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La Une du n° 609

ACTUALITE : N°603 du 06 au 12 Mai 2009

Bernard NESTOR KABRE dit NAIZO
Le handicap n'est pas une fatalité"

KABRE Nestor dit  NAIZOVictime de la polio dès l'âge de 4 ans au moment où cette maladie était considérée comme une malédiction, il a "miraculeusement survécu pendant que les autres victimes de son âge mouraient un peu partout dans le quartier. Aujourd'hui, plus de 30 ans après, Nestor KABRE dit NAIZO, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a réussi à vaincre son handicap en s'insérant pleinement dans la vie socioéconomique de son pays. Gérant d'un maquis, relais communautaire, acteur de mobilisation et sensibilisation dans la lutte contre la polio, propriétaire d'appareils de sonorisation, boucher… Naizo a plusieurs casquettes qu'il exploite au secteur 28 de Ouagadougou (14 yaar) pour le bien de sa famille et de la communauté. Allons à la découverte d'un handicapé pas comme les autres qui dit n'avoir pas de parti politique : "Mon parti, c'est Blaise COMPAORE. Je suis pour le développement et paix". Il commence par se présenter.KABRE Nestor dit NAIZO en compagnie de son épouse,

Je m'appelle Bernard Nestor KABRE à l'état civil. Mais partout dans le quartier, en ville, on m'appelle Naizo. Naizo parce que j'avais une grand-mère qui ne pouvait pas prononcer Nestor, elle m'appelait donc Naizo et ce petit nom est resté.

Vous êtes handicapé physique expliquez-nous ce qui vous est arrivé ?
Bernard Nestor KABRE (B.N.K) :
J'ai eu mon handicap à l'âge de 5 ans au moment où j'avais commencé à jouer au football avec les amis du quartier. Un jour j'ai "piqué" une fièvre et c'est parti pour des va et vient entre l'hôpital et les tradipraticiens. On ne savait pas de quoi je souffrais exactement. Car c'était la polio. Nous étions nombreux les victimes de ce mal. C'était dans les années 75. L'essentiel pour ma famille c'était que je reste en vie dans la mesure où dans le quartier, à l'hôpital, les victimes de la polio mouraient, je ne dirais pas comme des mouches mais nombreux sont ceux qui succombaient à la maladie autour de moi et ma maman me cachait le visage de peur que je ne vois les morts autour de moi.
Nous étions au total 27 malades de la polio, seuls 5 ont survécu. Vous voyez que c'est énorme. Aujourd'hui, je suis content et malgré ce que vous appelez handicap je me bats.

Vous avez fait des études ?
B.N.K :
Je n'ai pas fait de longues études faute de moyens. Avec mon handicap, je suis parti à l'école un peu tard quand j'avais 8 ou 9 ans. J'avais un oncle instituteur, qui a accepté m'accueillir. C'est ma maman ou ma grand-sœur qui me portait au dos pour l'école. Souvent j'y restais jusqu'à 14h parce qu'il y a personne pour me ramener à la maison. J'étais un poids pour la famille. L'obtention de mon tricycle m'a permis de décharger mes parents sur cette charge.

A vous écouter, on a l'impression que votre handicap physique n'est vraiment pas un problème pour vous. Vous n'êtes pas…
B.N.K :
Ecoutez, pourquoi voulez-vous que mon handicap soit un problème. Ce n'est pas un problème pour moi. Tout se passe dans la tête. Moi, je suis un handicapé moteur. Cet handicap ne m'empêche pas de travailler, de faire quelque chose. C'est un peu psychologique. Si dans la tête l'on se dit qu'on est handicapé cela pose problème. Cet n'est pas mon cas. Aujourd'hui, handicapé moteur, je ne dois pas attendre qu'on vienne me donner quelque chose.
Non! Je cherche et je trouve. Assis devant vous je ne sens pas mon handicap tant qu'on ne vient pas dire : bougez ou courez ! c'est en ce moment que je sens que les autres ont quelque chose que je n'ai pas : leurs membres pour se mouvoir plus vite. Sinon, je ne sens pas cet handicap. Je me bats comme tout le monde, j'arrive à vivre comme tout le monde, je suis accepté dans mon milieu et Dieu aidant je suis marié et j'ai 3 garçons.

Certains handicapés moteurs choisissent le chemin de la facilité, de la mendicité. Vous aurez pu prendre ce chemin aussi puisque vous êtes handicapé ?
B.N.K :
C'est un choix comme vous le dites. Mais moi, Naizo, j'ai décidé de me battre comme tout le monde. Dès que j'ai abandonné l'école, je me suis lancé dans le commerce. D'abord, j'étais un commerçant ambulant de pétrole. Ensuite, j'ai été au centre agricole de Goundi pour une formation ; après j'ai laissé tomber… bref, je me bats. Il est vrai que certains handicapés mendient pour subvenir à leurs besoins, certes ; mais il faut se rendre à l'évidence que cet acte n'honore pas les personnes handicapées. Comme appel à ces personnes, je dirais que l'avenir n'est pas à côté des feux tricolores. Et le jour où on sera malade, qu'allons-nous faire ? Moi, en tout cas mon option, ce n'est pas la mendicité. L'handicap n'est pas une fatalité.

