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La Une du18 au 24/02/2009
ACTUALITE : N° 592 du 18 au 24/02/2009

Patrimoine mondial de l’UNESCO

Les ruines de Loropéni vers une reconnaissance internationale

Le professeur Jean-Baptiste KIETHEGA et ses collaborateurs ont apporté les éléments de réponses nécessaires au comité scientifique de l’UNESCO afin de le convaincre de la nécessité d’inscrire les ruines de Loropéni au patrimoine mondial qu’il faut protéger et préserver. C’est pour rendre compte de cette avancée notable dans le dossier y afférent qu’une conférence de presse a été tenue le mercredi 11 février 2009 à l’Université de Ouagadougou.

Le Burkina, fait remarquer le professeur Jean-Baptiste KIETHEGA, reste dans la sous-région, le seul pays à ne pas avoir de site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO ; et pourtant ce ne sont pas les sites historiques dignes de l’héritage mondial qui manquent sur son sol. C’est une motivation suffisante qui a justifié l’envoi d’une mission d’étude sur le site des ruines de Loropéni, des vestiges historiques fabuleux qui n’ont pas encore livré tous leurs secrets, afin de lui donner une chance de se voir inscrit en cette année 2009 au très sélectif et prestigieux patrimoine mondial protégé par les soins de l’UNESCO. Il faut dire que, suite à l’échec de juillet 2006 à Vilnius en Lituanie qui a sanctionné les premières démarches, le comité scientifique réuni avait renvoyé le dossier pour des études complémentaires. Il s’agissait entre autres d’approfondir la connaissance des valeurs et de la signification du site par des études et des fouilles ciblées des ruines et leur espace intérieur ; établir le rôle et la fonction de Loropéni, son association avec le commerce transsaharien et celui à destination des côtes de l’Afrique de l’Ouest ; réunir les recherches existantes sur Loropéni et les ruines de la totalité du pays lobi ; formuler un projet détaillé pour stabiliser les murs des ruines de Loropéni et en expliquer les moyens de financement. C’est ainsi qu’une mission composée d’une équipe pluridisciplinaire d’expertise nationale et sous-régionale (historiens, spécialistes en tradition orale, botanistes, géomorphologues, archéologues, etc.) conduite par le professeur Jean-Baptiste KIETHEGA, dépêchée à Loropéni du 16 janvier au 15 février, puis du 15 avril au 4 mars 2008 va aider à apporter les éléments de réponses scientifiques demandés par le comité.

Les résultats des travaux

Selon Jean-Baptiste KIETHEGA, le rôle d’habitation du site est attesté par les nombreux objets domestiques mis à jour par les fouilles en témoignent les objets retrouvés tels : poteries, pointes de flèches etc. Des analyses radio-carbones ont permis de conclure à une occupation des lieux à partir du XIe siècle. Une chronologie qui rejoint à en croire l’archéologue, Lassina KOTE, celle des spécialistes de la tradition orale que sont Moustapha GOMGNIMBOU et Jean-Célestin KY. Ces derniers attribuent la paternité des forteresses du site au peuple rassemblant les Nabé, Lorhon, Koulango, Touna qui se trouvent aujourd’hui en territoire ivoirien. Après cette première vague de peuplements du site, des vestiges attestent de plusieurs périodes d’utilisation dont la dernière, au XIIIe siècle, est le fait des Lobi, Birifor, Djan, etc. C’est dire donc que les ruines de Loropéni livrent un grand pan de l’histoire du peuplement de l’espace burkinabè, battant en brèche la théorie qui soutenait que chronologiquement, ce sont des peuples tels les Nyonyonsé, les Kipirsi, les Samo… qui y seraient les premiers établis avant le XVe siècle.

Pour ce qui est de leur fonction, les ruines sont associées à l’extraction de l’or et au développement du commerce dans la sous-région dans un climat d’insécurité qui a contraint les peuples à organiser leurs défenses. «D’où l’aspect monumental des ruines dont les mieux conservées sont celles de Loropéni», précise le professeur KIETHEGA. Il faut dire que les études réalisées confirment que l’or du pays lobi était intégré dans le circuit commercial transsaharien. C’est ainsi que les caravanes reliaient cette région aurifère aux villes commerçantes de la boucle du Niger que sont, Djeuné, Mopti, Tombouctou, en passant par Bobo-Dioulasso ou Kong et de là, d’autres caravanes prenaient le relais pour traverser le Sahara vers l’Afrique du Nord. Ce circuit fut détourné après vers la côte atlantique avec le développement du trafic maritime le long des côtes africaines.

Les perspectives pour les ruines

Si les ruines de Loropéni portent une charge émotionnelle et sont objet de curiosité pour les populations qui sont à proximité, elles restent des marques de l’ingéniosité des hommes d’une époque très ancienne et participent à une meilleure compréhension du peuplement d’une partie du monde et des activités qui s’y menaient.

Ainsi dit, il est difficile de ne pas penser qu’on a en ces ruines un patrimoine à protéger, à préserver afin qu’elles nous donnent réponses à des interrogations et éclairent les générations futures leur histoire. Voilà pourquoi on ne peut s’empêcher de s’inquiéter des dangers auxquels elles sont exposées. En effet, elles sont menacées, les ruines de Loropéni et le géomorphologue Dia SANOU pointe le doigt sur les averses, le ruissellement, les grands vents, les arbres qui poussent le long du mur ou sur le mur. Ils sont de nature à affaiblir les forteresses et conduire à leur délabrement si rien n’est fait incessamment pour leur restauration. Cette inquiétude pourrait cependant avoir son début de solutionnement avec la nomination par le ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication (MCTC) d’un conservateur en la personne de l’archéologue Lassina SIMPORE. Et l’espoir demeure grand que le comité scientifique de l’UNESCO décide de l’inscription de ces ruines au nombre des sites patrimoine mondial à protéger.

En tout cas, son verdict est attendu pour le mois de juin prochain. Ainsi donc, cette fois sera-t-elle la bonne ? Il est permis de l’espérer car le dossier qui sera examiné les 22 et 30 juin 2009 est plus consistant et scientifiquement fiable. Pour le professeur Jean-Baptiste KIETHEGA, la reconnaissance internationale de ce bien, en cette année 2009, sera la plus grande satisfaction du peuple burkinabè. Il a montré pour terminer qu’il était aussi nécessaire que la population accorde tout son intérêt à l’inscription de cette somptueuse forteresse dans le panthéon des biens culturels prestigieux de l’humanité

Issoufou MAIGA

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