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La une du n° 596 du 18 au 24 mars 2009
La Une du n° 595

Retro-Rétro – Gouvernance: N° 596 du 18 au 24 Mars 2009

13è Journée nationale du paysan

La production agro-sylvo-pastorale au menu

Les 12, 13 et 14 mars 2009, Koudougou, la capitale de la région du Centre-Ouest a accueilli la 13e Journée nationale du paysan (JNP) sur une thématique assez riche et variée dans un contexte mondial de crise alimentaire.

Les autorités échangeant avec une productrice (ph. presse présidentielle)«La diversification de la production agro-sylvo-pastorale au Burkina Faso : Alternatives pour la sécurisation des revenus des producteurs ruraux dans un contexte de crise», tel est le thème combien d’actualité auquel la 13e JNP a bien voulu apporter réponses surtout face aux difficultés de la filière-coton et le contexte de crise alimentaire. Nul doute que les changements climatiques, la croissance accélérée de la population et la crise alimentaire sont des défis à relever au niveau du secteur agricole et incitent une modernisation de l’agriculture et surtout une diversification accrue des producteurs agro-sylvo-pastorales. Mettre ce thème au centre de la réflexion avec l’implication des acteurs du secteur agricole, c’est s’accorder à reconnaître que la précarité des revenus des producteurs en milieu rural est aussi un frein à la prospérité de leurs activités. A cette 13e édition, l’une des innovations majeures est la grande foire ouverte par le Premier ministre Tertius ZONGO, le jeudi 12 mars 2009, foire qui a fait l’étalage du savoir-faire des producteurs ruraux et la richesse des potentialités agro-sylvo-pastorales du Burkina Faso.
Des acteurs du monde rural ont été décorés (ph. presse présidentielle)La diversité des produits exposés avec l’engouement que cela a suscité pour les exposants dénote de l’intérêt d’une telle activité qui offre de réelles opportunités d’affaires et d’échanges d’expériences entre les acteurs. Des ateliers sectoriels sur l’agriculture, l’hydraulique et les ressources halieutiques, du secteur de l’environnement et du cadre de vie et des ressources animales en relation avec le thème n’ont pas été en reste. Quant au forum des producteurs tenu, le vendredi 13 mars 2009, sur le thème : «Quelles stratégies de diversification des productions agro-sylvo-pastorales pour le renforcement de la sécurité alimentaire ?», il a vu la participation active de 600 délégués des producteurs, des techniciens des ministères en charge de l’Agriculture, de l’Hydraulique, des Ressources halieutiques et des Ressources animales, ceux de l’Environnement et du Cadre de vie de même que les partenaires intervenant dans le domaine du développement rural. Les échanges ont porté sur les préoccupations et attentes majeures en matières de diversification des productions agro-sylvo-pastorales, les alternatives pour la sécurisation des revenus des producteurs ruraux, les expériences réussies et les recommandations en vue de renforcer la dynamique du développement agricole entrepris dans notre pays (ndlr : voir recommandation Page… ?) Cette 13e JNP a été mise à profit pour la remise des conventions PNGT2 phase II aux différents gouverneurs des régions qui à leur tour les remettront aux communes rurales. C’est un programme qui a pour ambition d’aider ces communes à planifier et mettre en œuvre les activités de développement local d’une manière particulière et viable à long terme. Ainsi, l’enveloppe financière portée à cette fin s’élève à 6 milliards de francs CFA qui serviront au financement des programmes d’investissements annuels des villages des communes rurales. En rappel, les objectifs de la Journée nationale du paysan, c’est d’établir un échange direct entre le président du Faso, Blaise COMPAORE et les producteurs autour de leurs préoccupations majeures, proposer des pistes de solutions pour faire face aux différentes contraintes qui freinent le développement, prendre des engagements, d’une part, pour une réelle promotion du développement rural dans son ensemble, et d’autre part, faire de ce secteur une alternative pour lutter contre la pauvreté et rendre un hommage mérité à l’ensemble des acteurs du monde rural qui bossent dur pour la prospérité du «pays des Hommes intègres».
Comme acquis des dernières éditions, outre la participation du chef de l’Etat, le monde paysan a bénéficié de plus de 225 tracteurs, 300 motopompes, 200 moulins, 22 000 équipements divers et d’une multitude de forages. N’est-ce pas un engagement ferme pour faire du monde rural le levier essentiel de l’économie, partant du développement de notre pays ? Il faut reconnaître qu’aucune politique de développement durable n’est efficace dans un pays comme le nôtre si elle ne prend pas en compte les préoccupations de la frange la plus importante de la population, c’est-à-dire le du monde rural (80%).o

