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la Une du n°602 du 29/04/au 05/05/2009
La Une du n° 602

Retro-Rétro – Gouvernance: N°602 du 29 Avril au 05 Mai 2009

Le métier d’opérateur de pompes funèbres  au Burkina Faso

le cimetière municipal de Bobo est un exemple qui mériterait d'être suivi par la commune de OuagadougouLe sujet est sensible, voire délicat. La mort, si elle n’est pas un sujet tabou, dégage, tout de même, un mystère. De la peur même. Tout à son sujet est silence et crainte. Et le métier de croque-morts appellation péjorative des « Opérateurs de Pompes Funèbres » n’échappe pas à la règle. De sorte que, lorsque nous avons émis l’idée d’explorer le sujet, c’est du coin de l’œil que l’on nous regardait. « Quelle idée d’aller fourrer son nez dans un commerce de cercueil ? » S’interrogeaient certains. Pourtant, le sujet mérite qu’on l’aborde. Et pour cause, le respect dû aux morts n’est plus observé. Les cimetières sont aujourd’hui à l’abandon. Et quand l’édile de la capitale M. Simon COMPAORE confesse publiquement  à l’occasion des journées bilan de treize ans de gestion de la ville que : « Dans le domaine de la gestion des cimetières, la réussite n’était pas au rendez-vous… », c’est dire que l’heure est grave. Nous avons alors voulu savoir ce qui se passe. Pourquoi les pompes funèbres intéressent-elles très peu de gens ? N’est-ce pas une activité comme les autres ?  Comment travaillent ceux qui ont osé et comment sont-ils arrivés dans ce métier ? Quel rôle les pompes funèbres jouent dans la gestion des cimetières ? Comment peut-on améliorer l’état de nos cimetières ? Etc. Autant de questions auxquelles nous avons tenté, avec l’aide de spécialistes d’y voir plus clai. une vue de cercueils exposés en boutique

Avenue  de la Liberté, quartier Paspanga.  Devant  la concession qui fait office de siège de l’entreprise, deux entrées : une pour le personnel, et l’autre pour les clients. Nous sommes à BurkiSep. Une entreprise de pompes funèbres. A l’entrée client, une grande vitrine  où, depuis le bitume, on aperçoit, bien visibles, des cercueils exposés. A l’intérieur, le secrétariat est séparé de la partie boutique par une cloison de bois  rouge surmontée de vitre.  Puis des cercueils.  Deux, trois, quatre, dix, de toutes les qualités ; de simples, comme de luxueux. Il y en a de toutes les tailles, de tous les prix. Là nous sommes dans la partie boutique. A côté des cercueils exposés dans toutes les positions, sont empilées dans un coin, des nattes, pour ceux qui  n’auront  pas les moyens du cercueil, ou qui n’enterrent pas  au cercueil  comme les musulmans. Depuis la boutique, on entend de l’arrière cour, les bruits caractéristiques de scies électriques, des marteaux.  On sent même l’odeur du vernis au contact du bois. C’est l’atelier de fabrique des cercueils. S’y activent, une douzaine d’ouvriers. Certains coupent, d’autres clouent, rabotent, pendant que les plus jeunes vernissent.  Dans l’ambiance du travail, on se lance des boutades, on se raconte des histoires, on commente l’actualité. Comme dans toute entreprise « normale ».  On est bien loin du silence et du mystère  qui règne autour de la mort. Dans l’atelier de BurkiSep, on travaille comme dans n’importe quel atelier de menuiserie. Au milieu de la cour, entassés les uns sur les autres une vingtaine de cercueils en finition. Tout au fond dans deux magasins, sont entreposés également des cercueils. « Où est le journaliste ? » S’interroge le maître des lieux avec qui nous avons rendez-vous,  pendant que nous étions en train de nous frayer un chemin entre planches, cercueils en finition et autres matériels. Le maître des lieux, c’est M. Jacob ILBOUDO, actuel directeur général de BurkiSep. Son bureau est contigu à la boutique et une porte lui permet d’accéder à l’atelier. M Jacob ILBOUDO est un homme d’une quarantaine d’années, bien en forme.  Il est venu dans l’entreprise en tant que comptable.  « Au file des années au regard de mon dévouement dans le service, de mon sérieux, la confiance est née entre le défunt directeur fondateur Antoine TIENDREBEOGO et moi.  Il  m’a appris tous les rouages du métier. Après son décès on m’a confié la direction de l’entreprise», affirme M. ILBOUDO. Son bureau est sobre et moderne. Un divan pour  recevoir les visiteurs, une petite télé pour s’informer. L’odeur de cigarette qui embaume les lieux, trahit l’addiction de M. ILBOUDO au tabac. Au fond de la salle, sa table de travail avec un fauteuil directorial est digne de celui d’un patron d’entreprise moderne et sérieuse. Un ordinateur avec une imprimante montre que le service est informatisé.  Une étagère d’archives où l’on peut lire sur le dos des cartons bien rangés : factures de 2002, 2003, etc., ou encore, impôts, etc., convainc du professionnalisme de la boîte. Sur le mur, sont accrochés le portrait du directeur fondateur à côté duquel trône son diplôme  français de Thanatopraxie obtenu en juillet 1999. Visiblement l’entreprise fonctionne bien, et ceux qui y travaillent sont sans complexe, ils s’y plaisent.

