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Une n°595 du 11 au 17 mars 2009
La Une du n° 595

Retro-Rétro – Gouvernance: N° 595 du 11 au 17 Mars 2009

L’Etalon d’or pour l’Ethiopie

Les lampions se sont éteints sur la 21e édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), le samedi 7 mars 2009. La cérémonie officielle de clôture a eu lieu au Stade du 4-Août en présence du chef de l’Etat Blaise COMPAORE. Cette édition a vu le sacre de l’Ethiopien Haïlé GERIMA, avec son long-métrage «TEZA».

Solomo GERIMALa 21e édition de la biennale du cinéma africain vient de fermer ses portes le samedi 7 mars 2009. En effet, Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso a été, le temps d’une semaine, l’épicentre culturel du continent africain ouvert sur le reste du monde par la magie du cinéma portée par le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO).
Cette biennale du cinéma africain, lancée sous le thème : «Cinéma Africain et Patrimoines culturels», s’est tenue sous le double signe de l’hommage à Feu Ousmane SEMBENE, appelé affectueusement «l’aîné des anciens», et du 40e anniversaire de l’existence de l’événement. De la cérémonie de libation à l’érection d’une statue à son effigie et la dédicace de la rue 15.682 en son nom, le FESPACO a décidé d’immortaliser l’homme à la pipe qui lui aura tout donné. La célébration avec faste du quarantième anniversaire est une façon de reconnaître à sa juste valeur le long chemin parcouru avec conviction, persévérance sous l’impulsion et la bénédiction des pionniers et précurseurs du cinéma africain jusqu’à cette 21e édition. C’est un temps d’introspection, de questionnement, de réflexion pour une nouvelle ère, un FESPACO à l’heure de la révolution technologique. C’est là que le programme «vision 21», une nouvelle approche pour ce festival prônée par le nouveau Délégué général, Michel OUEDRAOGO, prend tout son sens pour une nouvelle dynamisation du FESPACO. Et le choix du parrain Cheick Modibo DIARRA, astrophysicien et président Afrique de Microsoft vient corroborer cette aspiration du Festival à s’inscrire dans l’ère du temps des nouvelles technologies. En termes d’innovation, le projet «la colonne des Etalons» qui vise à ériger une statue en l’honneur de chaque lauréat de l’Etalon de Yennenga sur l’axe reliant la place des cinéastes à la Cathédrale de Ouagadougou a vu le jour à cette édition avec deux effigies, celles du sénégalais Feu Ousmane SEMBENE et du Burkinabè, Idrissa OUEDRAOGO. Les nuits musicales offertes à la place de la nation de 24 heures à 3 heures du matin durant le FESPACO, pendant lesquelles une belle brochette d’artistes ont pu tenir en haleine les festivaliers, sont à mettre à l’actif de «Vision 21».

Parlant d’animation, Irène TASSEMBEDO a émerveillé le public tant à l’ouverture qu’à la clôture du Festival par une remarquable mise en scène d’une chorégraphie digne de son talent, avec ses marionnettes géantes et autres danseuses exprimant toute la grandeur, l’ouverture sur le monde du FESPACO. La cérémonie de clôture a été patronnée par le président du Faso, lui-même. Il faut dire que le spectacle était au rendez-vous. Mais les prestations époustouflantes des artistes-musiciens tels Ali VERUTHY, la Cour Suprême, Safoura DELTA, Madess, Alif NAABA et le Camerounais Henri DIKONKE et la belle chorégraphie d’Irène TASSEMBEDO, accompagnée par les acrobaties des sapeurs-pompiers de Paris (France), ne pouvaient cacher l’émotion qui grandissait. Sur toutes les lèvres on entendait se refrain : «Qui décrochera l’Etalon d’or de Yennenga 2009 ?». Tant le suspens entretenu par la proclamation à compte gouttes des prix spéciaux nourrissait ce besoin de découverte !
374 œuvres cinématographiques au programme, 128 en compétition officielle dont 19 longs-métrages, 20 courts-métrages, 30 documentaires, 17 films de la diaspora, 29 films au titre des fictions et 13 des séries et sitcom dans les catégories TV-Vidéo. Toutes ces œuvres en compétition se sont positionnées pour les 24 différents prix. Inutile de dire que les différents jurys ont eu du pain sur la planche. Leurs critères de sélections et la qualité des membres ne pouvaient que rendre crédibles les résultats (voir palmarès en encadré). Cette année, les poulains de bronze, d’argent et d’or sont revenus respectivement à Bernard AUGUST (1 million de FCFA), Samir NASMI (2 millions de FCFA) et Benaissa KALED (3 millions de FCFA). Quant aux Etalons, les plus prestigieux et les plus convoités des trophées du FESPACO, c’est le président du jury Gaston KABORE et une de ses collaboratrices qui ont libéré l’assistance tant les pronostics allaient bon train et spéculaient sur Missa HEBIE (Burkinabè), avec «Le Fauteuil», « L’Absence» de Mama KEITA (Guinée), «Jérusalema» de Ropulana SEIPAMO (Afrique du Sud), «Teza» de Haïlé GERIMA (Ethiopie), «Nothing but the truth» de John KANI (Afrique du Sud) et «Les jardins de Samina», de Sana MOUSIANE (Maroc). Ces œuvres, à entendre les critiques de cinéma, sont de belles factures. Finalement, les noms des trois Etalons se sont ainsi dévoilés par ordre croisant : L’Etalon de bronze est revenu à Lyes SALEN d’Algérie pour son long-métrage « Mascarades» (2,5 millions FCFA), celui d’argent à John KANI de l’Afrique du Sud avec le film «Nothing but the truth» (5 millions) et le prestigieux trophée, l’Etalon d’or, à Haïlé GERIMA d’Ethiopie avec le film «Teza» (10 millions FCFA). C’était un instant solennel pour ce réalisateur qui se voit couronner des mois de dur labeur. Le trophée a été remis par le président du Faso Blaise COMPAORE en compagnie du parrain, Cheick Modibo DIARRA et le ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Filippe SAVADOGO.
C’est aux couleurs des feux d’artifices comme à l’ouverture, que les lampions se sont éteints sur la 21e édition, donnant rendez-vous à la 22e édition en 2011. (Lire aussi page 10).o

Issoufou MAÏGA

Palmarès officiel

Compétition TV Vidéo
1) Prix spécial du jury TV Vidéo : 1 000 000 + Trophée : Khalo MATABANE, Afrique du Sud, pour le film «When We Were Black»
2) Prix spécial du jury série TV Vidéo : 2 000 000 + Trophée : Joséphine NDAGNOU, Cameroun, pour le film «Paris à Tout prix»
3) Prix de la meilleure œuvre de fiction TV Vidéo : 1 000 000 + trophée + 1 prises en charge d’une semaine au Festival de la Rochelle offerte par TV5 : Abdoulaye DAO, Burkina Faso, pour le film «Une femme pas comme les autres»
4) Prix de la meilleure œuvre de série TV Vidéo : 2 000 000 + trophée : Missa HEBIE, Burkina Faso, pour le film «L’as du lycée»

