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la Une du n°602 du 29/04/au 05/05/2009
La Une du n° 602
Lettre de l'Editeur : N°602 du 29 Avril au 05 Mai 2009

CDP : Les refondateurs capitulent !

Le pari pour les refondateurs se sera justement avant tout de convaincre qu’ils inscrivent leurs actions, quelles qu’elles soient, dans la durée. Un challenge qui ne sera pas évident tant les populations sont largement désabusées devant les aller et venues des acteurs de la scène politique. N’est-ce pas pourquoi ils avaient voulu mener le combat à l’intérieur du parti et qu’en décidant de démissionner il capitulent quelque part même s’ils partagent cet échec avec les autres ? En réalité, cette démission ressemble beaucoup plus à une réponse du berger à la bergère qu’à autre chose et présage du ton du discours que le nouveau parti en devenir aura avec le CDP.

Pierre TAPSOBA et ses camarades vont-ils nous faire languir encore longtemps ? En tous cas tout semble indiquer qu’on s’achemine inexorablement vers l’épilogue du bras-de-fer qu’ils ont engagé contre la direction du CDP, leur désormais ancien parti.
Dans une lettre adressée au président Roch Marc Christian KABORE, appuyée d’une déclaration à l’opinion publique nationale, toutes deux datées du 23 courant, ils lui ont en effet signifié qu’ils quittaient son navire pour d’autres horizons. Bien évidemment, ils ont manqué de lui préciser leur point de chute, laissant tant de portes ouvertes qu’on se perd en conjectures, chacun y allant de ses analyses avec la conviction qui va avec.
En vérité, cet énième épisode de cette affaire, qui rappelle une autre non moins singulière qui vient d’afficher le mot « End », qui annonce la fin du cinéma, ne surprend que ceux qui veulent l’être. Surtout pas tous ceux qui s’expriment actuellement et donnent là-dessus des avis si éclairés, qu’on se demande s’ils ne feraient pas mieux d’ouvrir des cabinets de conseils en politique que de noircir du papier dans des rédactions. C’est aussi vrai que sous nos tropiques, on vit rarement de sa vocation, l’essentiel étant de pouvoir assurer sa pitance quotidienne et de vivre dignement à la sueur de son front. Ceci étant, l’histoire, qui vient d’arriver à son terme et à laquelle nous faisions allusion, est, vous l’aurez deviné, celle du Professeur Etienne TRAORE, celui-là qui n’en finissait pas de partir du PDP/PS, et qui vient de créer son parti le week-end dernier. Annoncé ici et là à l’époque, aperçu flirtant avec untel, puis tel autre au gré des vicissitudes du jeu politique national, il a fini par finir comme tous les autres avant lui : « tête de rat, plutôt que queue de lion » avec son « Faso Metba » qui aura tout le mal du monde à atteindre les 3% des suffrages que l’Assemblée nationale vient de fixer pour prétendre bénéficier de certains financements de l’Etat.
Il faut croire qu’il n’a pas pu trouver, dans les 146 partis qui existent déjà, un seul à la hauteur de son talent ou suffisamment opposé au pouvoir pour l’accueillir ou porter les nobles desseins qu’il nourrit pour notre cher Faso. Si ce n’est pas ridicule ! Toujours est-il que notre professeur a maintenant son parti et se retrouve à la case départ comme s’il lui avait fallu autant de temps pour comprendre qu’il s’était trompé d’analyse, en essayant de conjuguer ses efforts avec d’autres pour transformer ce pays. A ce niveau de réflexion on peut légitiment se poser des questions sur le sérieux d’une telle attitude. On peut en penser tout ce qu’on voudra, mais tel qu’on le connaît il coulait de source qu’en quittant le PDP/PS, Etienne TRAORE n’allait pas « s’aligner derrière quelqu’un encore ». tout le reste n’était que folklore et opportunité.
Pour revenir à la situation de nos refondateurs du CDP, il faut dire qu’il y a tant à dire qu’on s’y perdrait. Il y a tellement longtemps que certains analystes attendaient ce qui arrive et l’avaient, plus d’une fois, annoncé qu’on a quelque peu l’impression de revivre un fait qui se serait déjà produit. A la seule différence que cette fois-ci c’est pour de vrai.
Mais le moins que l’on puisse dire c’est que personne n’est surpris, ce qui fait penser que les décisions prises par les uns et les autres ont été mûrement réfléchies. Même si en politique on ne doit être sûr de rien, on peut penser raisonnablement que les uns et les autres ont mesuré les conséquences de leurs décisions, tant sur leur propre plan de carrière que sur le devenir de la nation entière. On n’oubliera toutefois pas que même les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions. Il faudra donc aller au-delà des déclarations pour lire dans les actes les motivations réelles. En effet pour nous faire accepter que la démarche unitaire d’hier était une erreur et que celle de scissiparité d’aujourd’hui serait la meilleure, il faut plus que des mots. Ce qu’il faut d’abord observer c’est que la « bagarre » entre les refondateurs et la direction du CDP ne remonte pas de leur déclaration du 23 avril 2008 comme voudraient le faire croire certains.
L’origine du différend se situe bien plus loin, notamment au moins à la constitution des listes des candidats du parti pour les élections législatives de mai 2007. A l’époque, certains d’entre eux avaient refusé d’être sur ces listes parce qu’ils s’estimaient mal classés. Nous écrivions qu’ils ne pouvaient pas en rester là. Ensuite, contrairement à ce que certains affirment, il ne s’agit pas uniquement de militants de l’ex-CNPP ; a cela a son importance et influer certainement sur la manière de gérer la crise. Par ailleurs, les uns et les autres ont connu des carrières et des fortunes diverses au sein du parti. Autant d’éléments à prendre en compte pour éviter les généralisations trop faciles, d’autant qu’en observant la démarche des refondateurs, on a nettement l’impression que s’ils sont sûrs de dormir sur le même lit, ils ne sont pas aussi certains de faire le même rêve.
Le pari pour les refondateurs se sera justement avant tout de convaincre qu’ils inscrivent leurs actions, quelles qu’elles soient, dans la durée. Un challenge qui ne sera pas évident tant les populations sont largement désabusées devant les aller et venues des acteurs de la scène politique.
N’est-ce pas pourquoi ils avaient voulu mener le combat à l’intérieur du parti et qu’en décidant de démissionner il capitulent quelque part même s’ils partagent cet échec avec les autres ? En réalité, cette démission ressemble beaucoup plus à une réponse du berger à la bergère qu’à autre chose et présage du ton du discours que le nouveau parti en devenir aura avec le CDP. En effet, on voit mal les refondateurs faire autre chose que de créer leur propre parti. Un parti d’obédience sociale-démocrate et qui n’aura donc de raison de s’opposer au CDP que sur les hommes. On est donc bien parti pour de sérieuses passe-d’armes. La perspective est regrettable pour la démocratie mais présente quelques avantages au strict sens du jeu politicien. On le voit déjà dans les commentaires avec les adeptes de la médiocrité et du nivellement par le bas, qui, tout à leur aise, n’éprouvent aucune gène à se réjouir d’assister à un émiettement des partis, alors que le seul bon sens commande d’appeler à la constitution de grandes formations politiques. Ce qui enrichira la démocratie burkinabè ce n’est pas le démantèlement du CDP mais la constitution en face d’une formation ou d’un regroupement de partis aussi significatif. Il ne nous semble pas qu’on évolue dans cette direction. Mais personne ne devrait en vouloir aux refondateurs de ne pas en faire leur préoccupation du moment.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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