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La Une du n° 605

Retro-Rétro – Gouvernance: N°605 du 20au26 Mai 2009

Université de Ouagadougou

Entre désespoir des étudiants et
obstination du SYNADEC …

A notre passage le vendredi matin à l’Université de Ouagadougou, sur un total de cinq étudiants à qui nous avons tendu notre dictaphone pour nous imprégner de la situation qui prévalait dans «le temple du savoir», les réponses des uns et des autres nous ont vite donné la mesure de la situation. Les étudiants qui ont bien voulu répondre à nos questions vivent tous dans la hantise d’une année invalidée ou d’une année blanche depuis que le Syndicat national autonome des enseignants-chercheurs (SYNADEC) a déclenché sa grève illimitée, le 21 décembre 2008 pour la requalifier de grève indéterminée à sa conférence de presse animée, le 14 avril 2009 à l’UFR/SVT de l’Université de Ouagadougou (U.O) ..

Vue d’un AmphithéâtreOn se rappelle aussi que dans sa volonté de trouver au plus vite des solutions aux revendications des syndicats, le gouvernement représenté par le ministre Joseph PARE, en charge de l’Enseignement supérieur et Jérome BOUGOUMA, du Travail et de la Sécurité sociale avaient reçu le SYNADEC dès le 27 décembre 2008. D’ailleurs, le Premier ministre Tertius ZONGO en personne après avoir fait un tour à l’U.O pour s’enquérir de la situation avait mis en place une commission chargée de trouver des réponses appropriées aux revendications des enseignants-chercheurs. Ceux-ci avaient alors trouvé que cette commission ne saurait comprendre leurs préoccupations amenant le gouvernement à négocier directement avec eux. Le préavis de grève du syndicat, déposé le 5 décembre 2008, comportait trois (3) points dont : la revalorisation du statut de l’Enseignant-chercheur ; la liquidation de la dette sociale et enfin la convocation des assises pour poser et discuter de la situation des universités point devenu entre temps sans objet et retiré par le Syndicat. Restaient donc les deux premiers points dont le premier comporte à lui seul 21 sous-points. Après une série de négociations entre les responsables du MESSRS et du SYNADEC, le ministre Joseph PARE assisté du président de l’U.O, le Pr. Jean COULIBALY, avaient animé, le jeudi 09 avril 2009 au service d’information du gouvernement (SIG), un point de presse afin de situer l’opinion publique sur les revendications du SYNADEC et les réponses du gouvernement.