Compétition documentaire
1) 3e prix documentaire : 1 000 000 + trophée : Lewat OSVALDE, Cameroun, pour le film «Une affaire de nègre»
2) 2e prix documentaire : 2 000 000 + trophée : Jihan El-Tahiri, Egypte, pour le film «Behind the rainbow»
3) 1er prix documentaire : 3 000 000 + trophée : Leila KILANI, Maroc, pour le film «Nos lieux interdits»

Compétition films de la diaspora africaine
1) Prix Paul ROBSON : 2 000 000 + trophée : Arnol ANTONIN, Haïti, pour le film «Jacques Roumain, la passion d’un pays»

Compétition films court-métrage
1) Poulain de Bronze : 1 000 000 + Poulain : Kouemo Yanghu Bernard AUGUST(Cameroun)
2) Poulain d’argent : 2 000 000 + Poulain : Guesmi SAMIR (France /Algérie)
3) Poulain d’or de Yennenga : 3 000 000 + Poulain : Benaissa KALED (Algérie)

Compétition long-métrage
1) Prix du meilleur montage : 1 000 000 + trophée : David HELFAND Afrique du Sud, pour le film «Jérusalema»
2) Prix du meilleur décor : 1 000 000 + trophée : Abdel Karim AKAUACH, Maroc, pour le film «Adieu mères»
3) Prix de la meilleure musique : 1 000 000 + trophée : Kamal KAMAL, Maroc, pour le film «Adieu mères»
4) Prix du meilleur son : 1 000 000 + trophée : Mohamed HASSIB, Egypte, pour le film «Les démons du Caire»
5) Prix de la meilleure image : 1 000 00 + trophée : Nic HOFMEYER, Afrique du Sud, pour le film «Jérusalema»
6) Prix du meilleur scénario : 1 000 000 + trophée + dotation de 5 000 Euros offerte par TV5 : Mama KEITA, Guinée Conakry, pour le film «L’absence»
7) Prix de la meilleure affiche : 1 000 000 + trophée : Sénégal pour le film «Les Feux de Mansare»
8) Prix de la meilleure interprétation masculine : 1 000 000 + trophée : Ropulana SEIPHMO pour le film «Jérusalema»
9) Prix de la meilleure interprétation féminine : 1 000 000 + trophée : Sana MOUSIANE, Maroc, pour le film «Les Jardins des Samira»
10) Prix du public (RFI) : 10 000 Euros : Missa HEBIE (Burkina Faso)
11) Prix de l’Union Européenne : 5 000 000 : Boubacar DIALLO (Burkina Faso)
12) Prix Oumarou GANDA : 2 000 000 + trophée : Missa HEBIE, Burkina Faso, pour le film «Le Fauteuil»
13) Etalons de Bronze de Yennenga : 2 500 000 + Etalon : Lyes SALEM, Algérie, pour le film «Mascarades»
14) Etalon d’Argent de Yennenga : 5 000 000 + Etalon : John KANI, Afrique du Sud, pour le film «Nothing but the truth»
15) Etalons d’Or de Yennenga : 10 000 000 + Etalon : Haïlé GERIMA, Ethiopie, pour le film «Teza»

Mentions spéciales
Diaspora : «A winter’s tale» de France Anne SOLOMON

Court-métrage
1- «Le poisson noyé» de Malik AMARA
2- «La jeune femme et l’instit» de Mohamed NADIF

 

Ils étaient au FESPACO

African movie academy awards (AMAA)

African movie academy awards (AMAA) est une nuit de récompense aux acteurs du cinéma africains. Organisée depuis 4 ans au Nigeria, la 5e édition qui aura lieu à Bayelsa, le 24 avril prochain a conduit le comité d'organisation de cette nuit de récompense à Ouagadougou pendant la 21e édition du FESPACO. Promouvoir et faire mieux connaître les AMAA, tel était l'objectif visé par Peace Anyiam-Fiberesina, présidente des AMAA. A travers une conférence de presse qui a été suivie dans la même soirée du mardi 3 mars d'un gala à l'hôtel LAICO Ouaga 2000, le comité d'organisation a dévoilé les nominés de l'édition 2009. A l'image des Oscars aux Etats Unis, des Césars en France, les AMAA, visent à récompenser 23 catégories dans le domaine du 7e art. Si depuis sa création les AMAA étaient la "chose" des Anglophones de plus en plus, le Comité d'organisation s'intéresse, sa présidente en premier lieu, tient à briser les barrières linguistiques en s'intéressant à l'Afrique francophone. C'est ainsi qu'au cours de la soirée de gala qui a connu la présence du Directeur général de la BIB (Banque internationale du Burkina), celui de Telmob et de nombreuses personnalités du monde de la culture, de grands acteurs du cinéma nigerians, et burkinabè, le jury a dévoilé la liste des nominés 2009.
On retiendra que deux films burkinabè en catégorie meilleurs films d'animation, notamment "Lolo" et le film, "Leila" ont été sélectionnés. Les lauréats des AMAA revevront, en plus du trophée, une enveloppe financière du partenaire U.B.A (United bank for Africa). Un prix qui vise à soutenir un projet cinématographique du lauréat.
La soirée de gala qui a dévoilé la curée 2009 des AMAA, a été chauffée à blanc par Dj Lewis, Mah KOUYATE, et autres.

