors que les représentants de l’Etat, le Magistrat J.E. Somda et le Capitaine de Gendarmerie H. Traoré aient refusé de signer ce « pacte » ?
Ou ce pacte est faux et vous êtes un menteur ! Ou ce pacte est vrai et les représentants de l’Etat ont fait preuve d’une intégrité qui semble vous avoir fait, une nouvelle fois, défaut !
Cher Bob Ménard n’appelle-t-on pas cela, chez nous les « blancs », de la rétention d’informations??? Vous me décevez ! Mais ce n’est pas nouveau ! Quel dommage que vous ne soyez pas aussi présent à l’est de l’Europe…Vous savez il s’y passe des choses pas très jolies et les journalistes y sont bien malmenés… Mais peut-être que dans cette région du monde vous avez aussi signé un pacte secret ?
Pour vous, Messieurs les « inquisiteurs néo-coloniaux », l’Afrique ne peut pas, ne devrait sans doute pas, évoluer ! Et surtout pas ce petit pays enclavé et sans ressources qui, avec un taux de croissance moyen supérieur à 6% depuis 15 ans et une croissance espérée à deux chiffres dans les trois ans à venir, se permet de faire honte à l’Afrique riche qui perd !Surtout pas ce petit pays qui est devenu diplomatiquement incontournable et dont le taux de scolarisation, qui ne cesse de croître, est un des plus fort de la région !
Surtout pas ce petit pays dont le dynamisme culturel est exemplaire : Semaine de la Culture, FESPACO, Salon International de l'Artisanat, Université Numérique Francophone… Surtout pas ce petit pays classé 4ème sur 45 par la Banque Mondiale pour sa lutte contre la corruption et pour la transparence de sa gestion…
Surtout pas ce petit pays auquel l’agence Standard et Poor’s a confirmé la note B, à court et à long terme, pour « sa capacité dans la gestion prudente de ses finances » et qui non seulement assure son auto- suffisance alimentaire mais qui est aussi devenu le premier producteur africain de coton et le troisième dans le monde… Surtout pas ce petit pays qui, avec le temps et avec application, devient un modèle de démocratie…
Vous n’aimez pas ce pays, vous n’aimez pas ce régime, car ils font mentir vos prévisions et ruinent vos piteux fonds de commerce !
Pour vous, l’Afrique qui vous fait gagner c’est celle qui perd, celle des massacres, des pénuries et des famines, des guerres et des révolutions, des bidons villes, des photos sordides et des combines !
Désolé mais le Burkina Faso n’est plus dans cette ornière et, personnellement, je suis heureux de voir la paix civile s’enraciner, comme la Démocratie, dans ces terres arides qui le sont d’ailleurs de moins en moins.
Je suis heureux du corollaire de cette situation qui fait que des entrepreneurs s’enrichissent car ils créeront des emplois et, tôt ou tard, le plus tôt sera le mieux, tous les burkinabè en profiteront! Je connais le Burkina Faso depuis plus d’une vingtaine d’années, j’ai vu d’où il venait, du néant !
Ce qui est rassurant dans ce pays, comme à Ouagadougou, c’est ce que j’appelle « l’effet cliquet »…Certes tout n’y est pas parfait mais la démocratie, le développement et la croissance s’y installent, encore trop lentement, mais durablement, dans tous les domaines, et surtout, surtout, rien ne recule !
Chaque « escalier » gravi profite indirectement, mais sûrement, à tous !
Et cela en Afrique, et dans le Monde, convenez-en c’est devenu bien rare ! .o
JEAN R. GUION
(In BFI No 86)

Nous reprenons ci-dessous en intégralité l’interview que François COMPAORE a accordée à notre confrère L’Observateur Paalga
dans son édition N° 6322 du 1er/02/05. Trois années après, elle reste d’actualité.

 

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François COMPAORE
"La piste de l’Indépendant me semble intéressante”

François COMPAORESauf erreur ou omission, c’est la première fois, depuis l’autodafé de Sapouy un certain 13 décembre 1998, que celui à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession... se confie à un organe de la presse nationale. La première et seule fois qu’il était sorti de son silence au sujet de l’assassinat du directeur de publication de l’Indépendant, c’était dans l’Autre Afrique de notre confrère Jean-Baptiste PLACCA. Rien que pour cela, cet" entretien d’Etat" comme l’un d’entre nous l’a appelé vaut son pesant de mots….

Vous êtes plutôt discret, presque effacé. Peut-on pour autant vous donner le Bon Dieu sans confession ?
FC :
Je suis un homme de foi et j’ai toujours senti la main de Dieu avec moi. Vous savez, j’ai toujours été discret et c’est tant mieux ainsi, au regard de ma position particulière et des missions qui me sont assignées. Ceux qui me connaissent depuis l’enfance pourront témoigner que je n’ai jamais été ni excessif ni exubérant.

On imagine que ça ne doit pas être facile d’être le frère du président.
FC :
Oh que non ! En tout cas pour ce qui me concerne cela requiert beaucoup de responsabilités et de sacrifices. Je suis souvent la cible d’attaques violentes et injustes dans le but recherché d’atteindre mon frère et de déstabiliser le régime.

Au fait, quels genres de missions vous confie-t-il ? Celles sociales ou celles plutôt occultes à l’intérieur comme à l’extérieur ?
FC :
Je ne suis pas adepte de l’occultisme et je n’ai pas non plus de missions jugées inavouables. Je suis agroéconomiste de formation et Conseiller économique du Président du Faso ; à ce titre j’ai des responsabilités officielles que j’assume. Mais il est vrai que j’exerce parfois aussi des missions sociales et de relations publiques.

Comme quoi ?
FC :
Comme recevoir des amis de mon frère suivant ses instructions ou entretenir certaines de ses relations que son temps ne lui permet pas de faire.

S’il est une affaire qui a fait trembler la République, c’est bien celle dite Norbert Zongo. Six ans après le drame de Sapouy, les commanditaires et les exécutants de cette affaire courent toujours.
C’est un peu long non ?
FC :
La justice en est saisie et l’espoir demeure donc que la vérité éclate. Je suis de ceux qui ont le plus intérêt à la manifestation rapide de la vérité des faits.

Est-ce une affaire qui vous a coupé ou qui vous coupe toujours le sommeil ?
FC :
J’ai été bouleversé et choqué car il s’agit de la mort d’un homme, un crime odieux que des personnes, à travers une certaine presse, s’évertuent avec un acharnement très calculé à me coller sur le dos ! N’importe quel être humain à ma place serait offusqué surtout s’il sait qu’il est parfaitement innocent.

Il faut reconnaître que toutes les apparences vous accusent.
FC :
Ah oui ! Pouvez-vous me citer ces apparences qui m’accusent selon vous ?

Celles dont tout le monde parle et que la CEI a relevées, à savoir qu’il y a une relation de cause à effet entre l’affaire David OUEDRAOGO et l’assassinat de Norbert.
FC :
C’est çà vos apparences qui m’accusent ? La CEI ne m’a pourtant pas mis en cause en dehors des extrapolations que vous faites ! Vos apparences devraient être mieux fondées que sur des supputations et des extrapolations qui n’ont rien d’apparent, mais qui sont subjectivement puisées dans des rumeurs calculées.

Quel était votre programme le 13 décembre 1998 puisqu’on dit que vous vouliez vous assurer que le boulot serait fait avant de voyager ?
FC :
Tiens, tiens ! En tout cas je n’avais confié aucun "boulot" de ce genre à qui que ce soit ce jour là ! Quant à mon programme, la CEI m’avait largement interpellé sur cette question avec toutes les vérifications nécessaires.
Le 13 décembre 1998 dans la matinée, si j’ai bonne mémoire, j’ai participé à un meeting de remerciements des électeurs au Centre populaire des loisirs de Ziniaré, auquel a pris part le secrétaire général du CDP à l’époque, monsieur Simon COMPAORE. L’après-midi j’ai dû quitter Ziniaré pour rejoindre Ouagadougou afin de participer à un autre meeting au secteur 8 où je me souviens même avoir pris la parole.
Après ce meeting, j’étais contraint de rentrer chez moi puisque je prenais l’avion ce même soir pour participer à la journée du Burkina organisée à Paris le 15 décembre 1998 et qui était programmée depuis fort longtemps.
Je n’ai été informé de la mort de Norbert ZONGO que le 15 décembre 1998 ! Tous ces faits ont été minutieusement vérifiés par la Commission d’Enquête Indépendante et vous constaterez que j’avais ce jour-là le programme d’un citoyen et d’un militant préoccupé avant tout de remercier les populations suite au bon déroulement de l’élection présidentielle qui venait d’avoir lieu à la mi-novembre.

Au plus fort de la crise, n’avez-vous pas eu peur pour la survie du régime ?
FC :
Au regard des manifestations qui s’en sont suivies on peut dire que le régime a été ébranlé, il faut le reconnaître ! Certains ont voulu récupérer et instrumentaliser l’opinion publique mais heureusement ils se sont heurtés à la clairvoyance de notre peuple et à la lucidité des sages du pays.

Aviez-vous des raisons d’avoir peur pour votre vie ?
FC :
Non, puisque j’étais convaincu de mon innocence ! Peut-être que certains en voulaient à ma vie au point de me diaboliser dans les médias, mais personnellement, je n’avais aucune raison d’avoir peur. La preuve, c’est que je suis resté au pays.

Connaissiez-vous personnellement Norbert ?
FC :
Je ne le connaissais pas personnellement et je n’entretenais aucune relation avec lui.