Que d’efforts fournis
Des parents d’étudiants à l’image de Paul SOMDA sont inquiets de la situationAu titre du paiement de la dette sociale, il était ressorti que c’est la somme de 1 039 853 396 F CFA que le gouvernement a décaissée. Pour ce qui est de la revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur, 17 sous-points avaient pu être examinés avec des consensus trouvés avant que le SYNADEC ne quitte la table de négociation estimant les propositions gouvernementales dérisoires et insuffisantes. Côté gouvernement, la construction de 244 bureaux au profit des enseignants-chercheurs a été autorisée. Pour ce qui est de l’indemnité académique le gouvernement a octroyé 62 500F à l’enseignant de rang A, 42 500F à celui de rang B, 32 500F à l’assistant et 12 500F à l’enseignant à temps plein.
Par ailleurs, les conseils d’administration des établissements universitaires ont été invités à payer dorénavant aux enseignants au titre de l’indemnité d’encadrement 50 000F pour les professeurs titulaires, 40 000F pour les maîtres de conférence et 30 000F pour les maîtres-assistants.
Tenant compte de ces propositions gouvernementales, les enseignants-chercheurs avec un salaire de 358 000F/mois auront en sus 112 500F pour les professeurs titulaires et assimilés ; 72 500F pour les maîtres-assistants et assimilés et 32 000F pour les assistants.
Plus de 600 millions de nos francs sont aussi décaissés pour la mise en état de la presse universitaire. Les points de non-accords apparaissent comme étant le fait du SYNADEC qui ne veut transiger sur ses propres propositions qu’il entend faire accepter par le gouvernement. Sinon comment comprendre son jusqu’au-boutisme tendant à ce que l’avenir des étudiants soit ainsi pris en otage malgré ces efforts gouvernementaux que le syndicat ne conteste pas mais estime que le gouvernement peut faire mieux ? Le syndicat sait-il seulement que le monde entier est confronté à une période de crise économique qui prend de plus en plus la forme d’une récession économique ? Pour un pays pauvre comme le nôtre sans ressources exceptionnelles et extraordinaires, où veut-on que le gouvernement trouve l’argent pour satisfaire dans l’immédiat toutes les revendications du SYNADEC ? Nous disons que même si cela était possible, ce syndicat doit avoir à l’esprit que l’enseignement supérieur ne constitue pas la seule priorité du gouvernement.
En effet, plusieurs autres syndicats réclament aussi l’amélioration de leurs conditions de vie. La revalorisation du statut de l’enseignant qui est un processus à court, moyen et long terme doit être perçue comme tel par le SYNADEC qui doit accepter ce qu’on lui propose dans l’immédiat et poursuivre les négociations pour obtenir plus.
Concernant les indemnités de logement, il est servi 60 000F CFA aux enseignants ce qui constitue l’indemnité la plus élevée servie aux fonctionnaires de l’Etat dans notre pays. Le syndicat veut qu’elle passe à 200 000F CFA. Idem pour les indemnités de recherche que le SYNADEC veut voir passer à 1 million alors qu’elles ont été portées, il y a moins de 2 ans à 800 000F.
Pourquoi donc cette intransigeance du côté du SYNADEC ? Sa lutte est-elle purement syndicale ? Sinon pourquoi cette épée de Damoclès que le syndicat brandit en direction du gouvernement et des étudiants ? Si les étudiants que nous avons rencontrés, le vendredi 16 mai dernier, souhaitent que le gouvernement fasse quelque chose afin de sauver l’année académique 2008-2009, ils avouent ne pas être informés sur les efforts gouvernementaux dont nous avons fait ici cas. Alors, ils en arrivent à penser que les enseignants doivent accepter ce qu’on leur propose, suspendre leur mouvement et poursuivre la lutte. Le Mouvement des Etudiants du Faso (MEFA) ne dit pas autre chose lorsqu’il rappelle au SYNADEC, dans une déclaration parue la semaine dernière, les sages conseils que ce syndicat avait donnés aux étudiants lors de la grève de ceux-ci en leur demandant de savoir accepter l’essentiel, prendre ce que l’on propose tout en continuant la lutte. Comme retour à l’envoyeur, on ne peut trouver mieux que cette déclaration du MEFA qui appelle à la reprise des cours et à la prise de responsabilité individuelle et collective des étudiants face à ce qui s’apparente à une prise en otage de leur avenir. Ils ont, sans doute, raison lorsque l’on sait que les conséquences de l’année invalidée 1999-2000 sont encore loin de s’estomper. C’est donc un autre spectre qui plane sur ces étudiants désespérés que nous avons rencontrés.
Si le président de l’Université de Ouagadougou, le Pr. Jean KOULIDIATI, que nous avons aussi pu rencontrer malgré son calendrier surchargé ce vendredi dernier, est optimiste quant à une reprise rapide des cours dans le but de sauver l’essentiel à savoir l’année académique 2008/2009, cet optimisme est loin d’être partagé par les étudiants dont certaines filières (3e année géographie) sont paralysées, les locataires se retrouvant à errer à longueur de journée sur le campus dans l’attente d’une hypothétique reprise des cours. Il n’est pas jusqu’aux parents d’étudiants, eux qui se saignent afin d’assurer l’avenir de leurs rejetons, qui ne s’inquiètent. C’est notamment le cas de Paul SOMDA, gestionnaire des ressources humaines à Sitarail Ouagadougou, qui a deux enfants inscrits à l’U.O dont l’un en médecine et l’autre en droit. Il se dit soucieux de la situation qui perdure sur le campus. Si les étudiants d’aujourd’hui constituent la relève de demain, il faut qu’une solution rapide soit trouvée afin de sauver les meubles. Si les problèmes posés sont des problèmes de fond qui datent de longtemps, le compromis doit prévaloir de part et d’autre pour le bonheur de tous, autorités, enseignants, étudiants et parents d’étudiants.o

