[Actualité] - [Annonces] - [Archives]
La Une du n° 600
Lettre de l'Editeur : N°600 du 15 au 21 Avril 2009

Des listes des hommes à celles des femmes !

Certains affirment qu’en responsabilisant les femmes en politique, on les pousse hors de leurs foyers, ce qui naturellement accroîtrait les tensions familiales et les conséquences malheureuses qui peuvent en découler. Que dire sinon qu’il n’y a qu’à voir comment les femmes sont actives et disponibles dans le milieu associatif pour se dire qu’il peut valablement en être de même en politique où d’ailleurs elles excellent plus que les hommes en matière d’assiduité. Pour d’autres, cette loi va entraîner des calculs politiciens de bas étage, des acteurs pouvant choisir de bourrer leurs listes de femmes pour prétendre à plus de financement. D’abord, cela n’est pas forcément imputable aux femmes ; ensuite, on peut bien imaginer des mesures pour décourager les éventuelles listes de complaisance en exigeant par exemple un seuil minimum à atteindre pour être éligible au bonus. On pourrait multiplier les exemples à loisir sans épuiser le débat, encore moins convaincre ceux qui auront choisi de ne pas l’être..

Assurément, cette première semaine d’après Pâques 2009 marquera en profondeur le paysage politique national. En effet, avec l’adoption de la proposition de loi portant financement des partis et formations politiques et des campagnes électorales, de la proposition de loi portant statut de l’opposition politique le 14 avril et la proposition de loi portant fixation de quotas pour les élections législatives et locales deux jours plus tard, bien de choses vont changer dans la manière de faire la politique au «Pays des hommes intègres». Depuis des années qu’on en parle, il n’était plus que temps de voir ces projets aboutir et devenir réalités même si les débats qu’ils suscitent sont loin de s’éteindre et qu’il faudra plus que des lois pour faire bouger les lignes. Certaines pratiques étant tant ancrées dans les us et coutumes qu’elles semblent être des éléments du décor. Il y a donc toujours de la place pour épiloguer, un débat qui n’est pas sans intérêt puisqu’une chose est de prendre des lois et une autre est de les faire appliquer. Surtout dans un domaine aussi semble que la politique où la vérité du matin peut s’avérer être le plus gros mensonge du monde le soir.
Plus que tous les autres, la loi (le projet devrait être adopté le jeudi 16 avril) portant fixation de quotas pour les élections législatives et locales sera une véritable révolution. Si elle s’adresse à l’un ou l’autre sexe en imposant au moins 30% de candidatures pour chacun des sexes, on comprend aisément qu’elle vise une discrimination positive en faveur des femmes. Dans ses dispositifs, elle prive les partis ou regroupements de partis qui n’atteindraient pas ce quota de 50% du financement public auquel ils devraient avoir droit. Par contre ceux qui iront au-delà bénéficieront d’un financement supplémentaire dont les modalités pratiques seront fixées par la loi sur le financement des partis et des campagnes électorales.
Bientôt, il faudra donc aux hommes, plus que par le passé, de se battre pour être sur les listes électorales. En effet, eux, qui avaient la propension à tout accaparer, devront désormais partager. Assurément, cela va compliquer davantage la tâche des responsables des partis qui avaient déjà un mal fou à dresser des listes consensuelles. C’est du moins l’avis de nombre d’analystes et d’acteurs de la scène politique, qui, s’ils ne voient pas cette loi d’un mauvais œil, y voient les germes d’une déliquescence du jeu politique avec tous les clichés, les stéréotypes et la mauvaise foi qui va avec, pourquoi pas.
Il faut dire que les raisons pour s’opposer à cette loi sont légion, d’autant que pour pousser certains au catastrophisme, il faut bien peu de choses. Le concert de réprobations qu’elle suscite avec des arguments dont la pertinence va quelquefois chercher dans un imaginaire pour le moins fertile laisse présager des difficultés qui se dressent sur le chemin tant il est vrai qu’en politique l’accessoire a très souvent plus de valeur que l’essentiel. Du moins, du point de vue du commun des mortels qui s’attend à ce que, le pire des cas, l’instinct de survie commande à privilégier l’essentiel.