A l’occasion du 6ème anniversaire de l’affaire Norbert ZONGO, Reporters sans Frontières a décrit votre frère comme le protecteur et vous le protégé. Qu’en dites-vous ?
FC :
Le caractère subjectif de l’affiche publiée par Reporters sans frontières est patent, au regard des faits. Vous savez bien que Robert Ménard, le secrétaire général de cette organisation, a pris une part active aux travaux de la Commission d’Enquête Indépendante où il ne s’est pas privé de me questionner sur tout.
Je rappelle pour vos lecteurs que suite à cet horrible assassinat, une Commission d’Enquête Indépendante avait été mise en place, présidée par un éminent représentant de la société civile, le Magistrat Kassoum KAMBOU alors Secrétaire aux relations extérieures du MBDHP, commission dont faisaient partie entre autres vos confrères SY Chérif et Pierre DABIRE.
Cette Commission a bénéficié de moyens conséquents sans qu’on ne puisse la suspecter d’allégeance au pouvoir ; son autorité et son crédit n’ont jamais été remis en cause. Après avoir auditionné 204 personnes, selon son rapport rendu public, les conclusions de la CEI ne mettent nulle part en cause ma personne ! L’attitude de Robert Ménard ne relève donc, ni plus ni moins, que d’une animosité personnelle à mon égard qui a pour but de salir les plus hautes autorités du pays et sa justice. C’est dommage pour l’image de RSF.

Tout de même, la CEI, en plus d’établir le lien entre les dossiers David et Norbert, a désigné 6 suspects sérieux, tous du RSP dont certains étaient déjà impliqués dans l’affaire David.
FC :
Si l’on vous suit, il n’y aurait plus qu’à inculper sans autre forme de procès dans l’affaire Norbert, ceux qui ont été déclarés suspects ou coupables dans l’affaire David OUEDRAOGO ! Un suspect, fût-il sérieux, n’est pas encore un coupable ; il jouit de la présomption d’innocence et peut être innocent. Pour preuve certains des suspects désignés par la CEI dans l’affaire David OUEDRAOGO ont été blanchis lors du procès par la vérité des faits. C’est la preuve qu’ils avaient été injustement qualifiés de suspects.

Pouvez-vous nous rappeler votre rôle dans la triste affaire David OUEDRAOGO?
FC :
Le procès de cette affaire a été largement public et tous les détails sont connus de l’opinion publique. Je suis un citoyen épris de paix et de justice et je ne souhaiterais pas donner des justificatifs à même d’éveiller des rancœurs ou faire des commentaires sur des décisions de justices devenues définitives ; vous savez vous-même que ce n’est pas normal.

Alors comment voulez-vous que les apparences qui lient les deux évènements puissent être clarifiées ?
FC :
(Silence)... Bon, c’est vous qui insistez ! Je pense que ce sera pour moi la dernière fois de revenir sur cette affaire. David OUEDRAOGO était mon chauffeur et j’avais beaucoup d’estime pour lui, au point de le traiter comme un membre de ma famille.
Suite à un vol commis à notre domicile, lui et d’autres membres du personnel domestique ont été interpellés et interrogés par la sécurité. Il faut aussi rappeler qu’à l’époque des faits, des questions relatives à la sécurité de l’Etat se sont superposées au problème de vol.
Malheureusement, David OUEDRAOGO est mort en détention. Mon épouse avait simplement porté plainte du fait de vol commis à notre domicile, et le cas malheureux du décès de David s’est produit suite aux investigations consécutives. D’ailleurs on avait tellement confiance en David que la plainte contre le vol ne le visait pas au départ ; ce sont ses collègues domestiques qui l’ont dénoncé au cours de la procédure.

Le tort a quand même consisté à le confier aux éléments du RSP plutôt qu’à la gendarmerie ou à la police?
FC :
Vous savez, on ne va pas refaire ce procès qui contient tous ces détails. Lorsqu’on habite un endroit sécurisé comme c’est mon cas, le premier réflexe en cas d’incident, est d’en informer les responsables de cette sécurité, ce que j’ai fait ! Retenez néanmoins, comme je vous l’avais déjà déclaré dans une autre interview en 1998 (1), que la gendarmerie a été saisie de la plainte pour fait de vol à mon domicile.

N’avez-vous pas été quelque peu ébranlé par cette affaire ?
FC :
Beaucoup ! Car non seulement j’avais perdu un être pour qui j’avais beaucoup d’estime et d’affection, mais en plus on m’accusait de l’avoir livré intentionnellement à la mort alors que, comme je vous l’ai déjà dis, la plainte ne l’avait pas personnellement visé au départ et sa mise en cause a résulté de l’enquête diligentée à cet effet.

Les ponts sont-ils définitivement coupés entre vous et sa famille ou gardez-vous toujours les mêmes relations ?
FC :
Je continue d’entretenir de bons rapports avec sa famille.

Le procès de l’affaire David OUEDRAOGO a été un moment fort dans notre pays. Comment l’avez-vous vécu ?
FC :
Avec la sérénité de l’innocent, mais aussi de la tristesse. La sérénité parce qu’il m’était enfin donné l’occasion de manifester mon innocence. La tristesse, d’abord à cause de la mort d’un de mes employés, et ensuite pour toutes les accusations gratuites et calomnieuses dont ma famille et moi faisions injustement l’objet.

Avez-vous pu vous expliquer comme vous le souhaitiez ?
FC :
Oui. Le procès était public et malgré le conditionnement d’une partie de l’opinion par les adversaires politiques du régime, les débats sont restés sereins et le procès équitable. D’ailleurs à l’issue du procès, certaines personnes qui étaient auparavant manipulées, et après avoir été bien éclairées, m’ont témoigné leur amitié et soutien.
Aviez-vous des raisons de craindre l’issue du procès ?
FC : Très honnêtement je n’avais aucune crainte puisque j’étais persuadé de mon innocence.

Quelle a été votre impression d’ensemble sur ce procès ?
FC :
La vérité a triomphé ! Certains ont voulu manipuler la justice et les juges en me présentant comme le coupable désigné, mais la manœuvre n’a pas marché et j’en suis très heureux. Souvenez-vous de l’entretien que j’avais accordé en 1998 à votre journal, bien avant la mort de Norbert ZONGO, et dont je parlais tantôt. J’avais clairement affirmé que je m’en remettais à la justice de mon pays. C’est dire que j’attendais ce procès avec sérénité.
J’avais également clairement affirmé que j’acceptais l’expression de la différence d’autrui et que j’adhérais fermement à la liberté de la presse et fustigeais par conséquent toutes les pratiques néfastes à la démocratie. Ce procès me donnait parfaitement raison et comme tout bon citoyen, je me suis soumis comme il se devait à toutes les contraintes de la procédure.

Revenons au dossier Norbert ZONGO. Le journal l’Indépendant, dans son édition spéciale du 13 décembre dernier, vous a présenté comme l’instigateur d’une tentative d’empoisonnement dont Norbert ZONGO aurait été victime à Kaya ; citant au passage l’apport de feu Edmond KOAMA et certains spécialistes en sciences occultes dans le Boulkiemdé.
Qu’avez-vous à dire pour votre défense?
FC :
On m’a parlé de cet article. A l’époque des faits je n’avais pas de rapports particuliers avec KOAMA Edmond.
Par ailleurs n’étant pas versé dans les sciences occultes, je ne saurais en faire une source d’inspiration ou de preuve pour la justice moderne ! Mais la piste invoquée par l’Indépendant me semble intéressante.
D’ailleurs je me rappelle qu’après ce drame de Sapouy l’un de vos confrères, L’Opinion, avait évoqué cette tentative d’empoisonnement comme une des pistes possibles pouvant conduire à la manifestation de la vérité.
Ce journal précisait même, citant Norbert ZONGO, que le repas incriminé était pris dans un cercle "d’amis sûrs" de celui-ci. Mais à ma connaissance le journal L’Opinion n’avait pas été suivi dans ce sens ni par la CEI, ni par une quelconque structure de la société civile. Certains avaient même considéré qu’il s’agissait d’un simple incident que le pouvoir invoque pour brouiller les pistes. En réalité cette piste ne les arrangeait pas, car les auteurs de la tentative d’empoisonnement, si elle est vérifiée, seraient à rechercher ailleurs que dans mon milieu, car Norbert ZONGO qui était, semble-t-il, prudent et méfiant n’aurait accepté ce repas entre amis que sur insistance de certaines personnes en qui il faisait certainement confiance.

Toujours selon notre confrère, c’est l’échec de l’empoisonnement qui a commandé la méthode utilisée le 13 décembre 1998 à Sapouy.
FC :
Si c’est cela, le dossier Norbert ZONGO peut avancer rapidement et je pense que c’est effectivement une hypothèse qui pourrait être explorée comme le suggère l’Indépendant. Sur ce point je suis d’accord avec ce journal ! Mais il faut se situer dans le contexte de l’époque. En effet, le problème de la tentative d’empoisonnement est intervenu juste avant l’élection présidentielle qui était boycottée par une partie de l’opposition. Si l’empoisonnement avait abouti à la mort de Norbert ZONGO, comme l’espéraient ses fameux «amis sûrs», des troubles consécutifs auraient peut-être conduit au report de l’élection !
Dieu merci l’élection a pu se dérouler sans incident majeur ! Mais pour salir le mandat du Président du Faso, il n’est pas exclu que les mêmes auteurs de l’empoisonnement aient remis en œuvre, avec succès cette fois, leurs sombres desseins sur la route de Sapouy ! Vous savez, en matière criminelle, il y a une question qui doit être toujours posée : à qui profite le crime ?
Il est évident que ce crime abominable est devenu une mine d’or politique, voire financière, pour bien de gens par l’instrumentalisation de la soif légitime de vérité de notre peuple. Et souvenez-vous que les écrits de l’Indépendant à l’époque n’épargnaient personne ; les pistes peuvent donc être nombreuses.

