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La Une du 04 au 10/02/2009
ACTUALITE : N° 591 du 11 au 17/02/2009

Lu pour vous

Une mémoire d’éléphant pour répondre à LAMIZANA et GARANGO

Le samedi 7 février 2009, le siège du Centre National des Archives (CNA) a servi de cadre pour la présentation suivie de la dédicace du livre de Gérard Kango OUEDRAOGO intitulé : «Chronique de 60 années de lutte politique… un combat pour l’Afrique». C'est dans une salle qui a refusé du monde que le modérateur, Adama FOFANA, et l’auteur du livre se sont prêtés à cet exercice.

Ses contemporains lui trouvent un engagement à toute épreuve et cette sagesse politique qui l’ont toujours accompagné dans son combat politique. Livré un peu de ce qu’il sait de son parcours à ses contemporains, aux générations futures était plus qu’un devoir, car il fut l’un des intellectuels et acteurs politiques incontournables de l’histoire contemporaine de l’Afrique francophone en général, de la Haute-Volta et du Burkina Faso en particulier. Lui c’est Gérard Kango OUEDRAOGO, militant RDA (Rassemblement Démocratique Africain) dans le sang, qui fut député au palais-Bourbon en France (1956-1959), Premier ministre (1971-1974) et président de l’Assemblée (1958-1980) en Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Comme l’a si bien décrit, le présentateur Adama FOFANA, cet ouvrage est une moisson riche et vivifiante autour d’un chemin de vie et dont l’intrigue s’imbrique étroitement avec l’histoire contemporaine de notre pays. L’auteur affirme en assumer l’entière responsabilité en prenant appui sur ses certitudes et ses vérités devant d’éventuels jugements ou interrogations.

L’ouvrage parle de ses origines familiales, des conditions de sa naissance, de l’éducation princière, de l’école et l’ouverture à la vie, de l’entrée en fonction administrative par le haut et son parcours politique sous la colonisation mais aussi son propre itinéraire et toutes les péripéties qui l’ont marqué depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Une vie vraiment très riche en témoigne le curriculum vitae bien éloquent de l’homme et les distinctions honorifiques reçues tant au plan national que supranational. A cette cérémonie, la qualité de l’assistance laissait transparaître l’intérêt porté à la vie singulière de cet homme qui n’a pas encore livré tout son cru tant l’expérience, il en a à en revendre et en matière de vécu politique peu de ses contemporains l’égalent. Ainsi d’ailleurs, parlant de l’homme politique, Adama FOFANA, citant un des témoignages de Me Halidou OUEDRAOGO, dit de lui qu’il est «d’un homme surprenant et imprévisible qui finit par toujours imposer sa vision de la vie politique. 60 ans de politique active ont fait de Gérard Kango OUEDRAOGO une bête politique indomptée et indomptable».

Pourquoi Gérard Kango ne s’est-il pas intéressé au fauteuil présidentiel ?

Avec un tel parcours politique et la carrure de l’homme, la question ne pouvait manquer de lui être posée surtout qu’au vue des péripéties traversées par le pays, ce ne sont pas les opportunités qui lui ont manqué. Sa réponse est sans détour : «Quel est l’homme politique qui ne veut pas être président de son pays ? Je n’en ai pas encore rencontré dans le monde qui considère que les autres sont supérieurs à lui. Gérard voulait être président. Mieux que cela et j’ai dit que même si c’était pour 5 minutes, je souhaiterais être président». Il explique la non-réalisation de cette ambition politique par des prises de position, en des moments souvent difficiles pour le pays, guidé par son sens patriotique et son éducation qui lui enseignaient qu’il y a d’abord son pays avant l’individu, Gérard. «C’est pourquoichaque fois que j’ai senti qu’en présentant ma candidature, la situation risquait de ne pas être favorable à la paix, j’ai choisi d’appuyer l’homme de la situation. C’est pourquoi j’ai choisi d’appuyer LAMIZANA et je ne regrette rien de tout ça», a-t-il martelé.

Pour ce qui est de ses mémoires, tant souhaités, le «duc du Yatenga» souhaite une longue vie pour les produire. «Là vous verrez que je donnerai toutes les preuves parce que le contenu de ce livre ne représente même pas le millième de ce que je détiens», dira-t-il .