Angelin DABIRE (Stagiaire)

Magloire SOME, Secrétaire général du SYNADEC

"C'est normal que les étudiants se sentent victimes de cette lutte”

Magloire SOMEDepuis le 8 avril 2008, des enseignants-chercheurs des universités de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, sous la direction du Syndicat national des enseignants-chercheurs (SYNADEC), ont entamé un mouvement social en vue de contraindre le gouvernement à satisfaire leur plate-forme revendicative, notamment en son point concernant la revalorisation du statut de l'enseignant du supérieur. Plus d'un mois que les négociations semblent dans l'impasse et que ledit syndicat a décidé de l'arrêt des cours, où en est-on ? C'est pour comprendre la situation que nous avons rencontré le secrétaire général (S.G) du SYNADEC, Magloire SOME (UFRSH) assisté par son secrétaire à l'Information et à la Formation, Jean-Claude NABA (UFR/LAC), qui ont bien voulu nous recevoir. Ils font ici le point de l'état de la grève et des négociations qui se poursuivent avec le gouvernement. Lisez plutôt !

Quel point faites-vous du mouvement de grève que vous avez engagé depuis le 8 avril 2009 ?
Magloire SOME (M.S) :
Nous sommes satisfaits de la mobilisation. Aussi bien à Ouagadougou qu'à Bobo-Dioulasso, le mouvement est largement suivi. Nos camarades se sont entièrement mobilisés derrière le mot d'ordre qui est juste. Cela fait 10 mois que nous avons déposé une plate-forme revendicative qui n'a été que partiellement satisfaite par le gouvernement. Compte tenu du fait qu'un aspect essentiel de cette plate-forme n'est pas satisfait nous avons décidé d'aller en grève pour demander au gouvernement de mettre beaucoup plus de bonne volonté dans le traitement du dossier.

Où en est-on aujourd'hui avec les négociations ?
M.S :
Les négociations ont repris avec le gouvernement depuis le 30 avril. Nous avons eu deux rencontres, celles du 30 avril et du 12 mai, et probablement la semaine prochaine (ndlr interview réalisée le vendredi 15 mai 2009) nous en aurons encore une.

Le gouvernement vous a reçu deux (2) fois déjà ; y a-t-il des avancées positives ?`
M.S :
Les discussions se poursuivent. C'est tout ce qu'on peut vous dire pour l'instant. Mais nous n'avons pas encore atteint le point où il serait question de reprendre les activités académiques.

Il y a quand même des enseignants qui sont en activité.
M.S :
C'est tout à fait normal que dans un mouvement social, il y ait des gens qui ne suivent pas. Disons qu'il y a 3 syndicats à l'université. Il n’y a que le SYNADEC qui est engagé dans le mouvement. Il est aussi vrai qu'il y a des syndicats qui nous ont apporté leur soutien mais tout le monde ne suit pas. Nous sommes en démocratie, même la pertinence du mot d'ordre est reconnue par tous. Ce n'est pas tout le monde qui peut suivre le mouvement. Dans les plus vieilles démocraties, ce n'est pas tout le monde qui suit les mouvements sociaux. C'est tout à fait normal. Ce que nous pouvons dire, une grande majorité, plus de 80% des enseignants sont engagés et nous sommes satisfaits.

La dette sociale a été apurée cela n'est-il pas déjà un gage de bonne volonté du gouvernement ?
M.S :
Attention, nous avons déposé une plate-forme qui comprenait trois (3) points. Le gouvernement n'a satisfait que un (1) point de cette plate-forme, qui est la dette sociale. Et là aussi cela a été fait au forceps. Cela nous réjouit. Mais ça ne suffit pas pour parler de la bonne volonté du gouvernement dans la résolution de l'ensemble des problèmes des enseignants-chercheurs. Une fois de plus c'est une dette, donc quelque chose que nous demandions depuis longtemps pour un travail déjà fait. Le gouvernement l'a reconnu et l'a apuré. Il est difficile d'en user comme un indicateur de la bonne foi du gouvernement.