François COMPAOREVous êtes en train de dire que le coup du 13 décembre a pu être fait par les propres amis de Norbert ?
FC :
Vous savez, je m’interroge sur toutes les pistes ainsi que votre question m’en donne l’occasion. C’est Norbert qui, a semble-t-il, dit avoir pris le repas incriminé en compagnie d’amis sûrs pour lui. Alors s’il y a eu tentative d’empoisonnement au cours du même repas, vous voyez bien qu’il serait illogique d’exempter ce cercle de toute vérification. Je n’affirme rien, je m’interroge.

Plus loin dans la même livraison, l’Indépendant dit qu’en récompense pour service rendu, vous avez offert une voiture neuve à l’adjudant Marcel KAFANDO, le seul inculpé à ce jour dans cette affaire. Vrai ou faux ?
FC :
Faux ! Je ne lui ai jamais acheté même une mobylette à plus forte raison une voiture neuve.

Vous arrive-t-il de lui rendre visite ou l’avez-vous complètement abandonné à son triste sort ?
FC :
Humainement, je ne peux l’abandonner ! S’il n’y avait pas eu ce problème de vol à mon domicile, peut-être qu’il n’en serait pas là. Je suis allé lui rendre une visite lorsqu’il était à la MACO puis lorsque j’ai appris qu’il était gravement malade, mais toujours après avoir accompli toutes les formalités légales et sur autorisation du juge.

Depuis l’affaire Norbert ZONGO, vous et le sergent Babou NAON vous regardez en chien de faïence. Quelle serait la pomme de discorde ?
FC :
Même quand il était en activité au Conseil, je n’avais pas de rapport particulier avec lui. Il n’a jamais été un problème pour moi.

Lors du procès de la tentative de putsch courant avril, il a pourtant déclaré que vous n’étiez pas étranger à l’assassinat de Norbert. Vous allez nous dire comme certains que c’est une ligne de défense pour quelqu’un qui était dans le pétrin ?
FC :
Dans cette douloureuse affaire j’accueille personnellement avec enthousiasme tout ce qui peut éclairer l’opinion nationale et le juge d’instruction, et contribuer à la manifestation de la vérité.
Mais je suis surpris que ce monsieur laisse passer tout ce temps alors qu’il aurait pu témoigner utilement devant la CEI qui, à l’époque, avait mis en œuvre des mécanismes permettant de sauvegarder l’anonymat des témoins. Par ailleurs cela fait longtemps que le juge d’instruction est à la recherche d’informations pertinentes lui permettant de boucler son dossier.
Pourquoi attend-il d’être impliqué dans une tentative de putsch et en passe d’être jugé pour prétendre faire des révélations ? Ces interrogations font douter de l’objectivité de ses propos qui s’inscrivent tout simplement dans une stratégie de défense. Vraiment pour moi, NAON n’est pas un problème. Il peut aller voir le juge d’instruction s’il a des révélations à faire.

Il est quand même venu s’ouvrir à vous après le 13 décembre et vous l’avez houspillé.
FC :
Je vous dis que toutes ses déclarations sont liées à sa stratégie de défense ! Je ne me rappelle pas avoir eu un quelconque entretien avec lui, ni avant ni après le 13 décembre 1998.

On dit aussi que de retour du Soudan, votre frère s’est emmuré à Ziniaré, refusant obstinément de vous recevoir plusieurs jours durant. Il ne vous a jamais soupçonné ?
FC :
Jamais ! Vous savez, c’est lui qui me connaît le plus. Il sait que je ne suis pas capable d’un tel acte et sans son soutien et son affection je n’aurais jamais pu tenir face à un tel déchaînement de haine. Rappelez-vous qu’à l’époque des faits, nous étions en pleine préparation d’une réunion de l’OUA et le Président du Faso devait accueillir, les 17 et 18 décembre 1998 des hôtes de marque dont certains ont même participé à la cérémonie d’investiture le 21 décembre.
Et souvenez-vous que moi j’ai quitté Ouaga pour Paris le 13 décembre alors que le Président du Faso revenait du Soudan le 14 décembre. Je suis revenu quant à moi le 18 décembre en plein mini sommet extraordinaire de l’OUA.
Pensez-vous sincèrement qu’il pouvait s’emmurer à Ziniaré pendant cette période-là comme vous le dites ?

Il semble qu’un ami de la famille COMPAORE, en l’occurrence le lieutenant Casimir KABORE, est mort à cause de cette affaire. Qu’en savez-vous ?
FC :
Je suis vraiment peiné par ces allégations qui vont jusqu’au bout de l’horreur. Il faut savoir que les deux familles se connaissent et se fréquentent depuis 1964 donc bien longtemps avant qu’on sache que mon frère occuperait ses responsabilités actuelles.
Pourquoi s’acharner sur nous au point de fouler aux pieds des valeurs sacrées comme le respect dû aux morts et à la douleur de leurs familles et amis ? D’ailleurs la famille de Casimir a produit une mise au point à laquelle je voudrais m’en tenir.

Votre belle-mère, Alizèt Gando, est aussi souvent épinglée dans cette triste affaire; c’est à croire que c’est un complot familial.
FC :
En réalité, on a tenté à tort de salir de nombreux autres opérateurs économiques présentés comme des proches du régime. Entendue à l’époque par la CEI, ma belle-mère n’a pas été mise en cause, ni aucun autre membre de ma famille d’ailleurs !

Elle n’aurait pas pu faire cela sans que vous ne fussiez au courant ?
FC :
Elle est incapable d’un tel acte !

Au fait, comment votre épouse vit-elle ces accusations itératives ?
FC :
Elle a été très affectée au début, mais maintenant elle supporte mieux la tension liée à ce tissu de mensonges savamment distillés pour des besoins de luttes politiciennes.

Vos enfants savent-ils qu’on vous accuse de choses très graves ? Si oui, comment réagissent-ils ?
FC :
Vous savez, les enfants jugent leurs parents par rapport à leur comportement réel et non par rapport aux ragots colportés sur leur compte. Mes enfants, quoique mineurs, connaissent la situation, parce que nous en avons parlé en famille.

A l’école ne sont-ils pas quelquefois pris à partie par leurs camarades comme cela peut arriver chez les enfants ?
FC :
Dieu merci, non !

Malgré tout ce qu’on dit de votre implication dans l’affaire Norbert ZONGO, vous restez muet comme une...tombe.
Pourquoi ne jugez-vous pas nécessaire de répondre si vous n’avez vraiment rien à vous reprocher ?
FC : J
e ne peux pas passer mon temps à répondre à toutes ces attaques grossières et politiciennes ! Le but du jeu est aussi de me divertir et d’installer une polémique stérile afin de me détourner de mes missions essentielles et il ne faut pas tomber dans le piège. En outre des animateurs d’une certaine presse, ainsi que certains milieux politiques, font de cette affaire un fonds de commerce en associant outrageusement mon nom à la mort de Norbert ZONGO comme argument de vente ou de marketing politique ! C’est tant mieux pour eux, mais malheureux pour la mémoire de Norbert ZONGO. Vous remarquerez aussi que ces attaques ont repris de plus belle parce que nous sommes de nouveau en année électorale et je m’attends à ce qu’elles soient encore plus virulentes. Je déplore simplement que l’opinion publique soit continuellement grugée par ces pêcheurs en eaux troubles.

Le juge d’instruction vous a-t-il entendu après la livraison spéciale de l’Indépendant vous mettant fortement en cause ?
FC :
Non ! Le devrait-il systématiquement pour toutes les allégations de la presse ? De mon point de vue, cette fameuse livraison n’apporte aucune information nouvelle ; il s’agit des mêmes attaques et accusations gratuites, des allégations mensongères et des extrapolations faciles concoctées pour lancer une vaste campagne de dénigrement dans la perspective de l’élection présidentielle.
Mais une fois de plus, cette campagne politicienne est vouée à l’échec. Si l’Indépendant veut vraiment faire avancer la justice, qu’il demande à ses sources de bien vouloir se présenter dans le bureau du juge d’instruction pour faire leur déposition conformément aux règles de procédure en vigueur.

Pensez-vous qu’un jour on saura de façon indubitable qui a dit à qui de boucaner Norbert ?
FC :
J’ai le plus grand intérêt au triomphe de la vérité !

Y a-t-il, pour conclure cet entretien, quelque chose qui vous soit resté sur le cœur et que vous souhaiteriez ajouter?
FC :
Je voudrais rassurer vos lecteurs et toutes les personnes de bonne foi, soucieuses de vérité et de justice. Dans cette affaire Norbert, je suis innocent et je reste serein.
Ma position particulière ne m’autorise pas à engager des polémiques stériles et sans issue avec des individus dont la seule préoccupation est de salir le régime et même le pays. Ces attaques qui reprennent de plus belle à la veille des élections présidentielles sont appelées à s’intensifier.
J’invite donc vos lecteurs au discernement, afin de permettre à la justice de retrouver et punir les vrais coupables que l’on tente de camoufler sous un rideau de mensonges et de diffamation. Je pense particulièrement à la jeunesse intellectuelle de la tranche d’âge de moins de 20 à 22 ans qui, à l’époque des faits en1998, avait moins de 14 et 16 ans.
D’aucuns voudraient aujourd’hui servir à cette jeunesse des versions tendancieuses à des fins de manipulation. J’invite donc ces jeunes à se référer au contexte sociopolitique préélectoral et à conserver leur indépendance de jugement pour pouvoir éclairer leur soif de vérité. Je profite de l’occasion qui m’est offerte en ce début d’année pour présenter mes meilleurs vœux à toute l’équipe de L’Observateur Paalga, de même qu’à vos confrères des autres organes de presse, sans oublier vos fidèles lecteurs. Je vous remercie.

