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La Une du18 au 24/02/2009
Lettre de l'Editeur :N° 592 du 18 au 24/02/2009

Guadeloupe : La révolte des oubliés…!

En effet parti d’un conflit sur le prix de l’essence dont le coût est exagéré et insupportable pour les acteurs économiques et les populations, ce qui s’apparente aujourd’hui à une véritable révolte est devenu un chapelet d’une centaine de revendications portées par un collectif d’associations et de partis politiques, LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) qui demande, ni plus ni moins, une profonde remise à plat des rapports entre la métropole et les DOM-TOM, d’une part et une remise en cause de l’ordre social actuel à l’intérieur de ces départements et territoires d’autre part. Les Antilles en ébullition c’est tout le tréfonds colonial et d’esclavage de la France qui refait surface mettant à nu une réalité cruelle que des décennies de discours n’ont pas réussi à gommer.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la France a mal à ses extrémités. Elle a tant et si mal qu’on a peine, devant le spectacle qu’elle offre actuellement, à se rappeler qu’il s’agit de la patrie des Droits de l’Homme. Celle-là qui porte au fronton de sa République les idéaux si nobles de liberté, d’égalité et de fraternité. Il semble qu’au niveau des réalités il y ait plus qu’une tâche sur ces proclamations comme si La Marianne, elle-même, mettait ses enfants à l’épreuve. Qu’est-ce qu’elle aurait raison !

Après les émeutes des banlieues d’octobre-novembre 2005 que d’aucuns avaient interprétées comme des soubresauts d’un ras-le-bol et des sautes d’humeurs de jeunesse oisive et défavorisée, voilà que des Antilles monte une colère sourde longtemps contenue et qui vient remettre en cause des certitudes que pourtant les réalités quotidiennes ramenaient à l’expression cynique d’une hypocrisie généralisée. N’est-ce pas ces réalités-là qui pètent aujourd’hui à la face de la classe dirigeante de l’Hexagone, tous bords politiques confondus ? Celle d’une société à deux vitesses qui marginalise davantage jusqu’à l’exclusion ses extrémités. Les extrémités supérieures, la France d’en haut, des valeurs de La Marianne et les extrémités inférieures, la France d’en bas, de la société, l’une et l’autre, finissant par haïr sa propre conscience. Ainsi, l’élite n’a de cesse d’accumuler, d’accumuler et d’accumuler encore, au mépris de toute morale et de toute règle tandis que les classes défavorisées ne rêvent que de tout casser pour tout rebâtir comme si on ne pouvait rien tirer de l’existant. De la rhétorique pourrait-on dire mais elle colle tant à la réalité qu’il faudrait peut-être lui accorder quelque intérêt.

En 2005, tout est parti d’un banal fait divers mettant en scène la police et des enfants d’une banlieue (Clichy-sous-Bois) qui revenaient d’un match de foot le 27 octobre. Poursuivis par la police trois des enfants, craignant d’être pris se réfugient dans une installation électrique et deux d’entre eux y trouvent la mort électrocutés. Dès la soirée, toute la banlieue s’embrase. Les jours d’après, toutes celles de l’Île-de-France entrent dans la danse, suivies de celles de plus de deux cents communes. La nuit du 6 au 7 novembre sera le pic de la révolte des jeunes avec 1408 véhicules brûlés et 395 personnes arrêtées. Devant l’ampleur du mouvement, le gouvernement instaure l’Etat d’urgence le 8 novembre. Au total, en 3 semaines, ces émeutes auront fait 9193 véhicules brûlés, des centaines de locaux (écoles, entrepôts…) et magasins saccagés, 11000 policiers mobilisés dont 126 blessés, 2921 personnes interpellées. La France avait tremblé et avait dû se regarder dans la glace. Et ce qu’elle a dû voir était bien peu honorable : des décennies de chômage, de pauvreté, de discrimination sociale et raciale pour des pans entiers de sa société, humiliés, bafoués et laissés aux bords de la route.

Une jeunesse des banlieues écrasée par les fléaux sociaux, désespérée et sans avenir à laquelle la police et l’Administration ne faisaient aucun cadeau. Pas même les politiques, qui n’hésitaient pas à utiliser un langage méprisant et ordurier à son endroit. N’est-ce pas le ministre de l’Intérieur d’alors, actuel président de la République, qui rêvait de nettoyer «la racaille des banlieues au karcher» ? Toujours est-il que pour avoir autant réussi à mobiliser la République, cette affaire s’était révélé être plus que l’épiphénomène que voulaient certains analystes puisqu’elle remettait sur le tapis la sempiternelle question du communautarisme et de l’intégration à la française. Elle a jeté à la face du monde la réalité d’une fracture sociale qui se radicalise entre une France d’en haut, celle des beaux quartiers et du capital, et une France d’en bas confinée dans les ghettos et contrainte à la misère. N’est-ce pas la même clameur qui monte des rues de Guadeloupe depuis quelques semaines et la même dynamique avec la contagion progressive à tous les DOM-TOM ?

En effet parti d’un conflit sur le prix de l’essence dont le coût est exagéré et insupportable pour les acteurs économiques et les populations, ce qui s’apparente aujourd’hui à une véritable révolte est devenu un chapelet d’une centaine de revendications portées par un collectif d’associations et de partis politiques, LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) qui demande, ni plus ni moins, une profonde remise à plat des rapports entre la métropole et les DOM-TOM, d’une part et une remise en cause de l’ordre social actuel à l’intérieur de ces départements et territoires d’autre part. Les Antilles en ébullition c’est tout le tréfonds colonial et d’esclavage de la France qui refait surface mettant à nu une réalité cruelle que des décennies de discours n’ont pas réussi à gommer. C’est un truisme de dire que dans un contexte où 1% de population, constituée par ailleurs comme par hasard d’une seule branche sociale, contrôlant 30% des entreprises, est une injustice et crée des conditions d’exploitation inacceptable. Quand en plus la «vie chère» s’exprime en termes d’un rapport de plus 40% que les prix en métropole, alors que le niveau de vie est lui inférieur de 30%, on se demande comment on a pu laisser s’installer un tel déséquilibre et comment l’immense majorité a réussi à survivre jusque-là.

Ce qui se passe défie en réalité la raison car il s’agit ni plus ni moins que de la survivance d’un système inique que la députée Christiane TAUBIRA n’hésite d’ailleurs pas à assimiler à de «l’apartheid social». Il ne s’agit certainement pas de racisme blanc-noir mais de bien plus. C’est toute une nation qui ne se voit aucun avenir, alors que son histoire est faite de douleur. La douleur de l’esclavage avec son massacre de la St Valentin de 1952, la douleur de la misère extrême qui l’accompagnait, la douleur d’être d’éternels assistés, etc.

Voilà pourquoi le mouvement «Kont Pwofitasyon» (contre l’exploitation outrancière) fait des émules au fil du temps et gagne en intensité.

En disant que «L’Outre mer… est un territoire oublié de la République ou plutôt un territoire spolié», Mme TAUBIRA a tout dit ! Les oubliés de la République veulent se faire entendre et dans une telle occurrence les moyens sont les mêmes ici comme ailleurs : la révolte avec tout ce qui va avec comme violences, casses, répressions, etc. On est dans un cycle. Il ira à son terme comme tout mouvement social qui se soulève contre l’injustice. Il faut donc craindre que le pire ne soit à venir ! D’autant que le dernier recours, le président SARKOZY, n’est pas crédible sur un tel sujet. A moins d’un revirement spectaculaire de position, ce qui n’est pas exclu en politique. Croisons donc les doigts.

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Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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