Par ces temps de crise mondiale et au moment où partout les travailleurs se battent pour sauver leurs emplois, votre position n'est-elle pas difficile à soutenir ?
M.S :
N'opposez pas une revendication pour améliorer les conditions de travail à une stratégie pour rechercher l'emploi ou pour le sauver. Les mouvements sociaux ont pour but de chercher à améliorer les conditions de vie et de travail des employés. Les mouvements sociaux ne sont pas faits pour déstabiliser ni les institutions, ni le patronat. Mieux, ils aident à mieux faire marcher les institutions parce que les travailleurs identifient les insuffisances et demandent au patronat d'avoir un œil bienveillant en apportant des solutions à ces problèmes. Quand vous dites qu'il y a des gens qui sont en train de sauver leur emploi et vous, vous êtes en train de chercher à le perdre, quelque part vous nous demandez de démissionner. Démissionner par rapport à quoi ? Démissionner par rapport aux problèmes que nous rencontrons dans notre institution. Nous avons pris le courage de poser le problème et nous avons demandé au gouvernement d'avoir le courage de le résoudre.

De plus en plus le spectre de l'année blanche pointe à l'horizon. Cela vous préoccupe-t-il ?
M.S :
Nous sommes un partenaire social qui a posé des problèmes au gouvernement. Cette question nous aurions aimé que vous la posiez aussi au gouvernement. C'est de la diligente réaction du gouvernement que dépend l'issue de l'année. C'est aussi de cette même diligence que dépend la satisfaction des enseignants par conséquent la confiance qui sera rétablie entre le gouvernement et les enseignants. Demandez au gouvernement s'il n'est pas préoccupé sur l'éventualité d'une année blanche, question d'équilibrer l'information.

Ne craignez-vous pas que l'opinion publique se retourne contre vous, parce que quoi qu'on dise ce sont les enseignants qui ne vont pas en
classe ?
M.S :
Nous avons engagé un mouvement social et nous ne sommes pas satisfaits. Vous posez déjà le problème de l'arrêt du mouvement alors que le gouvernement prétendait être disposé à résoudre le problème et entre temps se rétracte pour je ne sais quelles raisons. L'opinion publique devra essayer d'analyser la situation. Nous sommes face au gouvernement et l'opinion doit aussi juger le gouvernement.

L'état des négociations peut quand même vous motiver à céder une marge pour sauver les victimes que sont les étudiants.
M.S :
La situation des négociations à l'heure actuelle ne nous donne pas satisfaction. Nous avons demandé d'améliorer notre condition de travail. Ce qui n'a pas été encore fait. Si nous arrêtons le mouvement, non seulement, cette opinion qui nous était favorable n'aura plus confiance en nous. Et à juste raison parce qu'elle dira que ces messieurs ne savent pas ce qu'ils veulent. Pire, désormais, ça pourrait servir de stratégie pour le gouvernement. Quand un mouvement va naître, il suffira d'avoir des problèmes de conscience pour sauver l'année et vous arrêtez. Si vous reprenez, le gouvernement va se cacher derrière ce problème de conscience pour se frotter les mains puisque les problèmes ne seront plus résolus. Il ne faut pas aider le gouvernement à développer des stratégies machiavéliques contre les travailleurs. Il faudra que le gouvernement soit bienveillant dans le traitement des dossiers.

