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RETRO-CULTURE : N° 589 du 28 Janvier au 03/02/2009

Lu pour vous

Kalahaldi, la patte de charognard

Baba HamaEn prenant comme prétexte l’arrivée d’un groupe d’exilés dans la région du Feddé, le Nord du Burkina, Baba HAMA bâtit une histoire hautement politique dont la trame prend racine dans l’imagination de l’auteur ce qui n’empêche cependant pas le lecteur d’y reconnaître quelquefois des faits réels. La fiction et le réel trouvent sous la plume de l’auteur les fondements d’une harmonie évocatrice très subtile lui permettant de dépeindre les réalités politiques de son temps avec beaucoup d’acuité. Sans toutefois brocarder les partis politiques, il n’en fait pas moins dans les causes qui expliquent la désaffection des populations d’une part pour la chose politique et d’autre part la conception amicaliste et familiale qui soutend l’adhésion à un parti politique. Kalahaldi est une œuvre qui bat en brèche les grandes théories explicatives dans les grandes écoles de sciences-Po, tant l’œuvre met en lumière des pratiques en déphasage avec l’orthodoxie en la matière : la manière dont un parti se conçoit et se construit. Si ailleurs la base de l’adhésion est le programme politique, le projet de société, ici au Faso et de façon générale en Afrique au Sud du Sahara, ce sont les liens familiaux qui priment. Et c’est comme ça !!!

L’œuvre de Baba HAMA s’en explique en long et en large avec ce petit plus qui est le rôle très important des « pattes de charognards », ces parvenus politiques qui, sans avoir l’instruction nécessaire ni la connaissance, sont pourtant des faiseurs de rois. L’auteur ne le dit pas, mais, en jetant un regard autour de soi, il est loisible de voir ces « agitateurs » politiques qui ne payent pas de mine, mais il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi. Cette race de politiciens professionnels suffisamment introduits dans les hautes sphères, des hommes de basses besognes qui ne reculent devant rien pour défendre leurs intérêts égoïstes qui se confondent avec ceux du parti, ils sont là, toujours au parfum des agissements des adversaires politiques et aussi de ceux des camarades de leur propre parti. Ils font et défont les alliances, ce que Baba HAMA a bien campé par l’expression « la patte de charognard » pour sous-titrer son roman. Comme si l’expression en elle-même n’était pas éloquente, l’œuvre en cette édition, en page de couverture sous un fond bleu ciel, fait focus sur la photo d’un vrai charognard sur un mur, l’œil vif et prêt à fondre sur une proie. A la lecture de l’œuvre, on reste quelque peu perplexe sinon partagé entre l’espoir de voir le jeu politique porter son nom et le désespoir de voir que sous nos tropiques le monde politique est une caverne espagnole, un panier à crabes, une faune où c’est le « blood sport » ; tous les coups sont permis, même ceux en dessous de la ceinture. On a envie de s’écrier : «ciel, mon Dieu !» Et la question qui revient c’est indubitablement : l’Afrique noire peut-elle partir ou décoller ? En tout cas le roman de Baba HAMA ne nous en donne pas le sentiment. Car, la conviction en politique, on connaît pas !!! Tout est lié au vent, lorsqu’il tourne, même les militants les plus fieffés et convaincus peuvent tourner casaque.

On n’est donc sûr de rien à commencer par les Kalahaldi, de vraies girouettes avec leur destin de feuille morte. En vrai témoin de son temps, Baba HAMA ne nous rassure pas avec son dernier roman ou du moins, il appuie la conviction populaire qui assure que la politique et les politiciens sont tous des menteurs, des calculateurs peu soucieux des problèmes qui minent la société. De gauche comme de droite, encore que certains pensent que cette classification n’a plus cours, les politiciens et la politique ne servant que leurs propres intérêts. Les grands problèmes des populations sont traités toujours sous l’angle de l’intérêt à en tirer. L’œuvre de Baba HAMA en offre des exemples à profusion avec une pointe d’humour quelquefois qui cache mal le passé militant de l’auteur dans un groupuscule communisant. Sa description des débats entre les militants du PLT. Parti pour la liberté et le travail, dans l’œuvre, indique clairement que l’homme n’a pas fait qu’observer, il a dû être acteur.

Petit roman par son volume, le dernier né de Baba HAMA n’en reste pas moins une mine qui ne demande qu’à être explorée et par les acteurs politiques, la société civile en un mot par tout le monde. Car, si on ne fait pas la politique, dit-on, la politique vous fait.o

Issa SANOGO

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