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Une n°598 du 1er au 07/04/2009
La Une du n° 598
Lettre de l'Editeur :N° 598 du 1er au 07 Avril 2009

Originellement africaine pourtant, cette démocratie !

La réflexion ; on l'a dit, doit être menée et il n'est que temps d'autant qu'on clame partout la nécessité de l'avènement imminente des Etats-Unis d'Afrique. Traîner ce passif démocratique dans une union ne lui sera-t-il pas fatal ? L'épisode malgache de ces derniers jours ne prête pas à l'optimisme quant à la pacification du jeu politique en Afrique si rien n'est fait pour persuader les élites africaines que le pouvoir d'Etat n'est pas une fin en soi. Et en cela, l'Union africaine a un grand rôle à jouer. Ses condamnations et suspensions de ses instances restent dans le principe et ne semblent nullement affecter les auteurs de malversations politiques au sommet des Etats. Elle doit changer le fusil d'épaule en trouvant des méthodes plus coercitives pour faire respecter sa charte, ce qui sera du même coup inciter les politiques, à un respect du jeu démocratique.

C'est vrai, l'Afrique est loin d'être un modèle de démocratie. Tous les Etats, on ne comptera même pas ceux monarchiques, ont des difficultés à mener convenablement cette forme de gouvernance. Jusqu'en ce XXIe siècle, on est toujours dans l'anti-chambre si certains ne pensent pas que l'on en soit plutôt loin. Et pourtant, ce n'est pas faute d'essayer. Tous les pouvoirs qui se succèdent depuis les Indépendances prétendent apporter plus de liberté et de bien-être aux peuples. Au nom de ces principes, presque toutes les formes de pouvoirs ont été expérimentées sur ce continent, allant des plus libérales à celles franchement communisantes sans, on pourrait l'affirmer, satisfaction si fait que certains Africains en sont arrivés à la conclusion qu'il fallait à l'Afrique pour sortir de l'ornière, une voie autre que celles importées d'Occident. Si certains ont parlé de socialisme africain dans les années 1960 notamment avec le Tanzanien Julius K. NYERERE, d’autres ont vu le salut dans l’option du Guide libyen KADHAFI après sa révolution en 1969 et son Livre vert, et bien d’autres modèles jusqu’au Burkinabè Laurent K. BADO et son "Tercerisme", une approche qui s'appuie sur les valeurs et structures traditionnelles locales.
C'est vrai aussi que ce que les autres ont bâti en plusieurs siècles, on veut que l'Afrique le réussisse en quelques années. Une attente qui frise l'hypocrisie ou le refus de croire que certaines réalités historiques puissent être d'un déterminisme qui justifierait l'état dans lequel se trouve le continent au plan politique. Berceau de l'humanité et même précurseur de cette civilisation dont l'Occident s'enorgueillit de nos jours, Cheick Anta DIOP et autres scientifiques ont montré que l'Egypte antique qui a légué au monde une somme énorme de connaissances fut nègre, cette Afrique-là a été agressée, "désossée", dénaturée et même pervertie par des civilisations que d'aucuns diraient barbares qui lui ont presque tout volé et l'ont ravalée à l'état de nain sur tous les plans. Oui, c'est à cette Afrique que l'Occident contemporain ne cesse de pressurer, ne voulant pour rien au monde renoncer à l'héritage historique que la colonisation lui a laissé, que l'on demande et même exige d'être au même diapason en matière politique que ceux-là mêmes qui ont tout anéanti en elle. Mais l'aide-t-on vraiment à aller dans ce sens ? L'hypocrisie serait encore grande si l'on répondait à cette interrogation par l'affirmative d'autant qu'une figure emblématique de cet Occident dit : "Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts". Autrement dit, depuis qu'on glose dans cet Occident sur la démocratie en Afrique, l'on n'est certainement pas animé d'une réelle volonté de l'aider à s'affirmer comme il se doit. Tout au contraire certains indices inclinent à se demander si d'ailleurs l'on ne contribue pas à compliquer les choses en actionnant des réseaux ou des individus dans les Etats africains créant d'éternels conflits politiques si fait que la conquête et la gestion du pouvoir d'Etat trouvent souvent difficilement à s'accommoder de ce que prescrit cette démocratie tant prônée.