Indispensables, mais mal aimés
Nombre de Burkinabè, ont la phobie de voir exposer des cercueils pour la vente et pire de savoir que des gens en ont fait un métier. C’est dire que ces derniers  ne portent pas dans leur cœur, M. Jacob ILBOUDO et ses compères  qui ont choisi de faire de cette activité,  leur gagne pain. Pourtant, des BurkiSep, on n’en compte même pas trois au Burkina. On ne se bouscule pas encore dans cette activité. Dans le secteur, il y a les professionnels comme  les Pompes Funèbres du Burkina (PFB) créées depuis les années 73, et Burkina Sépulture (BurkiSep) créée dans les années 90. Leur vie au quotidien, c’est la mort. Enterrements, exhumations, fabrication-vente de cercueils et de matériels de sépultures, transport de corps, organisation de rapatriements, etc. Des actes qu’ils posent au quotidien, tout comme le médecin ausculte, prescrit des ordonnances et fait des pansements. A côté de ces deux opérateurs, on compte des menuisiers funéraires peu nombreux également, qui ne font que dans la fabrication-vente des cercueils et matériels de sépultures. Seulement voilà, le métier d’opérateur  de pompes funèbres n’est pas bien vu dans nos sociétés. « J’avoue que je préfère encore mendier pour subvenir à mes besoins, que vendre des cercueils pour vivre. Parce qu’il faut que quelqu’un meurt, il faut qu’il y ait souffrance, deuil dans une famille pour que ces gens-là mangent… », s’offusque Bernard. O, agent de Banque.  Et  P. I. KABORE, vendeur de portables d’enfoncer le clou : « Dites moi, vous qui avez rencontré ces vendeurs de cercueils et autres croque-morts, leur arrive t-ils de dire comme n’importe quel commerçant que le marché est « naze » ? En d’autres termes que les marchandises ne s’achètent pas ? » Pourtant, tous reconnaissent qu’ils sont indispensables. « Certaines personnes dévalorisent le métier de fabricant de cercueils. Pourtant, sans ceux qui exercent ce métier, il y aurait problème. S’il n’y avait pas de cercueils, comment allait-t-on s’y prendre ? Dès lors que des gens meurent, il faut aussi cette activité de fabrique de cercueils… », estime à juste raison le maire Simon COMPAORE.

Leur vie quotidienne, c’est la mort !
Ne devient pas opérateur de pompes funèbres qui veut. Le métier, en plus de son caractère spécial a des exigences. Pour le directeur de BurkiSep : « Il faut des dispositions particulières pour exercer dans cette activité. La première disposition qu’il faut avoir, c’est de dompter sa peur de la mort, du cercueil, du cadavre, etc.  Quelqu’un qui a peur de ces choses-là devrait se trouver une autre vocation car il  ne peut pas travailler dans une pompe funèbre. »  Mais ce que nombre de gens ne savent peut-être pas, c’est qu’il y a même des écoles de formation, en Europe et au Nigéria pour ce qui est de l’Afrique de l’Ouest, pour  exercer une telle activité. La Thanatopraxie ou embaumement, est l’une des sciences qui y  sont enseignées. La Thanatopraxie est la science qui enseigne l’art de manipuler un cadavre. C’est une technique qui repose sur un système de drainage artéro-veineux qui permet de remplacer le sang du défunt par un liquide à base de formol de façon à fixer les tissus. Sont habilitées à exercer ce métier de thanatopracteur, les personnes titulaires d’un diplôme après une formation théorique et pratique.  Formation qu’a suivie en France, feu Antoine Sibiri TIENDREBEOGO, fondateur de l’entreprise BurkiSep. L'entreprise de pompes funèbres est responsable de l'organisation des funérailles d'un mort et du soutien de ses proches dans les premières démarches à effectuer à la suite de son décès. Lorsqu'un décès survient, les proches du défunt font appel à un entrepreneur en pompes funèbres, qui va déterminer avec ceux-ci le type d'obsèques, inhumation, le modèle de cercueil à utiliser, la date des funérailles, etc. Le rôle de l'entrepreneur de pompes funèbres sera aussi de faire réaliser une toilette mortuaire, l'habillage et la présentation du défunt à la famille. C’est ce qui se fait en Occident et dans certains pays africains comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, etc.  Au Burkina, c’est tout autre.  Dans un  pays comme la France, un code d’éthique et de déontologie régit l’activité. L’Article 3/1 de ce code stipule que : « L'exercice de la profession d'entrepreneur de pompes funèbres est une mission morale et de savoir-faire. Pour accomplir cette mission, l'entrepreneur doit être pleinement qualifié et demeuré toujours respectueux de la dignité humaine. » L’Article 4/1 qui traite de la publicité dit ceci : «  La réputation d'un entrepreneur est, avant tout, fondée sur sa compétence professionnelle et son intégrité. S’il fait de la publicité directe ou indirecte, celle-ci doit être réalisée en fonction et en pleine observance des lois sur les pratiques du commerce. Toutefois, la publicité agressive, intimidante, répétitive et harcelante, voire déstabilisante est interdite.» Ces entreprises de pompes funèbres n’échappent pas, tout  comme les autres entreprises aux impôts et taxes. Mais peut-on parler d’opérateurs de pompes funèbres et passer sous silence la question des cimetières dont l’état actuel est véritablement préoccupant ?

Pas de pompes funèbres sans cimetières
Le décès d'un proche est toujours un moment difficile auquel  on est  souvent peu préparé, donc fréquemment vécu dans l'urgence. En effet, rarement le  défunt  ne prend de son vivant, les dispositions nécessaires pour l'organisation de ses obsèques. Que faire alors ? Au Burkina, la solidarité aide à faire face aux problèmes. Les parents, amis et connaissances, sont là pour aider. Du coup, ce qui est un casse-tête  dans d’autres contrées (ouverture de la tombe, formalités administratives, obsèques, etc.) se règle à main levée. De ce fait, le rôle et l’importance des opérateurs des pompes funèbres sont méconnus sinon négligés, ignorés. En témoigne cette affirmation de V. OUEDA agent de liaison : « Ceux qui ont recours aux services des pompes funèbres c’est ceux qui vivent comme des Blancs qui ne sont pas sociables. Sinon pourquoi payer pour qu’on creuse une tombe ou même enterrer ? » En effet, elles ne sont pas nombreuses, les familles qui s’approchent de ces services compétentes pour, demander conseil.  D’ailleurs, les us et coutumes veulent que les membres de la famille du défunt soient toujours bien entourés. Mais cette solidarité n’est pas sans conséquence pour les cimetières. Ceux qui creusent les tombent, le font dans l’anarchie la plus totale. Pour Jean-Paul, homme de médias : « L’état actuel de nos cimetières n’est pas  à l’honneur de  notre pays. Chaque jour que Dieu fait des tombes sont profanées, les cimetières sont devenus des dépotoirs d’ordures. A telle enseigne que, lorsqu’on y va pour un enterrement, c’est comme si on y allait pour jeter la personne, parce que le cadre n’est pas agréable.  Si ces lieux représentent la dernière demeure de nos défunts il faut qu’on fasse quelque chose. »  « Dans la gestion des cimetières, la réussite n’était pas au rendez-vous. Nous avons fait des clôtures qui ont été détruites par des brigands. Nous avons essayé de creuser des tombes pour faciliter la tâche à ceux qui seront confrontés quelquefois à des difficultés…Bref, c’était une expérience qui n’a pas été bien acceptée… » Cette confession du bourgmestre Simon COMPAORE démontre à quel point le sujet est sensible. La sensibilité du sujet, la marginalisation des acteurs de pompes funèbres par une  frange de la société, ne sont pas pour arranger la situation. « On m’appelle le croque-morts, dans mon quartier et il y a des gens qui ne veulent même pas s’asseoir sur le même banc que moi. Encore moins accepter prendre quelque chose venant de moi, » confie tristement L. D, ouvrier  dans une des maisons de Pompes funèbres.  Les efforts de la municipalité ont été étouffés dans l’œuf, les opérateurs de pompes funèbres n’ont aucun droit de regard dans ce que font les uns et les autres dans les cimetières. Sauf  au cimetière municipal qui est géré par l’entreprise Pompes Funèbres du Burkina (PFB).