- Frédéric ILBOUDO

Nuit du cinéma social

Et de 2 pour les organisateurs de la nuit du cinéma social. Après la première édition qui s'est tenue en 2007 au cours de la 20e édition, le succès de l'édition a conduit, Zen communication, l'association Kéego, l'association cri de cœur, Save the children Suède, etc. regroupés dans un comité de pilotage, à rééditer l'initiative. Une initiative qui vise à donner aux enfants défavorisés leur FESPACO" en marge du "FESPACO" qui n'est pas à leur portée. C'est Mme Pascaline TAMINI, ministre de l'Action sociale et de la Solidarité nationale qui a présidé la nuit qui s'est tenue le vendredi 6 mars à l'Atelier théâtre burkinabè. Pour le coordonnateur Mahomet OUEDRAOGO, l'objectif visé est de permettre à ceux qui n'ont pas la chance de vivre la fête du cinéma africain, d'avoir un cadre qui leur permette de se sentir dans la fête. Le deuxième objectif est de mobiliser l'opinion nationale pour la cause des enfants les plus défavorisés pour lesquels il est important d'agir. Au cours de la soirée qui a duré deux heures, deux documentaires de 26 minutes chacun ont été projetés. "Une autre vision de l'école coranique" un documentaire de Zen communication qui raconte les efforts qui sont faits par les partenaires au développement, la communauté musulmane pour faire évoluer l'école coranique. Sur la cinquantaine d'écoles coraniques que compte le pays, dans notre pays des actions multiformes sont faites pour améliorer les conditions d'apprentissage des enfants. Mieux, des appuis en terme de formation des maîtres coraniques, des appuis en matériels pédagogiques, etc. aident à améliorer le quotidien des enfants et de leurs maîtres. "Donner un autre visage de la rue" est le deuxième documentaire qui a été projeté. Un documentaire dans lequel Zen communication a promené sa caméra dans les rues de la capitale à la suite de l'association Keego-Medecin sans frontière. Aider à la réinsertion socio-professionnelle des enfants de la rue, tel est l'objectif de cette association.
Après les deux documentaires, c'est dans l'euphorie que les nombreux enfants qui étaient présents ont pu suivre quelques épisodes de la série "Commissariat de Tampy".


- Frédéric ILBOUDO

 

 Haut

Le CDC la termitière a un nouveau partenaire

En marge de la 21e édition du FESPACO, les autres activités culturelles n'étaient pas en reste, même si, c'est le cinéma qui était à l'honneur. En effet, pendant que le festival du cinéma battait son plein, un autre secteur culturel et non des moindres dans notre pays : la danse, se trouvait un créneau de développement. Le 4 mars 2009 se scellait aux CDC la termitière, une convention de partenariat entre cette structure, le Centre national de danse de France et le Centre culturel français du Burkina. Jacques GUENGANE, président du conseil d'administration du CDC et Salia SANOU, co-fondateur du CDC, Monique BARBUROUX directrice générale du CND et Denis BISSON directeur du Centre culturel français ont signé le document relatif à la convention qui comporte deux volets. Un volet formation et un volet mise en place d'un centre de "documentation pour le CDC. "Dans le volet formation, nous allons accueillir au centre national de la danse, deux interprètes professionnels qui viendront pour trois mois travailler au CND. Ils vont bénéficier de formation, de travail en studio, et ils bénéficieront de tous les services du CND. Le deuxième volet de notre convention est la mise en place d'un centre de documentation pour le CDC la termitière", a dit Mme Domique BARBAROUX.
Elle a également soutenu que Salia SANOU et Seydou BORO seront en résidence pendant 3 ans au Centre national de la danse pour proposer des créations, animer des stages, etc. Une façon pour le CND de France de remplir une de ses missions qui est de promouvoir la danse en France et surtout en Afrique.
Deux stagiaires ont été sélectionnés pour traduire dans les faits, les clauses de la convention. C'est ainsi que Sidiki KONATE du Burkina et Jonas KWAME de la Côte d'Ivoire iront dans les semaines à venir pour perfectionner leur art. "C'est une façon pour nous de donner une chance à ceux qui travaillent bien et ces deux jeunes qui ont été sélectionnés travaillent bien et ont un bel avenir dans la danse. C'est aussi une façon pour le CDC de traduire dans les faits, sa vocation de Centre de danse sous régional et d'intégration". Cette convention signée avec le CDC la Termitière est la deuxième que signe le CND-France avec une structure de danse en Afrique.
En effet, depuis 2006, le CND s'est également associé à Jean-Bi/l'école des sables dirigée par Germaine ACOGNY du Sénégal dans le cadre d'une convention établie pour une durée de deux ans renouvelée en 2008. Vivement donc que de telles initiatives se produisent pour booster au mieux la danse contemporaine dans notre pays qui est leader en Afrique grâce au génie de Salia SANOU et Seydou BORO.

Frédéric ILBOUDO

«Le Repenti» : un film karaté à la sauce burkinabè

Le kung-fu Tai-chi en film made in China (pur produit chinois), c’est connu des Burkinabè et ils en raffolent ! Mais celui, made in Burkina, connaît pas. Du moins jusqu’à la présentation de ce film d’action dénommé «Le Repenti», tourné sur fond de kung-fu Tai-chi, un art martial très physique et énergique que le réalisateur Fatiou John ADIATOU a bien voulu amener à l’écran. «Le Repenti» parle du banditisme, de la délinquance et de la volonté de cet art d’éradiquer ces pratiques nuisibles à la société en amenant les auteurs à se repentir.
Un film de fiction avec des actions réelles de combats très physiques d’un art très vertueux prônant l’amour du prochain. Tourné dans un quartier de Ouagadougou, ce film Karaté d’une heure, allie comédie, sens du repentir, la tolérance et l’esprit de solidarité. Fatiou John ADIATOU, né au Togo mais de nationalité burkinabè, maître de Kung-fu Tai-chi, a montré par là qu’il y a de la potentialité à tourner des films d’action par les Africains et pour les Africains. L’objectif pour lui est de faire comprendre la philosophie de l’art et amener les parents d’élèves réticents à accepter la pratique par leurs enfants de ce sport «qui fortifie le corps et aiguise l’esprit». Pour une première, le réalisateur est à encourager même s’il reste beaucoup à faire pour améliorer la qualité des images pauvres en lumière et jeux d’acteurs.

