[Actualité] - [Annonces] - [Archives]
La Une du n° 594

Retro-Rétro – Gouvernance:N° 594 du 04 au 10Mars 2009

C’est parti pour la 21e édition

La XXIe édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) a vu son clap officiel donné au stade du 4-Août le samedi 28 février 2009 en présence du Premier ministre, Tertius ZONGO, représentant Son Excellence M. Blaise COMPAORE, président du Faso et en présence du Docteur Cheick Modibo DIARRA, président de Microsoft/Afrique parrain de cette édition.

le clap de la 21e édition du FESPACOle publicC’est un stade du 4-Août des grands jours (39 000 entrées) qui a servi de cadre pour le lancement officiel de cette XXIe édition du FESPACO qui se tient sous le thème : «Cinéma africain, Tourisme et Patrimoines culturels». Cette édition 2009 est placée sous le double signe du 40e anniversaire de cette biennale du cinéma et l’hommage à Feu Ousmane SEMBENE, «le doyen des anciens», qui a imprimé sa marque, son humanisme à cette manifestation culturelle sous le prisme du cinéma et dont l’Afrique en fait sa fierté aujourd’hui. C’est M. Simon COMPAORE, maire de la ville de Ouagadougou, (une des places fortes de l’Art visuel) qui a pris la parole pour souhaiter la bienvenue à ces milliers de festivaliers et aux professionnels du FESPACO qui pour lui, reste une grande opportunité de rencontre entre acteurs. Dans la langue de Shakespeare, l’édile de Ouagadougou a lancé: «I would like to think you for your coming».
Quant au représentant de l’UNESCO, il a félicité le FESPACO pour ses 40 ans d’existence ; pour lui cette notoriété et cette longévité ont été rendues possibles grâce à la conviction des hommes et des femmes du pays «des Hommes intègres». «Moyen d’expression des créateurs africains, le FESPACO reste l’un des festivals qui contribuent le mieux à l’intégration africaine prônée par l’Union africaine», a-t-il souligné. Il a aussi salué la création du MICA et du Centre international de la cinématographie tout en rappelant la distinction faite au FESPACO, à l’édition 2007 par l’UNESCO en guise de reconnaissance de tant d’années mises au profit de la promotion et de la protection des valeurs culturelles africaines par le biais de la production cinématographique. Le parrain, Cheick Modibo DIARRA, président de Microsoft/Afrique a reconnu le caractère panafricain de cet événement qui ne cesse de s’imposer comme un festival de référence au plan international. Pour lui, 40 ans c’est l’édition de la maturité. A l’endroit du Feu Ousmane SEMBENE, à qui les autorités communales de la ville de Ouagadougou, ont dédié une rue, il a dit que c’est l’homme qui a «traqué les images de l’obscurité». «Nous devons reprendre le flambeau», a insisté l’astrophysicien de renom. A sa suite, le ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, M. Filippe SAVADOGO, ne s’est pas embarrassé de discours pour lancer à l’endroit des festivaliers une «Bonne fête».
Le clap symbolique qui ouvre la biennale pour une dizaine de jours, a été donné par le Premier ministre Tertius ZONGO et ce à la suite du ministre en charge de la Culture.
Des artistes-musiciens tels Mandoé, Smarty, Awa Sissao, Alif Naaba, Floby, la troupe de Zougnazagda, et en guet star, le Ghanéen Kodjo Antwi ont tenu en haleine le public. Cerise sur le gâteau avant les feux d’artifice, Irène TASSEMBEDO, a gratifié l’assistance d’une chorégraphie haut de vol avec un contenu artistique et une mise en scène réussis. On pouvait dire tout simplement que ça commencait bien pour «Vision 21», la feuille de route du nouveau Délégué général, Michel OUEDRAOGO. Ce qui a fait dire à Tertius ZONGO aux côtés de la marraine, Chantal COMPAORE que le FESPACO est un événement qui a permis au Burkina Faso d’exister même s’il faut le repenser dans un monde de plus en plus exigeant dans ce contexte de mondialisation.o

Issoufou MAIGA

 

 Haut

Pluie d’hommages à un digne fils

Une pluie d’hommages. C’est le moins qu’on puisse dire au regard de tout ce qui se passe et se fait pour l’aîné des anciens des cinéastes réalisateurs africains, Ousmane SEMBENE, qui a tiré sa révérence en 2007, à cette 21e édition du FESPACO. Le dimanche 1er mars 2009, l’homme a été encensé sous toutes les coutures et il le mérite vraiment.

Ils étaient tous présents, les acteurs du monde du cinéma, pour la circonstance. Réalisateurs, producteurs, promoteurs de films, comédiens, autorités… sont allés à la place des cinéastes sacrifier au rituel de la cérémonie de libation. Ce beau monde avait à l’esprit, une seule image : celle du «Patriache Ousmane SEMBENE» pour qui une cérémonie, digne de ce nom, devait s’y dérouler. Si l’homme à la pipe a cassé sa pipe à jamais, son souvenir et ses œuvres restent vivaces dans la mémoire collective. D’où la qualité de la cérémonie de commémoration en son honneur. Désormais, c’est chose faite. Le FESPACO a rendu à ce digne fils d’Afrique, ce qu’il lui a donné de son vivant : une renommée.
A partir de ce dimanche 1er mars 2009, SEMBENE aura ouvert la colonne des Etalons pour la postérité. En érigeant, à titre posthume, la statue du grand homme de culture qu’il a été pour l’Afrique et surtout pour le FESPACO, le Burkina immortalise, à jamais, SEMBENE à la place des cinéastes. Il ouvre donc, la colonne des Etalons de Yennenga que le festival compte implanter progressivement, des statues, grandeur nature, des lauréats. Il est vrai que l’homme n’a jamais compéti pour l’Etalon de Yennenga, mais, ses œuvres cinématographiques parlent d’elles-mêmes. Après la cérémonie de libation et de l’ouverture de la colonne des Etalons, l’aîné des anciens aura été aussi au cœur d’un panel à l’Hôtel Indépendance. Ce panel animé par des autorités de haut vol du monde de la culture, du cinéma et des autorités du pays a permis de se pencher sur les œuvres, l’action et le travail de l’illustre disparu au profit des générations présentes mais surtout futures. Mais avant le panel, il a été question de la remise symbolique de la clé de la chambre N°1 de l’Hôtel AZALAÏ à M. le ministre sénégalais de la Culture. Une visite guidée du lieu permet de découvrir, dans ladite chambre, des objets illustres du disparu étant entendu que SEMBENE y logeait à chaque édition du FESPACO.
«M. le ministre, j’ai l’honneur de vous remettre les clés de la chambre de Ousmane SEMBENE. A jamais, cette chambre ne sera louée à quelqu’un d’autre», dira dans l’émotion le Directeur général de AZALAÏ Hôtel. Tout un symbole, un hommage digne de l’illustre disparu. Sur tout le long du couloir qui mène à sa chambre sont dressées des affiches qui racontent le parcours de l’homme.
Mais avant tous ces hommages, Ousmane SEMBENE a été immortalisé à Ouaga 2000. En décidant de baptiser la rue 15-862 longue de 2300km, rue SEMBENE Ousmane, les plus hautes autorités du pays témoignent leur reconnaissance à celui qui, entre autres, a porté à bout de bras, le FESPACO. C’était le samedi 28 février 2009, et c’est Clément SAWADOGO ministre de l’Administration du territoire accompagné du fils aîné du défunt, Alain SEMBENE, qui a dévoilé la plaque de la rue. Une preuve de plus que le Burkina Faso est reconnaissant envers Ousmane SEMBENE, pour ce qu’il a fait pour lui, pour ce qu’il a fait pour l’Afrique.
Ousmane SEMBENE, repose en paix !o.o