Entretien réalisé par Edmond NANA
Boureima DIALLO, Ousséni ILBOUDO.
In L’Observateur Paalga n° 6322 du 1er/02/05
(1) Cf. L’Observateur Dimanche n°120 du 3 au 9 avril 1999

L’enquête de la CEI
Retour à la case départ

Le crime de Sapouy a été le déclencheur d’une tension sociale des plus vives marquée par des manifestations de rue qui ont laissé cours à toute sorte de vandalisme. L’autorité a non seulement vite pris la mesure du risque social qui pouvait en découler ; mais, et surtout s’est rendue disponible et a créé les conditions propices pour la recherche des auteurs de l’acte crapuleux.

La mise en place dès le 18 décembre et l’installation, le 7 janvier 1999 de la Commission d’enquête indépendante (CEI) participaient de la volonté du gouvernement d’œuvrer à la manifestation de la vérité sur ce crime qui venait de jeter le discrédit sur une démocratie en construction et risquait fort de gripper son évolution. Inédite, la CEI de par sa composition l’a été en tout cas, elle qui faisait la part belle aux pourfendeurs du gouvernement et de la IVe République. En effet, outre quelques représentants de l’Etat, cette commission était composée en majorité de membres d’organisations de la société civile proches de l’opposition ou supposées comme telles. Des organisations qui, pour cette occurrence, ne brillaient pas par l’objectivité et l’impartialité attendues d’elles. On sait que dès l’annonce de la nouvelle du crime, leurs têtes de proue que sont le MBDHP et RSF avaient rapidement bouclé une « enquête» à la va vite qui pointait un doigt accusateur sur le régime en place.
Ainsi donc pour elles, les coupables étaient déjà connus et leur travail devait consister à amener la CEI à avaliser ce qu’elles ont décidé. Dans un tel contexte, l’espoir suscité par la création de la CEI allait vite se transformer en illusion au regard des méthodes d’investigations usitées qui faisaient la part belle à la subornation de témoins et à l’exploitation d’articles de presses écrits à dessein par des plumitifs dont certains ont vu leur vocation naître à partir de cet odieux assassinat du 13 décembre 1998. Les conclusions de l’enquête de la CEI vont conduire le pays dans l’impasse d’autant que les enquêteurs malgré leur acharnement n’arriveront pas à identifier formellement des coupables mais spéculeront sur des suspects dits «sérieux». Spéculations qui ne vont d’ailleurs pas résister à la rigueur du droit ; on est mémoratif de la réaction de ces hommes en noir qui n’hésitaient pas à prendre leur distance avec les conclusions auxquelles sont parvenus les auteurs de la pseudo-investigation. Pouvait-il vraiment en être autrement quand on sait que la CEI comportait en elle-même les ingrédients qui devaient l’amener à faire un travail suspect ? La réalité était que des individus mus par des motivations autres que celle de réellement faire un travail de police judiciaire en vue de faire la lumière sur le crime de Sapouy s’y étaient engouffrés sous le couvert des organisations qui les ont mandatés pour orienter les travaux dans le sens qui leur convenait et pour la réalisation de leurs desseins. Le fonctionnement de la commission s’en est ressenti avec la cacophonie qu’on a connue et dont le maître d’œuvre, Robert MENARD de RSF, porte-parole très excité, volait la vedette au président, le magistrat Kassoum KAMBOU du MBDHP. Malgré l’hostilité à son égard nourri par les composantes bien connues de celle-ci, l’Etat ne s’est pas laissé distraire dans sa volonté de quête de la vérité et a donné à la CEI tous les moyens humains, matériels et financiers nécessaires pour la bonne exécution de sa mission.
A titre prévisionnel, la Commission s’est vue allouer la somme de 122 015 944F CFA comme budget de fonctionnement. Trois mois d’enquête avec des moyens colossaux et un pouvoir d’interroger qui elle veut, n’ont pas permis à la CEI de mettre tout le monde d’accord.

Des moyens colossaux pour rien !
La CEI de Kassoum KAMBOU a mené ses investigations du 7 janvier au 7 mai 1999 et a conclu en ces termes : «En ce qui concerne les auteurs du crime, la Commission d’enquête indépendante ne dispose pas de preuves formelles permettant de les désigner. Elle a cependant relevé des contradictions et des incohérences dans les auditions d’un certain nombre de personnes suspectées en relation avec leur emploi du temps du 13 décembre, notamment le soldat Christophe KOMBACERE, le soldat Ousséni YARO, le caporal Wampasba NACOULMA, le sergent Edmond KOAMA et l’adjudant Marcel KAFANDO du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Cela n’en fait pas des coupables mais de «sérieux suspects». Curieuse, elle l’est vraiment, cette conclusion «bateau» qui ouvre la voie à toutes sortes de dérives accusatrices et mêmes judiciaires. Et, Kassoum KAMBOU, président de la CEI de rendre encore les choses plus compliquées lorsqu’il ajoutera par la suite que «les conclusions de la commission pouvaient être comparées à une enquête de police judiciaire et le juge d’instruction pouvait après approfondissement de l’enquête ne pas aboutir aux mêmes conclusions que la CEI».
On n’y comprenait plus rien ; alors-là rien du tout. En effet, après avoir martelé à qui veut l’entendre «qu’à l’épreuve du temps, la mémoire s’est souvent étiolée, enlevant aux souvenirs la précision que l’on aurait souhaitée», la CEI, s’est taillée de sérieux suspects sur la base de «contradictions» et d’«incohérences… en relation avec leur emploi du temps du 13 décembre…», les livrant ainsi à toutes les supputations et même à la vindicte populaire. Ces conclusions «bateaux» auront d’ailleurs pour conséquence le réchauffement du climat social, le Collectif ayant entre ses mains des coupables désignés. La situation était telle qu’à L’Opinion nous n’avons pas hésité un seul instant à l’époque à parler de «retour à la case départ» malgré le déblocage de ces moyens colossaux. Et depuis, on n’est encore pas sorti de l’auberge d’autant que le «gisement» de la CEI n’a rien donné et que les assassins de notre confrère courent toujours.

Par Ben Alex Béogo

La réaction des six sérieux « suspects »

L’adjudant Marcel KAFANDO, les sergents Edmond KOAMA et Banagoulou YARO, le caporal Wampasba NACOULMA, les soldats Ousséni YARO et Christophe KOMBASSERE du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), ont été désignés par la Commission d’enquête indépendante (CEI) de M. Kassoum KAMBOU, comme de « sérieux suspects », dans l’assassinat de notre confrère Norbert ZONGO et de ses compagnons du 13 décembre 1998.
Ces derniers, dans une lettre adressée au ministre de la Justice, vont clamer leur innocence tout en dénonçant la machination dont ils sont victimes.

 

« … Il est vrai que le peuple burkinabè attendait de la CEI, les éléments de renseignement nécessaires pour être légitimement situé sur le drame de Sapouy. C’est notre aspiration profonde. Mais, pour cela, fallait-il, à défaut, de pouvoir identifier les auteurs du crime, passer par une exploitation tendancieuse de nos propos, une rétention volontaire de certaines informations livrées, le tout dans un élan de partialité affirmée pour fabriquer à travers nous des coupables ou des suspects dits sérieux ? » C’est en substance l’une des interrogations desdits « sérieux suspects » dans une correspondance adressée au ministre de la Justice. Dans cette lettre, ils éclairent les nombreuses zones d’ombre du rapport de la CEI en partant du contexte et de leurs auditions (près de 4 mois après le drame), de leur durée (de 8h à 17 h pour Marcel KAFANDO), des armes et véhicules utilisés pour commettre le crime, de leurs emplois du temps du 13 décembre…
S’insurgeant contre cette enquête bâclée, partiale et « guidée » de la CEI, les six « suspects » espéraient que leur lettre permettrait la manifestation de la vérité par une seconde enquête plus structurée et professionnelle accordant le temps au temps et aux faits. En effet avec la bienveillance d’une frange importante de la population acquise à leur cause les membres de la CEI ont opté de les désigner « sérieux suspects » tout en sachant, et selon leurs propres dires « qu’avec le temps la mémoire s’est étiolée ». Dès lors le citoyen burkinabè avait droit à une information directe sur certaines incohérences de dates et d’heures, sur les agendas des sérieux suspects, pour se faire une idée décisive sur les conclusions auxquelles nos fameux enquêteurs sont parvenues. Parce que cette enquête ciblée portait en elle-même des germes handicapant sérieusement la manifestation de la vérité attendue par l’ensemble du peuple burkinabè. Le postulat du juge KAMBOU selon lequel le rapport de la CEI peut être considéré comme une enquête de police judiciaire et que le juge d’instruction peut ne pas aboutir aux mêmes résultats, indiquait clairement que le professionnel qu’il est avait de sérieux doutes sur la fiabilité de son œuvre. Il ne croyait pas si bien dire, car, à la lumière des informations livrées par les « sérieux suspects », le rapport de la CEI devenait lui-même suspect. Les faits l’attesteront par la suite avec le non-lieu dont bénéficiera le seul inculpé dans l’affaire sur la base de ses travaux. En effet, sur leurs emplois du temps de ce 13 décembre 1998, les mis en cause sont formels et les vérifications n’ont pu prouver le contraire. Rappelons un peu ce que chacun d’eux dit avoir fait ce jour :

Le soldat Christophe KOMBASSERE
Il a déclaré à la CEI n’avoir pas quitté l’enceinte du Conseil de l’entente, le 13 décembre 1998. La CEI révèle que l’intéressé était plutôt a « l’intervention » ce jour.
« L’intervention » était un poste situé à l’intérieur du Conseil de l’entente. Comment pouvait-il donc être à l’intervention » et être à Sapouy à la fois ?

Le soldat Ousséni YARO
La CEI a relevé que le 13 décembre 1998, il a demandé une permission pour aller voir sa sœur malade et n’est revenu qu’à 18h. Le soldat a donné tous les détails précis et vérifiables de son programme de ce jour la CEI ne dit pas si elle l’a fait et à quoi elle a abouti. Dans tous les cas l’intéressé dit n’avoir pas quitté Ouagadougou le jour du crime et aucun élément matériel ne le contredit.

