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La Une du n° 609
Lettre de l'Editeur : N°603 du 06 au 12 Mai 2009

Il y aura du sport

Comme si le hasard voulait montrer le chemin et mettre la puce à l’oreille, alors que les travailleurs rentraient fort fourbis de leurs manifestations, s’ouvrait dans la soirée du 1er Mai le « Forum des citoyens de l’Alternance » ; tout un programme. A ce forum, ils étaient tous là ou presque tous, en chair et en os ou représentés, tous ceux qui en ont contre Blaise COMPAORE, le CDP et tout ce qui leur ressemble ou s’en approche. Quant au thème ils ne pouvaient pas en rêver meilleur, pour laisser parler leur cœur et leurs imaginations. Et l’exercice en valait vraiment la peine… Il semble que les « citoyens de l’alternance » l’ont compris, en reconnaissant que le chemin est long et qu’il ne suffit pas de dresser un tableau apocalyptique de la situation socio-politique du pays pour réaliser l’alternance. Par ailleurs il est apparu que l’alternance ne se décrète et qu’elle relève de la volonté du peuple. Ceux qui la veulent doivent donc s’inscrire dans un schéma démocratique.
La semaine a été aussi marquée par un événement majeur qui n’a pourtant pas eu tout le retentissement qu’il aurait dû avoir. Il s’agit de l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi constitutionnelle qui consacre la fin du nomadisme politique à l’Assemblée nationale… Une modification majeure demandée depuis toujours par la presque totalité de la classe politique nationale et de l’opinion publique pour tenter de moraliser le jeu politique national, devant les va et vient des députés d’un parti à l’autre sans tenir compte des programmes sur lesquels ils ont été élus.