Issoufou MAÏGA

Les sept recommandations de la XIIIe JNP

Le présidium du forum (ph. presse présidentielle)1- L’organisation et la structuration des acteurs par approche filière
2- Disponibilité et accessibilité des intrants de qualité
3- Faciliter l’accès au financement à travers la réduction des taux d’inté rêts et des mesures adaptées
4-Renforcer les capacités par l’appui-conseil et la professionnalisation des producteurs
5- Accélération de l’électrification rurale pour faciliter la transformation et la commercialisation des productions agro-sylvo-pastoraux
6- Promouvoir la mécanisation agricole par des équipements adéquats
7- Adopter une loi d’orientation agricole

Les engagements de la XIIIe JNP
a) Environnement
-Structurer et animer les filières de production végétale
-Promouvoir l’aviculture
- Valoriser la filière karité, néré, balanités et gomme de raisine

b) Agriculture
- Accroître la production de niébé de 30 % de 724 000 tonnes à
940 000 tonnes en emblavant 0, 24ha par ménage
- Augmenter la production de sésame de 36 % de 46 000 à
60 000tonnes en emblavant 0,5 ha par ménage
- Les chambres régionales d’agriculture s’engagent à faire respecter les clauses contractuelles
- Relever le taux de consommation de la semence améliorée de 6 à 15% d’ici à 2012
- Réaliser une fosse fumière par ménage

C) Ressources animales
- Collecter et traiter 4 millions de litres de lait
- Produire 6 millions de bottes de fourrages de 10 kg
-Produire 45 000 tonnes de viande
- Vacciner 18 millions de volailles contre la peste aviaire
-Reboiser 9 millions de plants
- Construire 50 zones villageoises d’intérêt cynégétique

 

Blaise COMPAORE et les producteurs
sans intermédiaire

Les producteurs sont venus des 13 régions du Burkina (ph.L’Express du Faso)La 13e édition de la Journée nationale du paysan (JNP) qui a débuté, le 12 mars dernier à Koudougou dans la région du Centre-Ouest s’est achevée le 14 mars passé par un entretien de plus de 4 heures entre le chef de l’Etat, Blaise COMPAORE et les producteurs.

Placé, cette année, sous le thème : «Diversification de la production agro-sylvo-pastorale au Burkina Faso : alternatives pour la sécurisation des revenus des producteurs ruraux dans un contexte de crise» ; la 13e édition de la Journée nationale du paysan (JNP) qui a ouvert ses portes, le 12 mars dernier à Koudougou les a refermées après 72h soit le vendredi 14 mars passé par un entretien au sommet entre le président Blaise COMPAORE et les producteurs, autour des préoccupations de ces derniers.Les échanges ont été francs et directs entre le président du faso et les producteurs
De 1993 à 2009, de Léo à Koudougou, de la première édition à la présente édition de la JNP Son Excellence M. Blaise COMPAORE, président du Faso malgré un calendrier chargé a toujours pris personnellement part à la JNP, preuve de l’importance qu’il accorde au monde paysan. La tradition cette année a donc encore été respectée et c’est dans un amphithéâtre de l’Université de Koudougou plein à craquer que les échanges se sont déroulés et ont été axés sur les contraintes majeures identifiées par les filières de production et dont la résolution devrait contribuer à impulser une dynamique d’accroissement des productions agro-sylvo-pastorales. Pour aller cependant de l’avant, les participants n’ont pas manqué de faire le bilan des recommandations issues de la précédente édition tenue les 25 et 26 janvier 2008 à Samendéni (province du Houet), dans la région des Hauts-Bassins et qui avait eu pour thème : «Intensification des productions agro-sylvo-pastorales».
Une vue des officiels (ph. l’Express du Faso)Les échanges à proprement parlé ont tourné essentiellement sur la question de la souveraineté alimentaire de notre pays dans un contexte de crise alimentaire mondiale. Et la diversification de la production agro-sylvo-pastorale est plus qu’une nécessité pour l’atteinte de cet objectif.