- Issoufou MAIGA

Haïlé Gérima absent, le FESPACO grandit encore

Une fois n’est pas coutume, et le jury et le public ont à l’unisson accueilli avec joie le film lauréat l’Etalon d’or, le garnd prix du FESPACO 2009. Dans ce jeu de choix du meilleur film de l’édition, il est arrivé très souvent que le choix du jury se porte sur un film aux antipodes de celui qu’aurait voulu le public. Il ya eu des Etalons comme ça et c’est l’une des raisons qui a motivé la création d’un prix du public. Mais pour l’édition 2009, les pronostics pour le film ‘’Teza’’ de l’Ethiopien Haïlé Gérima se sont annoncés dès les premiers jours de projection de ce film qui allie avec talent et art la qualité technique à celle du fonds du sujet. On comprend aisément pourquoi son réalisateur a mis une bonne dizaine d’années pour le sortir. Il est tout simplement ‘’formidable’'. Il n’ya donc pas eu de surprise lorsque le jury a annoncé que c’est Haïlé Gérima sui a eu les faveurs de la princesse Yennenga pour chevaucher pendant deux ans son Etalon. Il n’ya rien à redire, ‘’Teza’’ a mis la barre si haut qu’il faudra avoir plus que du cran pour aller la chercher. Les autres cinéastes sont prévenus, un film est une œuvre qui se construit avec art et patience et non dans une course folle pour pouvoir être présent au FESPACO.
Du côté artistique du réalisateur de ‘’Teza’’ l’unanimité est faite, seul son absence aura divisé. En effet, il se murmurait bien avant la proclamation des résultats que le réalisateur Haïlé Gérima pour des raisons politiques se refuse à venir au Burkina. Ceux qui sont dans les hauts secrets disent qu’il serait un grand ami du capitaine Thomas SANKARA, raison pour laquelle il ne veut plus revenir au Faso. Si ce choix politique est avéré, il faut alors tirer un grand coup de chapeau au FESPACO qui n’en a pas tenu compte pour accepter son film en compétition et mieux lui décerner le grand prix. N’est-ce pas la preuve par ‘’un Etalon’’ qui ici au Faso tout n’est pas politicaille comme on dit et que ni le FESPACO ni son jury ne subissent aucune influence, qu’elle vienne d’en haut ou d’en bas. Il ya des œuvres artistiques à sélectionner et à juger, une équipe et un jury sont commis à cette tâche, ils la font en toute âme et conscience avec professionnalisme. Et le résultat de son travail est rendu public devant le président du Faso himself et devant le grand public dans un grand stade. C’est ça qu’on appelle la transparence !
On peut ne pas partager les mêmes choix politiques mais sur le plan artistique, les faits de politique politicienne n’ont pas leur place. C’est pourquoi avec un grand sourire, le président Blaise COMPAORE remis l’Etalon d’or à la sœur de M. Haïlé Gérima. N’est-ce pas rassurant pour les autres artistes !!! Ici au Faso, la liberté d’expression existe et on peut en user et même en abuser sans que quiconque trouve à redire dès lors qu’on respecte les règles de vie commune. C’est vrai que la liberté d’expression à l’inverse des piles ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Ceux qui restent ‘’petits’’ dans leurs petits souliers sont bien servis par ce film de mauvais goût que nous a donné à voir le réalisateur de la merveille ‘’Teza’’. Mais au fait qui trinquent en définitive ? Le peuple burkinabè, le peuple africain, le cinéma africain, le FESPACO, Blaise COMPARE ou qui d’autre ? Certainement aucun de tous ceux-ci puisqu’ils ont le cœur léger et la tête haute. Par contre pour Haïlé Gérima on peut se poser des questions. Gigantesque doit être sa honte de toucher son Etalon. Honte de s’être insulté en voulant insulter un peuple qui ne lui veut aucun mal. Avec le grand prix à ‘’Teza’’ de Haïlé Gérima qui n’est pas celui va aller à la pêche le dimanche avec Blaise COMPAORE, la religion set faite que la liberté artistique du FESPACO est grosse comme une maison, visible comme le nez au milieu du visage. D’où vient-il alors que certains se disent inquiets pour leurs œuvres ? En définitive, ‘’merci’’ à Haïlé Gérima qui a donné l’occasion au FESPACO de taire certaines médisances. Une sorte d’hommage du vice à la vertu!o o

Issa SANOGO

La moisson burkinabè

A défaut de l'Etalon d'or de Yennenga (on a comme l'impression qu'il fuit le Burkina), 3 réalisateurs burkinabè dont les œuvres étaient dans la course ont reçu des prix. La plus grosse cagnotte revient à Missa HEBIE qui remporte 3 prix avec ses deux films que sont «L'AS du lycée» en TV-Vidéo (prix de la meilleure œuvre de série, 2 000 000 FCFA + un trophée) et "Le Fauteuil" en long-métrage (prix du public RFI, 10 000 euros destinés à des copies de diffusion sur le réseau RFI et le prix Oumarou GANDA, 2 millions FCFA + un trophée). Le deuxième lauréat est Boubacar DIALLO qui remporte le prix de l'Union européenne avec son long-métrage "Cœur du lion" (5 millions FCFA + un trophée qui seront remis à Bruxelles en Belgique). Le troisième est Abdoulaye DAO, en série TV-Vidéo. Lui repart avec le prix de la meilleure œuvre de fiction TV-Vidéo (1 000 000 FCFA + un trophée et une semaine de prise en charge au festival de la Rochelle offerte par TV5). Cette moisson est déjà bonne en soi, même si le pays attendait mieux ! Il reste à se remettre en selle pour de victoires encore plus grandes. Pourquoi pas l'Etalon de Yennenga ?

Issoufou MAIGA

Alain SEMBENE, fils de Ousmane

Je ne doutais pas un seul instant de l’importance qu’accorde le Burkina à mon père”

Les FESPACO 2009 a été placé sous le signe de l’hommage à « l’aîné des anciens », l’inénarrable Ousmane SEMBENE, qui bien que physiquement absent, continue et continuera de guider nos pas, tant l’homme a rempli pleinement son rôle de phare sur les plans littéraire et cinématographique. Pour cela, le Burkina et l’Afrique se devaient de lui rendre un hommage à la hauteur de ses œuvres et de son engagement à pousser l’Afrique vers le haut. Avec son fils Alain SEMBENE, venu représenter la famille au FESPACO, nous nous sommes entretenus autour du grand héritage laissé par l’aîné des anciens.

Comment avez-vous vécu cette semaine pleine de films et surtout d’hommage à Ousmane SEMBENE votre géniteur ?
Alain SEMBENE (AS) :
J’ai vécu ce FESPACO avec une très, très grande émotion. Il faut le dire, ce fut une semaine tout simplement magique. Je n’imaginais pas toute l’ampleur de la considération faite à mon papa avant de venir à Ouagadougou. Vraiment l’hommage que le Burkina Faso a fait à papa va au-delà de tout ce que je pensais. Je n’ai pas les mots pour le qualifier tant il est allé au-delà de toutes mes espérances. Ici à Ouagadougou il y a l’avenue Ousmane SEMBENE, la chambre Ousmane SEMBENE à l’hôtel Azalaï Indépendance ; j’ai vu ses portraits partout dans la ville ; c’est la preuve parfaite que les Burkinabè l’ont adopté, aimé.

Il n’y a rien de surprenant. Votre papa mérite bien ça, votre surprise nous surprend ?
A.S :
Je ne doutais pas un seul instant de l’importance qu’accorde le Burkina à mon père, mais j’avoue que les proportions de cet amour m’ont dépassé. J’ai souvent posé la question à des Burkinabè et aux autorités les plus hautes en leur disant s’ils n’en faisaient pas trop pour mon papa. Et les réponses sont restées invariables, et chez les populations et chez les hautes autorités, on m’a toujours rétorqué que ce n’était pas assez. Cela me va tout droit au cœur et les mots me manquent pour remercier les uns et les autres. Vraiment merci beaucoup au Burkina.

