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La Une du18 au 24/02/2009

Retro-Rétro – Gouvernance:N° 592 du 18 au 24/02/2009

Scolarisation des filles

La mobilisation sociale, un défi à relever

Le Burkina Faso, depuis une décennie déjà, fait de la question de l’éducation des filles et des femmes, une priorité. De nombreuses initiatives gouvernementales tout comme celles menées par des associations et ONG ont certes permis de progrès sensibles ; mais, la mobilisation sociale reste toujours un défi à relever pour venir à bout de la sous-scolarisation des filles et l’analphabétisme des femmes.

Les progrès réalisés depuis 2000 dans l’accroissement de l’accès à l’enseignement primaire sont encourageants, bien que insuffisants pour permettre l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (O.M.D). Avec l’adoption en 2000 du Plan Décennal de Développement de l’Enseignement de base (PDDEB), le gouvernement a mis en place un programme national pour accélérer l’éducation des filles et des partenariats publics-privés pour développer l’enseignement post-primaire ont été testés, puis dupliqués en s’appuyant sur les premières réussites. Il en est résulté une accélération des progrès dans les taux d’admission, les taux bruts de scolarisation et les taux d’achèvement du cycle primaire ainsi qu’une augmentation du taux de scolarisation au secondaire. L’écart entre la scolarisation des garçons et des filles s’est légèrement réduit. Le taux brut de scolarisation primaire en 2008 était de 72,8% dont 64,6% pour les filles. D’ailleurs, le taux brut de scolarisation (TBS) des filles évolue plus vite que celui des garçons à savoir 5,8% par an contre 3,5% et les deux sexes sont à des taux de redoublements sensiblement identiques. L’évolution positive de ces indicateurs est sans doute la résultante des stratégies de mobilisation sociale, de plaidoyer, de renforcement des capacités des Associations des mères éducatrices et des Associations de parents d’élèves (AME/APE) soutenues par des mesures institutionnelles pour réduire le coût de l’école. Cependant, malgré ces progrès sensibles constatés au cours de ces dernières années, la participation des filles est nettement en deçà de celle des garçons avec un indice de parité de 0,80% par rapport à l’idéal de 1%. Le taux d’achèvement des filles qui est de 41,10% suscite également des inquiétudes.

Pour la directrice de la promotion de l’éducation des filles (DPEF), Mme Marie-Claire GUIGMA, l’Etat burkinabè, à travers le PDDEB, a posé les jalons nécessaires pour l’atteinte de l’objectif de parité qui passe nécessairement par le maintien et la réussite scolaire des filles. L’heure est maintenant aux renforcement des acquis et au travail aux fins de la mobilisation sociale. «C’est dans ce sens, dit-elle, que le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA) entend organiser les 20 et 21 février (2009, ndlr ) une campagne de mobilisation sociale à Ouagadougou, dénommée «48 heures d’information, de sensibilisation et de plaidoyer pour la scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes»».