La semaine écoulée a été particulièrement riche en activités, tant sur le front social, qui a vu les syndicats célébrer à l’unisson la fête du Travail, le 1er Mai, que dans le landerneau politique avec la poursuite des réformes politiques initiées par l’Assemblée nationale et la tenue du « Forum des citoyens de l’Alternance » annoncé il y a déjà des mois. Le lancement de la carte de presse, au tout début de la semaine en cours, retient aussi l’attention.
Comme c’est le cas depuis quelques années, c’est au même pas et d’une seule voix que les organisations syndicales ont battu le pavé ce 1er Mai et ont présenté leurs doléances aux autorités. Naturellement, la mobilisation était au rendez-vous, au regard du contexte économique difficile dont les conséquences sur le quotidien des populations sont des plus dramatiques. La vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et la lutte pour plus de liberté ont été les thèmes fédérateurs de cette journée de commémoration, qui nous a donné à voir des travailleurs très remontés, qui n’avaient pas leurs langues dans leurs poches et ne se sont pas embarrassés de circonlocutions pour dérouler leurs revendications.
Comme pour marquer davantage la précarité de la situation, au lieu d’un cahier de doléances, c’est une « plate-forme revendicative minimale » qui a été remise au ministre en charge du Travail, avec à l’appui un chronogramme d’actions fortes pour exiger des réponses positives dans les meilleurs délais. C’est dire s’il y aura certainement du sport les semaines et mois à venir car, à l’évidence, le gouvernement ne pourra pas satisfaire ces revendications qui, quoique légitimes n’en sont pas moins irréalisables ici et maintenant. A moins que la raison ne l’emporte et que de part et d’autre on privilégie l’essentiel en se concentrant sur ses responsabilités vis-à-vis de notre peuple. Il faut plutôt craindre que le contexte socio-politique n’incite à autre chose, avec tout ce qui se prépare sur le front politique et qui risque de servir de mèche pour mettre le feu à la poudre sociale.
Comme si le hasard voulait montrer le chemin et mettre la puce à l’oreille, alors que les travailleurs rentraient fort fourbis de leurs manifestations, s’ouvrait dans la soirée du 1er Mai le « Forum des citoyens de l’Alternance » ; tout un programme. A ce forum, ils étaient tous là ou presque tous, en chair et en os ou représentés, tous ceux qui en ont contre Blaise COMPAORE, le CDP et tout ce qui leur ressemble ou s’en approche. Quant au thème ils ne pouvaient pas en rêver meilleur, pour laisser parler leur cœur et leurs imaginations. Et l’exercice en valait vraiment la peine.
En effet, Zeph(1), a fait le plein, sortant même de leur hibernation des « momies » politiques qu’on n’avait plus vues en public depuis 2 ou 3 ans et amenant à lui les tout-nouveaux démissionnaires du CDP, chacun d’eux trouvant dans ce forum la tribune rêvée pour dire tout le mal qu’il pense de la gouvernance actuelle du Faso et crier sa « soif d’alternance ». Et comme il est d’usage dans pareilles regroupements, on a vite fait de généraliser ses propres sentiments et ressentiments pour voir en chaque Burkinabè, à chaque coin de rue, derrière chaque rictus ou même une simple scène de ménage, l’expression achevée de cette soif inextinguible d’alternance pour mettre un terme à une « démocratie confisquée » par un « pouvoir usé » ayant pour arme ultime un certain « autoritarisme… derrière sa façade démocratique… » Si à cela vous ajoutez un diagnostic sans nuance de la société qui serait en pleine putréfaction avec la perte de toutes les valeurs et « les échecs des politiques publiques » de développement « mises en œuvre depuis plus de deux décennies », le verdict du procès est plus que clair. D’autant plus que tout cela sera assaisonné de procès d’intention et d’analyses-fiction. Mais à trop charger la barque, dit-on, elle finit par chavirer ; c’est ce que feront observer certains participants qui n’hésiteront pas à prendre le risque d’un tout autre son de cloche comme pour donner à la rencontre le crédit qu’on lui prêtait a priori. L’un dans l’autre, ce forum aura eu l’immense mérite de démontrer que contrairement à des affirmations entendues ici et là, la question de l’alternance n’était pas taboue dans ce pays.
Consacrée par la constitution et le jeu politique, avec une multitude de partis se battant pour parvenir au pouvoir, elle s’exprime en réalité tous les jours que Dieu fait à travers divers canaux, sans aucune entrave. Mais entre les principes et la réalité il y a un gouffre qui fait le malheur des uns et le bonheur des autres. Doit-on pour autant absoudre les uns et leur permettre de se prévaloir de leurs propres turpitudes et condamner les autres pour leur position dominante en faisant semblant de croire que partout où il y a eu alternance cela a été octroyé ? Le suffrage universel ne se marchande pas dans un jeu politicien. Il se conquiert à l’épreuve des urnes. Il semble que les « citoyens de l’alternance » l’ont compris, en reconnaissant que le chemin est long et qu’il ne suffit pas de dresser un tableau apocalyptique de la situation socio-politique du pays pour réaliser l’alternance. Par ailleurs il est apparu que l’alternance ne se décrète et qu’elle relève de la volonté du peuple. Ceux qui la veulent doivent donc s’inscrire dans un schéma démocratique. Tout est-il pour autant dit ? « Wait and see » car les voix étaient si discordantes qu’il faudra attendre pour voir comment va se vivre la quête d’alternance de Zéphirin DIABRE et de ses amis.
La semaine a été aussi marquée par un événement majeur qui n’a pourtant pas eu tout le retentissement qu’il aurait dû avoir. Il s’agit de l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi constitutionnelle qui consacre la fin du nomadisme politique à l’Assemblée nationale. Aux termes de cet amendement « … Tout député qui démissionne librement de son parti ou de sa formation politique en cours de législature est de droit déchu de son mandat et remplacé par un suppléant… » Une modification majeure demandée depuis toujours par la presque totalité de la classe politique nationale et de l’opinion publique pour tenter de moraliser le jeu politique national, devant les va et vient des députés d’un parti à l’autre sans tenir compte des programmes sur lesquels ils ont été élus. Ce n’est donc que justice rendue aux citoyens dont le suffrage était dévoyé au gré de petits calculs crypto-personnels.
Les journalistes ont, eux aussi, vu se réaliser un vœu qui leur était cher depuis des années ; celui de l’instauration de la carte de presse. Si son objectif est de discipliner la pratique du métier et de séparer le bon grain de l’ivraie, il faut craindre qu’elle n’ouvre la porte à d’autres pratiques, toutes aussi condamnables. La vigilance doit donc demeurer de rigueur.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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