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Une n°595 du 11 au 17 mars 2009
La Une du n° 595
Lettre de l'Editeur :N° 595 du 11 au 17 Mars 2009

Islam et lutte contre la pauvreté

La première recette est aussi vieille que le monde, du moins depuis qu’Adam et Eve nous ont conduit dans cette vallée de larmes en mangeant du fruit défendu. En effet, Dieu n’avait-il pas décidé que nous ne mangerions plus qu’à la sueur de notre front, c’est-à-dire par le travail ? L’Islam invite donc fortement de travailler plutôt que de vivre aux crochets des autres par la mendicité ou tout autre moyen illicite. Même les prophètes avaient chacun leur métier. Ainsi, fera remarquer le conférencier, Abraham était cultivateur, David forgeron, Noé charpentier, Idris couturier, tandis que Moïse, Isaac, Ismaël et bien d’autres étaient bergers et Mohamed (PSL) commerçant… Et de se poser cette question : si les élus de Dieu travaillaient, pourquoi le commun des mortels ne le ferait-il pas ?

La communauté musulmane a célébré dans la nuit du 9 au 10 mars, l’anniversaire de la naissance du prophète Mohamed (PSL) communément appelé « Maouloud ». Une célébration appréciée différemment selon les rites avec en toile de fond un débat théologique de fond dans lequel nous ne nous risquerons pas (nous l’aurions voulu que nous ne le pourrions d’ailleurs) certains la considérant comme un blasphème tandis que d’autres y voient tout au contraire un devoir pour « honorer celui que Dieu a honoré ». A cet effet, le Dr Aboubacar DOUKOURE, Cheick et Khalife général de la Tidjania, Imam de Hamdallaye, déclarait, dans une conférence prononcée à l’occasion, que « …celui qui honore l’honoré de Dieu, Dieu lui donne celui qui l’honore dans cette vie ici-bas, et dans l’au-delà, il sera honoré par Dieu… ».
Un anniversaire commémoré donc différemment mais avec cette constance de prières et d’invocations sur le prophète de l’Islam mais surtout de réflexion et de méditation sur sa vie pour en tirer des enseignements afin d’éclairer notre vie d’aujourd’hui. Ce n’est donc pas une fête dans le sens commun du terme avec les ripailles qui vont avec et c’est là tout l’intérêt qu’il suscite avec la conférence du Dr Aboubacar DOUKOURE sur le thème de « la lutte contre la pauvreté en Islam ». Un thème qui a retenu l’attention, car par ces temps de vie chère tout ce qui touche à la pauvreté fait dresser plus que les oreilles. Et à juste titre. Aucune piste pour en venir à bout ne devrait être négligée. Surtout pas celles que pourrait suggérer l’Islam, religion majoritaire du pays. Que peut donc faire l’Islam ?
D’abord, fera remarquer l’Imam DOUKOURE, « l’Islam n’aime pas la pauvreté et ne la souhaite pas… ». Bien au contraire il dispose d’une panoplie de directives et d’indications pour l’éviter, la combattre ou mieux, la vivre dans l’espoir d’en sortir.
La première recette est aussi vieille que le monde, du moins depuis qu’Adam et Eve nous ont conduit dans cette vallée de larmes en mangeant du fruit défendu. En effet, Dieu n’avait-il pas décidé que nous ne mangerions plus qu’à la sueur de notre front, c’est-à-dire par le travail ? L’Islam invite donc fortement de travailler plutôt que de vivre aux crochets des autres par la mendicité ou tout autre moyen illicite. Même les prophètes avaient chacun leur métier. Ainsi, fera remarquer le conférencier, Abraham était cultivateur, David forgeron, Noé charpentier, Idris couturier, tandis que Moïse, Isaac, Ismaël et bien d’autres étaient bergers et Mohamed (PSL) commerçant… Et de se poser cette question : si les élus de Dieu travaillaient, pourquoi le commun des mortels ne le ferait-il pas ? Voilà qui donne une autre image de ces prétendus détenteurs de la parole de Dieu qui vivent d’aumônes et de pratiques qui s’apparentent beaucoup plus à de l’exploitation et à du trafic de mineurs et autres qu’à autre chose. Le travail libère l’homme, dit-on, et il n’est plus grande fierté que de vivre du fruit de son travail. Dans un pays comme le nôtre, ces réalités prennent une valeur à nulle autre pareille puisque même la nature nous y invite.