Pensez-vous avoir les épaules solides pour porter le lourd héritage du « Vieux » ?
A.S :
Non l’héritage n’est pas lourd à porter car il y a le Burkina derrière pour m’aider, autrement mes épaules sont franchement frêles pour le porter tout seul. Je ne m’inquiète donc nullement pour la gestion de cet héritage avec le Burkina à mes côtés.

Pouvez-vous lever un coin de voile sur l’immense héritage du Vieux ?
A.S :
Je gère actuellement ses œuvres, littéraires et cinématographiques qui circulent. Il y a aussi le projet de musée. C’est-à-dire sa maison à Dakar qui sera transformée en musée. Mais je suis toujours rassuré car il y a beaucoup de personnes, de pays et d’organisations qui vont participer à la création de ce musée. Nous sommes nombreux à prendre l’engagement pour la gestion de l’héritage, il n’y a donc aucun souci à se faire.

Parlez nous de l’œuvre inachevée, le film « Samory » que le Vieux tenait à cœur, allez-vous le faire à titre posthume ?
A.S :
Il faut savoir qu’en général, le Vieux écrivait un scénario en un ou deux ans et cela est valable pour tous ses films. Dans le cas de « Samory », l’écriture du scénario a duré 20 ou 25 ans. C’est un projet très,très sérieux, avant donc de le sortir des cartons, il faudra beaucoup réfléchir. C’est un projet immense et j’ai espoir qu’il se réalisera. Mais pour le moment, la priorité est la création du Musée SEMBENE Ousmane.

Quelles appréciations faites-vous du film lauréat de l’Etalon d’or de Yennenga, le film « Teza » de Haïlé GERIMA ?
A.S :
Malheureusement, je n’ai vu aucun film durant tout le FESPACO, c’est vraiment honteux de ma part. J’étais tellement sollicité à gauche comme à droite pour l’hommage que je n’ai pas pu avoir le temps d’aller dans les salles pour voir les films. C’est la première fois que cela m’arrive au cours d’un festival de films.
Mais je prends l’engagement de tout mettre en œuvre pour me rattraper avec les films. Vous voyez donc que je ne peux dire quelque chose sur le film vainqueur de l’Etalon d’or de Yennenga. Du reste je pense qu’il doit être un grand film, si le jury l’a retenu parmi tant d’autres films.

Avez-vous un petit mot pour le FESPACO ?
A.S
: Je suis très content de cette fête du cinéma sous le label FESPACO. Pour moi, le FESPACO n’appartient pas seulement aux Burkinabè, il appartient à toute l’Afrique et j’espère que le succès du FESPACO ira en grandissant.o

Issa SANOGO

 

Effervescence populaire

Quatre jours. C'est le temps déjà écoulé de la fête du cinéma africain. Mais quatre jours de bonheur intense. Bonheur tiré des films qui sont au programme, bonheur des retrouvailles, bonheur des souvenirs, bonheur de vivre la fête du cinéma africain en terre libre du Burkina. Tout court. Et les festivaliers savent que le temps qui passe ne revient pas. Alors il faut en profiter parce qu'après cela, il faudra attendre deux longues années.

La fête du cinéma bat son plein. A trois jours de l'apothéose de la 21e édition, l'heure est à la fête à la libation. Dans tous les centres névralgiques du festival, c'est l'effervescence. Que ce soit dans les salles de ciné, dans les maquis, au siège, à la galerie marchande, à l'hôtel Indépendance, ou au SIAO monter… on sent la fièvre de la fête. Lentement mais sûrement, festivaliers et Ouagalais vibrent au rythme du FESPACO. Mais pour mieux prendre le pool de la fête du cinéma africain, un seul lieu : la galerie marchande de la Maison du peuple.

La galerie marchande : poumon de la fête
Pour les festivaliers, la fête du cinéma africain se déroule dans les salles obscures de ciné, mais également à la galerie marchande. Sur ce site où se dressent ; plus de 400 stands. Ouagalais et festivaliers s'y bousculent du matin au soir.
Avec 300 F CFA ceux qui n'ont pas de badges s'offrent le ticket d'entrée pour découvrir avec les festivaliers, les expositions des stands. Objets d'art, gadgets souvenirs du festival, tee-shirts, casquettes etc. Pour les festivaliers venus d'ailleurs, c'est l'occasion de prendre connaissance des habitudes alimentaires des Burkinabè, et se faire des amis. "Je suis venu à la galerie marchande pour chercher des objects souvenir pour mes amis, mes parents et surtout goûter aux succulents poulets bicylette, dont on parle tant du Burkina". Nous confie Nicolas, un Français vivant à Dakar au Sénégal. Mais ce n'est pas tout. Un podium d'animation dressé au cœur même de la galerie marchande, offre aux populations, des prestations d'artistes qui égaient plus d'un. A la Maison du peuple, il y a la place pour tout le monde. Les parents qui le souhaitent peuvent aller laisser leurs enfants au manège et aller siroter un verre et arracher quelques brochettes. C'est ce que nous confie ce jeune couple "nous avons laissés nos deux gosses avec leur nounou au manège pour qu'ils s'amusent. Ça nous permet à nous aussi de nous recréer ici avant de repartir les chercher. En tout cas l'ambiance est bonne".
Si à la galerie marchande c'est l'ambiance et le brouhaha, il faut aller à l'hôtel Indépendance AZALAI pour avoir une autre température de la fête. Là-bas, loin de la musique, des odeurs de brochettes, de la poussière et les charmes des messieurs et dames, se côtoient, s'entretiennent, discutent festivaliers et professionnels.
En effet, l'hôtel AZALAI où se trouve le centre de presse, et se tient les panels, etc. semble être le "cœur" de la « cogitation » du festival. Si vous avez besoin d'un cinéaste, d'un comédien, d'un journaliste, etc. attendez sagement à la réception vous le verrez passer. Après cérémonie d'ouverture qui eu lieu au stade du 4-Août et qui a mobiliser tant de monde. La cérémonie de libation et le dimanche 1er mars et où, pour la première fois l'aîné des anciens est absent physiquement, l'on peut dire que chaque festivalier vaque au quotidien à se rendez-vous. Qui pour assister aux projections, qui pour prendre des contacts, pousser les projets, etc. A trois jours de la fin de la 21e édition, la fête, du cinéma africain bat son plein aussi bien dans les salles que dans les autres sites du festival.o

Frédéric ILBOUDO

Zoom sur un stand d’exception

S’il y a un stand qui fait l’exception à la galerie marchande à la Maison du peuple, c’est bien celui de M. William TAPSOBA. Ce monsieur a choisi de faire la promotion du Burkina autrement : en innovant, en créant. Et ce n’est pas pour rien que son stand ne désemplit pas.