Frédéric ILBOUDO

Cheick Modibo DIARRAUn parrain si loin, … si près

chercher un astrophysicien dans un festival de cinéma ? Avions nous demandé à Michel OUEDRAOGO, délégué général du FESPACO. En effet, le choix de Cheick Modibo DIARRA, comme parrain de la 21e édition peut intriguer plus d'un. Et pour cause, l'homme n'est ni de près ni de loin, diront certains, concerné par ce festival de par ses attributions, son travail. Mais les raisons qu'avance le DG convainquent quand on sait qui est ce parrain atypique.

"L'astrophysicien que vous dites, est d'abord Africain. Cet astrophysicien, sans sa culture, il ne serait peut-être pas là où il est. Et le cinéma africain fait partie de sa culture parce que ce sont des images de son enfance, ce sont des images de ses parents qui sont projetées, donc c'est sa culture. Cet astrophysicien, le Burkina Faso l'a choisi comme parrain pour montrer encore une fois de plus qu'il est un pays ouvert. Que le FESPACO reste un festival qui appartient à l'ensemble de l'Afrique. Et s'il y a des pépites d'or en Afrique, il faut les promouvoir, il faut leur donner cette visibilité. Et le FESPACO doit être un tapi-rouge pour les étoiles africaines comme Modibo DIARRA…" Tout est donc dit dans ces propos du D.G Michel OUEDRAOGO.
Le choix de Modibo DIARRA est motivé par la qualité, les performances, le rayonnement de son travail… Les épithètes manquent souvent pour qualifier ce digne fils de l'Afrique. Et son choix ne saurait intriguer quoique certains pensent qu'il est là sur un terrain loin de son domaine de compétences. C'est vrai qu'il est ingénieur aérospatial, navigateur interplanétaire précédemment à la NASA et président Afrique de Microsoft. Mais si le cinéma africain fait partie de la culture africaine qu'il promeut, peut-on être Africain et en être étranger ? Certainement pas et Cheïck Modibo DIARRA, même si sa carrière professionnelle ne l'a pas conduit dans les arcanes du 7e art est si près du FESPACO parce que c'est le festival de ses racines, de son continent. Cheïck Modibo DIARRA est si près du FESPACO parce qu'il incarne un modèle de rigueur, de discipline, d'ardeur au travail et de réussite pour la jeunesse africaine. Les acteurs du 7e art ont besoin d'être animés de telles vertus pour pousser l'Afrique vers des lendemains meilleurs. C'est d'ailleurs, ce qu'il a fallu à des hommes et femmes comme Ousmane SEMBENE, Louis THIOMBIANO, Alimata SALAMBERE, Gaston KABORE, Cheïck Omar SISSOKO, etc. Pour que le FESPACO soit là où il est aujourd'hui.
Rien donc de plus normal que le milieu du cinéma veuille rendre hommage à un grand fils d'Afrique qui lui a valu des palmes par sa brillance dans son travail au milieu de ses pairs d'ailleurs "Cet astrophysicien est une étoile qui illumine dans le firmament africain et au plan international, même universel, parce qu'il a fait des œuvres qui ne bénéficient pas seulement à l'Afrique, mais à toute l'humanité et c'est une manière pour nous de lui rendre hommage". Dira Michel OUEDRAOGO qui se fera fort de faire remarquer que l'adage dit que le bon enfant, le brillant, l'enfant qui a la bonne vertu appartient à toute la communauté. Donc, des fils comme Cheïck Modibo DIARRA, Ousmane SEMBENE, etc. sont des enfants de l'Afrique entière mais aussi du monde. Que chaque jeune Africain s'identifie donc au bon, au meilleur comme Cheïck Modibo DIARRA, s'il veut être enfant de tout le monde.o

Frédéric ILBOUDO

L’Etalon de Yennenga, objet de toutes les convoitises

Il est l’objet de toutes les convoitises depuis maintenant 40 ans. A chaque édition, ils sont nombreux, les réalisateurs qui espèrent l’emporter pour “doper” leur C.V. L’Etalon de Yennenga, puisque c’est de lui qu’il s’agit, donne des nuits blanches actuellement aux 19 réalisateurs qui sont en compétition. Qui détachera, «la corde» qui lie le «mors» de l’Etalon, verdict le 7 mars prochain.