La mairie  est-elle  seule  responsable ?

"Montrez-moi la façon dont une nation ou une société s'occupe de ses morts et je vous dirai avec une raisonnable exactitude les sentiments délicats de son peuple et sa fidélité envers un idéal élevé." Cette affirmation de William  Ewart Gladstone (1809-1898), est encore d’actualité et doit interpeller chaque Burkinabè. En témoigne l’état désastreux et d’abandon des cimetières. « Les gens font ce qu’ils veulent sans  aucun respect des normes. Il y a des règles  en matière de traitement des corps, de préparation des tombes, mais au regard de ce qui se passe dans nos cimetières, c’est  déplorable. Sur un espace de 9m2 sur lequel on peut enterrer trois à quatre personnes, on utilise cet espace pour une ou tout au plus, deux personnes. Vous comprenez donc que  la gestion n’est pas rationnelle», s’indigne cet autre professionnel. Pourtant, la loi N° 055-2004/AN portant code général des collectivités territoriales au Burkina en son article 101 donne aux autorités communales un certain  nombre de prérogatives. La commune urbaine et celle rurale  ont : « Pouvoir de réglementation en matière de pompes funèbres et de cimetières dans le territoire communal ; aménagement et gestion des cimetières ; délivrance des permis d’inhumer ou d’autorisations de transfert des restes mortels ; contrôle du respect de la réglementation en matière d’opérations funéraires et de transfert des restes mortels ; création et gestion des pompes funèbres ; construction, entretien et gestion des morgues. » Mais pour certains observateurs, ce n’est pas la faute des populations. La réalité est que la situation découle des habitudes qui n’ont pas été encadrées par  l’administration  publique et plus tard communale.  De ce fait, la gestion des cimetières s’avère complexe. « Aujourd’hui aucune inhumation ne se fait avec un permis. Si quelqu’un décède dans une famille, le premier reflexe c’est de déterminer le cimetière dans lequel on va inhumer sans se référer à une autorité communale qui a pourtant la responsabilité de ces actes administratifs », affirme un professionnel du secteur. Pourtant, il revient que la mairie délivre des permis d’inhumer pour des cas de cadavres dont les parents sont introuvables depuis trois jours après communiqués dans les médias. « Si tel est le cas le maire Simon COMPAORE doit prendre ses responsabilités et mettre de l’ordre dans ses services. Il n’est pas concevable que des cadavres sans parents aient des permis d’inhumer tandis que nos parents décédés sont enterrés sans papiers. Le maire doit rendre obligatoire le permis d’inhumer. », s’insurge Assane K. étudiant en Droit. En la matière, le Burkina traine les pieds par rapport à des pays comme le Ghana, la Côte-D’Ivoire, le Sénégal, etc. Il en est de  même en ce qui concerne la  gestion et l’entretien des cimetières. Ces volets sont confiés à des entrepreneurs de pompes funèbres. Mais le maire pourra-t-il changer les mentalités ? Rien n’est moins sûr. Même si les opérateurs du secteur pensent pouvoir relever le défi « Nous pensons qu’il est grand temps qu’on confie la gestion des cimetières à des professionnels qui seront à même de donner un autre visage à ces dernières demeures. Nos cimetières ont besoin d’un entretien périodique et d’une surveillance permanente. Mais cela ne sera possible que si la mairie implique les populations dans chaque action, chaque décision. La sensibilisation doit être le maître mot pour arriver à un changement de mentalité. » C’est l’avis du directeur de BurkiSep. Un souhait partagé par le maire quand il dit : « Nous n’avons pas la capacité de gérer les cimetières nous-mêmes.  Ce n’est pas du fonctionnariat qu’il faut à ce niveau. Il faut en faire une activité…Il nous faut des gens qui ont l’expertise dans la gestion des cimetières.  Au fond, nous avons compris qu’il faut une structure qui veuille s’occuper de la gestion des cimetières… » Jean Cocteau  disait que : "On ferme les yeux des morts avec douceur. C’est aussi avec douceur qu’il faut ouvrir les yeux des vivants." Que chacun fasse donc son boulot pour que nos morts reposent en paix.o

Frédéric  ILBOUDO

Dr Ludovic KIBORA  anthropologue à INSS

«L’acceptation du croque-mort dans le milieu traditionnel  est plus élevée que dans le milieu moderne»

Dans toute société, la question de la mort est fondamentale, parce que son  traitement est fortement culturel. Et dans un pays comme le nôtre où il y a plus de 60 ethnies, il y aura donc autant de façon de traiter les morts. Comment dans la tradition les morts sont-ils traités ? Existe-t-il des croque-morts dans ces sociétés traditionnelles ? Comment sont-ils considérés ? Leur importance ? Etc. Connaître le passé de ce métier permettra de mieux cerner son présent,  pour mieux envisager son avenir. C’est ce qui  nous a guidés vers l’anthropologue Ludovic KIBORA, de l’Institut national des sciences sociales.

