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La Une du n° 604
Lettre de l'Editeur :N°604 du 13au19 Mai 2009

Des réformes hardies

La Commission ad hoc commise à la tâche de proposer un avant-projet de loi dans lequel toutes les sensibilités politiques du Parlement se retrouveraient, n’a pas fait dans la dentelle, ouvrant la voie, à travers une très large consultation de la classe politique, de la société civile et de l’Administration, à des propositions hardies qui ont certes été loin de faire l’unanimité mais ont été portées par un consensus général qui est à saluer. On peut dire qu’elle a ratissé large, ce qui donne une certaine légitimité aux réformes adoptées même si, comme à leurs habitudes, les opposants ont choisi de botter en touche dans une sorte de réponse de Normand. .

La semaine dernière, le jeudi 7 précisément, l’Assemblée Nationale a poursuivi l’adoption de la série de lois programmée dans le cadre des réformes politiques engagées par la classe politique nationale depuis quelques mois. Cette fois-ci c’était au tour du Code électoral de subir un lifting dont le moins que l’on puisse dire est qu’il va marquer notablement le jeu politique national. Comme pour accompagner le mouvement, dans le genre du médecin après la mort, le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) a organisé le mardi 5 un panel autour de cette question qui ressemble à une plaisanterie de mauvais goût : «Peut-on encore faire confiance à la Commission Electorale Nationale Indépendante CENI) pour l’organisation d’élections libres, sincères et transparentes au Burkina Faso ?»
A l’épreuve des faits, la nécessité d’une révision du Code électoral coulait de source tant pour corriger des dysfonctionnements apparus sur le terrain que pour le mettre au diapason des réformes récemment adoptées. La Commission ad hoc commise à la tâche de proposer un avant-projet de loi dans lequel toutes les sensibilités politiques du Parlement se retrouveraient, n’a pas fait dans la dentelle, ouvrant la voie, à travers une très large consultation de la classe politique, de la société civile et de l’Administration, à des propositions hardies qui ont certes été loin de faire l’unanimité mais ont été portées par un consensus général qui est à saluer. On peut dire qu’elle a ratissé large, ce qui donne une certaine légitimité aux réformes adoptées même si, comme à leurs habitudes, les opposants ont choisi de botter en touche dans une sorte de réponse de Normand. A la vérité, sur certains points d’achoppement, on a plus l’impression d’une rhétorique intellectualiste qu’une prise en compte des préoccupations réelles des citoyens. N’est-ce pas le cas lorsqu’on souhaite l’interdiction des gadgets lors des campagnes électorales au prétexte qu’ils seraient des objets utilitaires qui participeraient fortement à la corruption des électeurs ?
On peut raisonnablement douter de l’efficacité d’une telle mesure étant entendu qu’il est naturellement plus aisé «d’acheter des voix» avec des espèces sonnantes et trébuchantes qu’avec des tee-shirts, casquettes ou autres gadgets. L'argent qui aurait servi à confectionner les gadgets se retrouverait ainsi directement investi en achat de conscience. Ce serait pinailler sur le sexe des anges que de s’attarder sur un tel débat dont la finalité reste à démontrer, d’autant que ceux qui ont essayé une telle mesure en sont à constater qu’elle n’a pas d'impact réel sur le scrutin.
Sur la question de l’usage des emblèmes comportant des photos ou portraits des héros nationaux, on aura compris qu’il s’agissait d’une question existentielle chez certains acteurs politiques. En effet, certains sankaristes se sentent à tort ou à raison directement visés, les logos de leurs formations politiques faisant un usage abondant et parfois exclusif de l’image ou de la photo du président Thomas SANKARA. A voir la hargne avec laquelle ceux qui refusent cette interdiction défendent leur point de vue, on a la désagréable impression qu’ils craignent de ne pas pouvoir exister par eux-mêmes et qu’ils vendent aux électeurs un contenant plutôt qu’un contenu. C’est tout dire. On pourrait épiloguer longtemps sur le sujet sans jamais parvenir à un consensus sauf à pousser la réflexion jusqu’à l’absurde pour imaginer un parti dont le logo serait les armoiries nationales ou qui utiliserait le drapeau national, l’hymne national, le nom du pays ou tout autre bien ou attribut relevant du patrimoine national. Les héros nationaux ne sauraient faire exception.
Sur d’autres sujets tous aussi délicats, la représentation nationale est parvenue à un consensus même si sur certaines modalités pratiques on a encore entendu des sons de cloches divergents. Cela a été le cas sur le parrainage des candidats aux élections présidentielles, le souci étant d’empêcher les candidatures de complaisance qui n’honorent pas notre pays. C’est aussi le cas avec le vote des Burkinabè de l’étranger qui est accepté par tous mais avec des divergences sur les modalités de la mise en œuvre.
Le nouveau code électoral institutionnalise l’informatisation du fichier électoral, ce qui est de l’avis général une régularisation attendue par tous pour crédibiliser davantage cet instrument de base, qui, à lui seul, peut remettre en cause la sincérité d’un scrutin.
C’est dire si la classe politique nationale est consciente des enjeux des réformes qu’elle a entreprises et s’attache à se donner le maximum de chance pour les conduire à bon port. Le challenge n’est pas gagné d’avance. A preuve, l'activisme d’autres acteurs dont on a de plus en plus du mal à comprendre la logique.
A en croire le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD), la confiance envers la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) connaîtrait une érosion des plus drastiques. Les enquêtes d’opinions qu’il a réalisées en 2007 et 2008 révèlent en effet presqu’un doublement du pourcentage des personnes enquêtées qui n’ont pas confiance en la structure (de 15% en 2007 à 27% en 2008), une chute vertigineuse de 80 à 56% de ceux qui lui font confiance, tandis que dans le même temps le pourcentage de ceux qui se disent sans opinion a plus que triplé, passant de 5 à 17%. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et soulèvent une foule d’interrogations. Pourtant, c’est à peine si on ne nous avait pas convaincus que la CENI allait régler tous nos problèmes d’élections bancales et qu’elle allait garantir leur crédibilité, leur sincérité, leur transparence, leur équité, et tout ce que vous voulez. Même pas 10 ans et c’est déjà le désamour. C’est à croire qu’on nous a pris pour ceux que nous ne sommes pas ! Et qu’on continue à s’amuser avec notre intelligence, à moins d’avouer nager en plein brouillard et prendre les choses comme elles arrivent, c’est-à-dire au petit bonheur de la chance. Si le sujet n’était pas aussi sérieux, on en aurait certainement ri, tant il y a quelque chose de surréel de voir aujourd’hui ceux-là mêmes qui avaient juré par tous les dieux qu’il nous fallait une CENI pour nous en sortir, être les plus virulents dans la critique et à voir le diable en l'autre. Que de sacrifices aura-t-il fallu ici et là sur le continent, pour arriver à ces structures dont on remet en cause aujourd’hui la fiabilité rejoignant de fait les avis de ceux qui demandaient déjà à l’époque de ne pas aller trop vite en besogne car il ne suffit pas de proclamer l’indépendance d’une structure pour que celle-ci le soit.
En vérité, il faut lire au-delà des chiffres du CGD pour prendre la mesure des réalités. En effet, plus que la CENI, en tant que structure, ce sont ses composantes qui sont interpellées dans leur capacité à s’élever au-dessus de leurs propres agendas pour se mettre au service de celui de la Nation. Sur la question, ceux qui lancent les premiers la pierre sont loin d’être des saints. C’est ça la vérité. Et nous voilà de nouveau à la case départ..o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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