Question à mille balles que celle que nous avons lancée au siège du FESPACO ? Combien pèse la réplique de la statue de l’Etalon de Yennenga en or décernée comme trophée au FESPACO ? Après avoir tapé à plusieurs portes, interrogé plusieurs personnes ressources du festival, nous nous sommes résignés, voyant finalement que personne ne semblait au parfum de la chose. Secret professionnel surtout qu’il s’agit d’or ? En tout cas, à y voir de plus près, c’est un poids qui n’est pas calibré, car, s’il était comme les statuettes des Oscars, aux Etats Unis d’Amérique ou les César en France, la réponse allait tout de suite venir.
Mais peu importe. L’Etalon d’or de Yennenga, si ce n’est pas son poids en kilogramme qui intéresse les réalisateurs, c’est peut-être sa valeur en numéraires, mais aussi et surtout l’aura qu’il apporte à son détenteur qui suscitent la convoitise.
D’une valeur de 10 millions de FCFA, environ 15 500 Euro, des broutilles dans un budget de film, l’Etalon de Yennenga en vérité est surtout convoité pour son prestige et l’aura qu’il donne à son détenteur. En effet, décrocher l’Etalon de Yennenga signifie pour un réalisateur, s’ouvrir les portes de la grandeur, du prestige et de la promotion continentale et mondiale. Seul véritable festival de cinéma de renommée internationale du continent, le FESPACO, et partant l’Etalon de Yennenga a su convaincre au fil des années de sorte que le rendez-vous est devenu incontournable, et pour les cinéastes africains et pour les cinéastes du monde. Certes l’Etalon ne bénéficie pas pour l’heure de la même campagne médiatique comme le sont les Oscars et les Cesar, mais sur le continent, il compte.
Seuls les lauréats peuvent dire ce que cette statuette de cheval (Etalon) enfourché par une princesse héroïne historique à la base de la fondation des royaumes des Mossé a apporté dans leur vie de cinéaste. Outre l’Etalon d’or qui est attribué, le comité d’organisation attribue également un Etalon en bronze, etc. plus des prix spéciaux qui viennent comme des lots de consolidations. Depuis le dimanche 1er mars, date marquant l’ouverture officielle pour les professionnels avec la diffusion des films, c’est en même temps la succession de Newton ADUAKA qui est ouverte. Qui remportera l’Etalon de Yennenga ? Il est à noter que le lauréat, contrairement à certaines compétitions comme la coupe du monde ou la CAN où le trophée est rétrocédé à l’édition suivante, chaque vainqueur part avec son trophée qui est sa propriété. Charge à la commission d’organisation de confectionner un autre Etalon pour la prochaine édition.o

- Frédéric ILBOUDO

L’Etalon fuit-il les femmes ?

En 21 éditions du FESPACO, il faut dire que la gente féminine est restée loin de la bride de l’Etalon de Yennenga. En effet, aucune réalisatrice n’a remporté le trophée tant convoité. Et cela dure depuis quarante ans. Pourtant, ce n’est pas faute de participation de la gente féminine à la compétition. Quelle explication à ce sevrage ?

De Oumarou GANDA en 1972 avec «le Wazzou polygame» à Newton ADUAKA du Nigeria, lauréat de l’Etalon de Yennenga en 2007 avec son film «EZRA», dix-huit (18) lauréats se sont succédé sur les plus hautes marches du podium pour étrenner l’Etalon de Yennenga. Vous l’aurez certainement compris, pas de lauréates !
Après 40 piges avec 21 éditions, beaucoup comprendraient difficilement un tel état de fait. Est-ce à dire que les réalisatrices ne sont pas à la hauteur ou alors qu’une discrimination est faite à leur égard ? Ni l’un, ni l’autre. Il faut plutôt chercher les raisons ailleurs. Si cette performance nulle de la gente féminine s’explique en partie par sa participation récente à l’évènement (en effet, de sa création à nos jours, elles ne sont pas nombreuses les réalisatrices africaines à avoir participé aux compétitions du FESPACO, elle est aussi le reflet de la problématique-même de l’engagement de la femme dans tous les domaines de la vie en Afrique. Si l’on se réfère rien que sur le plan national, au Burkina, elles ne sont pas nombreuses à s’être engagées dans le 7e art. Pourtant ce n’est pas la place qui manque. Les engagées du 7e art au Burkina se comptent sur le bout des doigts d’une main : Valerie KABORE, qui pour l’heure ne s’est pas encore illustrée dans les longs métrages, Fanta Régina NACRO, elle s’y est essayée dans les longs-métrages, Appoline TRAORE, Francheline OUBDA, Amina GLEZ/DIALLO qui vient de rentrer dans le cercle restreint des cinéastes femmes. Qui a-t-on oublié ? Elles ne sont d’ailleurs pas nombreuses ailleurs en Afrique et peut-être même dans le monde. Du coup on a l’impression que le secteur du cinéma est une affaire d’hommes et que les femmes sont «utilisées» pour se cueillir les lauriers. Il faut donc reconnaître que les femmes sont plus responsables de leur absence du prestigieux palmarès du FESPACO d’autant qu’elles semblent rechigner à s’engager comme réalisatrices. On les retrouve beaucoup plus devant la caméra en tant que comédiennes. L’Etalon ne fuit donc pas les femmes, mais c’est plutôt elles, qui manquant souvent de confiance en elles-mêmes, refusent de rentrer dans la compétition à telle enseigne, qu’à chaque édition du FESPACO, il est rare de trouver dans la compétition officielle, une œuvre de réalisatrice. Et les choses ne semblent pas près de changer d’autant qu’à cette édition du 40e anniversaire, on désespère de la participation des femmes réalisatrices. En effet, sur les 19 films en compétition officielle, il n’y a qu’un seul qui porte la griffe d’une réalisatrice. En occurrence, la Tunisienne Kalthoum BORNAZ, qui compétit avec «L’autre moitié du ciel», un titre qui en dit long. Dans ces conditions, comment voulez-vous que l’Etalon de Yennenga soit dompté par une autre « amazone » ? Si le miracle existe, croisons les doigts que la seule réalisatrice dans l’arène avec ses «gladiateurs» de compagnons de métier sorte vainqueur afin qu’enfin les femmes fassent honneur à … Yennenga. Et alors, qu’à la veille de la commémoration de la Journée internationale de la femme, le 8-Mars prochain, une réalisatrice brandisse l’Etalon de Yennenga.o

- Frédéric ILBOUDO

Quid de la distribution ?

Le 21è FESPACO continue de dérouler sa pellicule. Plus de 129 films sont en compétition dans six domaines : Long métrage, court-métrage, Documentaire, Série et Sitcom TV Vidéo, Fiction TV Vidéo et Films de la Diaspora. Au soir du 7 mars, on saura ceux qui repartiront avec les couronnes du FESPACO. Mais en attendant, explorons le cinéma africain à travers ses difficultés à se faire connaître dans son propre milieu.