Vous avez besoin d’objets de souvenir, de qualité, ne cherchez plus ! M. William TAPSOBA pour ne pas le nommer, vous offre tout sur le Burkina Faso, dans ses monuments et sites de référence sur des tee-shirts. « Burkina Faso » pays des Hommes intègres, la place Naaba Koom, la place des martyrs, etc. sont illustrés sur des tee-shirts avec une qualité exceptionnelle : on croirait qu’on est en face d’un bon cru de l’Occident. « Notre atelier est au Burkina, nous produisons toutes nos œuvres sur place. C’est la qualité du travail et des matériaux utilisés qui font la différence ». Nous confiera M. Gervais TAPSOBA, responsable de la vente du stand. Dans ce stand, les visiteurs ont l’embarras du choix ; Car les produits sont faits de mains de Maître.
Ce stand fait la part belle à la promotion de la ville de Ouagadougou, ce qui ne déplaira pas au maire Simon COMPAORE qui n’en demandait pas mieux.
Si pendant longtemps on était fier de porter des tee-shirts faisant la promotion d’autres villes et monuments d’autres pays, le génie créateur de M. William TAPSOBA donne l’occasion à chaque Burkinabè de porter avec fierté des tee-shirts mettant en valeur le Burkina Faso, dans son histoire. Espérons que ce monsieur aura le soutien qu’il faut pour pouvoir valoriser la richesse du patrimoine culturel national. Le meilleur soutien d’ailleurs passe par une visite de son stand hors pair.

Frédéric ILBOUDO

Kadi ZERBO, comédienne

Il est difficile pour un comédien de vivre de son art"


A l’écran comme dans le réel, elle ne passe pas sans qu’on se retourne sur elle. Oui, certains diront qu’elle a « le bagage » et ce n’est peut-être pas un hasard si les réalisateurs aiment à lui confier des rôles provocateurs. Enthousiaste et locace, elle semble comédienne de naissance. Elle, c’est Kadi ZERBO, une comédienne de talent bien connue des téléspectateurs d’ici et d’ailleurs tant elle a joué dans plusieurs films et clips musicaux. Actrice de cinéma, le FESPACO, l’intéresse au premier chef. Dans cet entretien, elle livre son point de vue sur la 21e édition de ce festival, la question des badges payants, les relations entre comédiennes et réalisateurs, etc .et lève un coin de voile sur son parcours professionnel.


Une innovation : les comédiens doivent débourser la somme de 25 000F CFA pour la carte Etalon afin d'avoir accès aux salles. Qu'en pensez-vous?
K.Z. :
Je pense que cette mesure est brusque du moment où nous n'étions pas préparés à cette nouvelle donne. J'aurais suggéré que la conférence de presse bilan de la dernière édition annonce cette mesure. Gustave SORGHO a négocié avec le Comité d'organisation pour un demi-tarif de 12 500F pour les comédiens. D'aucuns jettent l'anathème sur le nouveau Délégué général, Michel OUEDRAOGO. Je ne pense pas qu'il soit seul responsable de la situation parce que c'est un travail d'équipe et lui aussi consulte une hiérarchie.
A mon sens, cette mesure, c'est pour qu'on apporte notre petite contribution à cet événement. Comme je le disais, ce n'est pas tout le monde qui peut supporter vu qu'il y a des comédiens qui peuvent faire trois 3 ans sans un contrat. Le sponsoring, jepense cependant, pourrait aider à régler le problème en mettant leur logo sur les badges des comédiens.
Il y a pas mal de femmes dans le 7e art au Burkina Faso. Qu'est-ce qui explique cela ?
K.Z. :
Pour ce qui est de mon cas, j'ai atterri la-dans par pur hasard grâce à Michel Bossofa SOME qui m'a fait jouer un rôle dans un film en 1992 et c'est depuis lors que ce métier m'a collé à la peau. Sinon, j'aurais voulu être avocate. Comme tout métier, celui de comédien de cinéma a des avantages comme des inconvénients. L'avantage, c'est qu'on peut facilement obtenir un service parce qu'on est connu grâce à l'écran. L'inconvénient, c'est qu'on pense que nous sommes riches. On se trompe énormément sur notre compte. Quand on nous voit dans un film ce qu'on oublie c'est que les images ont été tournées, il y a 1 ou 2 ans. D'un autre côté, l'artiste n'est pas vu de bon œil. Surtout nous les femmes. On pense qu'on n'a pas de vie, qu'on est trop légère. Je dis non. Parce que nous sommes des hommes publics il faut faire très attention aux actes que nous posons en société. Je dirais même que nous sommes les plus sérieuses parmis les femmes.
Qu'elle est ta plus belle satisfaction en tant que comédienne ?
K.Z. :
C'est quand j'ai reçu le prix de la meilleure interprétation féminine au festival du court-métrage en Italie. Un film d'Antoine YOUGBARE, en 2004. Depuis que je suis comédienne même dans mon propre pays, je n'ai pas encore reçu cette reconnaissance. Comme nul n'est prophète chez soi…


En tant que comédienne, est-ce que vous êtes satisfaites de ce métier ?
K.Z. :
Ce qui est déplorable, c'est que les réalisateurs, heureusement pas eux tous, mais la majorité ne nous considèrent pas. On pense que c'est parce qu'on n'a rien à faire qu'on vient jouer dans leur film. J'aimerais que nos patrons nous accordent la plus grande importance. J'ai été victime d'une chose et je sais que si ça continue, des réalisateurs auront des surprises désagréables un jour sur leur plateau de tournage. Je ne parle pas de moi. Il y aura des gens qui ne vont pas le supporter. On crée comme ça des malentendus entre comédiens. Il y a aussi le problème du mauvais traitement des acteurs burkinabè par rapport aux étrangers. Je ne suis pas xénophobe, loin de là. Mais je dis à séquence égale, traitement égal.


Les films coûtent cher. Les réalisateurs disent qu'ils n'ont pas les moyens…
K.Z.:
Moi, je ne crois plus à ce refrain-là. "J'ai hypothéqué ma maison, je tourne avec mes propres fonds, comprenez-moi", et le jour de la conférence de presse, tu est surpris de voir "remerciement à l'Union européenne, à l'OIF, au ministère français des Affaires étrangères, au gouvernement, etc."
Est-ce que vous-vous en sortez ?