Le caporal Wampasba NACOULMA
L’intéressé a révélé qu’il est resté à son poste à Ouaga 2000 toute la journée à partir de 8h. Le rapport de la CEI n’a pas établi le contraire.

Le sergent Edmond KOAMA
Il a été mis en cause par le chef de terre de Kindi sur la base de pratiques occultes ; un contentieux existant entre les deux familles. Le sergent KOAMA, dans tous les cas, a donné tous les détails de son programme du 13 décembre. La CEI n’a trouvé aucun indice pour soutenir le contraire.

L’adjudant Marcel KAFANDO
Le 13 décembre, Marcel KAFANDO était au bureau jusqu'à 11 h. Ensuite il s’est rendu au restaurant « la Source » où il a rencontré son ami, l’ex-sergent-chef Racine YAMEOGO de la Base aérienne.
Ils se sont quittés vers 14h et vers 16h, Marcel KAFANDO s’est rendu au restaurant « La Québécoise » où avec le sergent Ki Ernest, ils sont restés jusqu'à 19h. Des faits facilement vérifiables et qui prouvent que Marcel KAFANDO était à Ouagadougou le 13 décembre 1998. Valable pour le sergent Banagoulo YARO contre lequel la CEI n’a pas soutenu le contraire.
Nulle part la CEI n’a remis en cause ces faits. Et pourtant elle a trouvé le moyen de les suspecter d’avoir été pendant les mêmes moments à Sapouy pour trucider Norbert ZONGO et ses camarades. Si ce n’est pas un tour de magie, c’est en tout cas une manipulation des faits pour les obliger à accréditer une opinion fixe : les six sont coupables ! Drôle d’investigation.

Par Ben Alx Béogo

La bataille des charges nouvelles
Qu’est-ce qu’ils n’ont pas servi aux Burkinabè ?

Depuis le 18 juillet 2006, le dossier Norbert ZONGO est au greffe du Tribunal de grande Instance de Ouagadougou. Cela fait suite au non-lieu prononcé à la même date et dont a bénéficié le seul inculpé du dossier à savoir Marcel KAFANDO. Le dossier Norbert ZONGO est ainsi de nos jours clôturé jusqu'à la survenance de charges nouvelles. Un appel à témoin a d’ailleurs été lancé par le procureur général Abdoulaye BARRY lors de sa conférence de presse du 25 janvier 2008 à ce propos. Et depuis, des esprits malins se recrutant dans le milieu de ceux qui ont, dès l’entame de l’affaire, tenté de torpiller le dossier et orienter la justice vers les horizons qu’ils ont décidés n’ont pas été de repos : de prétendues preuves sont fabriquées.

« Le dossier, dit-on, conduit le juge et pas le contraire ». Ainsi, au vu des éléments constitutifs du dossier Norbert ZONGO dont avait la charge le juge Wenceslas ILBOUDO, celui-ci est arrivé au point où le seul « suspect sérieux » de la CEI qu’il a pu inculper sur la base de la discordance de dates dans ses déclarations avec celle de son témoin ne pouvait plus rester dans les liens de la prévention d’autant que son contradicteur n’était plus sûr de rien, rendant alors ses déclarations caduques. La seule alternative qui se présentait au juge était de prononcer le non-lieu. Ce qui fut fait. Un acte juridique sans aucune connotation tendancieuse mais que, cela ne saurait étonner, certains ont vite vu comme un déni de justice. Ainsi, à travers des titres de presse, on a fait croire que « Le dossier est désormais classé » ; ou encore « On a enterré Norbert ZONGO une deuxième fois ». Des titres qui disent tout sur la compréhension que leurs auteurs ont de la notion de non-lieu ou de celle qu’ils veulent faire passer à l’opinion publique aux fins de poursuivre la manipulation orchestrée depuis l’ouverture du dossier ; cependant qu’il est bien notifié que toute survenance de charges nouvelles rouvrirait le dossier d’ici à 8 ans, sous peine de nullité. Il faut simplement dire que toutes ces gesticulations et cette phraséologie servie s’inscrivent dans une logique car le contraire eût confondu des gens qui ont beaucoup œuvré à ce que le dossier aille dans le sens où il a conduit le juge Wenceslas ILBOUDO. Ce qui signifierait que l’impasse perçue par certains observateurs dont nous sommes, dès les travaux de la CEI, n’était pas une simple vue de l’esprit mais relevait de la dialectique du droit. Autrement dit, la seule piste privilégiée par la CEI et qui conduirait aux auteurs des odieux crimes de Sapouy, à savoir les six « suspects sérieux », s’avérant inopérante, il aurait fallu pousser l’investigation dans des directions que l’on a vite écartées dont notamment celle des « amis sûrs » de Norbert ZONGO qui ont partagé avec lui un repas le 8 décembre 1998 à Kaya et dont il a failli succomber après une intoxication alimentaire.
Une telle éventualité ébranlerait des certitudes et incontestablement ferait couler des sueurs froides dans le dos dans ce milieu vite circonscrit qui n’a d’ailleurs pas lésiné sur les moyens pour retourner les projecteurs vers le pouvoir et mener rondement son affaire d’autant qu’il « contrôlait » la CEI et dispose de « tentacules » dans la presse.
Le gisement offert par la CEI au juge Wenceslas ILBOUDO n’a hélas (c’est selon) rien produit pendant 7 ans de dur labeur ; mais qu’à cela ne tienne, des gens en des tours de passe-passe ont trouvé le chemin qui devait l’amener à Sapouy cueillir les assassins de Norbert ZONGO.

Des révélations croustillantes mais factices
Des confrères de la place, L’Indépendant et L’Evènement, pour ne pas les nommer, qui prétendent détenir des charges nouvelles, les ont exhibées à coup de pub et de N° spéciaux. Des charges nouvelles qui en définitive n’auront fait que bien vendre la marchandise mais n’auront pas aidé la justice à faire la lumière sur l’affaire.
C’est d’abord L’Indépendant, le journal même de l’illustre disparu, qui s’est jeté dans cette eau trouble. A travers une enquête dite inédite et un N° spécial sorti en hors série et format hors du commun, le Directeur de publication d’alors, le regretté Liermé SOME, a sorti le grand scoop alors même que le non-lieu n’était encore prononcé. Un spécial dans lequel le journal est revenu sur la tentative d’assassinat par empoisonnement du journaliste Norbert ZONGO lors d’un repas qu’il a pris avec des « amis sûrs » à Kaya. On apprendra toujours dans ces révélations que le décès du Lieutenant Casimir KABORE serait un acte d’assassinat parce que celui-ci aurait vendu la mèche au Président du Faso en lui révélant que ce sont Marcel KAFANDO et ses hommes qui auraient assassiné Norbert ZONGO. Une information abracadabrante quand on sait que cette mort est survenue plus de deux années après l’assassinat du journaliste.

Puis, à l’Evènement de rentrer dans la danse en actionnant sur Moïse OUEDRAOGO, demi-frère de David OUEDRAOGO, ancien chauffeur de François COMPAORE. Dans une interview accordée à ce journal, l’intéressé met en cause trois personnes, notamment François COMPAORE, Mahamadi SANOH et Edmond KOAMA aujourd’hui décédé.
De François COMPAORE, Moïse prétend qu’il leur aurait dit, à lui et à son cousin Dieudonné SOBGO avec qui il était chaque fois qu’ils se sont rencontrés, de ne pas avoir peur de Norbert ZONGO, et que ses écrits prendraient fin. Feu Edmond KOAMA leur aurait tenu les mêmes propos. L’Evènement tenait donc là ses charges nouvelles. Très vite, l’appareil judicaire se met en branle. Comme il fallait s’y attendre, Moïse OUEDRAOGO, le témoin à charge de notre confrère, est entendu par le procureur le vendredi 18 juillet 2006
En vérité, Moïse OUEDRAOGO, venait de sortir de prison le 14 août 2006. Il avait été interpellé et placé sous mandat de dépôt en mars 2006 pour des faits de vol pour lesquels il a été condamné à douze mois fermes. Il devait donc être libéré le 29 mars 2007 s’il n’avait pas bénéficié d’une remise de peine à l’occasion de la fête de l’indépendance le 05août 2006. Le jour même de sa sortie de prison, Moïse OUEDRAOGO adresse une lettre demandant à rencontrer François COMPAORE. Devant une fin de non recevoir que lui a opposé ce dernier, Moïse soumet la même requête à Mahamadi SANOH, DG de Fasoplast et son ex-employeur.
M. SANOH a accédé à sa demande d’audience, mais a refusé sa requête de lui trouver une place à Air Burkina où il travaillait avant de commettre le forfait qui l’a conduit à la MACO. Sur le champ, Moïse OUEDRAOGO profère des menaces à l’endroit de M. SANOH, menaces selon lesquelles, il ferait des révélations sur l’affaire Norbert ZONGO où il mettrait en cause ce dernier. C’en est suivi alors une rencontre avec Me FARAMA, puis avec Me SANKARA pour finir par une interview dans le journal L’Événement où il mettra effectivement ses menaces à exécutions.
Moïse OUEDRAOGO n’apportera rien de nouveau susceptible de faire rouvrir le dossier Norbert ZONGO. Sa sortie dans le journal L’Événement était beaucoup plus un coup de Bluff et de Pub qui n’a véritablement donné des témoignages convaincants à même de faire avancer le dossier. L’Evènement était allé trop loin faisant de M. François COMPAORE, le coupable parfait selon les déclarations de Moïse.
Le « cousin » gaulois à la rescousse
De toutes les tentatives d’intoxication et de traficotage dans l’affaire Norbert ZONGO et par une presse et par le collectif, la plus aberrante, invraisemblable et insultante fut la sortie du secrétaire général de Reporter Sans Frontières (RSF) le 20 octobre 2007. En effet Robert MENARD déposait sur le bureau du procureur des “éléments nouveaux” et demandait à la justice de rouvrir le dossier.
Le comble de la bêtise, c’est que Robert MENARD a osé soutenir que le rapport de la CEI remis au président du Faso par Kassoum KAMBOU, alors son président était en fait un faut rapport. Le vrai et bon rapport, c’est celui que lui, MENARD, venait apporter au procureur le 20 octobre 2007, soit 9 ans après la mort du journaliste et 7ans après le travail du juge d’instruction. « Le rapport que nous avons remis au chef de l’Etat est un rapport édulcoré », avait-il lancé sans sourciller. Et comme par hasard, la version remise à la justice par Reporters sans frontières ce 20 octobre 2007, mettait plus nettement en cause François COMPAORE et le riche homme d’affaires proche du pouvoir, Oumarou KANAZOE. Y étaient mis en évidence des morceaux bien choisis notamment des passages détaillant les contradictions de François COMPAORE dans sa déposition et le rôle joué par Oumarou KANAZOE pour tenter de faire taire Norbert ZONGO. « Les informations contenues dans le document donné au procureur du Faso prouvent également que François COMPAORE et Oumarou KANAZOE ont menti à la CEI. Elles montrent que les affaires David OUEDRAOGO et Norbert ZONGO sont intimement liées et révèlent comment et pourquoi l’homme d’affaires et Dramane YAMEOGO, procureur du Faso à l’époque, ont tenté de faire taire le journaliste avant son assassinat. » Avait soutenu Robert MENARD. Des allégations qui nourriront les convictions dans certaines rédactions. Ainsi, sans attendre une quelconque conclusion judiciaire, ni penser à la présomption d’innocence dont doit bénéficier tout accusé avant que sa culpabilité soit établie, L’Evènement va titrer « Ainsi donc c’est lui on le pensait sans le dire RSF vient de le confirmer ». Une accusation très grave à l’endroit d’un citoyen. M François COMPAORE este alors en justice contre le journal qui sera reconnu coupable de diffamation.

