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La Une du n° 604

Retro-Rétro – Gouvernance:N°604 du 13au19 Mai 2009

CENI

Tous responsables de sa crédibilité

Incroyable mais vrai ! La CENI, structure nationale en charge de l'organisation des élections dans notre pays est endettée… jusqu'au cou. Pendant ce temps, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a regroupé le 6 mai dernier tous les acteurs pour un "dialogue démocratique" autour d'une question provocatrice mais pertinente : "Peut-on encore faire confiance à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour l'organisation d'élections libres, sincères et transparentes au Burkina Faso ?".

Moussa Michel TAPSOBA, président de la CENIAugustin LOADA, directeur exécutif du CGDViolente question, pour parler comme l'autre. Cette question du CGD est le résultat d'une enquête qu'elle a menée en 2007 et en 2008 sur la crédibilité de la CENI. La CENI, il faut le reconnaître, est au centre des débats sociopolitiques depuis quelques mois. En effet, si ce ne sont pas les partis politiques qui demandent le retrait de la société civile de sa composition, c'est la société civile qui l'accuse de ne pas être crédible. Manifestement, chacun tire la couverture vers soi oubliant que tous individuellement et collectivement, sont responsables de la crédibilité ou non de cette structure d'organisation des élections.
Intéressons-nous d'abord à la situation financière peu reluisante de la CENI.
Dans une déclaration parue dans un quotidien de la place le 17 avril 2009, la direction de la communication de l'institution confirme l'impasse financière, après une rencontre du président de la CENI, Moussa Michel TAPSOBA, avec des responsables de l'opposition membre du C`PO. Ce qui était donc considéré par certains comme de simples "ragots" de journaliste venait ainsi d'être confirmés. La CENI est endettée. Elle n'arrive plus à honorer ses engagements et fonctionne même au ralenti. En effet, de la rencontre entre le président de la CENI et les opposants du CPO, il est ressorti que le budget de la CENI de 2002 à 2009 est passé de 700 millions à 154 millions. La conséquence qui en découle est que l'institution n'arrive plus à honorer ses engagements. Il nous est même revenu que la majorité des véhicules de l'institution, même la voiture de fonction du président sont sur "cale" depuis quelques mois. Une situation bien évidemment qui n'honore pas l'institution encore moins l'Etat, si tant est que la CENI devrait être à l'abri de certains besoins pour pouvoir jouer pleinement son rôle. Faut-il d'ailleurs conclure qu'on ne connaît l'importance, le rôle et la place de la CENI qu'à l'approche des élections ? Son budget a été réduit non seulement de manière drastique mais il lui est appliqué le système de déblocage par 1/4 et par trimestre. Une situation bien difficile à gérer.
Mais, ce qui étonne plus dans cette situation, c'est le silence assourdissant des composantes de la CENI (majorité, opposition et société civile). C'est comme si la situation financière peu enviable de l'institution ne les préoccupe pas car en effet, en dehors de quelques réactions sporadiques entendues ça et là, aucune action ou prise de position n'est venue des différentes composantes. Et pourtant majorité et opposition représentées à l'Assemblée nationale, sont ceux-là même qui votent le budget de l'Etat et donc la part allouée à la CENI. Comme on peut le constater, autant on peut accuser l'Etat d'avoir réduit le budget de cette institution, autant on peut reprocher aux acteurs que sont la majorité, l'opposition et la société civile de n'avoir rien fait pour que la situation soit autre.