Le deuxième axe de la réflexion en cette nuit de commémoration a été la perfection, car il ne s’agit pas seulement de travailler mais de le faire consciencieusement et de rechercher toujours l’excellence. Le Prophète lui-même recommandait de toujours chercher à mieux faire son travail car un travail bien fait profite au travailleur, à son employeur et à toute la société. Or, au constat, les hommes ne mettent généralement de l’allant dans le travail que lorsque celui-ci leur appartient. Par contre, lorsqu’ils sont au service d’une tierce personne ou de la collectivité publique, ils se contentent du minimum syndical s’ils ne bâclent pas tout simplement leur travail. C’est dire qu’il y a beaucoup à faire à ce niveau pour être en conformité avec les préceptes de l’Islam. Au-delà des règles des sociétés, œuvrer à l’excellence est donc une obligation divine.
Enfin, le conférencier a insisté sur le fait qu’aucun bien, aucune richesse n’est personnelle, étant entendu que tout vient de Dieu et appartient à Dieu et que l’homme ne peut en être que dépositaire.
L’essentiel n’est donc pas de travailler et d’acquérir pour les siens des richesses. Il faut aussi les préserver et les gérer au mieux pour soi-même et pour l’ensemble de la société. Tout un programme dans ce monde où l’individualisme est érigé en règle de conduite faisant en sorte que l’absence de richesses semble préférable à leur abondance. En témoignent les guerres qui déchirent les nations croulant sous le poids de richesses naturelles, les comportements ostentatoires de certains nantis dans un environnement de misère généralisée, etc. Pourtant que de croyants au nombre de ces personnes alors que l’Islam indique, en des termes sans ambiguïté, l’obligation de gérer ses biens au profit de toute la communauté ! Par ailleurs, tous les moyens ne devraient pas être bons pour s’enrichir. Or, s’il est un adage populaire ici bas c’est celui qui affirme que l’argent n’a pas d’odeur. En effet, que crimes et de drames ont pour base la recherche de richesses ? En la matière, l’Islam est sans concession.
Ainsi, il prohibe l’intérêt usurier qui tue toute compassion au profit de la recherche effrénée des bénéfices. Il en est de même du gaspillage qui est pourtant la chose la mieux partagée actuellement et conduit aux faillites de toutes sortes. Il interdit aussi les jeux de hasard dans lesquels certains vont jusqu’à perdre leur âme après avoir dilapidé leurs maigres ressources et mis dans la misère leurs proches. L’Islam prohibe de même la thésaurisation qui empêche la libre circulation des biens et des échanges commerciaux limitant ainsi l’augmentation des revenus et le développement des ressources nationales au profit de toute la communauté.
En dépit de toutes ces considérations, la pauvreté est une réalité constante et envahissante sur laquelle on ne saurait fermer les yeux. Aussi, l’Islam préconise-t-il un certain nombre d’actes et d’attitudes pour soulager ceux qui en souffrent. Ainsi, fait-il obligation aux riches de s’occuper de leurs frères nécessiteux. Ceci, pour garantir la paix et la sécurité pour tous et assurer le plein épanouissement de l’ensemble de la société. Pour aider les uns et les autres à s’acquitter de ces devoirs, il a instauré l’impôt obligatoire, la zakât, sur les biens des riches à prélever de force s’ils refusent de s’en acquitter volontairement. Il a aussi instauré la pratique de l’aumône aux pauvres et aux nécessiteux, l’expiation de certains péchés et infractions par des dons aux pauvres, la zakât de fin du Ramadan et exhorte les croyants à être aux côtés des plus démunis. Il a aussi édicté des règles pour préserver les droits de certaines couches sociales vulnérables tels les orphelins non majeurs et les femmes, etc.
On a donc profondément médité à Hamdallaye cette nuit et nul doute que chacun en tirera un plus pour améliorer sa pratique religieuse pour ne pas dire sa vie tout court. En tout cas, le conférencier a fait sa part de boulot en dispensant un message clair et imagé qui a permis à chacun de se faire sa propre opinion. En nous en faisant l’écho, nous avons voulu prolonger le débat et mettre chacun en face de ses responsabilités. Parce que la lutte contre la pauvreté nous interpelle tous. A tous les niveaux..o

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Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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