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La Une du18 au 24/02/2009
Lettre de l'Editeur :N° 593 du 25 février au 03 Mars/2009

Cinéma africain : quel avenir ?

Ainsi donc, si hier il s’agissait de décoloniser nos écrans envahis par des films venus d’ailleurs et d’y aménager des espaces pour notre propre cinéma, aujourd’hui il s’agit tout « bêtement » de sauver ce qu’on peut encore comme écrans. C’est dire que les choses vont de mal en pis et qu’il urge de trouver des solutions, si on ne veut pas être réduit à organiser des festivals virtuels à moins de les délocaliser vers l’Occident. En tout cas, au rythme où vont les choses, si rien n’et fait pour inverser la tendance, il faudra aller en Europe ou en Amérique pour voir du cinéma africain !

Année impaire au Burkina Faso, année de FESPACO. En cette année 2009, du 28 février au 8 mars, le festival soufflera ses 40 bougies. Un anniversaire pas comme les autres, tant il conjugue les symboles, malheureux comme heureux. Citons en deux ou trois en commençant comme il est de coutume par le moins bon.
Vous l’aurez constaté, c’est le tout premier festival qui se tient après la disparition de son emblématique icône Ousmane SEMBENE. Il est en effet de notoriété publique qu’aucun acteur, au propre comme au figuré, n’incarnait autant que lui le FESPACO qu’il a vu naître, qu’il a contribué à façonner tant par ses œuvres, ses réflexions et l’influence qu’il avait dans le collège de ses pairs, que par son aura personnelle dans l’univers matériel et immatériel du cinéma mondial. Ce festival lui doit tant et tant et inversement que l’un et l’autre avaient fini par se confondre à l’échelle humaine. Mais la nature est ainsi faite que les hommes passent et leurs vœux les plus ardents sont que leurs œuvres leur survivent. Ousmane SEMBENE doit donc être heureux, là où il est, de voir le FESPACO rayonner et s’ouvrir davantage à l’avenir. Cela est si vrai que pour marquer son infinie reconnaissance il l’honorera de manière particulière après tout ce qu’il a déjà fait dans ce sens, tout comme l’a fait le Burkina Faso, pays hôte.
L’autre fait malheureux est la situation pour le moins catastrophique des salles de projection en Afrique. Observé depuis un certain temps, le phénomène s’est tant intensifié que nombreux sont les pays où on ne peut même pas compter une seule salle de cinéma digne de ce nom. C’est vrai que la situation n’et pas aussi dramatique au Faso, mais la capitale du cinéma africain n’échappe pas pour autant à la vague des fermetures. Alors se pose cette question toute naturelle que nous nous posions déjà dans notre édition n°490 du 8 février au 6 mars 2007 dans le contexte du précédent FESPACO : « Comment peut-on imaginer un cinéma sans salle de projection ? » Ainsi donc, si hier il s’agissait de décoloniser nos écrans envahis par des films venus d’ailleurs et d’y aménager des espaces pour notre propre cinéma, aujourd’hui il s’agit tout « bêtement » de sauver ce qu’on peut encore comme écrans. C’est dire que les choses vont de mal en pis et qu’il urge de trouver des solutions, si on ne veut pas être réduit à organiser des festivals virtuels à moins de les délocaliser vers l’Occident. En tout cas, au rythme où vont les choses, si rien n’et fait pour inverser la tendance, il faudra aller en Europe ou en Amérique pour voir du cinéma africain !
Tout indique que le FESPACO en est pleinement conscient comme en attestent les propos de son nouveau Délégué Général qui demande aux dirigeants du continent d’engager une réflexion profonde et urgente sur le sujet et de dégager des solutions responsable. N’est-ce pas là deux bonnes nouvelles qui méritent une halte. D’abord sur la nomination d’un nouveau responsable pour le festival. En effet, après une décennie de bons et loyaux services que tous les analystes et observateurs affirment avoir été déterminante dans la dimension internationale du festival et sa place incontournable dans le monde du cinéma, Baba HAMA a cédé le labeur, plutôt que le fauteuil à Michel OUEDRAOGO qui a longtemps été à ses côtés et pour lequel le FESPACO n’a véritablement aucun secret. Assurément le FESPACO est en de bonnes mains, puisque très rapidement est né ce qui est déjà communément appelé « Vision 21 » et qui est la feuille de route qu’il s’est donné pour réussir la mission qui lui est confiée.
Une des idées fortes de cette vision est l’appropriation du FESPACO par tous les Etats du continent et en particulier la prise en main par eux, de la question des salles de projection pour laquelle elle préconise une véritable réflexion dans le sens de les sauver à tout prix. D’une part par un soutien aux promoteurs privés. D’autre part en considérant le cinéma comme un patrimoine national à intérêt stratégique ce qui induit de lui appliquer les méthodes et moyens utilisés pour les secteurs d’activité considérés comme tels, notamment ceux de l’éducation ou de la santé. Ainsi le Délégué général fait-il remarquer, et à juste raison nous semble-t-il, que s’il y a des écoles privées et des écoles publiques, des universités privées et des universités publiques, des dispensaires, hôpitaux, maternités, etc. publics et des centres médicaux privés, pourquoi il n’y aurait-il pas de salles de cinéma privées et des salles de cinéma publiques, étant donné que le cinéma participe à l’éducation, à la promotion de la santé et du bien-être des populations, etc ?
Pourquoi pas, en effet ? Un pavé jeté dans la mare des politiques qui devraient réfléchir par deux fois avant de nous sortir une de leurs réponses toutes faites et passe-partout de manque de moyens et de priorités beaucoup plus « sérieuses ».
Même s’il est vrai que les télévisions, chaînes satellitaires et autres salles de vidéo inondent nos villes et nos campagnes, il est tout aussi vrai que tous ces moyens ne sont pas les meilleurs supports pour défendre nos identités culturelles et la vulgarisation de nos programmes et projets de développement. Bien au contraire ils nous aliènent en vous imposant des programmes qui bien souvent vont dans le sens contraire de nos intérêts réels. Au deslà des Etats et des organismes publics il y a la responsabilité des populations elles aussi, et de la société civile elles qui tout en déplorant les fermetures des salles et son promptes à dénoncer les travers des autres acteurs, les boudent les mêmes salles lorsqu’elles existent. N’est-ce pas vouloir une chose et son contraire ?
Au total les défis sont immenses pour le FESPACO. Fort heureusement les convictions pour les relever aussi. C’est l’impression qui se dégage avec cette 21e édition et vision 21 Mais chacun devra accepter jouer sa partition.o

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Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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