K.Z. : Il est très difficile pour un comédien de vivre de son art. La raison est toute simple on préfère recruter des amateurs ou des novices à vil prix qu'un comédien confirmé pour jouer un rôle. Cette situation pour nous les anciens est préoccupante parce qu'on (les réalisateurs) ne vise plus le talent, le professionnalisme. Avec un acteur médiocre on ne doit pas s'étonner que le film soit médiocre. C'est depuis 1997 qu'un Burkinabè a remporté l'Etalon de Yennenga avec Buud Yam de Gaston KABORE. Et depuis plus rien et on s'étonne. Même cette année je crains fort. Je ne suis pas un oiseau de mauvais augure, je parle de la réalité. Nous, comédiens Burkinabè, nous sommes mal payés et c'est le copinage qui prend le pas sur le professionnalisme. Si vous voyez un comédien et réalisateur se tirailler, ne cherchez pas loin, c'est l'argent. Il y en a qui ne sont pas honnêtes.


Quel côté du FESPACO avez-vous envie de corriger ?
K.Z.:
C'est surtout du côté des comédiens. Je trouve que nous sommes mal organisés. On ne s'y prend pas à temps pour les questions de badges. C'est à quelques jours que chacun court. Un autre problème, c'est la qualité même du comédien. Pour un rôle de figurant dans un film, on pense qu'on est comédien et on réclame un badge. Les gens confondent le professionnalisme et la popularité. C'est comme le jour et la nuit.


Kadi ZERBO joue très souvent des rôles provocateur dans les films. Qu'est-ce qui explique cela ?
K.Z. :
C'est un rôle qu'on me confie et je fais mon travail comme il se doit selon le bon vouloir du réalisateur ou de la réalisatrice. Guy Désiré YAMEOGO par exemple a un don. Quand il écrit un scénario pour un comédien, tu trouves qu'il n'y a rien à dire. Donc très souvent c'est le scénario qui détermine le profile du comédien. Je ne provoque pas pour me faire voir. Je suis guidée par un réalisateur. Kadi ZERBO est cependant tout le contraire dans la vie quotidienne.o

Issoufou MAIGA

Augusta PalinfoAugusta PALENFO, comédienne

L’important, c’est d’être positif dans la tête."

Sa jovialité, ses accès de rire particuliers associés à une pétulance qui contraste d’avec sa masse corporelle font d’elle un personnage qui ne passe pas inaperçu. Elle, c’est bien Augusta PALENFO, jeune actrice et comédienne du Burkina. Découverte par le grand public dans des films tels Ouaga Saga, Sophia… elle fait surtout dans l’humour sur les planches et du reste, est initiatrice du Festival international du rire et de l’humour de Ouagadougou (FIRHO). Dans le cadre de la tenue de la 21e édition du FESPACO, elle s’est prononcée sur cette biennale de la fête du cinéma, nous a livré ses expériences personnelles dans l’univers artistique et les difficultés que les comédiens rencontrent..

Que pensez-vous du FESPACO de cette année ?
AP :
Le refrain, cette année, et les gens en parlent, ce sont les mesures prises par le nouveau Délégué général, Michel OUEDRAOGO pour rationaliser le Festival. Moi, j’approuve cette décision et sa méthode de travail. Il a été clair, avec des arguments assez convainquants, que tous ceux qui veulent avoir accès aux salles de ciné devraient désormais payer, que tu sois journaliste ou comédien en prenant le badge Etalon qui coûte 25 000F. Chaque soir, ce sont les comédiens qui remplissent les salles. Et le public ? Il faut bien qu’il vienne suivre les films pour juger tous les réalisateurs et les comédiens !

Les femmes s’intéressent de plus en plus au 7e art au Burkina Faso. Racontez-nous un peu votre propre expérience.
AP :
J’ai commencé avec le théâtre depuis la classe de CM2 où, à la descente, je ralliais l’Atelier Théâtre Burkinabè (l’ATB) de Prosper KOMPAORE pour les séances de formation. J’avoue que j’avais trop de problèmes en famille pour cette option. On qualifiait le milieu de tous les qualificatifs négatifs. J’ai dû arrêter l’école en classe de 5e pour faire ce qui me plait. Pour moi, ce que j’ai acquis déjà me permettait d’évoluer dans la comédie et l’expérience d’un frère possédant un diplôme universitaire et qui peine à avoir un boulot a fini par me convaincre d’arrêter et de prendre mon envol.
J’ai fait 4 ans à l’ATB, ensuite 2 ans à la compagnie Marbayassa, de même qu’à la compagnie Les Merveilles.
Delà, j’ai choisi de voler de mes propres ailes en freelance. Je postule pour des castings. Et en plus j’ai créé le Festival international du rire et de l’humour de Ouagadougou (FIRHO), dont la 2e édition se tiendra du 2 au 4 avril prochain.

Que pensez-vous de vos consœurs, Kadi Jolie, Delphine OUATTARA, Kadi ZERBO, etc. ?
AP :
J’ai du respect et l’admiration pour toutes mes devancières. Avant d’être comédienne, mon idole était Naki SYSAVANE, une Sénégalaise qui a du talent et que j’ai même rencontrée par 2 fois les dernières éditions. Les grandes sœurs Kadi Jolie, Delphine OUATTARA, Kadi ZERBO, Léontine ZOUNDI, etc. me comprennent et me soutiennent en me prodiguant des conseils qui m’aident à avancer. Ce sont des femmes qui se battent très bien que j’admire. Quand elles ont même besoin de moi, je suis là tout de suite.

Racontez-nous les difficultés dans le milieu.
AP :
Chaque milieu a ses avantages et ses inconvénients. Il faut dire aussi que le milieu est plein de commérages. Quand tu réussis à un casting si on ne dit pas que tu as eu les faveurs du réalisateur ou de son assistant, parce qu’il veut te draguer, on dira que tu as été pistonnée. Ça ne manque pas dans tous les corps de métier. Mais je pense que quand on veut avancer, on minimise ces genres de méchancetés. Pour moi, l’important, c’est d’être positif dans la tête.

C’est quel côté du FESPACO que vous auriez aimé améliorer ?
AP :
Je ne suis pas dans l’organisation. Cette 21e édition est une première pour moi de voir que les comédiens mêmes sont appelés à payer les badges. Déjà, ça avance. Il faut que cette mesure soit appliquée et comprise par tout le monde. C’est en cela qu’on tirera des leçons pour avancer. A mon humble avis, la méthode de travail de Michel OUEDRAOGO est gagnante pour tous les acteurs du 7e Art.o

Issoufou MAIGA

Frédéric BOUYEUX, directeur pour la langue, la culture, le cinéma et l’audiovisuel de l’OIF

Frédéric BOUYEUXNous privilégions la production des réalisateurs africains”

Venu dans le cadre d’une délégation de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) pour prendre part à la 21e édition du FESPACO, Frédéric BOUYEUX Directeur pour la langue, la culture, le cinéma et l’audiovisuel de l’OIF nous a entretenu relativement aux missions de son organisation, les contributions que l’OIF apporte au cinéma burkinabè à travers le FESPACO et sur le devenir du cinéma africain durement concurrencé par les productions venues du Nord. Entretien.