Le métier de croque-morts a toujours existé. Chaque société a sa façon de traiter ses morts, chaque société a ses croque-morts. Toute l’histoire socioculturelle  de l’individu, c’est à travers la façon dont il est traité après sa mort, qui détermine son importance. Dans la tradition, le mort rejoint les ancêtres. D’où cette affirmation  du Dr Ludovic KIBORA. «…dans toutes les sociétés et selon les compréhensions religieuses, il y a un au-delà et cet au-delà est occupé par  un autre monde qui est une reproduction identique du monde d’ici-bas. De ce point  de vue, il ne doit pas  y avoir de manquement dans le traitement de l’individu qui est mort et de la mort tout court.» D’où l’importance de suivre le rituel consacré, que seuls les croque-morts maîtrisent. «Dans la société traditionnelle, n’est pas croque-morts qui veut. Puisque ce sont eux qui sont chargés de s’occuper du cadavre donc, de s’occuper de la mort physique.  Dans certaines sociétés ce sont des activités qui sont liées à des sectes, dans d’autres, cette charge revient à un lignage à qui est dévolu cette fonction. Une fonction qui équivaut à celle qu’exerce le chef de terre qui appartient aussi à un lignage.  En plus du fait qu’ils appartiennent à un lignage particulier, il y a le fait qu’ils doivent passer par un certain nombre d’étapes.  Il y a tout un processus de formation qui passe par des étapes mystiques et religieuses et amène l’individu à acquérir une certaine puissance, une certaine force occulte qui lui permet de faire son travail.» Soutient l’anthropologue.  Le  Dr affirme également que, dans la société traditionnelle, les croque-morts s’occupent  des morts  et  sont payés sur cette base. «Ils font un boulot qui est assez compliqué que le commun des mortels ne peut pas faire. Ce qui fait qu’ils se retrouvent dans une situation plutôt marginale ; des gens qui ne sont  pas rejetés, mais, qui ne sont aimés n’ont plus, puisqu’ils se retrouvent toujours dans une situation douloureuse. La société a toujours besoin d’eux parce qu’ils rendent un grand service.» Le croque-mort n’est pas n’importe qui dans la société traditionnelle. Il est craint, respecté. Mais pourquoi ce n’est pas le cas dans la société moderne? Pour le Dr KIBORA «L’acceptation du croque-mort dans le milieu traditionnel local est beaucoup plus élevée que dans le milieu moderne. Tout simplement parce que  dans le milieu culturel local, on a affaire à la même culture et à la même société, et le croque-mort appartient à un lignage qui apporte des services à la société. Alors que dans le milieu moderne lorsque les gens font le transfert ils se disent, que ceux qui officient comme croque-morts,  le font pour l’argent. Du coup, dans la société traditionnelle, il y a l’acceptation, et il y a le rejet et peut être qu’à ce niveau la balance est équilibrée, mais lorsqu’on transfert  cela dans le milieu moderne, le rejet va être beaucoup plus élevé, puisqu’on a affaire à des individus neutres qui ne sont pas de notre culture. Sur le plan religieux, on ne connaît pas toujours  la religion des individus qui y travaillent.» Le peu de vision négative qu’on avait des croque-morts dans le milieu traditionnel parce qu’ils n’étaient pas comme les autres, s’est développé pour se greffer au monde moderne ce qui d’ailleurs n’est pas sans conséquence pour la profession.  La psychologie a une autre explication sur le rejet des opérateurs  de pompes funèbres dans la société. Ce rejet est lié à la peur que l’être humain a face à la mort. «Le rejet des opérateurs funéraires naît en partie de la peur de la mort qu’éprouvent les gens. Quand des gens enterrent, exhument, lavent, et transportent des cadavres, ça veut dire que ces derniers ont dépassé cette peur. Alors s’ils ont dépassé cette peur, sont-ils encore humains ?». S’interroge M. Athanase NIKIEMA, psychologue au  Réseau africain des jeunes contre le Sida (RAJS). Mais, que ce soit dans la vie moderne ou dans celle traditionnelle, c’est un métier qui est indispensable. Il faut donc composer avec eux. Surtout que l’état actuel de nos cimetières laisse  à désirer et que ces derniers peuvent y apporter leur expertise. Profanation de tombes, insalubrités, occupations anarchiques des espaces, non-respect du lieu cimetière, etc., sont, entre autres, état de nos cimetières aujourd’hui. Mais pour l’anthropologue, cela s’explique: «Si vous voyez que les gens n’ont aucun respect pour les cimetières, c’est parce qu’ils estiment que ce sont des morts anonymes, ce ne sont pas des morts de chez eux (village, ethnie, etc.). Nous sommes dans un monde  moderne où on amène les gens à traiter les morts selon un canevas, une conception qui n’est pas forcément de leur coutume, de leur tradition. Dans un cimetière, il y a des mossé, des gourounsi, des bobos, etc., et même des étrangers.  On y enterre tout le monde avec tout le monde. C’est dire que sur le plan psychoculturel les gens ne se retrouvent plus. La conception de l’abandon prend beaucoup plus le dessus sur les autres aspects. Culturellement, ils ne se sentent pas forcements liés à ces morts. Mais aujourd’hui, il est possible de moderniser la gestion de nos cimetières et celle de nos morts. Déjà sous le couvert de  nos religions, on peut le faire mais il faut faire attention surtout au niveau de l’administration, pour éviter que les mécanismes ne soient lourds. Pour des situations comme ça, il faut des services de proximités  qui seront organisés depuis la morgue jusqu’au cimetière. C’est progressivement et dans la sensibilisation  que l’on peut y arriver

Frédéric ILBOUDO

 

«Les opérateurs de pompes funèbres sont indispensables», dixit les religieux

L’un est imam de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Burkina (l’AEEMB) et du Cercle d’étude et de recherche et de formation islamique (CERFI). L’autre est religieux camillien et curé de la paroisse de Saint Camille. L’imam Ismaël TIENDREBEOGO et le Père Curé Prosper KONTIEBO sont les deux hommes de foi que nous avons rencontrés pour qu’ils nous éclairent sur les visions de leurs confessions religieuses sur les opérateurs des pompes funèbres. Avec eux il a été aussi question de l’état actuel de nos cimetières. Des solutions à même de faire de ces lieux des cadres dignes de repos éternel pour les défunts ils en ont également proposé.