Victime de la polio vous êtes très actif dans la lutte contre cette maladie. Vous menez des campagnes de sensibilisation et de vaccination. Quels sont vos rapports avec le ministère de la Santé ?
B.N.K :
Pour être clair, je dirais que le ministère de la Santé n'est pas au courant de mes actions pour l'éradication de la polio au Burkina. Mais au district sanitaire du secteur 30, on sait ce que je fais quand il s'agit de sensibilisation et de vaccination au secteur 28 et au-delà et cela depuis plusieurs années. En 2005, nous étions très contents d'apprendre que la polio a été éradiquée au Burkina Faso. En 2009, on apprend que la polio est de retour. Franchement, je ne suis pas content. Je suis désolé. Mon engagement contre la polio a débuté depuis plusieurs années avec le CSPS du secteur 28 à la trame d'accueil. J'étais à la maison, un conseiller est venu me voir pour que je passe l'information dans le quartier pour une campagne de vaccination, puisque j'ai des appareils de sonorisation. Le conseiller était venu pour louer ces appareils et dès qu'il a dit que c'est pour la vaccination et la sensibilisation contre la polio, j'ai dit que je ne loue pas mes appareils. Je lui ai demandé de charger les piles et j'ai fait le tour gratuitement pour la sensibilisation. Il était étonné. J'ai donc fait le travail et à la fin on m'a appelé au CSPS pour me féliciter et me donner de l'argent. Ils ont dit que c'est un pourboire. Et j'ai dit au CSPS que s'il y a d'autres activités entrant dans la lutte contre la polio, qu'on me fasse appel. Et depuis lors, à chaque campagne de vaccination, même si c'est pas contre la polio, on me fait appel pour la sensibilisation et la mobilisation et je le fais avec plaisir. J'ai suivi des formations sur comment administrer la dose contre la polio, etc. A chaque campagne je forme un groupe et nous sommes sur le terrain.

Sur la polio il parraît qu'il y a toujours des parents à Ouagadougou qui refusent la dose du vaccin. Vous êtes sur le terrain, pouvez-vous nous confirmer cela ?
B.N.K :
C'est dommage, c'est frustrant et c'est même énervant et il y a même des parents dits intellectuels qui refusent. J'ai vécu plusieurs cas et c'est désolant. Un exemple : nous sommes partis dans la cour d'un monsieur pour la vaccination contre la polio. Sa femme est sortie pour nous dire que son mari refuse qu'on administre la dose à son enfant et qu'il est agent de santé. J'étais étonné et je suis reparti voir le major du CSPS pour l'expliquer. Ensemble avec l'équipe cadre de Bogodogo, on est reparti chez le monsieur et heureusement il était à la maison et après échanges il est ressorti que c'est la femme qui a inventé cette histoire. Autre exemple, on était dans la zone non-lotie. A notre arrivé dans une cour, la femme nous affirmé que son enfant a été vacciné. Mais si l'enfant est vacciné on peut le vérifier sur son doigt, il y a une marque qu'on fait. En même temps, le grand frère de l'enfant est sorti pour dire que c'est faux qu'ils n'ont pas été vaccinés et que sa maman leur a conseillé de nous mentir en disant qu'ils ont été vaccinés. J'ai sensibilisé la femme en lui demandant si elle veut que ces enfants soient dans un tricycle comme moi. Finalement elle a compris… bref, c'est dommage qu'il y est encore des gens à Ouagadougou qui refusent le vaccin contre la polio. Ça me fait mal.

Vous n'êtes pas agent de santé mais vous êtes impliqué dans le domaine de la santé. Comment on vous appelle ?
B.N.K :
Au niveau du CSPS de la trame d'accueil, au départ nous étions des volontaires qui accompagnaient les agents de santé pour les différentes vaccinations. Après, le district sanitaire de Bogodogo a demandé 5 personnes par CSPS pour les former comme des relais communautaires. C'est ainsi que j'ai été retenu pour la formation. Je suis donc un relais communautaire.

Avec tout ce que vous faites vous avez dit que le ministère de la Santé ne sait pas qu'à quelque part à Ouaga, au secteur 28, il y a un handicapé appelé Naizo qui contribue activement aux campagnes de vaccinations et à la lutte contre la polio ?
B.N.K :
Si je le dis, seul le CSPS sait ce que je fais sur le terrain. Dans ces activités, j'ai eu pas mal de promesses non tenues. Même des superviseurs internationaux m'ont félicité pour mon engagement dans la lutte et m'ont fait des promesses. Vous voyez que je suis toujours avec mon vieux tricycle qui date de 3 décennies. Mais je lutte toujours. Si le ministre Seydou BOUDA de la Santé reçoit l'information, je sais qu'il va faire quelque chose pour améliorer mes conditions de travail. Si j'ai un appel à lancer au ministère de la Santé, c'est de revoir un peu la stratégie de communication pour amener les parents à adhérer aux campagnes de vaccinations. Il faut savoir approcher les gens, pour les convaincre. Je demande aux parents de faire vacciner leurs enfants. C'est important pour leur avenir.

Autre chose, nous avons appris que vous êtes un mobilisateur politique. Vous militez dans quel parti ?
B.N.K :
En réalité je n'ai pas de parti politique. Aujourd'hui dans les partis politiques on ne compte pas sur les personnes handicapées. Je milite plus dans les associations, mouvements de jeunesse, etc. En réalité, moi, je vote pour le président du Faso. Je n'ai pas de parti. Mon parti, c'est le développement et la paix. Et je suis pour la démocratie, donc pour Blaise COMPAORE. Je suis un homme de paix et de tolérance, donc, je suis pour Blaise COMPAORE. Sinon, je n'ai pas la carte d'un parti.o

Entretien réalisé par Ben Alex Béogo

 

 

 

 

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