Des voix commencent à s'élever du côté des étudiants pour s'inquiéter de leur sort. Si certains vous soutiennent, d'autres par contre rappellent à leur bon souvenir des appels à la modération que vous-mêmes leur aviez adressés par le passé. Votre réaction ?
M.S :
C'est normal que les étudiants se sentent victimes de cette lutte des enseignants. Même que les étudiants luttent pour améliorer leur condition d'étude, il y en a, en leur sein, qui s'inquiètent de l'issue de l'année. Il en a toujours été ainsi. Ce qui nous guide, c'est la justesse de cette lutte. A l'heure du bilan si nous jugeons que nous avons obtenu ce dont nous demandions et qu'il faille arrêter, on le fait et on remet le reste à plus tard. Mais nous n'en sommes pas là. C'est vrai qu'il y a des étudiants qui nous soutiennent. Nous leur sommes reconnaissants de s'être exprimés en notre faveur pour la justesse de notre lutte. A ceux qui sont inquiets, nous leur demandons d'être sereins ; car, cette lutte que nous menons aujourd'hui c'est pour le futur et l'avenir de l'enseignement à l'université. Donc c'est une lutte pour les étudiants. Nous sommes leurs formateurs. Quand le formateur est misérable, le formé ne voudra jamais lui ressembler. Plutôt que de s'inquiéter, qu'ils considèrent les enseignants dans une lutte en vue de leur bien-être car elle ne fait que résoudre leur problème pour demain.

Ils vous disent cependant de mettre un peu d'eau dans votre vin.
M.S :
Nous n'avons pas l'impression que nous tirons trop sur la corde. Nous avons commencé les négociations et à un certain moment le gouvernement suspend pour élaborer des stratégies, de concerter tel ou tel organe dit-il. Après on initie des médiations. De là, on se rend compte que toutes ces rencontres n'aboutissent pas aux résultats escomptés. Et on est obligé de revenir à la table de négociations. Vous voyez le temps perdu. Si les négociations avaient été poursuivies, nous pensons logiquement qu'aujourd'hui nous aurions eu un point d'accord avec le partenaire. C'est le gouvernement lui-même qui a érigé des points de blocage. Qu'on ne nous tienne pas pour responsables en disant que nous tirons trop sur la corde. Peut-être n'est-ce pas le gouvernement qui recherche un pourrissement ? C'est une question que nous nous posons. Revenons à l'historique, quand le syndicat a quitté la table de négociation,il l'a toujours appuyé d'arguments. Cela n'a pas été le cas chez le gouvernement qui a initié des médiations inopportunes. Nous disons même que nous n'avons pas véritablement quitté la table puisque nous avions dit que nous allons consulter notre base et que nous sommes disposés au dialogue. C'est le 12 avril que nous avons quitté, le 17 nous sommes revenus pour signer les P.V (Procès verbal); après avoir consulté la base le 19, le 24 nous étions à la table. C'est le gouvernement qui a arrêté les négociations sans que nous ne sachions trop pourquoi. Mais il est revenu à de meilleurs sentiments et nous espérons que cette fois-ci nous arriverons à un accord.

Si bien sûr, chacun y met du sien ?
M.S
: Nous avons montré notre disposition à dialoguer avec le gouvernement et c'est ce dernier qui avait arrêté les négociations. Dans ce cas, qui a mis du sien ?