Cette activité de mobilisation sociale, organisée en partenariat avec l’UNICEF, va permettre non seulement de rendre compte des sacrifices consentis par l’Etat pour l’éducation des filles et l’alphabétisation des femmes mais aussi de sensibiliser les populations sur l’importance de l’éducation des filles. Pour Mme GUIGMA, cette activité est aussi l’occasion de mener le plaidoyer qui est une action de longue haleine auprès de tous les acteurs pour le maintien et l’intensification de leurs efforts en faveur de l’éducation des filles et l’alphabétisation des femmes. Le plaidoyer consistera, en effet, à présenter les propositions de solutions aux entraves à l’inscription des filles à l’école, leur maintien et leur réussite scolaire. Ainsi, une communication sera faite sur la nécessité des maisons communautaires pour jeunes filles du post-primaire. On constate de nos jours que nombre de filles après leur Certificat d’études primaires (CEPE) n’arrivent pas à poursuivre correctement leurs cursus par manque de foyers d’hébergement adéquats. Elles sont soit confiées à des tuteurs qui n’hésitent pas à les traiter comme des domestiques, soit elles doivent se contenter de vivre seules avec tous les risques qui vont avec, tels que des grossesses qui les obligent à abandonner l’école. La réalisation des maisons communautaires est donc une perspective salutaire qui pourra contribuer à résoudre ce problème de maintien des filles. Une autre équation à résoudre pour une meilleure scolarisation des filles, c’est la prise de conscience des mères éducatrices. Actrices incontournables dans la promotion de l’éducation des filles, celles-ci sont davantage sensibilisées afin qu’elles comprennent que la fille n’est pas que pour les aider dans les ménages. Ainsi, elles sont soutenues dans les activités génératrices de revenus dans le but de permettre à leurs filles d’aller correctement en classe. Une place de choix est réservée aux associations de mères-éducatrices pendant les 48 heures de mobilisation sociale au cours desquelles, elles feront des témoignages et exposeront leurs produits.

Selon la directrice de la promotion de l’éducation des filles, «Après la séance de plaidoyer les portraits des meilleures filles aux examens et concours scolaires de la session de 2008, seront exposés ainsi que ceux des femmes et des hommes modèles qui se sont illustrés par leurs actions en faveur de la promotion de l’éducation des filles». Pour elle, il s’agit aussi d’une occasion pour inviter les différents directeurs de société et les opérateurs économiques à imiter l’exemple de la PDG du groupe Tan Aliz, Alizéta OUEDRAOGO, pour ne pas la nommer, a en effet pris en charge, tout au long de l’année scolaire écoulée, la restauration de plus de 8000 écolières. Une bonne action qui a permis à une multitude d’enfants d’être dans de bonnes conditions humaines pour s’instruire. Et à Mme GUIGMA de soutenir: «Si cet exemple était imité, je pense qu’on aura résolu une des plus grandes préoccupations qui se posent à l’éducation des filles».

Que d’entraves à briser !

Nombreuses sont les contraintes qui affectent la meilleure scolarisation des filles. Il ressort de nombreuses études menées par le PDDEB, le FASF et l’Université de Ouagadougou que de nombreux facteurs limitent toujours leur scolarisation notamment la pauvreté des ménages, l’absence de foyers pour les filles non résidentes après le cycle primaire, les pesanteurs socioculturelles, les violences à l’encontre des filles, la non maîtrise de l’approche genre par certains enseignants. On constate, en effet, que le faible niveau de revenu d’une famille détermine ses capacités à scolariser ses enfants conditionnant le choix de scolarisation entre les enfants, choix qui se fait généralement au détriment de la fille. Aux yeux de certains parents, la place de la femme est au foyer et ils ne perçoivent pas comment celle-ci peut vivre en dehors de ce cadre. Selon la DPEF, la femme est considérée dans certaines cultures comme un être de l’intérieur, c’est-à-dire de la maison et l’école veut l’exposer. Si fait que des parents sont réticents à inscrire la fille à l’école parce qu’ils estiment que cette institution va la soustraire à cette tâche intérieure qui lui est réservée. Il y a aussi les mariages précoces qui font ravage notamment au Sahel. Là-bas, on refuse d’inscrire la fille à l’école parce qu’on prévoit le projet de mariage à l’âge de 12 ou 13 ans. Les mariages forcés constituent aussi une des causes de cette sous-scolarisation.