 

Aussi le président du Faso a appelé les acteurs intervenant dans le développement du secteur agricole à commencer par les producteurs, le gouvernement et les partenaires techniques et financiers à jouer chacun son rôle, sa partition. «Nous sommes dans un monde qui bouge et nous devons bouger avec ce monde si nous voulons rester dans ce monde», a-t-il dit. A la population de Koudougou, le président du Faso a dit sa confiance de la voir s’investir dans cette lutte contre l’insécurité alimentaire parce que : «c’est de Koudougou qu’est parti Maurice YAMEOGO, le père de l’indépendance pour parapher et signer l’acte ayant entraîné notre souveraineté nationale et internationale», fera-t-il remarquer.
Cadre de rencontre et de dialogue franc avec le chef de l’Etat, le monde rural n’a pas manqué à l’occasion de présenter ses attentes au premier des Burkinabè.
Il s’agit des questions liées à la répartition inégale des retenues d’eau, la hausse des prix des céréales, les conflits agriculteurs-éleveurs, la cohabitation avec les animaux sauvages, l’accès à la terre… Ce sont autant de questions auxquelles le premier des Burkinabè assisté de son Premier ministre, de son ministre de l’Agriculture et de plusieurs autres personnalités ont essayé d’apporter des réponses. Des doléances telles l’élaboration d’une loi d’orientation agricole, l’amélioration des activités et de la production, l’accélération de l’électrification rurale et du désenclavement de certaines régions et zones ont été formulées.
Le président du Faso a donné des instructions au gouvernement qui doit travailler à la satisfaction de ces doléances agricoles. Une convention de 6 milliards de FCFA a été signée à cette édition pour les besoins de financement des programmes d’investissement annuel des villages et des communes rurales. Ce sont aussi plus de 225 tracteurs, 300 motopompes, 200 moulins, 22 000 équipements divers et une multitude de forages dont a bénéficié le monde paysan depuis les éditons passées.
Tribune idéale pour l’exposition de leurs problèmes, les producteurs n’ont pas manqué d’interpeller Blaise COMPAORE afin que des solutions idoines soient apportées à d’autres contraintes liées par exemple au stockage des produits, à leur distribution et à leur commercialisation.
Un point des travaux du forum des producteurs et des différents ateliers sectoriels (agriculture, environnement et cadre de vie, élevage) a été fait au chef de l’Etat ainsi que les actions prioritaires à mener dans ces domaines. Les participants au forum souhaitent une plus grande mécanisation de l’agriculture, une plus grande organisation et structuration des acteurs agricoles, une disponibilité des intrants en qualité et leur mise à la disposition des paysans… pour ce qui est des ateliers sectoriels de l’agriculture, de l’environnement et du cadre de vie, de l’élevage ; les conclusions liées à la nécessité de la formation des acteurs, à la mauvaise gestion des périmètres irrigués, à l’élaboration d’une base de données des produits non-ligneux, à l’élaboration d’un 2e inventaire forestier, au développement d’une filière viande-bétail et lait… ont été livrées au premier des Burkinabè avec en prime des questions des producteurs recensées lors de ces ateliers. Blaise COMPAORE dans un franc parlé agrémenté d’humour a donné personnellement des réponses aux producteurs ou a fait appel aux ministres concernés afin que ceux-ci s’expliquent et éclairent le monde rural. On a pu alors savoir par exemple qu’une usine de fabrication des aliments de bétail est en voie, qu’un nouveau code foncier prend en compte les inquiétudes du monde paysan : l’accès à la terre, etc. Instruction a été donnée au gouvernement qui devra proposer et concevoir un programme spécial pour la construction équilibrée de retenues d’eau dans les départements et les communes de notre pays. Cet entretien marathon a véritablement permis de passer toutes les questions en revue, dans le but de leur apporter des réponses utiles et adéquates. Du chef de l’Etat en passant par son gouvernement, des partenaires techniques et financiers en passant par les producteurs, chacun a pris l’engagement de s’investir davantage afin de faire de notre pays le grenier de l’Afrique de l’Ouest.
Des producteurs à l’image de Adama OUEDRAOGO se sont dits satisfait de cette rencontre. Si on s’accorde sur le fait que l’agriculture qui mobilise plus de la moitié de notre population (90%) doit être le moteur du développement de notre pays, on mesure dès lors toute l’importance d’une telle rencontre à l’image de la JNP, véritable cadre de dialogue, de doléances et d’engagements des acteurs de la filière agricole.
Cette initiative du président COMPAORE est donc à saluer à sa juste valeur.o