Par Frédéric ILBOUDO

Le premier ministre se prononce sur le non-lieu

Tertius ZONGO

Tertius ZONGOIl y a juste dix ans qu’a été assassiné notre confrère, le journaliste Norbert ZONGO, le dossier a été classé, mais aujourd’hui une pétition circule à Ouagadougou en faveur de la réouverture de l’enquête. Qu’est-ce que vous pouvez faire ?
T Z : Je crois que ceux qui disent que le dossier a été classé ne sont pas de bonne foi. On n’a jamais classé le dossier. Je crois que la décision de justice disait qu’au stade actuel des faits, des témoignages, rien ne permet d’aller plus loin. Mais, s’il y avait des gens qui venaient avec des faits nouveaux, qui justifient que la justice se remette en route, la justice se remettra en route. Donc je ne vois pas pourquoi tant d’excitation autour ! Si quelqu’un a des faits nouveaux, qu’il les amène ; mais ce n’est pas en écrivant dans les journaux ou en faisant des déclarations fracassantes qu’on dit qu’il y a des faits nouveaux. Les faits nouveaux, on les porte à la connaissance du juge!
extrait de l’interview accordée à
RFI le 24 novembre 2008

 

LE BURKINA FASO VU PAR...

Béchir Ben Yahmed : « Si l'argent suffisait pour enclencher le développement, ou l'accélérer, les pays producteurs de pétrole, qui en disposent à Ben Béchirprofusion, se seraient développés plus vite que les autres. Or, les exemples du Nigeria, de la Libye et de bien d'autres pays « enrichis » par « l'or noir » prouvent le contraire. Comparons, par ailleurs, le Burkina, pauvre et enclavé, à la Guinée, sa voisine, dons le sous sol est riche et où la pluviosité est satisfaisante. Pourquoi le Burkina développe-t-il beaucoup mieux son économie que la Guinée ?
Parce qu'il est nettement mieux gouverné ...
Conclusion : l'argent est donc nécessaire, mais il ne suffit pas et même, parfois - s'il est mal utilisé - , il empêche le développement, appauvri au lieu d'enrichir : un pays pauvre et surendetté est un pays dont les dirigeants ont mal utilisé l'argent de l'aide ...».
Béchir Ben Yahmed
Jeune Afrique l'Intelligent

Le Burkina Faso 1er de la CEDEAO et 7ème de l’Afrique…

Lucien BEMBAMBA
Ministre de l’économie et des finances

Le rapport de la Banque mondiale sur la bonne gouvernance porte sur 52 pays du continent africain. Six critères ont été pris en compte : efficacité des pouvoirs publics, stabilité politique, qualité de la réglementation, maîtrise de la corruption, Etat de droit et respect des droits politiques. Chaque pays a été évalué en tenant compte également de l’indépendance de la justice, de la qualité de la police, du taux de criminalité.
Le Burkina Faso arrive en tête dans CEDEAO et au 7ème rang sur les 52pays du continent ! Les pays qui devancent le Burkina Faso sont le Botswana, l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, les Seychelles, la Tunisie et la Namibie , qui disposent tous de ressources sans commune mesure avec le Burkina. Le Gabon, qui se situe au 20ème rang, est en tête de l’Afrique centrale, devant le Congo, le Cameroun et le Tchad.
(In BFI No : 94)

Classement mondial de la liberté de la presse 2007

Filippe SAWADOGO
Ministre de tutelle de la presse Burkinabè

Filippe SAVADOGOLe Burkina Faso classé 5ème des pays d’Afrique Francophone !
Qualifié abusivement il n’a pas longtemps d’ennemi de la liberté de la presse par Reporters sans frontières, le Burkina Faso est classé au 69ème rang, sur 169 pays notés à travers la planète. Saluons ce soudain et sans nul doute douloureux revirement de « l’ami » Bob Ménard. Juste retour des choses car le Burkina démocratique est une réalité vivante. Notons que la France se situe à la 31ème place et que le Burkina est au 5ème rang des pays d’Afrique francophone.

 

 

 

Jacques Barrat

Jacques BarratEn tant que professeur de géopolitique (Université Panthéon-Assas Paris 2) et ancien diplomate, j’ai, je dois le dire, une admiration certaine pour l’action que le président Compaoré a menée ces dernières années. Pour moi, il est d’abord le président qui a su relancer la croissance burkinabè dans le contexte d’un pays stable, uni, et en paix, choses relativement rares hélas en Afrique. Mais bien plus encore, il est l’inventeur d’une nouvelle diplomatie africaine qui est d’autant plus dynamique qu’elle est débarrassée des vieilles lunes tiers-mondistes et des oripeaux du misérabilisme crypto-marxisant qui perdure encore chez certains intellectuels ou supposés tels. Comme me l’avait confié Pierre Messmer il y a peu de temps : « Le Président Compaoré est un bon diplomate parce qu’il est pragmatique. Son bon sens de militaire lui fait aborder les problèmes conflictuels avec le réalisme qui est nécessaire à de bonnes solutions de terrain. J’ai pour lui de la sympathie et de l’admiration. »
BFI No91

Le Burkina n’a pas à rougir !

«Que celui qui n’en a pas lève le premier le doigt !» ; on pourrait ainsi paraphraser le Christ en parlant des énigmes criminelles non encore résolues au regard de tout ce qui se dit sur l’affaire Norbert Zongo. En effet, si on n’y prend garde on croirait, à écouter certaines officines et à observer les excitations de certains acteurs de la scène sociopolitique que le fait serait unique dans l’histoire de toute l’humanité et serait propre à notre pays. Ce n’est pas pour justifier le fait que les assassins courent toujours, mais nous vous proposons de revisiter certaines affaires criminelles non encore résolues qui ont défrayées la chronique dans certaines grandes démocraties particulièrement outillés en moyens de toutes sortes et où on ne devrait pas en rencontrer. Nous nous sommes laissé guider par l’actualité qui met actuellement en exergue deux affaires ; celle de l’assassinat du berger de Castellar dans laquelle tous les suspects viennent d’être acquittés et l’affaire Grégory qui vit un nouveau épisode avec la réouverture du dossier d’instruction.
Nous aurions pu parler des assassinats du président J. F. Kennedy (novembre 1963, aux USA), de Martin Luther King (avril 1968, aux USA), …, de l’affaire connue sous le nom de « pull over rouge » (juin 1974 en France) et de son corollaire Christian Ranucci (juillet 1976), de Sophie Toscan du Plantier (décembre 1996 en Irlande), du conseiller général Pierre Quémeneur et son pendant l’affaire Guillaume Seznec (1924 en France), …, et pourquoi pas de Jill Dando, la célèbre journaliste britannique assassinée le 26 avril 1999 en plein Londres en plein jour et dont le meurtre demeure toujours une énigme.
Notre objectif est triple. Dire que le Burkina Faso n’a pas la palme des crimes non encore élucidés et qu’il n’a aucune raison d’avoir honte de son histoire en dépit des gesticulations de certains. Montrer comment l’activisme de certains acteurs peut être profitable aux criminels. Dire que l’espoir n’est perdue de voir la vérité triompher un jour.