Imam Ismaël TIENDREBEOGORien dans les religions révélées n’interdit ou ne prescrit sur le métier d’opérateur de pompes funèbres. Chaque confession religieuse accueille à sa manière et avec ses principes et dogmes, l’exercice de ce métier. Les deux hommes de Dieu que nous avons rencontrés sont unanimes à reconnaître leur indispensable existence. Pour l’imam TIENDREBEOGO : « En l’Islam l’enterrement  est  une obligation collective et s’il y a des gens qui s’en chargent, il n’y a aucun problème. Mais devenir un professionnel du secteur, je ne crois pas que dans la tradition il y ait des exemples  de ce genre sur lesquels je peux m’appuyer pour vous en parler. Curé Prosper KONTIEBOJe pense que cela ne pose aucun problème dans la mesure où il faut ces genres  d’activités  pour que les populations  puissent faire face en cas de besoin. Mais la question qui reste posée  est de savoir si ceux qui font ce métier  doivent souhaiter que les gens meurent pour que leurs  activités  soient florissantes ?  Toujours est-il que l’activité liée au commerce des objets relatifs aux sépultures ne sont pas interdits par l’Islam. Si la personne qui est dans cette activité est musulmane ça va être  sa part de contribution pour la sépulture des musulmans que de ne pas rechercher trop de bénéfice vis-à-vis des  familles éplorées. » Le Père Prosper lui soutient que : « C’est l’évolution de la société qui commande l’existence de ces opérateurs de pompes funèbres, sinon, c’est aux familles de s’occuper de leur mort. Mais maintenant que de plus en plus cela se retrouve dans les mains des pompes funèbres, j’ai comme l’impression qu’au niveau culturel il y a comme un manque. Mais les opérateurs de pompes funèbres font un travail noble. Dans le sens que ce qu’ils font répond à la vision chrétienne. Parce qu’ils prennent soin du corps, ils font ce qui est nécessaire pour que le corps soit bien traité et si cela est le cas, je peux dire que cela répond aux attentes de l’Eglise. »  Donnant son avis sur le rejet que vivent les opérateurs des pompes funèbres le curé ajoute : « Ce sont les préjugés qui éloignent les populations des croque-morts. Je pense que le rejet  qu’ils subissent est dû au fait que le poids de la tradition fait d’eux des personnes craintes  parce qu’ils seraient dotés de forces mystiques. L’autre aspect lié au rejet des opérateurs de pompes funèbres est la peur que les gens ont de la mort. La mort était vue avant, comme un retour à Dieu, où chez les ancêtres. C’est selon. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas, parce que les gens sont  de moins en moins religieux. La foi en Dieu est en train de s’effriter, ce qui fait qu’on a  peur de la mort. Qu’on soit chrétien, musulman, ou de la religion traditionnelle, lorsqu’on a foi  que la vie existe après la mort, en ce moment, la mort ne fait plus peur.» Les prescriptions des religions musulmane et catholique sont différentes en ce qui concerne la sépulture, mais ont le même objectif : offrir aux défunts une dernière demeure digne d’un être humain. Ces prescriptions tirent toutes leur essence des livres saints que sont la Bible et le Coran.  Aucune des deux religions selon nos deux responsables n’exigent ou ne prescrivent l’enterrement au cercueil. « La prescription religieuse, n’est pas directe, mais par déduction. Lorsque le prophète Mahomet (Paix et salut sur lui) est décédé, il a été enterré dans un vieux pagne. Abou Bakr également dans ses dernières recommandations avant son décès a  demandé à être enterré avec le tissu sur lequel il était couché. Et il a dit aux gens que les vivants ont plus besoin de choses neuves que nous les morts. Dans l’Islam, il n’y a pas un intérêt à dépenser inutilement pour ce qui est de l’ensevelissement. Il n’est pas nécessaire de chercher à enterrer avec un cercueil qui coûte très cher souvent et qui  peut être une cause d’affliction pour la famille déjà déplorée. Ce n’est pas une interdiction absolue, mais l’islam veut que l’enterrement ne soit pas  une occasion de débauche d’argent pour les parents du défunt» ; affirme l’imam TIENDREBEOGO. Ce que confirme le Père curé quand il dit : « L’enterrement au cercueil n’est pas une prescription chrétienne, car les chrétiens peuvent aussi enterrer sans cercueil, comme avec un cercueil. Il n’y a pas de prescription à ce niveau. Si l’on se réfère à l’Evangile, à  la mort du fils de la veuve de Naïm, le corps était transporté avec un cercueil, et la Bible dit que Jésus toucha le cercueil, et ceux qui portaient le cercueil le déposèrent pour que le Christ ressuscite le mort. L’illustration parfaite de l’enterrement sans cercueil vient de l’exemple de la mort du Christ lui-même.  L’utilisation du cercueil est fonction des possibilités de chacun. »
A la question de savoir quel regard ils portent sur l’état actuel de nos cimetières, c’est comme s’ils s’étaient concertés. Pour le curé : « Nos cimetières n’ont pas de clôtures, pas de voies d’accès pour certains, certains sont devenus des dépotoirs d’ordures, etc.  Aujourd’hui les enterrements se font à la sauvette, à la hâte.  Personne ne veut arranger les cimetières, personne ne veut prendre sur lui la charge de poser pas même le débat sur l’entretien des cimetières, et là encore l’élément peut intervient parce que les gens se disent que si tu oses tu risques de partir toi aussi. C’est la peur de la mort qui fait que nos cimetières sont à l’abandon.  Aller au mois d’octobre ou novembre dans nos cimetières, mais c’est lamentable vous voyez que l’herbe étouffe nos défunts et ça n’émeut personne.» Et l’imam TIENDREBEOGO de renchérir : « Nos cimetières sont à l’abandon parce qu’ils ne sont pas gardés, de sorte que ceux qui ont des besoins en termes de restes humains peuvent y accéder et profaner les tombes. Et je pense qu’il faut que les autorités prennent des mesures pour résoudre ces problèmes.»