« Une salle de cinéma qui se ferme est un coup de poignard à la culture » a dit le Délégué général du FESPACO, Michel OUEDRAOGO. Ces propos sont un résumé parfait de la situation du cinéma africain dans sa lutte pour se faire admettre dans l’environnement du 7ème art. Le cinéma africain depuis les indépendances a toujours, comme les autres secteurs de la vie sociale, été dans des difficultés de tous ordres.
A en croire les acteurs du milieu, ces difficultés beaucoup plus du fait d'un manque de volonté de nos politiques dans le financement du 7ème art. La plupart des films produits en Afrique sont financés grâce à l’argent de la coopération. Nos cinéastes sont parfois obligés de travestir leurs idées pour satisfaire les exigences de ces bailleurs de fonds qui sont loin d’être des mécènes. L’expression doit aller dans un sens donné ou on vous coupe les vivres ironisait un cinéaste. Dans ces conditions, il est normal que les populations ne se reconnaissent pas dans un certain cinéma fait pour satisfaire l’égo de quelqu’un.

L’état du milieu
Dans une interview accordée au journal "Le pays" paru le 2 mars dernier, le réalisateur burkinabè Adama ROUAMBA s’en prenait violemment aux acteurs du cinéma. Le monde du 7ème art serait gangrené par la jalousie, le mensonge et même l’usurpation de titre. Des gens se font passer pour des producteurs de films pour se remplir plein les poches avec « du théâtre filmé » (l'expression est de lui. Le problème, il faut d’abord savoir qui est réellement un homme de cinéma pour mieux canaliser les efforts. Autrement, les saprophytes vont continuer à se sucrer et le cinéma va continuer à mourir de sa belle mort.
C’est bien le cas de le dire. Le Burkina qui était une place forte du cinéma africain ne semble plus avoir que le FESPACO pour garder la tête hors de l’eau. Ouagadougou, qui est la capitale du cinéma africain, ne compte plus que deux salles dignes de ce nom : le ciné Neerwaya et le ciné Burkina. Le ciné Oubri (ancien SIMON) qui est une des salles historiques de la ville vivote en période ordinaire. Mais Oubri peut s’estimer heureux de rester une salle sombre, son compère le Ciné Rialé appelé autrefois Olympia puis Nader est en phase de démolition. Il aurait été revendu à un opérateur économique qui le destine à autre chose. Quant aux salles de secteur, ce n’est pas la peine d’en parler car la projection de films est loin d’être la première préoccupation des promoteurs. Un concert de ZOUGNAZADMDA ou KISTOKOIMBRE y rapporte plus que la projection d’un film.

Où peut alors se situer le problème ?
En explorant le problème, on a des difficultés à pointer formellement tel ou tel aspect de la chaîne du 7ème art comme seul responsable de la situation.
La faiblesse de la production, on en parle tout le temps. Les Africains produisent rarement. Un pays comme le Burkina Faso ne produit pas plus de trois films par an. Il y a des réalisateurs qui mettent dix ans entre deux coups de manivelle.
Cette rareté pousse naturellement à consommer l’existant c'est-à-dire les films venus d’ailleurs. Et comme l’habitude finit par devenir une seconde nature, la consommation du cinéma local n’est plus une priorité. On a beau actionner sur la fibre patriotique ou je ne sais quoi, les cinéphiles vont suivre les acteurs qu’ils voient à longueur d’année. Si en plus de la rareté de la production, la qualité fait défaut alors c’est le comble. Il est impératif d’assainir le milieu comme le réclament les vrais professionnels et trouver les mécanismes pour permettre une production plus abondante du cinéma africain. Car quoi qu’on dise les Africains aiment leur cinéma. Le Burkina offre là encore de bons exemples de succès populaires. Boubacar DIALLO et Aboubacar ZIDA dit Sidnaba ont prouvé par des productions à très faibles budgets que le cinéma populaire est prisé dans le pays. Le film « Un fantôme dans la ville » de SIDNABA malgré les imperfections techniques fait salle comble même au-delà des frontières du Burkina. Les titres « Mogo Puissants », « Sophia » de Boubacar DIALLO sont prisés des cinéphiles. Le succès de cette forme de cinéma qui aborde la vie de tous les jours du public ne peut que attirer. Le cinéma classique trop rigoriste sur le plan de la démarche est peut-être bon pour les puristes mais ne comprenant rien dans le déroulement le plus grand nombre, le trouve rebutant.
D’où cette autre question : les cinéastes africains donnent-ils aux populations ce qu’elles veulent ? Une partie de la réponse est non ; compte tenu de ce que nous venons de dire plus haut.
Il nous semble de leur intérêt d'aborder des sujets même légers qui accrochent l’attention du public. Quoiqu’on dise, un film est un produit commercial. Et on ne peut pas obliger quelqu’un à acheter ce qu’il ne veut pas. S’il est vrai que les gouvernants ne soutiennent pas assez le cinéma, le 7ème art doit savoir qu’il doit aussi accéder à l’autofinancement. En Afrique, le cinéma est loin d’être une priorité face à certains maux comme la maladie et l’ignorance. Les cinéastes ont peut-être trop attendu aussi des Etats. Et cet assistanat est une autre explication à la léthargie du cinéma. « La réalisation d’un film coûte cher ; un film exprime la culture d’un pays », l’Etat doit donc soutenir la production cinématographique etc…C’est ce genre de réflexion qui a, nous le pensons, poussé nos cinéastes à trop attendre de la puissance publique.
D’ailleurs le milieu est caractérisé par son inorganisation. Tous les regroupements de cinéastes, la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI) notamment, vivent « au ralenti ». Une structure comme le CIDC Ciprofilm qui agissait dans le domaine de la production a disparu depuis longtemps.
Les tords sont donc partagés dans la crise qui secoue le cinéma africain.