La CENI est-elle encore crédible ?
Que ce soit pour le problème que connaît la CENI ou pour les réformes politiques engagées, la voix de la société civile a été un peu plus audible que celle des autres acteurs. Preuve qu'elle reste attachée à la bonne gouvernance démocratique Paradoxalement, les acteurs politiques semblent ne pas vouloir "sentir" la société civile dans le jeu politique. La preuve, il nous est revenu que dans le cadre des commissions pour les réformes politiques initiées par l'Assemblée nationale, la majorité des partis politiques a proposé l'exclusion de la composante société civile de la CENI sous prétexte qu'elle est politisée, donc pas crédible. A ce propos, Me SANKARA, président du CPO que nous avons rencontré est formel : "…On s'est dit que la chose politique est avant tout l'affaire des politiques, laissons donc les politiques gérer les choses politiques. Et la société civile jouera son rôle de neutralité, c'est-à-dire de gardien et on pourra lui faire recours si la situation l'exige" (confère L'Opinion n°600 du 15 avril 2009). C'est dire que l'on est dans une situation alambiquée. Car, au moment où la composante société civile se demande si on peut encore faire confiance en la CENI, les partis politiques mettent en doute elle-même sa crédibilité. Même si la proposition de son retrait n'a pas été accepté, cela dénote un peu l'état d'esprit et la perception des acteurs politiques vis-à-vis de la société civile.
Malgré tout, il faut reconnaître que le constat est que la société civile semble plus intéressée par les réformes politiques que les partis politiques. C'est sans doute pourquoi elle a accepté poser le problème de la confiance en la CENI pour l"organisation des élections. En effet, à l'issue de deux enquêtes menées en 2007 et en 2008, il ressort du résultat global qu'en 2007, 80% des enquêtés fait confiance en la CENI et en 2008, ce taux est "tombé" à 56% et 27% disent ne pas faire confiance en la CENI. Conclusion du CGD : "Une érosion de la confiance envers la CENI", d'où sa question, peut-on encore faire confiance à la CENI pour l'organisation des élections ?

Faisons confiance à la CENI
Achille TAPSOBA, membre du CDPNorbert Michel TIENDREBEOGO, président du FFSLa CENI a une histoire : elle est une réponse aux exigences et autres radicalismes de l'opposition et de la société civile. Sinon, l'idéal c'est l'organisation des élections par l'Administration . Mais la société civile et surtout l'opposition trouvent que l'administration est politisée, qu'elle est corrompue… C'est ainsi que de la CNOE on est passé à la CENI actuelle composée de 15 membres. 5 pour la société civile, 5 pour la majorité et 5 pour l'opposition. Aujourd'hui, ces composantes se tirent dessus, souvent même dans la même composante on ne parle pas le même langage.
Rappelons quelques questions que ce pose la société civile par la voix du magistrat Kassoum KAMBOU, membre de la coalition des OSC :
-Peut-on réellement affirmer que les 5 composantes de l'opposition sont vraiment de l'opposition ?
-L'indépendance réelle est le peu de crédibilité de toutes les organisations de la société civile ne sont pas évidents (affirmation)
-La place de la chefferie coutumière dans la composante société civile est discutable.
Et la société civile de proposer l'élaboration et la mise en œuvre d'un code de bonne conduite. On n'y comprend plus rien. Y-a-t-il meilleur code de bonne conduite que le code électoral ?
Comme on peut aisément le constater, jusque-là, la responsabilité de l'Etat est déjà dégagée indépendamment du fait qu'on peut lui reprocher d'avoir réduit de manière drastique le budget de fonctionnement de la CENI. Si la société civile s'entre déchire, ce n'est certainement pas la faute de l'Etat. Si la classe politique dit que la société civile est politisée et qu'elle doit être exclue de la CENI ce n'est certainement pas la faute de l'Etat.
A notre connaissance l'Etat n'est pas membre de la CENI. En conclusion et au regard de tout ce qui précède, si la société civile ou la classe politique pense que la CENI n'est pas crédible ou qu'on ne peut plus la faire confiance pour l'organisation d'élections libres et transparentes dans notre pays, elle ne devrait s'en prendre qu'à elle même pour avoir d'une manière ou d'une autre contribué à ce que la situation de la CENI soit ainsi. Comme l'a dit le Pr LOADA du CGD, il y a des gens qui veulent qu'on revienne à l'administration pour l'organisation des élections. Ces gens n'ont manifestement pas tort, si la société civile, la majorité et l'opposition sont incapables d'asseoir une CENI débarrassée de reproches.
Pour notre part, il est important pour tous de faire confiance à la CENI malgré ses problèmes. Les problèmes étant connus, il appartient à chacun et à tous de travailler à les solutionner. La responsabilité de tous étant engagée. Il nous est revenu que le ministère des Finances a décidé de délier le cordon de la bourse pour que la CENI puisse éponger ses dettes. C'est déjà pas mal.o

Idrissa BIRBA

CFD/B

«La CENI doit disparaître…»

Amadou Diemdioda DICKOLes réformes politiques adoptées récemment par l’Assemblée nationale demeurent le sujet de discussion au sein de la classe politique et avec l'ensemble des citoyens, les positions demandant à être éclaircies quant au vote qui a eu lieu. En effet, les chapelles politiques sont sur la brèche pour expliquer chacune le sens de son vote. Ainsi, au cours d’une conférence de presse tenue le 06 mai 2009 les premiers responsables de la Convention des Forces Démocratiques du Burkina (CDF/B) donnaient leur lecture de l'occurrence.