Angelin DABIRE (Stagiaire)

Le président du Faso se prononce...

Blaise COMPAORE (ph. presse présidentielle)“C’est un plaisir pour moi de prendre part à cette rencontre traditionnelle avec le monde paysan. Elle constitue une école pour le développement économique et social. Nous avons l’occasion d’évaluer le travail abattu, de corriger les insuffisances, de mieux apprécier les contraintes pour assurer le progrès du monde rural. Nous sommes dans un contexte de crise économique et de vulnérabilité climatique. Cela nous commande de réfléchir sur les moyens pour sortir les paysans de la pauvreté. C’est pourquoi le présent thème de la JNP est très important pour nous. Nous allons harmoniser la compréhension du mot diversification sur le plan économique, écologique et social. C’est d’un grand intérêt pour le monde rural. Nous allons diversifier nos productions agro-sylvo-pastorales, donner plus de revenus aux paysans en vue d’assurer une cohésion sociale durable et empêcher qu’il y ait des migrations comme on le voit. Nous allons mieux conserver la diversité biologique pour nos plantes, notre faune et nos forêts et commercialiser les produits agricoles. C’est un ensemble à la fois économique et social que nous voulons construire pour moderniser davantage notre agriculture en la diversifiant. Cela va nous amener à intégrer d’autres productions et d’autres activités de nature à amplifier nos productions locales”.

Propos recueillis par S.N.C/ Sidwaya

Le soutien à un secteur d’avenir

Les autorités échangeant avec une productrice (ph. presse présidentielle)La 13ème journée nationale du paysan (JNP) s’est tenue du 12 au 14 mars dernier à Koudougou dans la région du Centre Ouest, sous le thème « Diversification de la production agro-silvo pastorale au Burkina Faso : alternatives pour la sécularisation des revenus des producteurs ruraux dans un contexte de crise ». Annuellement tenue, la JNP est une rencontre entre les producteurs et les gouvernants qui permet de faire le bilan de la saison hivernale écoulée et jeter des projections sur l’avenir.

