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La une du n° 596 du 18 au 24 mars 2009
La Une du n° 595
ACTUALITE :N° 596 du 18 au 24 Mars 2009

Député Bénilde SOMDA

Bénilde SOMDA«Je pense qu’on est allé trop vite en parlant de 30% de quotas en faveur des femmes»

Il est jeune et dynamique, intelligent, affable mais surtout très ouvert. Ce sont entre autres ces qualités qu’on peut décerner à celui que votre journal a décidé de rencontrer. Lui, c’est Bénilde SOMDA, né le 10 novembre 1976 à Dargan dans la commune rurale de Koper. Il est conseiller municipal de sa commune et député siégeant à l’Assemblée nationale depuis les élections de mai 2007. Il est membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) un parti de l’opposition, regroupant 4 partis politiques. A travers cet entretien, il lève une partie de sa vie politique, son bilan à cette étape de la législature, ses déboires rencontrés… Lisez plutôt.

Malgré votre jeunesse, les populations vous ont fait confiance. Quel est votre secret ?
Bénilde SOMDA (B.S) :
C’est vrai que je suis jeune. Et si les populations m’ont fait confiance, c’est pour, je pense, plusieurs raisons. Tout d’abord, je tiens à souligner que mon père, feu André HIEN était un instituteur connu et respecté qui s’est évertué de son vivant à vivre avec ses concitoyens en parfaite harmonie. Ses actions positives sont, sans doute, retombées sur moi. Puis, j’ai aussi eu à mon nom personnel à poser des actions qui ont, sans doute, rencontré l’assentiment de mon électorat. Il y a aussi des raisons propres aux électeurs que je ne maîtrise certainement pas.

D’aucuns disent que vous avez beaucoup investi financièrement parlant afin de vous attirer les faveurs des électeurs ce qui expliquerait votre élection ?
B.S :
Sincèrement les gens se trompent ! Les gens me prenaient souvent pour un ridicule à l’entame de ma campagne électorale. On disait le CDP oui, l’ADF/RDA peut être, mais vous ? Avec vos véhicules pourris… Dire donc que j’ai investi pendant cette campagne, c’est mentir parce que j’en ai subi. D’ailleurs, je continue de payer des crédits liés à cette campagne. Il m’a fallu surtout une bonne dose de courage et de la persévérance pour être élu.

L’imaginaire populaire affirme qu’un député coûte cher à la République d’autant plus que nous sommes dans un pays pauvre.
Est-ce la réalité ?
B.S :
Cette question me fait rire. Ce sont les ministres qui coûtent chers. Il est plus facile au peuple d’approcher un député qu’un ministre ; car le député est l’homme de tous. Ses sollicitations sont vraiment nombreuses de telle sorte qu’il a des problèmes avec sa famille qui trouve qu’il ne fait plus autant que de par le passé. En réalité, tout ce qu’il prend repart vers le peuple. Je vais, vous faire une confidence. Dans des pays voisins pour être ministre, il faut être un homme du peuple, un élu. On gagnerait à s’inspirer de pareilles expériences (Ghana). Il y a trop de protocole pour voir un ministre ce qui n’est pas notre cas. Ce sont les ministres qui sont budgétivores, c’est clair, c’est net !

Mais si ce n’est pas un secret, combien coûte un député au contribuable burkinabè dans l’année ?
B.S :
La presse en a fait cas à plusieurs reprises. Au Burkina, le député a, à peine, 600.000F CFA dont 300.000F CFA sont retenus pour le véhicule qu’on lui donne. Les gens pensent que le véhicule est gratuit. Ce n’est pas exact, je suis prêt à vous montrer mon bulletin de salaire. On me coupe 300.000F CFA. Quand le député est en session, il a 30.000F CFA/jour pendant 90 jours. Faites donc le compte et vous verrez.

Quel bilan pouvez-vous faire de votre mandat en cours au plan personnel ?
Autrement dit quelles actions avez-vous pu mener en direction des populations ?
B.S :
Je tiens à signaler que je suis élu local (conseiller municipal de mon village) avant d’être élu national (député). A ce titre, je mène beaucoup d’actions. A l’endroit de la population, j’ai toujours rendu compte des consignes de vote et des lois que nous votons. Le bilan pour ces deux années passées à l’A.N n’est pas facile. J’organise la jeunesse et les associations féminines en leur apportant des sommes pas élevées pour qu’elles mènent des activités lucratives. J’encourage les jeunes à surtout travailler la terre afin de les fixer vu que le plus souvent l’exode vers le Ghana et la Côte d’Ivoire est souvent pour eux source de désillusion (maladies). J’ai aussi mes propres champs (maïs et arachides) dans lesquels j’emploie des jeunes. En plus des bas-fonds qu’ils cultivent, il y a aussi l’irrigation et de fréquents reboisements.