Pour Diemdioda Amadou DICKO, président de la CFD/B, dont le parti a voté pour les nouvelles lois, : « l’adoption de la loi sur le statut de l’opposition ne vise rien d’autre que la définition claire de l’organisation et du fonctionnement du cabinet du chef de file de l’opposition. Mieux, cette loi offre une force critique et participative à l’opposition, la clarification des notions d’opposition et de majorité…» Interrogé sur le financement des partis politiques, dont le taux de la cagnotte passe de 5% à 3%, la CFD/B estime que cette loi est la bienvenue parce qu’elle va assainir le milieu politique burkinabè. «Nous sommes obligés aujourd’hui de faire de grandes coalitions si nous voulons bénéficier de la manne. Nous avons au Burkina plus de 140 partis politiques, mais on n’a pas 140 idéologies politiques dans ce pays. Aux dernières élections législatives, l’UPR a obtenu 4%, la CFD/B 3% ; le RDB 2% des suffrages exprimés. Si l’on s’était regroupé, on aurait atteint les 10%. Il est clair que, avec cette loi, aller seul aux élections, c’est la mort. Il faut de grands ensembles politiques pour être plus fort.», pensent les premiers responsables de la CFD/B.

«La CENI doit disparaître…»
Actualité oblige, la CFD/B a également donné son point de vue sur des situations comme la crise à l’Université de Ouagadougou, la situation de blocage à Total- Burkina. Pour ce parti de la mouvance présidentielle, le dialogue doit être la seule arme dans toute situation de crise. Diemdioda Amadou DICKO et ses camarades appellent les différents acteurs de ces crises à privilégier la table des négociations. Les médiations du président Blaise COMPAORE dans des crises comme celle de la Côte d’Ivoire, le Togo etc. ont été saluées à leurs justes valeurs par la CFD/B qui par la même occasion a réitéré son soutien sans faille au programme du progrès continu pour une société d’espérance pour lequel le président du Faso a été élu en 2005. «Nous saluons la tenue du forum sur l’alternance. C'est une belle initiative et le forum a produit et développé de bonnes idées. Mais comme vous le savez, nous, nous soutenons un programme, celui du président Blaise COMPAORE qui prend fin en 2010. On fera le bilan et on verra la conduite à tenir. La CFD/B n’a rien contre l’alternance, ce qui nous préoccupe, c’est le sort de la masse laborieuse du Burkina profond qui demande à être alphabétisée, à être soignée. C’est bon de réunir un certain nombre d’élites pour parler d’alternance, mais à notre avis, l’alternance se joue dans les urnes…», affirme M. DICKO pour répondre à une question sur l’opportunité de la tenue du forum sur l’alternance organisé sous l’égide de M. Zéphirin DIABRE. Et le vice-président de la CFD/B. M. Adam Régis ZOUGMORE, de renchérir : «Depuis 1991, notre pays organise de façon régulière ses élections, et l’heure n’est pas au débat sur l’alternance. Les acteurs politiques doivent plutôt songer aux moyens à mettre en œuvre pour mieux se positionner à l’issue des scrutins. Et même si le forum est le bienvenu, nous regrettons tout de même certains propos qui se sont tenus là-bas.»
Interrogé sur la situation de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), M. DICKO est ferme : «Toute la classe politique doit réfléchir à comment faire disparaître la CENI. La CENI est née d’une situation de crise. Nous l’avons voulue en son temps, mais aujourd’hui nous pensons qu’elle n’est plus efficace….» Un procès de la CENI qui vient à un moment où l’institution en charge de l’organisation des élections dans notre pays est au creux de la vague.o

Frédéric ILBOUDO

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