Il y a des moments où le milieu scolaire constitue même un obstacle à la fille. Il existe des comportements qu’on peut juger anodins mais qui contribuent à chasser la fille de l’école. Il s’agit par exemple des petites moqueries sur la féminité d’une fille. Le garçon à l’âge pubère, disent certains spécialistes, est souvent poussé par une curiosité viscérale vers le corps de la fille qui, elle, a plutôt besoin d’intimité. Ainsi, quand par exemple les garçons surprennent les filles dans les toilettes et en font des commentaires, cela peut les traumatiser et les pousser à l’abandon. D’où la nécessité des toilettes séparées. Et que dire de l’attitude de certains enseignants, enclins à la caricature, qui emploient des expressions en rapport avec le corps de la fille telles que : «Regardez-moi cette vache-là». «Par ailleurs, même la répartition sexiste des tâches, relève Mme GUIGMA, comme laisser les filles balayer la classe pendant que les garçons jouent au ballon est à bannir». Elle poursuit en relevant que le fait de se mettre à n’interroger que les garçons ou ceux qui ne lèvent pas les doigts peut amener des filles à abandonner l’école si elles sont issues d’une culture où elles n’ont pas appris à prendre la parole en public. Le harcèlement sexuel est aussi une réalité dans certaines écoles. Pour la directrice de la promotion de l’éducation des filles, la meilleure façon de combattre ces entraves est la sensibilisation et le plaidoyer. Les activités de mobilisation sociale qui se tiendront pendant 48 heures vont permettre donc au MEBA de plaider auprès des personnes ressources et des institutions pour leur implication dans les actions de plaidoyer et de soutien pour l’éducation des filles. Elles feront connaître les activités des AME qui contribuent désormais au bon fonctionnement des écoles. Et enfin susciter une mobilisation plus importante de fonds pour financer des actions concrètes telles que la réalisation des maisons communautaires pour jeunes filles du post-primaire, l’équipement des ateliers d’apprentissage pour filles, appuyer en moyens logistiques les structures communautaires engagées dans la sensibilisation pour l’éducation des filles.

Pour les organisateurs, l’ensemble de ces activités contribuera à informer et mobiliser davantage les communautés et les familles pour l’atteinte de l’objectif «Zéro fille à la maison» tel que, annoncé par Mme Odile BOUKOUNGOU, ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation, le 25 septembre 2008, à Boulsa à l’occasion du lancement officiel de la campagne massive 2008/2009 pour la scolarisation des filles.o

Drissa TRAORE

 

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Aminata Elisabeth OUEDRAOGO/BANCE, Coordonnatrice du CIEFFA

“Il faut davantage de femmes instruites qui puissent servir de modèles.”

Institution spécialisée de l’Union Africaine depuis juillet 2004, le Centre International pour l’Education des Filles et des Femmes en Afrique (CIEFFA) dont le siège est à Ouagadougou, est l’observatoire africain pour l’éducation des filles et des femmes. Il coordonne à ce titre les actions en matière d’éducation des filles et des femmes à travers le plaidoyer et la recherche. Sa coordonnatrice, Mme Aminata Elisabeth OUEDRAOGO/BANCE que nous avons rencontrée en prélude aux journées de mobilisation sociale en faveur de l’éducation des filles et des femmes qu’organise le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation, les 20 et 21 février, retrace à travers cette interview la longue marche dudit Centre et ses axes d’intervention

Quelle présentation faites-vous du CIEFFA ?

Aminata Elisabeth OUEDRAOG O/BANCE (AEO/B)

Le Centre international pour l’Education des filles et des femmes en Afrique (CIEFFA) a été initié par le gouvernement burkinabè avec beaucoup de conviction et de persévérance auprès de l’UNESCO. La petite histoire du CIEFFA, devenu une institution de l’Union africaine en juillet 2004 remonte depuis la conférence mondiale de Beijing en 1990 qui a attiré l’attention des partenaires, des organisations et surtout des Etats sur la situation des filles et des femmes. Il a été demandé qu’une attention particulière soit accordée à cette frange de population des pays sinon le développement serait un vain mot.