L’ Affaire du berger de Castellar

Le berger Pierre Leschiera sur sa motoTandis qu’il rejoignait son troupeau à moto, le 17 août 1991, sur une piste du village de Castellar, au dessus de Menton dans les Alpes-maritimes en France, le berger, Pierre Leschiera est assassiné de deux décharges de chevrotine dans le dos et la tête. Tour à tour soupçonnés du meurtre Alain Verrando et son neveu Jérôme sont jugés et acquittés, pour le premier en 2002 et le second en 2007. Dans le village de Castellar, divisé en deux camps irréconciliables (celui des Castellar et celui des assassins présumés) depuis ce drame, tout le monde connaissait la haine morbide qui opposait le berger et les Verando.
Dans procès exceptionnel, le 12 Novembre dernier, après deux heures de délibéré, l'oncle et le neveu, 59 et 34 ans sont ressortis libres de la cour d'assises à Aix-en-Provence au terme de leur procès en appel. Selon le président du tribunal Jean-Pierre Deschamps « quand leurs souvenirs n'étaient pas trop vagues, avec l'excuse de l'ancienneté des faits, les témoins ont souvent dit tout et son contraire ». Ainsi, malgré le climat de haine indubitable qui régnait entre le berger et les Verrando, l'absence de preuves et le constat général des insuffisances d'une enquête basée essentiellement sur des résidus de tir auxquels, selon un expert, "on a voulu faire dire trop de choses", l'acquittement s’est imposé aux jurés. Les ultimes débats sur l'alibi d'Alain Verrando et le réquisitoire du Procureur qui a requis 20 ans contre lui et l’acquittement pour le neveu, n’y changeaient rien.
Au final, après 17 ans et 3 procès l’affaire du berger de Castellar reste une énigme. Bien sûr, sauf pour la famille Leschiera pour laquelle on a relâché des assassins.

L’Affaire Grégory

Grégory VilleminCertainement, une des affaires judiciaires les plus célèbres et médiatiques de France et d’Europe, l’affaire Grégory a été l'occasion de tous les dérapages : violations du secret de l'instruction et de la vie privée ; partis-pris de la presse ; pression de l’opinion publique ; manque de précautions des enquêteurs dans la collecte des indices ; indécision des magistrats ; rivalité exacerbée entre la Gendarmerie et la Police ; inexpérience du juge d'instruction et bien d’autres. Au bout du rouleau, le meurtrier n'a jamais pu être identifié. Suivons plutôt l’affaire.
Tout débute le 16 octobre 1984, dans le petit village de Lépanges-sur-Vologne dans les Vosges dans la famille Villemin (Jean-Marie, Christine et leur enfant Grégory, 4 ans). Vers 17 heures, le petit Grégory Villemin qui jouait dans un tas de sable devant chez lui disparaît. 3 minutes après, Michel, le frère de Jean-Marie, qui vit avec la famille reçoit l’appel d’un individu qui affirme avoir enlevé et tué l’enfant. Aussitôt prévenus, les gendarmes commencent les recherches et le soir même à 21 heures 15 découvrent le corps sans vie du petit garçon échoué sur un barrage de la rivière Vologne à Docelles, le village voisin. Il a les mains et les pieds attachés par une cordelette mais ne présente aucune trace de violence. Le lendemain, 17 octobre une lettre anonyme adressée au père revendique le crime : « J'espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. ». Le drame émeut toute la France et la presse afflue dans le petit village. Elle trouve en Bernard Laroche, cousin germain de Jean-Marie Villemin très au fait de la vie de la famille, un informateur de première main. Et, coup de théâtre ; quelques jours après, celui-ci est dénoncé par Muriel, sa belle-sœur. Il clame son innocence. Deux jours après, nouveau coup de théâtre, l’accusatrice se rétracte, mais il est néanmoins inculpé du crime par le juge d’instruction d’Epinal, Jean-Michel Lambert, le 5 novembre. Cette inculpation sera levée le 4 février 1985 contre l’avis du ministère public.
En effet entre temps les soupçons se retournent contre la mère du petit, Christine qui aurait été vue à la poste la veille du drame ; cette même poste où aurait été déposée la lettre de revendication du meurtre. S’engage une bataille des dates. Pendant que ses accusateurs affirment que s’était le 15, elle soutient que s’était le 14. Les médias se saisissent du fait et à grands renforts de titres soutiennent l’accusation en dépit de l’absence manifeste de faits tangibles. Le summum du délire est atteint avec un article du grand écrivain Marguerite Duras, publié dans Libération du 17 juillet 1984. Elle y exprime sa conviction que l’assassin du petit Grégory n’est autre que sa mère, Christine Villemin.
L’unanimité était presque faite contre elle, d’autant que des analyses graphologiques sont venues renforcer les suspicions contre elle. C’est par la presse qu’elle apprend les résultats de cette analyse, pique une crise et est hospitalisée. C’est d’ailleurs sur son lit d’hôpital que le juge Lambert lui communique l’information. Profondément choqué par la libération de son cousin Bernard Laroche qu’il considère comme le meurtrier de son fils et l’accusation insupportable qui pèse sur sa femme qui de surcroît est hospitalisée, Jean-Marie se rend au domicile de son cousin et l’abat d’un coup de fusil de chasse. C’était le 29 mars 1985. Il faut souligner qu’avant ce jour, il avait déjà par deux fois tenté de tuer son cousin après qu’il eut écouté, par les soins d’un journaliste, l’audition à la Gendarmerie de Muriel l’accusant. Poursuivant sur sa lancée, le 5 juillet, le juge Lambert inculpe Christine d'assassinat et la place sous mandat de dépôt contre l’avis du Parquet. Mais onze jours plus tard, la chambre d'accusation de Nancy, constatant l'absence totale de charges, la libère. Il faut dire, là aussi, que des journalistes avaient démontré chronomètre en main qu’elle ne pouvait tuer son fils et aller poster la lettre dans les établis par la police. Toute seule contre la justice et la presse, son mari est en détention préventive, elle refuse tout aveu et se bat pour prouver son innocence.
Le 3 février 1993, au bout donc de sept ans d'une enquête qui ne fait apparaître aucun indice contre elle, elle bénéficie d'un non-lieu, pour « absence totale de charges », une première en droit pénal, en France. La même année, en novembre, Jean-Marie Villemin est jugé pour le meurtre de Bernard Laroche et écope de 5 ans d’emprisonnement dont un avec sursit et est libéré deux semaines plus tard pour avoir purgé l’essentiel de sa peine en détention préventive. En avril 2005, il introduit une demande de réhabilitation qui sera rejetée.
En 2003 la science fait son entrée dans l’affaire avec l’analyse de l’ADN présent sur un morceau de timbre de la lettre de revendication du crime. Les résultats ne sont pas concluants et le 3 février 2003, le dossier est définitivement clos.
Au vu des manquements graves dans l’instruction, l’Etat français est condamné le 28 juin 2004, à verser 35 000 Euros d'indemnités pour « faute lourde » à chacun des époux Villemin. En 2006, ils gagnent leur procès pour violation de la vie privée et diffamation contre l’écrivain Philippe Besson et son éditeur Grasset, comdamnés à leur verser 40 000 Euros. Dans son livre Besson avait “imaginé” les pensées de Christine Villemin en train d’assassiner son fils.
Comme si cette affaire était faite pour ne jamais finir, le 9 juillet dernier, le procureur général de la Cour d’appel de Dijon requerrait la réouverture de l'instruction judiciaire pour procéder à des tests sur l'ADN, auparavant jugé inexploitable, qui aurait pu être laissé par l’assassin sur le nœud de la cordelette qui a servie à ligoter l’enfant. Le 3 décembre 2008, la cour d'appel de Dijon a donné une suite favorable à la requête. L’affaire Grégory est donc repartie !

De la réalité à la fiction

13 Décembre 1998 – 13 Décembre 2008 ; 10 ans que Norbert ZONGO et 3 de ses compagnons sont tombés à Sapouy.
Que cette commémoration, avec le recul, puisse se faire par une introspection individuelle et collective nonobstant les «paroles d’Evangile» de certains «spécialistes» de la plume et du verbe. C’est le plus grand mal que l’on puisse souhaiter au Faso.

Zut ! J’ai oublié le titre de ce western hollywoodien qui m’avait fait marrer notamment en la scène suivante : Un gars chétif entre dans un saloon, salue le shérif du patelin et alpague une serveuse envers qui il avait des visées. Après avoir bu 2 whiskys coup sur coup, il déclare fort à la serveuse de façon à se faire entendre de tous : «Enfin, je l’ai eu ce Bob. Dès qu’on s’est croisé, il a dégainé, mais j’ai été le plus rapide. Il en a pris 3 (balles)». Comme personne ne réagissait, il s’est directement adressé au shérif en avouant son crime. Ce que ne savait pas ce sacré farceur c’est le fait que le supposé mort était assis dans un coin du saloon, observant son manège et l’écoutant. Le fait (invariable, constant) ici est que Bob est vivant n’en déplaise à notre chétif fanfaron. Pourquoi voulait-il alors endosser un meurtre qu’il n’a pas commis ? Certainement pour se donner de l’importance. Eh oui il y a des gens ainsi. Il faut qu’ils soient le centre d’intérêt d’un moment X.
Pour revenir à notre préoccupation du jour, concernant le dossier Norbert ZONGO, que n’avons-nous pas vu et entendu ? Des hypothèses plus farfelues, et plus saugrenues les unes que les autres.
C’est un fait (constant, invariable) que le journaliste Norbert ZONGO et ses compagnons de route ont trouvé la mort par assassinat (paix à leurs âmes) aux environs de Sapouy le 13 Décembre 1998. La rumeur s’était alors vite propagée en l’espace de quelque temps. Le régime en place qui ne savait quelle attitude adopter du fait des prises de position souvent hostiles du journaliste était désemparé. En témoignent les razzias sur les biens publics et même privés à l’époque et dans presque toutes les provinces sans réaction de sa part.
Notons au passage que cela se passait dans un contexte où Blaise COMPAORE venait à nouveau d’être porté à la tête du pays par une large majorité du peuple burkinabè et que raisonnablement le même peuple ne pouvait de sitôt crier «à bas le président» au lieu des hurrah ! Viva ! qu’on a connus durant la campagne.