Au stade actuel de votre lutte, quel est le minimum que vous accepteriez du gouvernement ?
M.S :
C'est une question de consensus. Il faut que les parties acceptent le principe que dans les négociations tout le monde ne peut pas tout gagner mais aucun n'a le droit de tout perdre. C'est une question d'approche. Nous proposons qu'on nous donne 1000F, le gouvernement dit qu'il ne peut satisfaire qu'à 10F. Nous disons que c'est trop peu. Peut-être que si le gouvernement fait un effort nous pourrons nous rencontrer quelque part. C'est un schéma pour montrer que toute négociation est ouverte. Il revient à tout le monde de garder un esprit suffisamment serein et souverain pour qu'on se rapproche l'un de l'autre sans donner l'impression d 'être faible quelque part…
Jean-Claude NABA secrétaire à l’information et à la formation (gch) au côté de son SG Magloire SOMEMais sans vouloir proposer à l'autre des solutions qu'ils ne sauraient accepter. Donc dans ce cas de figure chacun fait des efforts pour aller à l'essentiel. Nous souhaiterions que le gouvernement fasse un minimum d'effort et que de notre côté nous n'exagérions pas dans ce que nous demandons, que nous ne saurons être des jusqu'au-boutistes. Que nous puissions nous accorder sur quelque chose qui sera couchée par écrit et que chacun respecte ses engagements. Nous savons que dans une négociation au grand jamais, vous n'allez négocier 100f et l'obtenir. Le minimum que nous demandions, c'est que le gouvernement nous donne le minimum qui est acceptable pour nous et supportable pour lui. Nous précisons que dès le départ nous avons fixé le minimum en ce sens pour ce qui est de l'aspect financier de la revalorisation pour laquelle nous luttions, nous avons demandé l'adoption d'une grille qui n'a pas été élaborée par le syndicat. Au moment où nous la proposions, cette grille était déjà vieille de 10 ans. C'est-à-dire ne correspondait même pas au taux de cherté de la vie actuelle. C'est dire que nous voulons être réalistes et ne pas faire de la surenchère. En fait le minimum souhaité de la part de notre partenaire serait que nous gardions le statu quo. Seulement avec la réalité de la vie et du travail sur le campus aujourd'hui, avec ce minimum nous ne pouvons plus rien faire. Plus important, les enseignants ont pris conscience de l'ampleur du sacrifice qu'on leur a demandé jusqu'à présent. Sacrifice qui peut causer pas mal de soucis physiques et intellectuels. Il est tout à fait légitime que l'enseignant cherche à se protéger et améliorer ses conditions de vie et de travail.

Avec ces crises incessantes, est-ce que vous ne craignez pas que la qualité de l'enseignement en prenne un coup vu que l'Université de Ouagadougou est un exemple d'excellence en terme de qualité de formation ?
M.S :
Si, nous avons peur que le prestige de l'Université de Ouagadougou soit perdu en ne faisant rien. Mais nous avons pris conscience que, pour que l'Université de Ouagadougou soit toujours considérée comme un pôle d'excellence à tous les niveaux et que son prestige soit rehaussé, il faille mener cette lutte. Elle a certainement eu beaucoup de désagréments en terme de retard que nous avons enregistré dans nos activités pédagogiques. Mais si elle aboutit et que le gouvernement est sensible à nous concéder le minimum acceptable, il aura marqué un pas dans sa volonté de donner de l'impulsion à la qualité de la formation au niveau de l'université. Ne comprenez pas par cette lutte, une stratégie des enseignants de vouloir brader tout ce qui faisait le prestige de l'université. Bien au contraire, c'est une stratégie pour rehausser cette qualité. Nous avons pris le soin de dire depuis le départ que les bons résultats des universités du Burkina Faso ne sont pas le fait des bonnes conditions de travail des enseignants. C'est le fait des sacrifices, parfois individuels ou du groupe des enseignants pour maintenir ce niveau. C'est le genre d'engagement qui peut à la longue s'épuiser parce que tout simplement on n'a plus les moyens, l'énergie physique ou intellectuelle nécessaire pour maintenir le cap. Il est étrange qu'on utilise l'argument de l'excellence dans les deux situations. Quand on veut être fier du Burkina Faso, on présente les universitaires burkinabè comme capables de meilleures prestations. Mais quand il s'agit de sauver cette qualité et même l'améliorer, parce que nous l'avons dit aussi si on améliore nos conditions, nos résultats qui sont déjà bons ne feront que s'améliorer, on se rétracte à le faire. Alors pourquoi ne pas aller dans ce sens. Il ressort que les universités en France sont en grève et même qu'il y a une possibilité d'année blanche. Pourquoi là-bas on ne parle pas de la perte de la crédibilité des universités ? Est-ce parce que ce sont les universités du Sud, ou est-ce parce que c'est le Burkina, on parle de baisse de la qualité de l'enseignement ? Notre crédibilité nous l'avons prouvée de par le passé. Ce n'est pas cette situation que nous considérons d'ailleurs comme passagère qui nous la fera perdre.o

Issoufou MAIGA

Pr. Jean KOULIDIATI, président de l’Université de Ouagadougou

Les étudiants ne seront pas sacrifiés"

L’activité académique à l’université de Ouagadougou (U.O) ne fonctionne pas à 100%, puisqu’une partie des enseignants-chercheurs est en grève depuis le 8 avril 2009, pour la revalorisation de leur statut. Cela préoccupe au premier chef le président de l’U.O, le Pr. Jean KOULIDIATI, qui tout en souhaitant une solution rapide de sortie de crise par les négociations entamées entre gouvernement et le SYNADEC, affirme que les cours se poursuivent normalement avec certains professeurs qui occupent les heures vacantes en attendant le déblocage de la situation.