Dans le cas présent, le hic est que plus les arguments sont recherchés et paraissent imparables, plus ils sont d’un incroyable simplisme.
Que répondre en effet lorsqu’on nous brandit sous le nez un «argument massu», comme celui des pesanteurs socioculturelles qui pèsent sur les femmes ou celui selon lequel on irait trop vite en besogne en cherchant à résoudre en une décennie ce que d’autres ont mis des siècles à construire, ou encore qu’on va exacerber l’adversité contre les femmes en en faisant des adversaires directes des hommes… ? Que tout simplement ces questions sont justement les réponses.
Parce qu’il y a trop de pesanteurs contre les femmes, il faut adapter la législation pour les combattre ; parce que d’autres ont mis des siècles en avançant pas à pas, que nous n’avons pas le droit de refaire comme eux comme si nous voulions réinventer la roue au lieu de nous en servir ; parce que les hommes refusent de compétir contre les femmes, il faut les y obliger… Certains affirment sans sourciller que ce serait la porte ouverte à la médiocrité parce que les femmes ne seront pas choisies en fonction de leurs mérites mais des places à pourvoir. Un argument aussi spécieux qu’il pue la mauvaise foi, car les élus hommes ont-ils seulement fait la preuve qu’ils étaient les meilleurs parmi les hommes ou encore se montrent-ils particulièrement indispensables par leur efficacité dans les fonctions qu’ils occupent ? Absolument pas, pour ne pas dire bien au contraire, puisqu’il n’y a qu’à regarder les travées de l’hémicycle par exemple pour s’en convaincre.
Certains affirment qu’en responsabilisant les femmes en politique, on les pousse hors de leurs foyers, ce qui naturellement accroîtrait les tensions familiales et les conséquences malheureuses qui peuvent en découler. Que dire sinon qu’il n’y a qu’à voir comment les femmes sont actives et disponibles dans le milieu associatif pour se dire qu’il peut valablement en être de même en politique où d’ailleurs elles excellent plus que les hommes en matière d’assiduité. Pour d’autres, cette loi va entraîner des calculs politiciens de bas étage, des acteurs pouvant choisir de bourrer leurs listes de femmes pour prétendre à plus de financement. D’abord, cela n’est pas forcément imputable aux femmes ; ensuite, on peut bien imaginer des mesures pour décourager les éventuelles listes de complaisance en exigeant par exemple un seuil minimum à atteindre pour être éligible au bonus. On pourrait multiplier les exemples à loisir sans épuiser le débat, encore moins convaincre ceux qui auront choisi de ne pas l’être.
C’est vrai que sous nos tropiques plus qu’ailleurs, il y a loin de la coupe aux lèvres et que l’engagement politique est beaucoup plus un engagement économique et bien pire souvent crypto-personnel qui défie jusqu’au bon sens dans certaines situations mais ce n’est pas pour autant qu’il faille refuser de bousculer les habitudes et les clichés, oser de nouvelles règles du jeu et se projeter dans un avenir qui ferait plus de place à la femme. Ceux qui crient « casse-cou » ne devraient pas pour autant être marginalisés car leurs réserves peuvent servir la cause pour peu qu’on se donne la peine de réduire leurs appréhensions. Dans un monde où on aime à maîtriser les règles du jeu pour mieux les contourner, il n’est pas de trop de cultiver la prudence même si au nom de celle-ci on ne saurait revendiquer le statu quo.
Notre démocratie peut espérer mieux. Surtout que d’autres ont essayé et réussi sans pour autant avoir fait preuve de plus d’intelligence. Dans certains pays, comme le Rwanda, qui plus est, sortait d’un drame d’une incommensurable cruauté, on est même arrivé à la parité dans les élections. D’autres nations ont réussi d’autres expériences dans d’autres domaines ; pourquoi le Burkina Faso faillirait-il ?
D’ailleurs, bien plus que certains ne le croient, nous avons de sérieux atouts pour réussir. Gageons que les femmes relèveront le défi. Avec les hommes.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

INFOS FLASH
LES MEDIAS DU FASO
LES DOSSIERS
index.gif
 
ZEDCOM © 2008 Tous droits réservé