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La Une du 04 au 10/02/2009
La Une du 04 au 10/02/2009
Lettre de l'Editeur :N° 590 du 04 au 10/02/2009

 

L’unité aux forceps

A tout le moins, ce dont l’Afrique a le plus besoin de nos jours ce n’est pas une proclamation mais une véritable intégration sur le terrain. Il ne sert à rien de céder au populisme des     chantres de l’unité alors que les réalités sont toutes autres. Ce n’est pas une simple question de volonté politique ou d’humeurs des chefs d’état. Dans les faits d’ailleurs, les plus grands théoriciens de l’unité prennent souvent peu d’initiatives allant dans ce sens lorsqu’ils sont aux affaires. Au total, on s’étonne que les uns et les autres s’étripent tant sur de simples questions d’intendance.

L’Afrique a encore fait son cinéma cette année. En effet, la 12e session du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine (U.A) qui vient de se tenir à Addis Abéba, son siège, du 1er au 3 février, n’a pas dérogé à la règle des affrontements entre les tenants de la thèse de la proclamation des Etats Unis d’Afrique « hic et nunc » (1) et ceux qui, tout au contraire, prônent d’aller par étapes en s’appuyant sur les organisations sous-régionales existantes.
Comme d’habitude, même si l’actualité brûlante a quelque peu forcé l’ordre du jour, le sujet a plané au-dessus de toutes les préoccupations obligeant à la recherche d’un compromis qui ne trancherait pas en faveur de l’une ou de l’autre. On l’aura compris, le souci de ne pas faire de mécontents et par conséquent de donner raison à tout le monde était plus fort que tout renvoyant à la session suivante une réponse, qui semble maintenant plus qu’imminente car avec le « Guide » aux commandes, surtout affublé de son nouveau titre de « Roi des Rois traditionnels d’Afrique », c’est sûr que ça va aller dans tous les sens. C’est dire si le pire est devant car pour forcer les évènements, il n’y a pas meilleur que lui. Il a d’ailleurs fixé le cap, dès son discours inaugural de président en exercice de l’UA, en indiquant qu’il savait que nombre de ses collègues n’appréciaient que très peu son accession au poste (c’est peu dire) et qu’il prendrait pour sa part un malin plaisir à les provoquer puisque « le bien de l’Afrique » passe par-là. Tout un programme car s’il provoque déjà quand il ne le souhaite pas, qu’est-ce que çà pourrait être s’il décide de le faire ?
Il faut dire que rien ne fait reculer le « Guide » de son objectif de création d’un gouvernement fédéral du continent dont il serait tout naturellement à la tête. Or, cette année, plus que par le passé, il a les cartes en mains pour ne pas dire plus, d’autant que la conjoncture internationale lui donne des arguments pour tenter de forcer le destin et, à l’occasion, la main aux plus sceptiques. Il a déjà fait la moitié du chemin. D’abord, en obligeant ceux qui étaient opposés à son projet à s’inscrire aux abonnés absents et à laisser la place et le crachoir à ses affidés. Ensuite, en réussissant à faire transformer la Commission en « Autorité de l’U.A » avec des prérogatives plus étendues et un objectif clairement affiché : « fonder les Etats Unis d’Afrique ». Cette autorité qui devrait rentrer en fonction en juin prochain devrait s’occuper de la pauvreté, des maladies infectieuses, de l’éducation, de la gouvernance et du droit. Enfin, et « last but not the least », c’est lui qui tient les manettes de l’instrument et on peut être certain qu’il n’hésitera pas à fixer les règles du jeu. Ne l’a-t-il pas déjà fait en annonçant qu’il décrètera l’union de fait et qu’il appartiendra à ceux qui y seraient opposés de le faire savoir et de mobiliser les deux tiers des membres pour emporter une décision contraire ? C’est dire qu’en toute bonne logique, les « Etats-Unis d’Afrique » devraient voir le jour en cette année 2009 tout comme un embryon du fameux gouvernement fédéral. Sera-t-on pour autant sorti de l’auberge et pourra-t-on enfin crié victoire ? Rien n’est moins sûr.
En effet, il faut craindre que ces proclamations ne soient de simples coquilles vides, ce qui aura le don, à notre sens, de compliquer beaucoup plus la situation et le projet d’unité que d’aider à les atteindre. C’est un truisme de dire que les Etats du continent sont actuellement loin de constituer une Fédération à la vue des récentes expulsions de ressortissants de divers pays de certains paautresys, des nombreuses entraves à la libre circulation des personnes et des biens et les multiples violations du droit d’établissement qu’on constate régulièrement, pour ne citer que ces faits. Ne serait-ce pas une véritable mascarade que de proclamer l’unité et d’assister à de tels spectacles ? Ne serait-ce pas dévaloriser le concept d’unité du continent que de vivre ces tristes réalités après avoir proclamé les «Etats-Unis d’Afrique» ?  Que dire alors des pays en état de belligérance ouverte. L’Afrique ne sera-elle pas encore la risée de tous ? A tout le moins, ce dont l’Afrique a le plus besoin de nos jours ce n’est pas une proclamation mais une véritable intégration sur le terrain. Il ne sert à rien de céder au populisme des chantres de l’unité alors que les réalités sont toutes autres. Ce n’est pas une simple question de volonté politique ou d’humeurs des chefs d’état. Dans les faits d’ailleurs, les plus grands théoriciens de l’unité prennent souvent peu d’initiatives allant dans ce sens lorsqu’ils sont aux affaires. Au total, on s’étonne que les uns et les autres s’étripent tant sur de simples questions d’intendance. Car si tous militent pour cette même cause, quel mal il y a-t-il à consolider les organisations sous-régionales ? Le plus grand mal serait d’arriver à l’unité avant la lettre, ce qui ne devrait faire du mal à personne. A moins que certains ne trouvent aucun avantage à cette stratégie parce qu’elle les laisserait en simples spectateurs.
Est-ce le cas du Guide qui n’aurait aucun poids dans sa région naturelle ? C’est l’avis de certains observateurs qui expliquent son aversion des organisations sous-régionales par cela. Par ailleurs, cet acharnement à vouloir cette unité ne cache-t-elle pas une simple volonté de vouloir régner sur le continent uniquement ? C’est l’avis d’autres analystes pour lesquels les hiatus entre ses déclarations et ses actes en sont la preuve. En effet, comment comprendre les expulsions de Noirs de Libye alors même qu’il prône l’unité du continent. C’est dire qu’au rythme où vont les choses, KADHAFI risque, à terme, d’être le principal obstacle à l’unité du continent, si ce n’est déjà le cas, tant il en fait trop dans le discours et bien peu dans les actes.o
(1) hic et nunc : sur le champ et sans retard.
Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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