Que faire ?
La réponse à cette question est sans doute la potion magique qui va tirer le cinéma africain de sa léthargie. Les intervenants du cinéma doivent se donner la main pour redonner la vie à un domaine qui a prouvé sous d’autres cieux qu’il était une industrie. Si les Africains consomment le cinéma étranger, il n’y a pas de raison qu’ils boycottent leur propre cinéma si le rendu est un questionnement de leur vie quotidienne. Mais personne ne pourra les obliger à aller voir un film pour le simple plaisir du réalisateur. Et si les salles de cinéma ne servent plus à voir des films, elles seront réutilisées pour autre chose. Tous les gérants des salles, les présentent aujourd’hui comme des boulets dont ils veulent s’en débarrasser, alors que les vidéos clubs sont pleins chaque soir à craquer par des cinéphiles. C’est tout le paradoxe d’un art qui se veut le miroir de la société. o

Ahmed NAZE

Effervescence populaire

Quatre jours. C'est le temps déjà écoulé de la fête du cinéma africain. Mais quatre jours de bonheur intense. Bonheur tiré des films qui sont au programme, bonheur des retrouvailles, bonheur des souvenirs, bonheur de vivre la fête du cinéma africain en terre libre du Burkina. Tout court. Et les festivaliers savent que le temps qui passe ne revient pas. Alors il faut en profiter parce qu'après cela, il faudra attendre deux longues années.

La fête du cinéma bat son plein. A trois jours de l'apothéose de la 21e édition, l'heure est à la fête à la libation. Dans tous les centres névralgiques du festival, c'est l'effervescence. Que ce soit dans les salles de ciné, dans les maquis, au siège, à la galerie marchande, à l'hôtel Indépendance, ou au SIAO monter… on sent la fièvre de la fête. Lentement mais sûrement, festivaliers et Ouagalais vibrent au rythme du FESPACO. Mais pour mieux prendre le pool de la fête du cinéma africain, un seul lieu : la galerie marchande de la Maison du peuple.

La galerie marchande : poumon de la fête
Pour les festivaliers, la fête du cinéma africain se déroule dans les salles obscures de ciné, mais également à la galerie marchande. Sur ce site où se dressent ; plus de 400 stands. Ouagalais et festivaliers s'y bousculent du matin au soir.
Avec 300 F CFA ceux qui n'ont pas de badges s'offrent le ticket d'entrée pour découvrir avec les festivaliers, les expositions des stands. Objets d'art, gadgets souvenirs du festival, tee-shirts, casquettes etc. Pour les festivaliers venus d'ailleurs, c'est l'occasion de prendre connaissance des habitudes alimentaires des Burkinabè, et se faire des amis. "Je suis venu à la galerie marchande pour chercher des objects souvenir pour mes amis, mes parents et surtout goûter aux succulents poulets bicylette, dont on parle tant du Burkina". Nous confie Nicolas, un Français vivant à Dakar au Sénégal. Mais ce n'est pas tout. Un podium d'animation dressé au cœur même de la galerie marchande, offre aux populations, des prestations d'artistes qui égaient plus d'un. A la Maison du peuple, il y a la place pour tout le monde. Les parents qui le souhaitent peuvent aller laisser leurs enfants au manège et aller siroter un verre et arracher quelques brochettes. C'est ce que nous confie ce jeune couple "nous avons laissés nos deux gosses avec leur nounou au manège pour qu'ils s'amusent. Ça nous permet à nous aussi de nous recréer ici avant de repartir les chercher. En tout cas l'ambiance est bonne".
Si à la galerie marchande c'est l'ambiance et le brouhaha, il faut aller à l'hôtel Indépendance AZALAI pour avoir une autre température de la fête. Là-bas, loin de la musique, des odeurs de brochettes, de la poussière et les charmes des messieurs et dames, se côtoient, s'entretiennent, discutent festivaliers et professionnels.
En effet, l'hôtel AZALAI où se trouve le centre de presse, et se tient les panels, etc. semble être le "cœur" de la « cogitation » du festival. Si vous avez besoin d'un cinéaste, d'un comédien, d'un journaliste, etc. attendez sagement à la réception vous le verrez passer. Après cérémonie d'ouverture qui eu lieu au stade du 4-Août et qui a mobiliser tant de monde. La cérémonie de libation et le dimanche 1er mars et où, pour la première fois l'aîné des anciens est absent physiquement, l'on peut dire que chaque festivalier vaque au quotidien à se rendez-vous. Qui pour assister aux projections, qui pour prendre des contacts, pousser les projets, etc. A trois jours de la fin de la 21e édition, la fête, du cinéma africain bat son plein aussi bien dans les salles que dans les autres sites du festival.o

Frédéric ILBOUDO

Zoom sur un stand d’exception

S’il y a un stand qui fait l’exception à la galerie marchande à la Maison du peuple, c’est bien celui de M. William TAPSOBA. Ce monsieur a choisi de faire la promotion du Burkina autrement : en innovant, en créant. Et ce n’est pas pour rien que son stand ne désemplit pas.

Vous avez besoin d’objets de souvenir, de qualité, ne cherchez plus ! M. William TAPSOBA pour ne pas le nommer, vous offre tout sur le Burkina Faso, dans ses monuments et sites de référence sur des tee-shirts. « Burkina Faso » pays des Hommes intègres, la place Naaba Koom, la place des martyrs, etc. sont illustrés sur des tee-shirts avec une qualité exceptionnelle : on croirait qu’on est en face d’un bon cru de l’Occident. « Notre atelier est au Burkina, nous produisons toutes nos œuvres sur place. C’est la qualité du travail et des matériaux utilisés qui font la différence ». Nous confiera M. Gervais TAPSOBA, responsable de la vente du stand. Dans ce stand, les visiteurs ont l’embarras du choix ; Car les produits sont faits de mains de Maître.
Ce stand fait la part belle à la promotion de la ville de Ouagadougou, ce qui ne déplaira pas au maire Simon COMPAORE qui n’en demandait pas mieux.
Si pendant longtemps on était fier de porter des tee-shirts faisant la promotion d’autres villes et monuments d’autres pays, le génie créateur de M. William TAPSOBA donne l’occasion à chaque Burkinabè de porter avec fierté des tee-shirts mettant en valeur le Burkina Faso, dans son histoire. Espérons que ce monsieur aura le soutien qu’il faut pour pouvoir valoriser la richesse du patrimoine culturel national. Le meilleur soutien d’ailleurs passe par une visite de son stand hors pair.