Que ce soit au niveau des religieux, des politiques, où des citoyens lambda, tous souhaitent un meilleur visage pour nos cimetières. Seulement, chacun y va de sa vision, de ses propositions. « Je pense qu’il serait souhaitable qu’on essaie d’ériger des cimetières pour chaque confession religieuse afin que chacun puisse enterrer ses morts selon ses rites.  En l’Islam, une tombe c’est de la matière qui rejoint de la matière. Ce qu’il y a, ce sont les activités spirituelles que nous pouvons faire pour la personne et rien n’interdit au musulman de rendre visite à des proches disparus au cimetière.  C’est une recommandation prophétique qui dit de se rendre au cimetière pour visiter ses proches parce que cela fait revivre la foi. » Pour le père Curé : « Pour changer l’état actuel de nos cimetières, il faut  une sensibilisation générale à tous les niveaux. Il faut que le débat sur l’état de nos cimetières soit posé à tous les niveaux de notre société. Que toutes les confessions religieuses, les autorités locales et centrales, tous comme les citoyens ordinaires puissent participer au débat. Il faut qu’on ait le courage d’en parler et qu’on ne regarde plus le cimetière comme un tabou. Il faut crever l’abcès pour amener un changement de mentalité. Si nous croyons que ceux qui reposent dans nos cimetières attendent le jour de la résurrection, c’est clair que nous allons entretenir ces lieux. Mais si pour nous une fois mort c’est fini il n’y a plus rien, en ce moment on ne trouve plus nécessaire de s’occuper des tombes. C’est pour dire que la foi est un facteur qui peut et doit nous amener à mieux aménager le cadre de repos de nos morts.»  Le débat est donc posé, que chacun apporte sa contribution.

Frédéric ILBOUDO

Jacob ILBOUDO, directeur général de BurkiSep

«Dans un futur proche, les places manqueront dans nos cimetières»

Burkisep est une maison de pompes funèbres créée  dans les années 90 par feu Antoine Sibiri TIENDREBEOGO.  Elle offre des services tels que la  fabrique et la vente des cercueils, les enterrements et des exhumations, le transport de corps, et organise des rapatriements de corps du Burkina vers d’autres pays.  Son directeur actuel, M Jacob ILBOUDO, dans cette interview, nous parle de son métier, de ses difficultés et de son avenir. A sa demande nous ne publierons pas sa photo.

Comment supportez-vous le regard des gens ?
Nous avons tellement été l’objet de rejet, de critiques mais surtout d’hypocrisie de la part des gens qu’à un moment donné, il faut se dominer, se surpasser, pour ne pas considérer ce que les gens pensent. Si à chaque fois, tu dois tenir compte de ce que les gens pensent, tu ne feras que soupirer et te mettre en arrière.  Le chien aboie, la caravane passe. Pour ma part, comme d’ailleurs tous ceux  qui travaillent à BurkiSep,  nous sommes arrivés à la conclusion, qu’il faut vivre sa  vie, sans tenir compte des qu’en dira-t-on.

Comment selon vous, on peut changer le regard des gens par rapport à votre métier?
La sensibilisation. Ce n’est que  par ça qu’on  pourra arriver à changer le regard des uns et des autres par rapport à notre métier. Pour vous dire à quel point c’est sérieux, il y a des gens, quand ils passent sur l’avenue de la Liberté, arrivés à notre niveau, ils détournent  le regard pour ne pas voir les cercueils exposés en vitrine, c’est tout vous dire. Face à des gens comme ça, pensez vous qu’on puisse avancer ? Il faut sensibiliser pour un changement de mentalité.  Je vais vous faire une confidence ;  au début, les voisins ne voulaient pas de nous  ici. (NDLR au siège situé à Paspanga). C’est après de longues  tractations,  et du fait  que nous aussi nous avons  tenu  bon, qu’aujourd’hui nous sommes tranquilles ici et nous vivons en  parfaite harmonie avec tout le monde. Mais au début ce n’était pas évident, aujourd’hui je dois avouer qu’il y a des avancées notables.

Quelles sont les différentes prestations que vous offrez au public ?
Il faut dire avant tout que, nous sommes une entreprise à caractère  morale et sociale et toutes les prestations que nous offrons se discutent. Que ce soit le coût des cercueils, l’enlèvement de corps, l’enterrement, les exhumations, etc., il y a les prix marqués, mais on s’arrange toujours avec les familles parce que nous n’oublions jamais qu’avant tout, elles sont éplorées. Cela dit, le coût d’un enterrement varie entre 100 000FCFA à 300 000 mais derrière ces prix que d’aucuns pourraient juger chers, il faut dire que tout ou presque est réinvesti dans la prise en charge hygiénique du personnel, car, pour ceux qui ne le savent pas, manipuler un cadavre requiert l’utilisation de produits chimiques et une extrême précaution pour ne pas s’intoxiquer. Pour ce qui est des exhumations il faut  savoir qu’il y a des préalables qu’il faut observer. Une exhumation ne peut se faire qu’après cinq ans d’enterrement. Avant les cinq ans pour procéder à une exhumation, il faut une autorisation du procureur.  Si le corps est enterré depuis plus de cinq ans,  mettons 10 ans, 15ans, vous faites une demande d’autorisation d’exhumer à la mairie qui vous autorise, après avis d’un service de pompes funèbres pour procéder à l’exhumation. Le coût de l’exhumation le plus élevé que nous pratiquons est de 400 000fcfa et là encore comme je vous l’ai dit plus haut, ça se discute. Quant aux cercueils, les coûts vont de 42000 à 580 000FCFA et là aussi, il faut dire que cela dépend. Si c’est pour un enterrement à domicile ou dans un caveau, il faut zinguer le cercueil et cela peut coûter trois à quatre fois plus cher que le prix du cercueil le plus cher. C’est pour cela d’ailleurs que les gens ne demandent pas de zinguer le cercueil quand bien même ils enterrent à domicile ou dans un caveau. Ce sont pourtant des négligences qui peuvent avoir de graves conséquences à court  moyens ou long terme pour les familles et même pour les populations. Des mesures vigoureuses doivent être prises dans ce sens pour que les normes en la matière soient respectées.

En tant que professionnel, que pensez-vous de l’état actuel de nos cimetières ?
J’avoue que l’état actuel de nos cimetières n’est pas à l’honneur de  notre pays.  Chaque jour que Dieu fait, des tombes sont profanées, les cimetières sont devenus des dépotoirs d’ordures. Si ces lieux représentent la dernière demeure de nos défunts, nous devons revoir la copie. Nos cimetières ont besoin d’un entretien périodique et d’une surveillance permanente. Nous qui sommes dans le domaine, nous sommes disposés à donner des conseils et des accompagnements à ceux qui le souhaitent. Pour un enterrement que ce soit dans un cimetière, dans un caveau  ou  à domicile, il y a des consignes à respecter que les gens n’observent pas toujours parce qu’ils ne  s’y connaissent pas.    

