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La une du n° 596 du 18 au 24 mars 2009
La Une du n° 595
Lettre de l'Editeur :N° 596 du 18 au 24 Mars 2009

Médiation atypique en Mauritanie

Déjà, le moins que l'on puisse dire, c'est que le médiateur est allé du mauvais pied. Alors que l'on sait que les protagonistes de la crise mauritanienne sont retranchés dans deux camps aux positions antagoniques, l'un réclamant le retour à la situation antéputsch et l'autre exigeant que la junte garde le pouvoir et organise de nouvelles élections pour un retour à une vie constitutionnelle normale, le médiateur de l'U.A a curieusement choisi de s'aligner sur les vues des putschistes au grand mépris des revendications des démocrates mauritaniens dont, d'ailleurs, le Guide n'a pas manqué de critiquer en des termes peu amènes la promotion de cette forme de gouvernance qu'est la démocratie venue de l'Occident (heureux qu'il n'ait pas ajouté l'expression fétiche "grand Satan"). Comment comprendre une telle forme de médiation qui fait fi de la condition essentielle pour le succès dans ce domaine si sensible de conciliation : l'impartialité ?

À peine est-il entré dans ses nouveaux habits de président de l’U.A que le Bédouin, Guide suprême de la Révolution El Fateh de Libye, roi autoproclamé des rois, cheiks et chefs traditionnels africains, le colonel Mouamar Al KADHAFI, doit s'atteler à dénouer les fils d'un Nième imbroglio politico-militaire, ce "sport" dans lequel l'Afrique semble passer championne. En effet, après être allé donner l'accolade synonyme d'onction à son "fils" le capitaine Dadis CAMARA qui a fait, au pays du général président « paysan » Feu Lansana CONTE, un coup d'Etat soft et "salvateur" pour emprunter au BADO national, il a mis, depuis le 9 mars dernier, le pied dans la "fourmilière" mauritanienne. Médiateur de l'U.A dans la situation politique que vit la Mauritanie avec le renversement du président démocratiquement élu, Ould ABDALLAHI, le 6 août 2008, par une junte militaire dirigée par le général Mohamed Ould ABDEL AZIZ, KADHAFI est certes en terrain connu et dans un rôle qu'il affectionne ; mais, ses méthodes paternalistes seront-elles pour lui permettre de mener cette mission à la satisfaction des Mauritaniens et des Africains en général ? La-dessus, rien n'est moins sûr.
Déjà, le moins que l'on puisse dire, c'est que le médiateur est allé du mauvais pied. Alors que l'on sait que les protagonistes de la crise mauritanienne sont retranchés dans deux camps aux positions antagoniques, l'un réclamant le retour à la situation antéputsch et l'autre exigeant que la junte garde le pouvoir et organise de nouvelles élections pour un retour à une vie constitutionnelle normale, le médiateur de l'U.A a curieusement choisi de s'aligner sur les vues des putschistes au grand mépris des revendications des démocrates mauritaniens dont, d'ailleurs, le Guide n'a pas manqué de critiquer en des termes peu amènes la promotion de cette forme de gouvernance qu'est la démocratie venue de l'Occident (heureux qu'il n'ait pas ajouté l'expression fétiche "grand Satan"). Comment comprendre une telle forme de médiation qui fait fi de la condition essentielle pour le succès dans ce domaine si sensible de conciliation : l'impartialité ? Résultat : un camp, celui des anti-putchistes acquis au président déchu, a quitté la table des négociations. KADHAFI vient ainsi de vendanger le climat d'apaisement qu'il a pu créer par son office de la prière du Mouloud à Nouakchott, la capitale mauritanienne.
L'ouvrage, on le voit, ne s’annonce pas du tout facile pour celui qui est habitué à régenter les autres, à tout faire selon sa seule volonté et la force de persuasion de ses pétrodollars. Autre temps, autres mœurs. Une médiation dans un cadre formel, qui doit s'entourer d'un minimum de légalisme et tenir compte des intérêts mutuels des parties n'a rien à voir avec l'action d'un amphitryon réconciliant des protégés en désaccord. Les vertus du dialogue, de l'écoute, du sens de la répartie, de la diplomatie sont à exploiter par le médiateur et c'est ce qui est certainement trop demandé au Guide libyen dont le vocable politique semble bien longtemps expurgé de ces expressions dignes de la démocratie qu'il pourfend.
Maintenant qu'il a réussi par sa maladresse à faire douter de son impartialité par l'un des protagonistes de la crise qui le trouve disqualifié pour cette mission de l'U.A, KADHAFI est au pied du mur et c'est là qu'il devra puiser dans ses réserves d'homme politique pas né de la dernière pluie pour remettre sa médiation sur les rails.
Le défi de la résolution de cette crise mauritanienne, il faut le dire, est plus pour le maître de Syrtre un problème personnel que celui de l'U.A. Car l'homme n'aime pas les échecs surtout pas dans un domaine où il pense avoir une grande expertise pour avoir fait ses preuves en ramenant à de meilleurs sentiments nombre de rebelles africains même si c'était le temps qu'il regagne sa tente à Syrtre ou Bengazi ; sans compter qu'il n'admettrait pas que sa présidence de l'U.A, à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, soit entachée de quelque insuccès que ce soit.
Acceptera-t-il cependant reconnaître avoir fait une mauvaise entame et réorienter les choses dans le sens d'obtenir un consensus des protagonistes mauritaniens ? C'est le plus grand mal que l'on souhaite au Médiateur afin qu'il ramène les déserteurs à la table de négociation. Le temps, en tout cas, joue contre lui si l'on s'en tient à la date fixée pour les élections qui est le 6 juin prochain soit dans moins de quatre (04) mois.
Cette médiation en Mauritanie est aussi perçue comme un test qui pourrait mettre à l'épreuve les capacités manageuriales du Guide libyen dans l'optique de la conduite du grand projet de construction des Etats-Unis d'Afrique qu'il veut précipiter quoique des conditions objectives majeures ne soient pas encore réunies et que lui-même ne brille pas par un esprit et des pratiques panafricanistes à toutes épreuves. Si l'homme se résolvait pourtant à mettre sous le boisseau ses inclinations autocratiques dans ses rapports avec les autres, des atouts, il en a pour ne pas faire subir à ses rêves panafricanistes les résultats connus par ceux qu'il nourrissait pour un grand Maghreb cet autre projet qu’il n’a pu concrétiser avec ses frères du Nord de l’Afrique.
Espérons toutefois que le président en exercice de l'U.A, roi des rois, cheiks et chefs traditionnels africains comprendra une fois pour toutes que tout ne réside pas que dans les moyens ; la manière aussi compte.o

- Fatogoma DOUSSE

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Cheick AHMED
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