Dans le manifeste des Droits de l’Homme, le droit de se nourrir figure en bonne place. Il est même un droit fondamental. Vu sous cet angle, les hommes et par extension les peuples doivent travailler à satisfaire ce besoin indispensable.
Depuis la nuit des temps, l’humanité tire ses besoins des entrailles de la terre à travers l’agriculture. Dans l'histoire du développement des peuples et la naissance de l’économie, l'agriculture a été le premier secteur de l’accumulation donc de formation du capital pour parler comme les économistes. En effet,était grand dans la société, celui qui pouvait revendiquer la plus grande quantité de récolte. Les autres éléments de valeur comme l’argent passaient au second plan. L’évolution des sociétés avec l’apparition des autres formes de thésaurisation a changé encore les choses. L’agriculture, tout en restant un élément fondamental, a tout de même perdu sa prépondérance. Il fallait donc se réadapter à la nouvelle donne. Ce que certains ont réussi mais que d'autres peuples, notamment africains, qui du fait de certaines vicissitudes de l’histoire n’ont pas pu réaliser. Plutôt que d'embarquer dans le train de la modernisation, ils sont restés attachés aux méthodes archaïques. Dans l’agriculture, ils ont gardé les moyens rudimentaires de production comme la daba quand les autres sont au tracteur et à la moissonneuse-batteuse. Mais voilà que l’activité de l’homme, avec la grande émission de gaz carbonique, a provoqué un dérèglement dans le fonctionnement de la nature. Le changement climatique,s’il provoque de la surabondance de la pluies dans certaines régions du monde, a conduit à leur raréfaction dans une grande partie de l’Afrique. L’irrigation comme technique de production agricole n’étant pas maîtrisée, les récoltes n’ont pas tardé à se réduire comme peau de chagrin. S’en suivent alors des famines comme celle qui a frappé les pays du Sahel en 1973, et qui a conduit à la création d’un organisme comme le Comité Inter états de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) pour répondre aux effets du fléau et parer aux éventualités.
Depuis lors, les pays et les peuples de la sous–région sont comme d’éternels sinistrés. La trop grande présence des Organisations Non Gouvernementales (ONG) est vue par certains experts comme l’expression de ce besoin d’assistance.
La production agricole qui était avant une activité de prestige est devenue un acte de survie pour les populations dans lequel le sort des hommes est lié aux réactions d'un ciel capricieux qui rechigne à ouvrir ses vannes. Face à ces écueils, il n’y avait pas d’autres choix que de s’adapter aux nouvelles donnes, libérer des initiatives pour vaincre les aléas de la nature.

L’action desautorités burkinabé
Le face à face a permis de prendre des engagements pour 2010 (ph. l’Express du Faso)La population burkinabé vit pour plus de quatre vingt dix pour cent (90%) en milieu rural où le travail de la terre reste la principale activité. Quel que soit ce que l’extérieur peut apporter comme aide alimentaire, on ne peut pas compter sur lui pour donner à manger de façon permanente et suffisante à quatorze millions d’individus. Il était du devoir de nos gouvernants de trouver les voies et moyens pour booster la production agricole et faire en sorte que l’apport de l’étranger ne vienne qu’en appoint.
La création du ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques est, sans conteste, la manifestation de la prise de conscience de la situation du Burkina, pays agricole arriéré qui a besoin que de grands efforts soient déployés et que l'intelligence de ses filles et fils soit mise au service d'un secteur d'activité, socle du développement du pays. Ce département œuvre au quotidien à mettre les producteurs dans de meilleures conditions de travail. Les agriculteurs sont soutenus par la mise à leur disposition de semences améliorées et de fertilisants agricoles. La mécanisation est aussi fortement encouragée avec la production de moyens aratoires plus performants comme la charrue à traction animale au plan local et l’achat de tracteurs pour davantage soutenir la production. Mieux, une politique d’aménagement est menée pour faire de l’agriculture une activité permanente le long de l'année malgré les quelques mois de saison pluvieuse. Ainsi par exemple, on n'a plus besoin d’attendre la saison des pluies pour manger du maïs ou des arachides fraîches à Ouagadougou ou dans les autres grands centres urbains du Burkina. On peut le constater tout au long de l’année au bord des routes. Dans les grandes villes comme en campagne, les femmes grillent le maïs ou proposent d’autres spéculations nouvellement récoltées. Cette présence est le résultat de la politique de développement des cultures de contre saison. En effet, le gouvernement burkinabè a entrepris la construction de nombreux barrages hydro agricoles et l’aménagement de bas-fonds où les populations peuvent s’exercer toute l’année.
« Que cherche l’aveugle si ce ne sont des yeux ?» dit l’adage. Les producteurs qui se tournaient les pouces une fois la saison hivernale terminée n’ont plus qu’un mauvais souvenir de ce temps d’oisiveté. Si bien que le Burkina est devenu un grand exportateur de produits comme la tomate, l'oignon. Chaque jour des camions viennent du Ghana et du Togo s’approvisionner dans les zones de production. D'où une entrée de devises qui contribue à améliorer le niveau de vie des populations et corriger même si c'est de façon minime la balance des paiements. Le manque de jadis fait place quelques fois à de la surabondance. Ainsi, des spéculations comme les oignons et le riz local connaissent par moments des méventes.
Il faut dire que l'essor de la production agricole qui n’est plus dépendante des aléas de la pluviométrie est assurément un pas en avant dans la recherche de l’autosuffisance alimentaire du pays. Du reste, pour donner davantage d’entrain à l’agriculture burkinabé, des opérateurs économiques et de hauts cadres de l’Administration s’intéressent au travail de la terre. Ils ont acquis de grandes surfaces dans certaines régions, où ils ont réalisé des investissements souvent lourds pour rendre la terre encore plus productrice. C'est la conséquence d'une option du gouvernement qui encourage l'agrobusiness. C'est vrai que cela est mal perçu par certains qui refusent de sortir de leur logique politicienne voyant en la présence de ces opérateurs dans le domaine agricole une manière de spolier les paysans, les privant ainsi de leur moyen de subsistance ; mais n'est-ce pas là, un argumentaire qui est à la limite anachronique ? Les exemples des grandes puissances agricoles comme les Etats-Unis et les pays de l’Asie du Sud-Est, qui nous envoient leur surplus à travers les aides ou la vente, sont pourtant édifiants. Ces pays n’ont atteint ce niveau de performance qu’avec l’exploitation des grandes surfaces. On ne peut pas introduire l’agriculture dans le circuit de l’économie moderne avec le système de subsistance actuellement pratiqué par le monde paysan. Aucune banque ne va mettre un kopeck dans une exploitation agricole dont la récolte suffit à peine à nourrir le producteur.
La présence de ces agro businessmen dans le monde agricole doit donc être saluée parce qu’elle peut amener un changement de mentalité chez les producteurs traditionnels. Le désir d’atteindre le même niveau de performance peut pousser au regroupement des producteurs. Ce qui va changer fondamentalement le visage de l’agriculture nationale. Parce que tôt ou tard, le Burkina est obligé d’évoluer vers les grands ensembles de production. La poussée démographique et la réduction des terres cultivables sont telles qu’on ne pourra pas trouver un petit lopin pour chacun. Les conflits concernant le foncier rural deviennent d’ailleurs de plus en plus fréquents. Dans les alentours de Ouagadougou par exemple, il faut aller à plus d’une dizaine de kilomètres pour voir quelques espaces vides. Le monde agricole n’aura pas le choix que de s’adapter à cette nouvelle donne.