Issoufou MAÏGA

 

Un combat pour l'Afrique

Le monde littéraire burkinabè vient de s’enrichir d’un nouvel ouvrage, le livre de Gérard Kango OUEDRAOGO (GKO) éminent homme politique avec «La chronique de soixante années de lutte politique… un combat pour l’Afrique». L’œuvre fait 525 pages subdivisées en douze chapitres, liés les uns aux autres. Nageant entre récits historiques et analyses politiques, l’œuvre de GKO convainc une fois de plus sur la caractéristique principale de l’homme politique que fut l’auteur à savoir sa grande capacité de rétention, de mémorisation des faits et gestes qu’il a vécus. Autrement dit, il a une mémoire d’éléphant. Oui, d’un éléphant comme celui du sigle du parti, le RDA, qui l’a porté, qu’il a porté et même continue de porter malgré sa retraite du fait de l’âge. L’homme reste une vraie bibliothèque ambulante, qui, avec la mise sur le marché de ce livre, prend le contre-pied de la fameuse phrase de Amadou Hampaté BA, qui dit «qu’en Afrique un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle». Lui GKO ne sera pas de ces vieillards-là. La chronique faite de ses 60 années de lutte par l’auteur est une mine d’informations et de documents inédits pour appuyer le récit. C’est une œuvre qui fera le bonheur des chercheurs, historiens et analystes politiques tant elle contient des références et des illustrations qui permettent de se projeter dans l’avenir avec un regard dans le rétroviseur qu’est ce document qui permet d’éviter quelques écueils.
L’œuvre est bâtie autour d’une interview avec un journaliste de l’audiovisuel, Armand BALIMA, et avait pour but, un documentaire sur la vie sociopolitique de ce pays. De cet entretien, GKO a tiré profit pour réaliser son œuvre tout en gardant l’aspect questions-réponses. On y entre tout doucement avec la découverte sur la vie d’enfance de l’auteur, ce qui permet de mieux comprendre sa personnalité et ses convictions pour servir son pays. On découvre dans cette chronique, les relations privilégiées que GKO a eues avec des personnalités africaines de haut rang et d’occidentaux, son rôle actif dans la mise en place des assises du RDA, son parti politique. Il n’est point superflu de souligner que l’auteur a les épaules qui croulent sous le poids des distinctions tant africaines que reçues hors d’Afrique.
Il aura aussi tout eu, tout… sauf le fauteuil de président de son pays. Cependant, pour le penseur : «Un seul être vous manque et tout est dépeuplé», pour GKO, la non-conquête du fauteuil présidentiel n’est pas un os dans sa gorge, car pour lui l’essentiel était de sauvegarder et de conserver la paix sociale. Il reconnaîtra avoir déclaré qu’il voulait être président de la République, même si c’était pour tout juste cinq minutes mais que son ambition ne devrait point se réaliser à n’importe quel prix. Voilà pourquoi par exemple pour éviter que le pays ne connaisse des moments plus difficiles, l’homme a plutôt apporté son soutien au Général LAMIZANA pour la conduite des affaires de l’Etat.
Est-ce cependant qu’entre GKO et LAMIZANA, tout baignait ? Visiblement non, car l’œuvre nouvellement sortie a un non-dit d’importance, ne donnant pas réponse à ce que le Général-président Sangoulé LAMIZANA a écrit dans ses mémoires intitulés «Sur la brèche 30 ans durant».
Comme pour démontrer que GKO est dans la chose politique plus longtemps que le Général Sangoulé, son livre porte sur 60 ans de lutte politique, le double du temps sur la brèche du général. En plus de couvrir le double du temps, le livre de GKO apporte aussi quelques réponses aux explications de LAMIZANA sur la chute de la IIe République. On a plutôt l’impression que ce livre doit sa parution à ceux de LAMIZANA et de Marc GARANGO. Autrement dit, il vient comme une réplique. C’est peut-être dire que n’eût été «Sur la brèche 30 années durant» du Général Sangoulé LAMIZANA et «Devoir de mémoire» du Général Tiémoko Marc GARANGO, l’entretien réalisé par Armand BALIMA avec GKO serait resté un document uniquement audiovisuel.
Remarquons que si l’entretien a été réalisé en 2004 avec Armand BALIMA, l’œuvre du Général GARANGO date, elle, de 2007. Visiblement donc, la partie concernant les réponses au livre «Devoir de mémoire» du Général GARANGO ne relève plus de l’entretien avec le journaliste, mais bien d’un ajout auquel GKO tenait à cœur. Il lui fallait aussi donner sa version des évènements politiques de la IIe République : une guéguerre entre civils et militaires qui a failli faire tout basculer.
En ajoutant sa version des choses, l’auteur essaie ainsi de rétablir sa vérité historique, ayant été devancé par deux ouvrages de militaires qui à son sens ne retracent pas les choses comme il se devait. GKO ne le cache pas, il a été contrarié par les récits des généraux GARANGO et LAMIZANA.

Sa chronique, on peut le dire, n’aurait pour objectif principal que de répondre à ces deux ouvrages. On comprend alors pourquoi, il avoue que ce ne sont pas là ses «Mémoires» et qu’il a encore et encore des documents témoins qui vont lui permettre, si Dieu le veut et on le souhaite, de faire ses mémoires. De cela, on peut voir qu’il attend peut-être une réaction du témoin vivant, le Général T. Marc GARANGO, pour sortir encore d’autres éléments explicatifs des évènements politiques de la IIe République.

Issa SANOGO

 

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