Frédéric ILBOUDO

Kadi ZERBO, comédienne

Il est difficile pour un comédien de vivre de son art"


A l’écran comme dans le réel, elle ne passe pas sans qu’on se retourne sur elle. Oui, certains diront qu’elle a « le bagage » et ce n’est peut-être pas un hasard si les réalisateurs aiment à lui confier des rôles provocateurs. Enthousiaste et locace, elle semble comédienne de naissance. Elle, c’est Kadi ZERBO, une comédienne de talent bien connue des téléspectateurs d’ici et d’ailleurs tant elle a joué dans plusieurs films et clips musicaux. Actrice de cinéma, le FESPACO, l’intéresse au premier chef. Dans cet entretien, elle livre son point de vue sur la 21e édition de ce festival, la question des badges payants, les relations entre comédiennes et réalisateurs, etc .et lève un coin de voile sur son parcours professionnel.


Une innovation : les comédiens doivent débourser la somme de 25 000F CFA pour la carte Etalon afin d'avoir accès aux salles. Qu'en pensez-vous?
K.Z. :
Je pense que cette mesure est brusque du moment où nous n'étions pas préparés à cette nouvelle donne. J'aurais suggéré que la conférence de presse bilan de la dernière édition annonce cette mesure. Gustave SORGHO a négocié avec le Comité d'organisation pour un demi-tarif de 12 500F pour les comédiens. D'aucuns jettent l'anathème sur le nouveau Délégué général, Michel OUEDRAOGO. Je ne pense pas qu'il soit seul responsable de la situation parce que c'est un travail d'équipe et lui aussi consulte une hiérarchie.
A mon sens, cette mesure, c'est pour qu'on apporte notre petite contribution à cet événement. Comme je le disais, ce n'est pas tout le monde qui peut supporter vu qu'il y a des comédiens qui peuvent faire trois 3 ans sans un contrat. Le sponsoring, jepense cependant, pourrait aider à régler le problème en mettant leur logo sur les badges des comédiens.
Il y a pas mal de femmes dans le 7e art au Burkina Faso. Qu'est-ce qui explique cela ?
K.Z. :
Pour ce qui est de mon cas, j'ai atterri la-dans par pur hasard grâce à Michel Bossofa SOME qui m'a fait jouer un rôle dans un film en 1992 et c'est depuis lors que ce métier m'a collé à la peau. Sinon, j'aurais voulu être avocate. Comme tout métier, celui de comédien de cinéma a des avantages comme des inconvénients. L'avantage, c'est qu'on peut facilement obtenir un service parce qu'on est connu grâce à l'écran. L'inconvénient, c'est qu'on pense que nous sommes riches. On se trompe énormément sur notre compte. Quand on nous voit dans un film ce qu'on oublie c'est que les images ont été tournées, il y a 1 ou 2 ans. D'un autre côté, l'artiste n'est pas vu de bon œil. Surtout nous les femmes. On pense qu'on n'a pas de vie, qu'on est trop légère. Je dis non. Parce que nous sommes des hommes publics il faut faire très attention aux actes que nous posons en société. Je dirais même que nous sommes les plus sérieuses parmis les femmes.
Qu'elle est ta plus belle satisfaction en tant que comédienne ?
K.Z. :
C'est quand j'ai reçu le prix de la meilleure interprétation féminine au festival du court-métrage en Italie. Un film d'Antoine YOUGBARE, en 2004. Depuis que je suis comédienne même dans mon propre pays, je n'ai pas encore reçu cette reconnaissance. Comme nul n'est prophète chez soi…


En tant que comédienne, est-ce que vous êtes satisfaites de ce métier ?
K.Z. :
Ce qui est déplorable, c'est que les réalisateurs, heureusement pas eux tous, mais la majorité ne nous considèrent pas. On pense que c'est parce qu'on n'a rien à faire qu'on vient jouer dans leur film. J'aimerais que nos patrons nous accordent la plus grande importance. J'ai été victime d'une chose et je sais que si ça continue, des réalisateurs auront des surprises désagréables un jour sur leur plateau de tournage. Je ne parle pas de moi. Il y aura des gens qui ne vont pas le supporter. On crée comme ça des malentendus entre comédiens. Il y a aussi le problème du mauvais traitement des acteurs burkinabè par rapport aux étrangers. Je ne suis pas xénophobe, loin de là. Mais je dis à séquence égale, traitement égal.


Les films coûtent cher. Les réalisateurs disent qu'ils n'ont pas les moyens…
K.Z.:
Moi, je ne crois plus à ce refrain-là. "J'ai hypothéqué ma maison, je tourne avec mes propres fonds, comprenez-moi", et le jour de la conférence de presse, tu est surpris de voir "remerciement à l'Union européenne, à l'OIF, au ministère français des Affaires étrangères, au gouvernement, etc."
Est-ce que vous-vous en sortez ?


K.Z. : Il est très difficile pour un comédien de vivre de son art. La raison est toute simple on préfère recruter des amateurs ou des novices à vil prix qu'un comédien confirmé pour jouer un rôle. Cette situation pour nous les anciens est préoccupante parce qu'on (les réalisateurs) ne vise plus le talent, le professionnalisme. Avec un acteur médiocre on ne doit pas s'étonner que le film soit médiocre. C'est depuis 1997 qu'un Burkinabè a remporté l'Etalon de Yennenga avec Buud Yam de Gaston KABORE. Et depuis plus rien et on s'étonne. Même cette année je crains fort. Je ne suis pas un oiseau de mauvais augure, je parle de la réalité. Nous, comédiens Burkinabè, nous sommes mal payés et c'est le copinage qui prend le pas sur le professionnalisme. Si vous voyez un comédien et réalisateur se tirailler, ne cherchez pas loin, c'est l'argent. Il y en a qui ne sont pas honnêtes.


Quel côté du FESPACO avez-vous envie de corriger ?
K.Z.:
C'est surtout du côté des comédiens. Je trouve que nous sommes mal organisés. On ne s'y prend pas à temps pour les questions de badges. C'est à quelques jours que chacun court. Un autre problème, c'est la qualité même du comédien. Pour un rôle de figurant dans un film, on pense qu'on est comédien et on réclame un badge. Les gens confondent le professionnalisme et la popularité. C'est comme le jour et la nuit.