On se rappelle qu’une procédure avait été introduite à l’A.N et qui visait la levée de votre immunité parlementaire suite à des poursuites engagées par la défunte BACB à votre encontre. Dites-nous quels sont les tenants et les aboutissants de cette affaire ?
B.S :
Voilà un sujet quand on me parle de ça, je revois les souffrances endurées pendant la période de la campagne. En effet, 2 jours après l’ouverture de la campagne, une lettre de licenciement a été remise à ma femme pendant mon absence et après 21H. Mais malgré les agissements et les poursuites, j’ai été élu. A l’époque, toute la presse avait fait cas de cette affaire. On disait partout que j’avais détourné, fait ceci et cela. Une commission avait donc été mise en place au niveau de l’A.N pour traiter de cette question. Vous avez par la suite remarqué, sans doute, que le président de l’A.N lors de l’ouverture de notre session budgétaire s’est exprimé autour de la question : il n’était pas question de lever mon immunité. Donc je pense que ça dit tout mais j’ajoute que j’apprends encore que c’est ainsi parce que je suis allé au CDP. Ce n’est pas vrai, je suis élu député de l’opposition et je reste opposant.

Que pensez-vous de l’opposition burkinabè ? A-t-elle un quelconque pouvoir au sein de l’hémicycle ?
B.S :
Sur le plan national, je dis d’ores et déjà que l’opposition burkinabè en elle a un problème. Il y a beaucoup de partis d’opposition qui ne sont malheureusement pas organisés et chaque parti clame son opposition. Cependant au niveau de l’hémicycle, nous députés issus du groupe parlementaire Alternance-Démocratie-Justice (ADJ) qui regroupe 11 députés défendons vraiment l’intérêt du peuple sur des questions majeures (budgets, envoi de contingent à l’extérieur…). Nous sommes écoutés au niveau de l’A.N et nous défendons le peuple. Parlant de l’unité nous travaillons aussi à cela comme encore réaffirmé lors de nos récentes journées parlementaires.

Que pensez-vous du statut du chef de file de l’opposition ?
B.S :
Ecoutez nous travaillons à redéfinir qui est chef de file de l’opposition. Au niveau du cadre de concertation de partis politiques de l’opposition (CPO) et au niveau de la commission mise en place à l’Assemblée pour réfléchir au sujet, il a été proposé que pour être chef de file de l’opposition, il ne faut pas participer au gouvernement avec le parti majoritaire à l’Assemblée, au pouvoir. Il faut être un vrai opposant, c’est clair. On ne peut pas partager le pouvoir, dire qu’on soutient le programme du président, être mouvancier et dire qu’on est opposant.
D’ici les mois à venir nous allons couper court à ce débat.

Quelle est votre position sur la question des quotas en faveur des femmes pour qu’elles soient plus représentées à l’A.N ?
B.S :
En tant que jeune et membre du caucus genre à l’A.N, je ne peux qu’encourager cela, mais en même temps je dis qu’il y a un problème. Y a-t-il des consultations à la base ou est-ce seulement le fait d’une minorité au niveau national qui réclame des postes, en tout cas un mieux-être. C’est une question délicate.
Je pense vraiment qu’on est allé trop vite en parlant de 30%. On aurait pu démarrer plus lentement et laisser l’opportunité aux femmes de montrer qu’elles représentent quelque chose dans le pays.

Votre appréciation de la crise financière qui secoue le monde actuellement ?
B.S :
C’est effectivement une crise mondiale qui touche tout le monde. On risque tous de mourir si des solutions ne sont pas trouvées. Nos dirigeants doivent ouvrir l’œil et imaginer des solutions propres à nos pays.
Une commission ad hoc avait été mise en place à l’Assemblée nationale et nous avons eu à faire des propositions au gouvernement afin que la situation soit améliorée au plan national. Nous pensons que le gouvernement est en train de s’atteler à trouver les solutions avec par exemple le soutien en intrants aux producteurs…

Après la présidentielle en 2010 on aura les municipales et les législatives. Ce n’est pas une anticipation, mais est-ce que M. SOMDA va rebelotter ?
B.S :
Là je vous dis que si on s’engage en politique ce n’est pas pour arrêter à mi-chemin. Je vais jusqu’au bout moi. Je vise le pouvoir d’Etat, le fauteuil présidentiel. Je prépare déjà et minutieusement les municipales afin de conquérir le maximum de communes qui me permettront d’aller aisément aux législatives. J’invite tous les camarades de l’opposition à faire de même, qu’ils se préparent sérieusement pour que l’opposition gagne en représentativité à l’A.N au sortir des législatives à venir.

Le mot de la fin.
B.S :
Je ne peux que louer l’action de votre journal L’Opinion qui a pensé à moi. Pour une première interview je ne serais pas long. Je demeure ouvert à d’autres initiatives du genre quand vous le voulez. Je suis vraiment à votre disposition. Merci.o

Angelin DABIRE (Stagiaire)

 

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