Etant donné que les femmes sont les plus nombreuses dans la plupart des pays avec souvent des taux de 52%, si on ne s’en occupe pas, si on laisse cette frange à la traîne, dans l’ignorance, et l’analphabétisme, c’est forcément le développement qui va prendre un coup. A partir donc de cette conférence, les différents Etats ont commencé à initier des actions dans ce sens. Le Burkina Faso a estimé bon de créer une institution qui soit capable de coordonner ces actions de canaliser les énergies, et de servir de centre de référence sur cette question. C’est ainsi qu’après Beijing, il s’est tenu en 1996 à Ouagadougou une conférence panafricaine sur l’éducation des filles. Un certain nombre de recommandations sont sorties de cette conférence.

Et pour leur mise en œuvre, le gouvernement burkinabè a estimé qu’il fallait que l’Afrique dispose d’une institution comme le CIEFFA. C’est en ce moment donc qu’il a entrepris des démarches auprès de l’UNESCO qui d’ailleurs ne disposait pas d’une institution spécialisée sur la question de l’éducation des filles et des femmes. C’est en 1999 lors de sa 30e conférence générale qu’elle a pris note du projet de création de cette institution et l’a inscrit dans son grand programme Education en y affectant des ressources financières pour sa mise en place. Il faut dire qu’elle a accompagné le centre techniquement et financièrement pendant une dizaine d’années. Il faut noter également que le Burkina Faso avait escompté un centre de l’UNESCO, ce qui veut dire qu’il doit faire partie intégrante de l’UNESCO. Mais à partir de 1999, l’institut international a connu de grandes réformes. Ce qui a amené à certaines restrictions, notamment la non-acceptation de la première proposition. Cependant l’UNESCO a décidé de considérer le CIEFFA comme une institution des Etats africains qu’elle accompagne. Il a été dit qu’il nous revenait de faire le plaidoyer auprès des pays frères pour qu’ils adhèrent à cette institution. Le président du Faso, Blaise COMPAORE, a porté donc lui-même cette préoccupation devant ses pairs. C’est ainsi qu’en juillet 2004, la troisième conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) a pris la décision de faire du CIEFFA une institution de l’UA.

L’UNESCO a été très contente de cette démarche et elle s’est enfin décidée d’accompagner le CIEFFA en lui donnant le statut de catégorie deux du centre de l’UNESCO. Le CIEFFA a donc aujourd’hui deux statuts institutionnels. En plus d’être un institut de catégorie deux de l’UNESCO qui a signé un accord avec le gouvernement burkinabè, le 19 avril 2006, le CIEFFA est également une institution spécialisée de l’UA. Un accord de siège a été signé en mars 2008 à la suite de la cérémonie de réception officielle du Centre par l’UA le 26 avril 2007. Nous sommes rattachés au département des Ressources humaines, sciences et technologies de l’Union africaine.

Quels sont vos partenaires ?

AEO/B : Comme j’aime souvent le dire, l’UA ne peut certainement pas financer toutes les activités. Ce qui fait que l’appui des partenaires restera quelque chose de nécessaire. Avant que nous devenions institut de l’Union africaine, nous avions élaboré un plan quinquennal avec l’UNESCO. Nous continuons à élaborer des plans d’action que nous travaillons à mettre en œuvre avec la contribution de l’UA et des partenaires que sont entre autres les pays membres, des ONG, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui a par exemple beaucoup contribué à la tenue d’une réunion des ministres africains de l’Education sur le CIEFFA en septembre 2007 à Ouagadougou. Cette réunion consistait à faire adopter un accord constitutif pour la création de l’institution. D’ailleurs, nous venons de signer un contrat avec l’OIF qui va contribuer à la mise en œuvre expérimentale d’un guide intitulé «Genre et droits humains dans le système éducatif africain» que nous avons produit. Des partenaires du Burkina Faso appuient également le CIEFFA pour des actions à niveau national. Pour l’élaboration du guide que nous voulons expérimenter, nous avons bénéficié par exemple de l’appui de la coopération Suisse. L’ambassade du Canada, l’UNICEF, l’UNFPA, etc. sont des partenaires qui ont déjà contribué aux activités du CIEFFA. La Commission Economique pour l’Afrique des Nations unies (CEA) basée à Addis-Abeba nous avait soutenu pour l’atelier de validation dudit guide.