Quelles sont les missions de votre institution ?
FB :
L’OIF a plusieurs missions en tant qu’organisation intergouvernementale. Ses grandes missions se répartissent en 4 grands axes dont l’un est la promotion de la langue française et la diversité culturelle et linguistique, les autres sont la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme, la promotion du développement, d’une éducation et d’une formation professionnelle importante pour la coopération.

Quelles contributions votre institution apporte à un festival comme le FESPACO ?
FB :
L’OIF soutient financièrement le FESPACO depuis l’origine, car nous avons compris que c’est un élément indispensable pour le développement de la créativité audiovisuelle africaine. Nous avons donc fait un investissement rentable puisque cette manifestation fête aujourd’hui ses 40 ans, un âge de maturité grâce à l’engagement des autorités politiques, des professionnels du cinéma et d’autres partenaires qui ont réussi à faire de votre pays la capitale du cinéma africain.

Quels sont vos critères de financement des médias ?
FB :
Nos critères reposent sur des éléments telles la qualité, la rentabilité. L’instrument dont nous disposons est un fonds d’aide à la promotion des œuvres audiovisuelles des pays du Sud. Nous privilégions la production afin de donner la possibilité aux réalisateurs africains de s’exprimer. C’est une commission qui se réunit deux fois par an. Ces membres sont des experts indépendants car l’OIF ne participe pas aux votes des œuvres qui souhaitent avoir une aide.

Le Burkina Faso semble ne pas trop bénéficier de vos financements. Que pouvez-vous dire relativement à cet état des choses ?
FB :
C’est étonnant ce que vous me dites, parce que je viens de sortir d’un déjeuner de presse avec Marie-Christine SARAGOSSE, Directrice générale de TV5 Monde où l’on nous a dit exactement le contraire, à savoir qu’on favorise trop les œuvres du Burkina Faso du fait de l’engagement des autorités publiques, du dynamisme des professionnels de votre cinéma. Beaucoup de projets burkinabè sont sélectionnés par rapport aux autres pays d’Afrique.
Ce reproche ne peut donc pas prospérer.

Pensez-vous réellement que le cinéma africain a un avenir par rapport aux films venus du Nord qui envahissent trop souvent nos écrans ?
FB :
Il y a, il est vrai une crise du cinéma africain qui est réel. Cependant je pense que le cinéma africain a tout son avenir parce que la force créatrice africaine est là. Je suis de ceux qui pensent que quand l’énergie, le message et la qualité sont là, eh bien l’avenir est certain. Le cinéma africain de par sa force finira par être entendu. Comparé aux moyens énormes que ceux du Nord utilisent pour parfois transmettre des messages trop souvent pauvres, votre cinéma ne peut que prospérer. D’ailleurs Mme SARAGOSSE a promis discuter avec le Festival de cannes afin de voir dans quelle mesure le cinéma africain peut-il être représenté.o

Théâtre

«Le fou» est au CITO

Le Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO) a présenté la grande première de son 15e spectacle majeur : «Le fou», une œuvre du professeur Jean-Pierre GUINGANE. Une façon pour cette structure de rendre hommage à un fils du pays au regard de ce qu’il a fait pour la culture burkinabè et principalement le théâtre. C’était le 19 février 2009 sur ses installations, devant un parterre d’invités et de partenaires dont la présidente du Conseil Supérieur de la Communication, Mme Béatrice DAMIBA et Mme Odile BONKOUNGOU ministre en charge de l’Enseignement de base.

L’histoire se passe pendant la période post-coloniale. Une période pendant laquelle, l’instituteur, le préfet, le député, etc. étaient de «demi-dieux», sinon des «dieux». Une période également, pendant laquelle, capitalistes et communistes, bourgeois et prolétaires se vouaient aux gémonies. C’est dans ce climat où l’instituteur est fait roi et règne en maître absolu sur le destin scolaire des enfants que l’histoire du «Fou» qui n’en est pas un pourtant va se conter. Tinoaga, incarné par Charles WATTARA, est un brave gardien qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école du Blanc. Avec son épouse Nabou, joué par Minata DIENE, ils entreprennent d’inscrire à l’école du Blanc, leur seul fils Parka. Histoire de lui donner la chance que, eux n’ont pas eue. Commence alors pour ce couple, le parcours du combattant, sinon le calvaire. Tinoaga et Nabou vont tout tenter, ils vont même jusqu’à se dépouiller de leurs maigres ressources, mais jamais leur honneur. Leurs sacrifices ne seront pas vains même si cela va passer par le drame. La mise en scène s’est construite en prenant appui sur plusieurs genres théâtraux. Ce qui a permis au metteur en scène, comédien et formateur italien Lucca G. M. FUSI de laisser voguer son imagination au file des scènes. Mélangeant charme, humour, caricature, il a su employer ses acteurs sur scène. De façon directe ou indirecte, les neufs (9) comédiens et les deux (2) musiciens avaient une présence sur scène. La chorégraphie qui a été élaborée pour construire et déconstruire les cènes, déplacer les décors est tout aussi original que pertinent. Tout au long de l’histoire, le spectateur ne s’ennuie pas. Toujours interpellé soit par la musique soit par le mouvement des acteurs sur scène. L’histoire de Tinoaga, de Nabou et de leur fils Parka, sortie de son cadre devient une caricature du système éducatif actuel de notre pays. «Certes, on retrouve certaines tares de l’école burkinabè, mais je pense qu’aujourd’hui le système éducatif a évolué de sorte que certains faits dénoncés sont dépassés», dira Marie Odile BONJOUNGOU ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation.
«Le fou» est une pièce écrite en 1982 par le professeur Jean-Pierre GUINGANE, mise en scène en 1984 par l’auteur lui-même et qui lui avait valu les lauriers du Grand prix national des arts et des lettres (GPNAL).
La mise en scène par le CITO a su doser subtilement le jeu d’acteurs à travers la qualité des personnages. Quand un Gerard K. OUEDRAOGO joue le député repu de viande grasse et de bon vin dans son air de bourgeois endurci, un Ibrahim TRAORE incarne le parfait sournois, couplé de traîtrise, quand un Charles WATTARA joue le désespéré, l’on sent qu’un travail a été fait sur chaque acteur pour qu’il rende son personnage. La sobriété de la scénographie donne au spectacle une certaine authenticité qui le rend du coup transportable, donc facilement plus vendable. Ce qui est à mettre à l’actif de Sada DAO. «Le fou» sera joué au CITO tous les mercredis, jeudis, vendredis et samedis et ce jusqu’au 28 mars 2009.o

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