Qui en voulait au mandat entamé de Blaise COMPAORE ?
Il est de notoriété publique qu’une certaine opposition et une certaine presse (comme on aime à nous taxer) n’ont pas chômé en matières de propagandes.
En effet, certains lieux étaient connus comme étant des centres d’endoctrinement anti-Compaoré où se tenaient des conseils de guerre et se prenaient des directives pour mettre le pays à feu et à sang. La colère légitime du peuple suite à l’assassinat du journaliste était canalisée dans sa frange scolaire et estudiantine contre le régime de Blaise COMPAORE, comme si tout avait été réglé par une main invisible qui n’attendait qu’un fait déclencheur d’une grave crise sociale.
Le Collectif de Maître Halidou OUEDRAOGO qui était à la baguette, était un concentré de toutes les structures (politiques, associatives, ONG…) qui semblait n’attendre que cela. Bref ! Avec le recul, reconnaissons que tout avait été planifié en ce qui concerne certains leaders politiques et associatifs qui se demandaient chaque jour à quand la chute du «régime COMPAORE».
C’est le lieu ici de saluer une fois de plus la hauteur d’esprit du président fraîchement réélu qui n’a pas répondu aux provocations ouvertes, lui qui avait toute la légitimité et la légalité avec lui et surtout la conscience tranquille. En face on faisait feu de tous bois dans une frénésie qui me rappelle la danse du scalpe du film que j’évoquais tantôt.
C’est toujours dans ce travail de sape du régime que la Commission d’Enquête Indépendante mise en place au lendemain du drame pondait un rapport partisan, «édulcoré» selon Robert MENARD de RSF, un de ses membres.
Avant l’entame même de ses travaux, elle s’était vu suggérer par certains milieux, le climat social surchauffé aidant, le coupable parfait en la personne de François COMPAORE qui aurait fait trucider le journaliste qui enquêtait entre autres sur la mort de David OUEDRAOGO son chauffeur à l’époque.
Norbert enquêtait aussi sur une tentative d’empoissonnement dont il avait été l’objet lors d’un certain repas «entre amis sûrs». Il n’arrêtait pas non plus dans ses parutions de dénoncer ces «politiciens qui n’avaient que comme programme politique le changement, l’alternance au pouvoir et qui ne peuvent rassembler leur famille pour une cause quelconque», disait-il.
Les résultats fantaisistes que nous a servis la CEI selon Robert MENARD (puisque ce ne serait pas le vrai rapport) largement favorables aux contempteurs du régime en place ont servi au juge Wenceslas ILBOUDO pour faire des investigations plus poussées. L’adjudant-chef Marcel KAFANDO le «suspect sérieux» de la CEI a été accusé dans l’Affaire Norbert ZONGO sur la base d’un témoignage à charge d’un collègue qui plus tard se rebiffa ne voulant pas charger injustement «un compagnon d’arme». Le juge Wenceslas ordonne donc un non-lieu dans cette affaire en attendant la survenance de faits nouveaux qui permettront de rouvrir le dossier.
Voilà qu’une pétition circule actuellement pour la réouverture du dossier Norbert ZONGO. Personne ne veut son enterrement, mais le peuple veut savoir quels sont les faits nouveaux que les initiateurs de la pétition ont par devers eux et dont ils usent avec parcimonie semant le doute dans les esprits.
Il est peut-être temps que ceux qui ont essayé d’empoisonner Norbert nous disent s’ils n’ont pas terminé ce 13 Décembre 1998 ce qu’ils avaient entamé sans succès.
D’où est venu subitement le trésor de guerre déversé dans la capitale et les provinces juste après l’assassinat du journaliste «pour la lutte» ?
Questions à 10 balles pour nos fins limiers. Ils gagneraient peut-être à investiguer dans ce sens, ils pourraient alors découvrir un crime parfait et du coup éclairer nos lanternes.
Comme quoi le diable n’est pas toujours là où on croit.

Par Angelin DABIRE
(Stagiaire)

Le sens d’un non-lieu

A l’annonce du non-lieu prononcé au bénéfice du seul « suspect sérieux » de la CEI, l’adjudant Marcel KAFANDO, inculpé par le juge Wensceslas ILBOUDO, ils ont vite crié à l’enterrement du dossier de l’affaire Norbert ZONGO. Il n’en est pourtant rien et ces récents propos du Premier ministre Tertius ZONGO en disent long !« Ceux qui disent que le dossier a été classé ne sont pas de bonne foi. »

Le non-lieu a fait couler beaucoup d’encre et de salive, les interprétations étant pour le moins aussi farfelues les unes que les autres dans nombre de canards que cela a offusqués. Une situation qui n’a pas manqué d’étonner un juriste qui se demandait pourquoi une telle appréhension d’une décision de justice motivée. Soutenir que le dossier est désormais classé ou que l’affaire Norbert ZONGO est enterrée relève de l’hérésie. En effet, pour ce juriste, soit les journalistes sont de mauvaise foi, soit ils n’ont pas bien compris ce qu’est un non-lieu.
Que dit la loi en cas de non-lieu dans une affaire ? « Un non-lieu est l'abandon d'une action judiciaire en cours de procédure qui survient lorsque les éléments rassemblés par l'enquête ne justifient pas une action plus en avant. Plusieurs raisons peuvent aboutir à la prononciation d'un non-lieu : lorsque les faits reprochés ne tombent pas sous le coup d'une loi répressive ; lorsqu'une prescription est constatée ; lorsque les faits ne sont pas constitués ou pas assez caractérisés ou ne permettent pas d'identifier l'auteur ; l'irresponsabilité pénale du prévenu ; lorsque le prévenu décède » dit le spécialiste du droit. Ce qui vient étayer les propos du procureur général Abdoulaye BARRY dans l’affaire Norbert ZONGO lors d’une conférence de presse donnée le 19 juillet 2006 au cours de laquelle il disait : « Le juge a cherché. Vous tous dans cette salle-là, chacun a sa petite opinion sur la mort de Norbert ZONGO. Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu ? On a vu une voiture 4X4 verte immatriculée tant ; on n’a vu telle personne à tel endroit ; on nous a envoyé même des petits papiers ici, avec des noms, c’est un tel et un tel qui ont tué. Mais toutes les vérifications ont été faites. J’aimerais vraiment vous voir à la place du juge. Mais il est malheureux ce juge-là ! Des déclarations ont été faites. Devant le tribunal militaire, il y a des gens qui ont fait des déclarations fracassantes. On se disait ouf, on tient le bon bout ! Quand vous convoquez la personne, vous lui dites venez nous dire ce que vous savez, paf, «je ne sais pas», «j’ai pas rencontré un journaliste» ! On a dit qu’il y a un sergent qui fait trembler la république, un article de presse, le journal, je l’ai encore. Le monsieur, on le fait sortir de prison, on l’interroge, il dit qu’il n’a jamais rencontré le journaliste. «Je ne sais pas sur quelle base il a écrit son article». Mais comment voulez-vous que sur des faits comme ça, le juge aboutisse à une vérité ? »
Les motivations du non-lieu sont multiples : Soit les faits ne sont pas établis ou ne constituent pas une infraction. Cela arrive assez fréquemment, les juges d'instructions ayant régulièrement à connaître de plaintes que la courtoisie appelle "de fantaisie". Entre le plombier qui a mal fixé un chauffe-eau, le voisin qui empoisonne par des radiations émises par sa télévision, le concierge qui a volé son ticket gagnant du loto mais sans aller réclamer les fonds, juste pour se venger du locataire du sixième, etc. Il y a aussi des personnes qui peuvent avoir réellement été victimes, mais l'instruction ne parvient pas à établir de preuves (une subornation de témoin, par exemple, le témoin étant devenu la maîtresse de celui pour qui elle a témoigné, mais rien ne prouvant la collusion préalable). Dans ces cas, oui, c'est terriblement douloureux pour les victimes. La justice n'est pas omnipotente, et elle a trouvé ici ses limites, la présomption d'innocence pouvant protéger parfois des coupables.
Soit les faits sont établis, mais l'auteur n'a pu être identifié. C'est ainsi que s'est piteusement terminée le 3 février 2003 l'instruction de l'affaire dite "du petit Grégory".
Soit les faits sont établis, l'auteur identifié, mais les faits sont prescrits car trop anciens.
Soit enfin les faits sont établis, l'auteur identifié, les faits non prescrits mais il y a une cause d'irresponsabilité pénale, dont je vous rappelle la liste : la démence, la contrainte, l'erreur inévitable sur le droit, l'autorisation de la loi et le commandement de l'autorité légitime, la légitime défense, l'état de nécessité, et le défaut de discernement dû au très jeune âge (Pas la majorité, on parle ici d'enfants de moins de 10 ans).
En clair un non-lieu n'est pas un couperet qui tombe du ciel, sous forme d'une lettre sèche et brève. Il est rendu à l'issue d'une instruction qui a duré plusieurs mois, que les parties civiles ont pu suivre par l'intermédiaire de leurs avocats et sur laquelle elles ont pu agir par des demandes d'actes, et prend la forme d'une ordonnance longuement motivée s'appuyant sur les éléments concrets du dossier dont chacun a pu être constaté. Enfin, ce non-lieu peut être contesté par la voie de l'appel, mais si tous les experts ont conclu de la même façon, l'appel est illusoire.
En attente donc de charges nouvelles, (Sont considérées comme charges nouvelles les déclarations des témoins, pièces et procès-verbaux qui, n'ayant pu être soumis à l'examen du juge d'instruction, sont cependant de nature soit à fortifier les charges qui auraient été trouvées trop faibles, soit à donner aux faits de nouveaux développements utiles à la manifestation de la vérité Article189). Arrêtons d’essaimer des contrevérités dans l’affaire Norbert ZONGO pour laquelle tout le Burkina a intérêt à ce que la lumière se fasse.

Par Frédéric ILBOUDO

 

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