Kadi ZERBO joue très souvent des rôles provocateur dans les films. Qu'est-ce qui explique cela ?
K.Z. :
C'est un rôle qu'on me confie et je fais mon travail comme il se doit selon le bon vouloir du réalisateur ou de la réalisatrice. Guy Désiré YAMEOGO par exemple a un don. Quand il écrit un scénario pour un comédien, tu trouves qu'il n'y a rien à dire. Donc très souvent c'est le scénario qui détermine le profile du comédien. Je ne provoque pas pour me faire voir. Je suis guidée par un réalisateur. Kadi ZERBO est cependant tout le contraire dans la vie quotidienne.o

Issoufou MAIGA

Augusta PalinfoAugusta PALENFO, comédienne

L’important, c’est d’être positif dans la tête."

Sa jovialité, ses accès de rire particuliers associés à une pétulance qui contraste d’avec sa masse corporelle font d’elle un personnage qui ne passe pas inaperçu. Elle, c’est bien Augusta PALENFO, jeune actrice et comédienne du Burkina. Découverte par le grand public dans des films tels Ouaga Saga, Sophia… elle fait surtout dans l’humour sur les planches et du reste, est initiatrice du Festival international du rire et de l’humour de Ouagadougou (FIRHO). Dans le cadre de la tenue de la 21e édition du FESPACO, elle s’est prononcée sur cette biennale de la fête du cinéma, nous a livré ses expériences personnelles dans l’univers artistique et les difficultés que les comédiens rencontrent..

Que pensez-vous du FESPACO de cette année ?
AP :
Le refrain, cette année, et les gens en parlent, ce sont les mesures prises par le nouveau Délégué général, Michel OUEDRAOGO pour rationaliser le Festival. Moi, j’approuve cette décision et sa méthode de travail. Il a été clair, avec des arguments assez convainquants, que tous ceux qui veulent avoir accès aux salles de ciné devraient désormais payer, que tu sois journaliste ou comédien en prenant le badge Etalon qui coûte 25 000F. Chaque soir, ce sont les comédiens qui remplissent les salles. Et le public ? Il faut bien qu’il vienne suivre les films pour juger tous les réalisateurs et les comédiens !

Les femmes s’intéressent de plus en plus au 7e art au Burkina Faso. Racontez-nous un peu votre propre expérience.
AP :
J’ai commencé avec le théâtre depuis la classe de CM2 où, à la descente, je ralliais l’Atelier Théâtre Burkinabè (l’ATB) de Prosper KOMPAORE pour les séances de formation. J’avoue que j’avais trop de problèmes en famille pour cette option. On qualifiait le milieu de tous les qualificatifs négatifs. J’ai dû arrêter l’école en classe de 5e pour faire ce qui me plait. Pour moi, ce que j’ai acquis déjà me permettait d’évoluer dans la comédie et l’expérience d’un frère possédant un diplôme universitaire et qui peine à avoir un boulot a fini par me convaincre d’arrêter et de prendre mon envol.
J’ai fait 4 ans à l’ATB, ensuite 2 ans à la compagnie Marbayassa, de même qu’à la compagnie Les Merveilles.
Delà, j’ai choisi de voler de mes propres ailes en freelance. Je postule pour des castings. Et en plus j’ai créé le Festival international du rire et de l’humour de Ouagadougou (FIRHO), dont la 2e édition se tiendra du 2 au 4 avril prochain.

Que pensez-vous de vos consœurs, Kadi Jolie, Delphine OUATTARA, Kadi ZERBO, etc. ?
AP :
J’ai du respect et l’admiration pour toutes mes devancières. Avant d’être comédienne, mon idole était Naki SYSAVANE, une Sénégalaise qui a du talent et que j’ai même rencontrée par 2 fois les dernières éditions. Les grandes sœurs Kadi Jolie, Delphine OUATTARA, Kadi ZERBO, Léontine ZOUNDI, etc. me comprennent et me soutiennent en me prodiguant des conseils qui m’aident à avancer. Ce sont des femmes qui se battent très bien que j’admire. Quand elles ont même besoin de moi, je suis là tout de suite.

Racontez-nous les difficultés dans le milieu.
AP :
Chaque milieu a ses avantages et ses inconvénients. Il faut dire aussi que le milieu est plein de commérages. Quand tu réussis à un casting si on ne dit pas que tu as eu les faveurs du réalisateur ou de son assistant, parce qu’il veut te draguer, on dira que tu as été pistonnée. Ça ne manque pas dans tous les corps de métier. Mais je pense que quand on veut avancer, on minimise ces genres de méchancetés. Pour moi, l’important, c’est d’être positif dans la tête.

C’est quel côté du FESPACO que vous auriez aimé améliorer ?
AP :
Je ne suis pas dans l’organisation. Cette 21e édition est une première pour moi de voir que les comédiens mêmes sont appelés à payer les badges. Déjà, ça avance. Il faut que cette mesure soit appliquée et comprise par tout le monde. C’est en cela qu’on tirera des leçons pour avancer. A mon humble avis, la méthode de travail de Michel OUEDRAOGO est gagnante pour tous les acteurs du 7e Art.o

Issoufou MAIGA

Frédéric BOUYEUX, directeur pour la langue, la culture, le cinéma et l’audiovisuel de l’OIF

Frédéric BOUYEUXNous privilégions la production des réalisateurs africains”

Venu dans le cadre d’une délégation de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) pour prendre part à la 21e édition du FESPACO, Frédéric BOUYEUX Directeur pour la langue, la culture, le cinéma et l’audiovisuel de l’OIF nous a entretenu relativement aux missions de son organisation, les contributions que l’OIF apporte au cinéma burkinabè à travers le FESPACO et sur le devenir du cinéma africain durement concurrencé par les productions venues du Nord. Entretien.

Quelles sont les missions de votre institution ?
FB :
L’OIF a plusieurs missions en tant qu’organisation intergouvernementale. Ses grandes missions se répartissent en 4 grands axes dont l’un est la promotion de la langue française et la diversité culturelle et linguistique, les autres sont la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme, la promotion du développement, d’une éducation et d’une formation professionnelle importante pour la coopération.