Au regard de la situation, pensez-vous que des décisions communales contraignantes  puissent être acceptées par les populations ?
Si la mairie en tant que responsable des cimetières selon la loi organisant la décentralisation prend des décisions,  je ne vois pas pourquoi les populations  ne les respecteraient pas. Nous sommes peu nombreux dans notre secteur d’activité de sorte que nous ne pouvons même pas nous organiser  en association pour faire entendre notre voix. Il existe des arrêtés municipaux que les gens avaient commencé à respecter, mais au fil du temps, ce n’est plus le cas. Un  exemple type est l’arrêté municipal interdisant toute inhumation au-delà de 18h. Mais que constatons-nous aujourd’hui ? Même à 23h, minuit, vous trouverez des gens qui sont en train de creuser des tombes dans les cimetières. Certains cimetières sont aujourd’hui déclassés mais vous trouvez des gens qui vont aller dans ces cimetières faire tout pour trouver  des espaces pour insérer leur parent, comme si on voulait se débarrasser de lui parce qu’ils n’auront jamais la parcelle normale qu’il faut. Le comble, ils vont creuser et au bout de 50 cm à un mètre ils sont face à des ossements  ou carrément à un autre corps puisque c’est la tombe de quelqu’un d’autre. Ce sont des comportements insensés. Je pense qu’il est temps qu’au niveau du conseil municipal, et pourquoi pas au parleme la question de la gestion des cimetières soit posée pour qu’ensemble on trouvent les voies et moyens pour prendre des textes à même de réglementer la situation. Au cas contraire notre pays sera confronté à des difficultés dans  les décennies qui viennent, et la ville de Ouagadougou sera la première à ressentir  les coups et plus tôt que vous ne le pensez.  Une réglementation du secteur  mettra plus en valeur notre métier parce que  jusque-là, aux yeux de la société, nous ne sommes pas bien perçus. Il faut aujourd’hui une morgue municipale indépendante de la morgue de l’hôpital qui à mon avis est dépassée.

Que faut-il faire  pour donner un meilleur visage à nos cimetières ?
Pour que nos cimetières soient un cadre agréable  pour les morts ainsi que pour les vivants, il faut la conjugaison de plusieurs efforts. Il faut d’abord qu’on en fasse une priorité. Que la mairie confie la gestion des cimetières à des professionnels, et que ceux-ci commis à ces tâches puissent dégager, en accord avec la mairie, des taxes au profit du budget communal. Il y a des investissements préalables que la mairie aura à faire. La construction des clôtures, l’ouverture des voies, ainsi que la parcellisation des tombes. Si cela est fait, il nous appartiendra maintenant à nous professionnels de veiller à ce qu’on n’enterre plus de façon désordonnée. Il nous suffit de mettre  au niveau de chaque cimetière, un service de pompes funèbres qui aura la charge, d’enregistrer et de déterminer avec la  famille de la personne décédée, la parcelle  pour leur  permettre d’avoir accès  au cimetière et de procéder à l’ouverture de la tombe selon les règles de l’art puisque des éléments seront présents pour veiller à cela.   Ces mêmes  services  pourront fournir à l’INSD (Institut national de la statistique), des données statistiques à travers les registres qui seront tenus au quotidien. Comme vous le savez, au niveau des services de santé les statistiques en matière de décès ne sont pas fiables pour la simple raison qu’il y a des lieux de décès autres que  ces services. Mais quel que  soit l’endroit du décès, à 98%, l’enterrement aura lieu dans un cimetière.

Et si rien n’est fait ?
Si rien n’est fait, au regard de la situation actuelle  et  l’anarchie dans laquelle les inhumations se font, nous aurons un problème de place dans un futur proche.
Avez un mot à dire aux Burkinabè par rapport  à

Dites-moi  avez-vous peur de la mort ?
Non je n’ai pas peur de la mort, parce que, à partir du moment où c’est une réalité immuable et que quel que soit ce que tu fais, elle va venir, moi je n’ai pas peur. Par contre, j’ai peur de la façon de mourir.o

Frédéric ILBOUD

Cimetières et pompes funèbres, le talon d’Achille de  Simon COMPAORE ?

Les difficultés de l’exercice du métier d’opérateur de pompes funèbres, ne se limitent pas au  rejet d’une frange de la population.  Même les textes de loi qui régissent  le métier sont difficilement applicables. Pourquoi ? Nous avons rencontré la commune de Ouagadougou pour comprendre.

Simon COMPAORE, maire de la ville de Ouagadougou a du pain sur la plancheVotée depuis cinq ans, la loi N° 055-2004/AN portant code général des collectivités territoriales au Burkina rencontre des problèmes. C’est le cas de son article 101 qui stipule que la commune urbaine et celle rurale  ont : « pouvoir de réglementation en matière de pompes funèbres et de cimetières dans le territoire communal ; aménagement et gestion des cimetières ; délivrance des permis d’inhumer ou d’autorisations de transfert des restes mortels ; contrôle du respect de la réglementation en matière d’opérations funéraires et de transfert des restes mortels ; création et gestion des pompes funèbres ; construction, entretien et gestion des morgues. » Rares sont les communes urbaines, n’en parlons pas de celles rurales qui ont posé des actes dans ce sens. La sensibilité du sujet commande une extrême prudence et surtout une large concertation. De sorte que tout reste toujours en l’état. La preuve, c’est à la direction de l’Etat Civile de la population et des Armes de la commune qu’échoie cette responsabilité, mais c’est le directeur de la propreté de la ville qui sera notre interlocuteur. Pour M. Mahamadou CISSE, « Ce n’est pas les projets dans ce domaine qui manquent, mais convenez avec moi que la commune a d’énormes priorités. Rien que pour l’enlèvement et le traitement des déchets solides  de la ville, la mairie débourse annuellement plus du milliard. Les projets existent, la volonté est là, mais les moyens sont limités. » En matière de projets et selon le directeur de la propreté, « pour les deux, trois années à venir, nous allons commencer à clôturer deux à trois cimetières par an en attendant la privatisation proprement dite de ces cimetières et procéder à l’aménagement d’un cimetière municipal. Nous avons également en projet la construction de deux morgues municipales. » Donc, le souhait du maire Simon COMPAORE pour qui, « Il nous faut des gens qui ont l’expertise dans la gestion des cimetières.  Au fond, nous avons compris qu’il faut une structure qui veuille s’occuper de la gestion des cimetières… », sera exhaussé. Dans les années à venir donc, les cimetières seront privatisés. C’est pourquoi, les responsables de la commune veulent préparer les esprits à cette éventualité. « Dans notre pays les questions de la mort et des cimetières restent un sujet tabou, mais je crois qu’il faut qu’on dépasse cela. C’est à la  commune d’amener les populations à changer de mentalité en mettant l’accent sur la sensibilisation et la conscientisation. Aujourd’hui lorsqu’on parle de confier la gestion des cimetières à des privés, ce concept est très mal vu. Parce que les gens se disent que désormais ils devront débourser de l’argent pour enterrer leurs morts. Mais il faut qu’on en arrive à cela. Au niveau de la commune de Ouagadougou, on estime qu’en confiant la gestion d’un certain nombre de cimetières à des privés, la gestion sera davantage plus efficace.  Si on veut suivre les ressentiments de certains, les cimetières de la ville de Ouagadougou vont demeurer en l’état sans évolution positive allant dans le sens du respect de la mémoire de nos disparus. Parce que la commune elle seule ne peut gérer efficacement les  21 cimetières de la ville.  Il faut  que de plus en plus, les populations se mettent à l’idée, que les cimetières, l’état des cimetières, qui sont aujourd’hui délabrés, ne sont pas le seul fait de la commune de Ouagadougou, elles ont également une part de responsabilité.
Il faut que les Ouagalais se préparent déjà par rapport à une privatisation d’un certain nombre de cimetières, au niveau de la ville de Ouagadougou. Psychologiquement, tout le monde doit se préparer.» Soutient M. CISSE.  Nous n’en saurons pas plus sur la délivrance des permis d’inhumer. Pas plus également sur les rapports que les services de la mairie entretiennent avec les opérateurs de pompes funèbres. Tout porte à croire que  les cimetières et les   pompes funèbres constituent des cauchemars pour le maire Simon COMPAORE du fait de leur caractère sensible et délicat.o