Pr. Jean KOULIDIATIDepuis le 8 avril 2009, il y a un mouvement social enclenché par le SYNADEC (Syndicat National des Enseignants-chercheurs) causant ainsi l’arrêt des cours dans certaines matières. Quelle est la situation actuelle ?
Pr. Jean KOULIDIATI (Pr. JK :
C’est juste. Le SYNADEC a déclenché un mouvement social depuis, le 8 avril en vue de demander la satisfaction de sa plate-forme. Je voudrais quand même attirer votre attention que s’il y a une partie des enseignants en grève, c’est qu’il y en a qui travaillent.
Mais ceci n’est pas toujours agréable de se rendre compte que nous dirigeons une institution qui tangue. C’est pour cela que j’apprécie l’ouverture du gouvernement qui n’a pas arrêté les négociations, les discussions malgré le fait que le SYNADEC est en grève. Par tradition, le gouvernement, les institutions exigent la levée du mot d’ordre de grève avant d’entamer toute négociation. Nous espérons trouver un aboutissement heureux et très bientôt.

Il y a une partie des enseignants qui ne donnent pas cours. Est-ce que cela ne va-t-il pas compromettre l’année ?
Pr. J.K :
Même s’il y a 2 professeurs qui n’ont pas fait cours et qui n’ont pas évalué, il est difficile de délibérer pour une classe. Le problème ce n’est pas de tremper dans une polémique de «il y a beaucoup qui font grève ou pas». Le problème est que nous sommes dans une institution où chacun doit jouer son rôle. Dès lors qu’il y a quelqu’un qui ne joue pas son rôle, alors la machine est grippée. Pour l’instant nous travaillons avec tous les enseignants-chercheurs, qui donnent leur enseignement. Et nous espérons que ceux qui sont en grève pourront venir le moment venu donner leur enseignement surtout dans le créneau horaire des enseignants qui auront fini déjà leur programme de travail de façon à ce que l’année puisse finir très rapidement.

En tant que président de l’U.O, avez-vous des contacts avec le SYNADEC ?
Pr. J.K :
Bien sûr, ce sont des collègues. Nous avons des contacts avec eux en tant que SYNADEC, mais aussi en tant qu’enseignants-chercheurs.

Des étudiants se sentent victimes de cette situation, qu’avez-vous à leur
dire ?
Pr. J.K :
Je dois leur dire que c’est un mouvement social. Comme tel, cela oppose des points de vue entre des gens qui sont de très haut niveau et que de toutes les façons, qu’ils sachent qu’ils ne seront pas sacrifiés.
Dans tous les cas, nous autorités universitaires et gouvernement mettront tout en œuvre pour que l’année s’achève normalement au grand bonheur de tous et surtout des étudiants.

Est-ce que c’est trop demander au gouvernement que de revaloriser le statut des enseignants-chercheurs ?
Pr. J.K :
Naturellement, je crois que c’est un mouvement normal que quelqu’un puisse demander la revalorisation surtout quand vous avez le sentiment, je dis bien le sentiment que vous n’êtes pas valorisé.
Mais je crois que le problème n’est pas au niveau de la légitimité. Le gouvernement a reconnu que c’est légitime et qu’il va revaloriser. Maintenant, c’est l’ampleur de la demande du SYNADEC qui ne correspond pas pour le moment au moyen dont dispose le gouvernement pour faire face à cette requête.