Quelles contributions votre institution apporte à un festival comme le FESPACO ?
FB :
L’OIF soutient financièrement le FESPACO depuis l’origine, car nous avons compris que c’est un élément indispensable pour le développement de la créativité audiovisuelle africaine. Nous avons donc fait un investissement rentable puisque cette manifestation fête aujourd’hui ses 40 ans, un âge de maturité grâce à l’engagement des autorités politiques, des professionnels du cinéma et d’autres partenaires qui ont réussi à faire de votre pays la capitale du cinéma africain.

Quels sont vos critères de financement des médias ?
FB :
Nos critères reposent sur des éléments telles la qualité, la rentabilité. L’instrument dont nous disposons est un fonds d’aide à la promotion des œuvres audiovisuelles des pays du Sud. Nous privilégions la production afin de donner la possibilité aux réalisateurs africains de s’exprimer. C’est une commission qui se réunit deux fois par an. Ces membres sont des experts indépendants car l’OIF ne participe pas aux votes des œuvres qui souhaitent avoir une aide.

Le Burkina Faso semble ne pas trop bénéficier de vos financements. Que pouvez-vous dire relativement à cet état des choses ?
FB :
C’est étonnant ce que vous me dites, parce que je viens de sortir d’un déjeuner de presse avec Marie-Christine SARAGOSSE, Directrice générale de TV5 Monde où l’on nous a dit exactement le contraire, à savoir qu’on favorise trop les œuvres du Burkina Faso du fait de l’engagement des autorités publiques, du dynamisme des professionnels de votre cinéma. Beaucoup de projets burkinabè sont sélectionnés par rapport aux autres pays d’Afrique.
Ce reproche ne peut donc pas prospérer.

Pensez-vous réellement que le cinéma africain a un avenir par rapport aux films venus du Nord qui envahissent trop souvent nos écrans ?
FB :
Il y a, il est vrai une crise du cinéma africain qui est réel. Cependant je pense que le cinéma africain a tout son avenir parce que la force créatrice africaine est là. Je suis de ceux qui pensent que quand l’énergie, le message et la qualité sont là, eh bien l’avenir est certain. Le cinéma africain de par sa force finira par être entendu. Comparé aux moyens énormes que ceux du Nord utilisent pour parfois transmettre des messages trop souvent pauvres, votre cinéma ne peut que prospérer. D’ailleurs Mme SARAGOSSE a promis discuter avec le Festival de cannes afin de voir dans quelle mesure le cinéma africain peut-il être représenté.o

Théâtre

«Le fou» est au CITO

Le Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO) a présenté la grande première de son 15e spectacle majeur : «Le fou», une œuvre du professeur Jean-Pierre GUINGANE. Une façon pour cette structure de rendre hommage à un fils du pays au regard de ce qu’il a fait pour la culture burkinabè et principalement le théâtre. C’était le 19 février 2009 sur ses installations, devant un parterre d’invités et de partenaires dont la présidente du Conseil Supérieur de la Communication, Mme Béatrice DAMIBA et Mme Odile BONKOUNGOU ministre en charge de l’Enseignement de base.

L’histoire se passe pendant la période post-coloniale. Une période pendant laquelle, l’instituteur, le préfet, le député, etc. étaient de «demi-dieux», sinon des «dieux». Une période également, pendant laquelle, capitalistes et communistes, bourgeois et prolétaires se vouaient aux gémonies. C’est dans ce climat où l’instituteur est fait roi et règne en maître absolu sur le destin scolaire des enfants que l’histoire du «Fou» qui n’en est pas un pourtant va se conter. Tinoaga, incarné par Charles WATTARA, est un brave gardien qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école du Blanc. Avec son épouse Nabou, joué par Minata DIENE, ils entreprennent d’inscrire à l’école du Blanc, leur seul fils Parka. Histoire de lui donner la chance que, eux n’ont pas eue. Commence alors pour ce couple, le parcours du combattant, sinon le calvaire. Tinoaga et Nabou vont tout tenter, ils vont même jusqu’à se dépouiller de leurs maigres ressources, mais jamais leur honneur. Leurs sacrifices ne seront pas vains même si cela va passer par le drame. La mise en scène s’est construite en prenant appui sur plusieurs genres théâtraux. Ce qui a permis au metteur en scène, comédien et formateur italien Lucca G. M. FUSI de laisser voguer son imagination au file des scènes. Mélangeant charme, humour, caricature, il a su employer ses acteurs sur scène. De façon directe ou indirecte, les neufs (9) comédiens et les deux (2) musiciens avaient une présence sur scène. La chorégraphie qui a été élaborée pour construire et déconstruire les cènes, déplacer les décors est tout aussi original que pertinent. Tout au long de l’histoire, le spectateur ne s’ennuie pas. Toujours interpellé soit par la musique soit par le mouvement des acteurs sur scène. L’histoire de Tinoaga, de Nabou et de leur fils Parka, sortie de son cadre devient une caricature du système éducatif actuel de notre pays. «Certes, on retrouve certaines tares de l’école burkinabè, mais je pense qu’aujourd’hui le système éducatif a évolué de sorte que certains faits dénoncés sont dépassés», dira Marie Odile BONJOUNGOU ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation.
«Le fou» est une pièce écrite en 1982 par le professeur Jean-Pierre GUINGANE, mise en scène en 1984 par l’auteur lui-même et qui lui avait valu les lauriers du Grand prix national des arts et des lettres (GPNAL).
La mise en scène par le CITO a su doser subtilement le jeu d’acteurs à travers la qualité des personnages. Quand un Gerard K. OUEDRAOGO joue le député repu de viande grasse et de bon vin dans son air de bourgeois endurci, un Ibrahim TRAORE incarne le parfait sournois, couplé de traîtrise, quand un Charles WATTARA joue le désespéré, l’on sent qu’un travail a été fait sur chaque acteur pour qu’il rende son personnage. La sobriété de la scénographie donne au spectacle une certaine authenticité qui le rend du coup transportable, donc facilement plus vendable. Ce qui est à mettre à l’actif de Sada DAO. «Le fou» sera joué au CITO tous les mercredis, jeudis, vendredis et samedis et ce jusqu’au 28 mars 2009.o

 Haut

 

 Haut

 

.

 

 

 

 Haut

INFOS FLASH
LES MEDIAS DU FASO
LES DOSSIERS
index.gif
 
ZEDCOM © 2008 Tous droits réservé