Frédéric ILBOUDO

Conseils pratiques en cas de décès d’un proche

En cas de décès, il est recommandé à la famille de demander l’acte de décès ou le constat de décès délivré par le médecin. Avec le constat de décès, vous allez à la mairie demander un permis d’inhumer tout en précisant sur votre demande, le cimetière où vous voulez inhumer votre parent. C’est au vu de ce permis d’inhumer que le gardien du cimetière vous indiquera la parcelle sur laquelle vous devez creuser la tombe. C’est ce qui est recommandé et c’est ce qui sera fait dans les années à venir.

Enterrements
Enterrement à domicile

Pour un enterrement à domicile il est recommandé qu’il y ait une distance d’au moins  2m entre la tombe et le mur. La tombe doit être également  éloignée de tout puit perdu. La profondeur exigée est de 3m (2m pour le grand trou, et 1m pour le trou où sera logé le cercueil). Le grand trou doit avoir une longueur de 2,50m de long pour 1,50m de large. Il est à préciser en ce qui concerne l’enterrement à domicile qu’il est fait obligation de zinguer le cercueil.

Enterrement en caveau
La capacité minimum requise pour un caveau au Burkina est de 4 cercueils. Il est donc recommandé aux familles qui désirent se construire un caveau de se référer aux services compétents pour un respect strict des normes en la matière.  Les dimensions doivent être d’au moins de 2m sous sol et de 2m sur sol. Il doit être construit pour être à même d’accueillir un cercueil d’au moins 2m20 de longueur et 90cm pour la largeur.   

Enterrement dans un cimetière
Les dimensions d’une tombe doivent être fonction du cercueil. Le grand trou doit avoir une longueur de 2,50m pour 1,50m de large. Le grand trou doit être profonde de 1m  avant l’ouverture de la petite tombe. La petite tombe doit avoir de 2,20m de long sur 0,70m de large et de profondeur pour un cercueil standard.  Il est à préciser que les dimensions dépendant du gabarit du cercueil

NB : Toutes les dimensions sont données en fonction des cercueils standard 

Situation des 21 cimetières de la ville de Ouagadougou
Cimetières fonctionnels

Gounghin  sect 8
Route de Saponé sect 16
Toudoubwéogo sect 25
Municipal sect 1
Karpaala sect 30
Taabtenga sect 28
Boong-naam sect 17
Silmi-yiri (route de Kamboissoinsé) sect 21
Sondgo(village) arrondissement de Boulmiougou

Cimetières déclassés
Borgo sect 22
Tanghin sect 23
Kilwin sect 21
A côté du musée national sect 28
Dag-noen sect 29
Toeyibi sect 15
Tampouy karambissi sect 22
Wayalghin sect 27
Kouritenga sect 17
Camp de l’unité sect 18
Toéssin sect 20

Nioko I.o

Angelin DABIRE (Stagiaire)

 

L’exemple venu de Bobo

Dans le domaine des cimetières bien tenus, l’exemple du cimetière municipal de Bobo (CM) sort de l’ordinaire.  Construit en 2002,  le cimetière municipal de Bobo offre aux défunts et aux populations de la ville de Sya une réelle satisfaction.

Le cimetière municipal de Bobo a été construit dans la cadre du troisième projet urbain sous sa composante communautaire. Il est le fruit de la volonté et de l’engagement des populations, des autorités communales et des partenaires qui ont contribué financièrement à sa réalisation. Son érection a fait l’objet  de larges consultations de toutes les couches de la société.  Entièrement clôturé, le CM de Bobo a deux gardiens qui se relaient jour et nuit  et une équipe technique, la municipalité s’occupe du bornage des parcelles. La gestion de CM est rattachée à la direction des services techniques municipaux (DSTM). Le coût d’une inhumation est fixé à 25000FCFA depuis 2002, et c’est le prix qui donne droit à une parcelle dans le cimetière. Les populations ont la possibilité d’acheter par avance leur parcelle. Il suffit d’en faire une demande timbrée à 300FCFA, une copie de sa pièce d’identité et s’acquitter des 25000FCFA requis. Une fois cela accompli, fait vous êtes attributaires d’une parcelle dont vous avez la charge de matérialiser par une plaque. Selon les services techniques municipaux,  le cimetière compte au minimum 9116 parcelles viabilisées. Comme perspectives pour une gestion rationnelle de l’espace il est envisagé la création dans les années à venir le quartier pour enfants. Un nouveau cahier de charges est en cours d’élaboration et devrait prendre en compte toutes les préoccupations des populations.

Frédéric ILBOUDO

 

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