 

Quels sont vos axes d’intervention ?

AEO/B : Il y a sept grandes missions qui sont assignées au CIEFFA. Il s’agit d’abord de coordonner les actions en matière de l’éducation des filles et des femmes au niveau du continent.

Nous contribuons à la prise en compte du genre dans les pays pour les actions de développement. Nous apportons un appui aux différents Etats dans leur programme d’activités relatives à l’éducation des filles et des femmes. Il est attendu également du CIEFFA qu’il mette un système d’information et d’échanges performants et pertinents sur l’éducation des filles et des femmes. Nous contribuons bien sûr au plaidoyer en faveur de l’éducation des filles et des femmes tout en menant des recherches sur cette question. Enfin, il est attendu du CIEFFA qu’il mène des activités d’observation sur l’éducation des filles et des femmes au niveau du continent. C’est cette dernière mission qui fait que nous disons que le CIEFFA est l’observatoire du continent africain pour l’éducation des filles et des femmes.

Quel est votre apport à l’éducation des filles en Afrique particulièrement au Burkina Faso ?

AEO/B : Au niveau de l’Afrique, nous avons mené beaucoup d’études au regard de nos missions. Après Jomptien, les Etats africains se sont mis à regarder de plus près la question de l’éducation des filles et des femmes. Nous, nous avons commencé à faire un inventaire des expériences novatrices en matière d’éducation des filles et des femmes par région. Nous avons débuté par l’Afrique du Centre et de l’Ouest et nous avons diffusé les résultats de nos travaux. Parce que c’est souvent ça le problème, la non-diffusion des expériences des autres. A partir de cet inventaire, nous avons produit un document intitulé «Etude de cas détaillée des trois expériences novatrices en matière d’éducation des filles et des femmes en Afrique de l’Ouest et du Centre et leur mise en échelle». Mais, nous pensons qu’il ne faut pas s’arrêter là, il faut quand même pouvoir aider les pays un peu plus en leur proposant les meilleures expériences. Nous avons fait les mêmes études dans une partie de la zone anglophone à savoir l’Afrique australe et de l’Est. Nous avons prévu d’aller faire un atelier dans cette zone de l’Afrique autour de l’étude qui a été menée. Cela va nous permettre de faire le point sur les acquis et les insuffisances.

Le CIEFFA a par ailleurs produit un guide sur le recrutement paritaire. Parce que dans les objectifs pour l’Education pour Tous retenus en 2000 à Dakar, l’objectif N°5 porte sur la parité. Quand on a fait le bilan, on s’est rendu compte que beaucoup de pays sont passés à côté. Il est donc important que nos Etats s’accordent sur ce que c’est la parité. Dans ce sens, nous avons élaboré un document intitulé «Guide pour le recrutement paritaire en éducation formelle et non-formelle».

Nous avons même accompagné financièrement et techniquement cinq pays à savoir la Guinée, le Mali, le Niger, le Bénin et le Burkina Faso pour qu’ils travaillent sur cette question. Les universités font partie également de nos préoccupations. Aujourd’hui la question du genre doit être maîtrisée si on veut aller de l’avant. Nous avons déjà entamé un projet de création de cellules genre dans les universités africaines. C’est un projet qui intéresse aussi l’UNESCO et nous avons déjà posé des jalons en faisant des états de lieu au Burkina Faso, au Niger et bientôt au Bénin. C’est un projet qui va permettre aux universités de mieux maîtriser la question du genre. Les filles marginalisées et déscolarisées font aussi partie de nos soucis. Une institution comme le CIEFFA devrait pouvoir accompagner davantage les filles et les femmes. Ce qui nécessite des ressources afin de pouvoir octroyer des bourses ou d’apporter des appuis aux filles. Au niveau du Burkina Faso, les choses sont un peu avancées en partenariat avec l’ONG FAWE.