L’importance de la Journée du paysan
Dans ce contexte difficile, le choix de rencontrer chaque année le monde paysan est la preuve que le Président du Faso attache un grand intérêt au secteur agricole. Il est d’ailleurs lui-même un grand producteur.
Koudougou, la capitale de la Région du Centre Ouest vient d'abriter l’édition 2009. Comme à son habitude, le Chef de l’Etat a eu des échanges directs avec les paysans au cours desquels chacun a pu de vive voix lui dire ce qu’il pense être bon pour l’agriculture burkinabè.
La production, la distribution et même la rétribution des efforts sont des sujets qui sont encore revenus. C'est vrai qu'un ne peut certainement pas résoudre tous les problèmes en une seule nuit de débat mais le fait de pouvoir échanger directement avec le Président du Faso est, sans conteste, une source de motivation pour les paysans.
Le Burkina reste un pays agricole et ne peut espérer se développer en laissant de côté sa force principale de production. Le monde paysan avec sa production permet non seulement de nourrir les autres composantes de la société mais génère des devises, donc enrichit le pays, à travers l’exportation de produits comme le coton.
En tant que composante majoritaire de la population, il est la principale source de consommation du pays. Si les paysans avaient une certaine aisance financière, ils seraient un grand soutien à la production des autres leviers de l’économie que ce soit l’industrie, les services, la grande distribution, etc. d'autant qu'un marché leur serait offert.
L’Etat allait voir ses caisses davantage renflouées par les prélèvements fiscaux. Il aurait alors pu réaliser les investissements sans passer toujours par les « partenaires techniques et financiers » qui ne sont pas que de bons samaritains.
La prospérité du monde paysan est donc primordiale au développement du Burkina. D’où la très grande importance de cette journée nationale comme soutien à ce secteur d’avenir.o

.Ahmed NAZE

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