C'est donc vrai que la démocratie a des difficultés à prospérer en Afrique. La petite lecture diachronique qui vient d'être faite de la situation ne dispense certes pas de reconnaître la responsabilité énorme des gouvernants africains mais ces derniers étant eux-mêmes des produits de cette sorte de jeu de quilles qui se joue sur l'échiquier politique, n'est-il pas mieux indiqué de mettre l'accent sur la culture démocratique qui devrait être le crédo politique pour tous en Afrique ? Cela éviterait que l'on soit "fauve" pour conquérir le pouvoir et encore plus "fauve" pour le conserver car c'est bien cela la réalité aujourd'hui en Afrique ; une réalité qui justifie les violences et instabilités politiques débouchant souvent sur ces changements au forceps à la tête des Etats. Il faut que les politiciens africains arrivent à mettre au-dessus de leur petite personne, les intérêts des peuples. Cela éviterait qu'au sommet de l'Etat on soit à personnaliser, familiariser, clanniser ou ethniciser le pouvoir quand bien même on l'aura reçu d'un peuple qui se sera à un moment donné reconnu en l'individu et lui a accordé sa confiance. Les guéguerres artificielles entre premiers responsables d'exécutifs et de législatifs récemment connues au Sénégal avec les bagarres de chiffonniers entre le président WADE et ses Premiers ministres successifs ou le président de l'Assemblée nationale, Macky SALL ; en RDC avec la démission forcée du président de l'Assemblée nationale, Vital KAMERHE, sous la volonté du président Joseph KABILA découlent de cette réalité. Encore moins ces changements voulus par les peuples mais refusés par des autocrates comme au Kenya ou au Zimbabwe ou alors brutaux et anticonstitutionnels à la tête de l'Etat comme on l'a vu récemment dans plusieurs pays, notamment en Mauritanie, à Madagascar et particulièrement en Guinée-Bissau avec l'assassinat du président Joao Bernardo VIERA particulièrement inacceptables.
La réflexion ; on l'a dit, doit être menée et il n'est que temps d'autant qu'on clame partout la nécessité de l'avènement imminente des Etats-Unis d'Afrique. Traîner ce passif démocratique dans une union ne lui sera-t-il pas fatal ? L'épisode malgache de ces derniers jours ne prête pas à l'optimisme quant à la pacification du jeu politique en Afrique si rien n'est fait pour persuader les élites africaines que le pouvoir d'Etat n'est pas une fin en soi. Et en cela, l'Union africaine a un grand rôle à jouer. Ses condamnations et suspensions de ses instances restent dans le principe et ne semblent nullement affecter les auteurs de malversations politiques au sommet des Etats. Elle doit changer le fusil d'épaule en trouvant des méthodes plus coercitives pour faire respecter sa charte, ce qui sera du même coup inciter les politiques, à un respect du jeu démocratique. Malheureusement il faut reconnaître que la commission de l'UA dans sa formule actuelle est une structure sans réelle emprise sur la vie politique des Africains ; elle qui semble un simple secrétariat pour enregistrer les résultats des travaux des chefs d'Etat après les sommets de l'organisation. D'ailleurs le président en exercice de l'UA, le Libyen KADHAFI, ne lui assigne pas autre fonction, lui qui ne sourcille même pas pour contredire la lecture des situations par son premier responsable qui se fonde pourtant sur les dispositions de la charte. C'est dire qu'il va falloir donner à cette commission des pouvoirs plus élargis qui lui permettent d'avoir un minimum de crédit aux yeux des populations africaines et donc des acteurs politiques qui alors la prendront au sérieux.
Incontestablement, l'Union africaine peut et doit jouer un rôle essentiel dans l'instauration de la culture démocratique sur le continent. Mais pour cela, il faudrait que les responsables au sommet, notamment les chefs d'Etat, acceptent jouer le jeu et que les oppositions dans les pays intègrent les valeurs démocratiques, toutes les valeurs et non pas seulement celles qui sont à même de les aider à devenir calife à la place du calife. C'est à ces conditions qu'on s'évitera d'être toujours sur le gril et que le continent sera à l'abri de l'instabilité récurrente..o

- Fatogoma DOUSSE

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Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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