Selon vous, quelles sont les entraves à la bonne scolarisation des filles ?

AEO/B : Il n’y a pas longtemps je suivais un film burkinabè sur une chaîne de télévision africaine, où une brillante étudiante qui devait même recevoir un prix a été attachée comme un mouton par son père pour être donnée en mariage. Hélas ce n’est pas de la caricature, car de telles choses existent toujours, surtout dans les pays du Sahel ! Généralement quand une fille part à l’école, on passe par tous les moyens pour la décourager. On lui fait comprendre que ce qu’il y a le mieux pour une fille c’est d’avoir un bon mari et des enfants. C’est pourquoi nous disons qu’il faut de plus en plus de femmes instruites qui puissent servir de modèles. Une vieille qui a été à l’école et qui en connaît les bénéfices ne peut pas ne pas lutter pour que sa fille aille aussi à l’école.

Il y a également un problème d’infrastructures. Actuellement, il y a des écoles primaires dans presque tous les villages mais les collèges sont eux situés en ville. Si fait que bon nombre de filles n’arrivent pas à poursuivre leur cursus scolaire après le CM2.

 

Et quelles sont les solutions que vous préconisez ?

AEO/B : Je crois qu’il y a quand même des pays qui font des progrès. Le Burkina Faso par exemple a déjà pu réaliser le slogan «Un département, un CEG».

Maintenant il faut aller de l’avant avec «Une école primaire, un CEG». Ce qui va faciliter l’accès des enfants, qu’ils soient garçons ou filles, au secondaire tout en restant à côté de leur famille. Du même coup, ça pourra réduire les risques sécuritaires sur le chemin de l’école. Il faut aussi songer aux maisons des jeunes filles pour leur permettre de poursuivre leurs études dans une certaine quiétude.

Pensez-vous que le Burkina Faso ou un certain nombre de pays africains pourront atteindre les objectifs du Millénaire, dans le secteur de l’éducation ?

AEO/B : Ça reste un grand défi. Je pense que ce que nous pouvons faire, c’est de nous en approcher le plus près possible. Car les défis sont encore énormes et 2015 est déjà là. On aura progressé, mais on n’aura certainement pas atteint les objectifs. Mais ce qui est important, il faut vraiment continuer à progresser et il faut aussi travailler à changer le rythme de la progression. C’est-à-dire, chercher à aller plus vite.

Le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA) organise les 20 et 21 février des activités de plaidoyer en faveur de l’éducation des filles. Quelle sera la contribution du CIEFFA ?

AEO/B : Nous avons été approchés par le MEBA pour prendre part aux préparatifs de ces 48 heures de plaidoyer. Le rôle du CIEFFA est tout évidemment d’apporter sa contribution. Tant qu’il y a ce genre d’actions, c’est d’aller les renforcer en apportant notre concours soit sur le plan technique, soit sur le plan intellectuel et pour cette activité nous allons participer à l’exposition du plaidoyer sur la question. Nous félicitons vraiment le MEBA pour cette initiative.

Avez-vous un appel à lancer pour la scolarisation des filles ?

AEO/B : Pour renforcer le plaidoyer qui se mène, nous disons que si nos pays veulent se développer, il faut qu’ils fassent mieux que ça pour les filles et les femmes. Sinon nous ne pourrons jamais progresser en laissant derrière 52% de nos populations. Ce qui nécessite des actions vigoureuses et fortement soutenues. Nous suivons ce que le Burkina Faso fait. Il y a vraiment des initiatives, mais il faut que le reste suit à savoir mieux planifier la construction des écoles souvent bloquée par la faute des entrepreneurs. Nous disons enfin aux parents que l’avenir, c’est l’éducation. Qu’ils envoient leurs enfants, notamment leurs filles à l’école.o

Idrissa BIRBA

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