Vous croyez à une issue heureuse des négociations ?
Pr. J.K :
Bien sûr. Entre des êtres intelligents on finit toujours par trouver un terrain d’entente. Je suis confiant.

Et c’est pour quand ?
Pr. J.K :
Là, je n’ai pas tapé le sable, je vous avoue. Et je ne suis pas sûr que le sable pourrait me dire la date exacte. Mais, je sais que nous finirons par trouver un point d’entente.o

Issoufou MAÏGA

Des étudiants inquiets

Adama OUEDRAOGO
Etudiant en lettres

Nous sommes tous découragés de cete situation de grève
«Tous les étudiants sont découragés de cette situation de grève des enseignants».

Les cours ne se font pas normalement. Il y a quelques professeurs qui viennent au cours pendant que la majorité est absente.
Nous n’avons que 2 professeurs qui nous dispensent les cours. C’est une situation qui est difficile et nous enlève toute envie d’étudier. Actuellement, nous ne venons que pour le RU (le restaurant universitaire). Nous espérons que la situation va s’améliorer d’ici les jours à venir».

Adeline TOE
en sciences de gestion

La grève nous touche tous
«La grève nous touche tous. Il faut que le corps enseignant qui est la base de la connaissance ait des meilleures conditions de vie pour nous dispenser des enseignements de qualité. Actuellement, ce sont les professeurs qui ne font pas partie de la grève qui occupent les heures des autres afin de maximiser. Il y a un seul qui faisait partie de la grève mais il est revenu dispenser un seul cours et repartir. Il a dit qu’il allait en mission. Nous prions pour que la situation se décante. L’Etat aussi doit mettre de l’eau dans son vin pour que ça puisse aller de l’avant».

 

Josaphat CONVOLVO
en médecine 6e année
On ne sent pas trop la grève

«La situation est un peu générale même si, dans notre faculté on ne sent pas trop la grève. Il est grand temps que les deux parties trouvent un terrain d’entente parce que à long terme personne n’y gagne. Ça n’a que trop duré, je pense. Aussi il y va de la qualité des cours. Si on manque un mois de cours et on le rattrape en un temps record, c’est vrai que le diplôme sera là mais objectivement la qualité prendra un coup. On gagnerait à reprendre rapidement les cours, sinon, je ne pense pas que l’année soit véritablement en danger pour l’instant».

 

Rachida SOMA
en 1ere année pharmacie
Il faut que l’année soit validée

«C’est une situation assez difficile pour nous les étudiants, surtout pour ceux des facultés où la majorité des professeurs ne donnent pas cours. En pharmacie 1, on fait cours même si tous les professeurs ne viennent pas. Ceux qui sont là prennent les heures des autres. Je dirai même qu’on est un peu coincé. Ce que nous craignons, ce n’est pas d’abord la qualité, il faut que l’année soit validée. C’est ça notre premier souci.
Nous appelons les deux parties afin qu’elles trouvent un terrain d’entente. Même nous qui faisons cours souvent nous n’avons pas le moral pour bosser».

Adama DIARRA
en 3e année géographie
La situation des professeurs nous préoccupe

«La situation des professeurs nous préoccupe à telle enseigne que nous nous inquiétons si l’année sera validée ou pas. Si jusqu’au mois de mai, nous n’avons rien débuté, c’est vraiment inquiétant. La responsabilité revient au gouvernement. Il doit prendre ses responsabilités parce que c’est un problème qui existe depuis longtemps. Il devrait faire de sorte qu’à l’heure actuelle, le problème soit résolu. Mais on a l’impression que rien n’est fait pour résoudre le problème de l’enseignant.
On voit le travail qu’ils abattent. Ils sont là matin, midi et soir et sans vacances. Ne ce reste que régulariser leur situation, le gouvernement n’en fait pas une préoccupation.
C’est un manque de volonté politique, sinon on pouvait résoudre ce problème un tant soit peu et permettre aux étudiants de reprendre normalement les cours.
On s’impatiente que la situation soit rétablie pour que nous puissions valider l’année.
Si l’on remonte de 2004 à nos jours cela fera un an de perdu en matière de cours. Nous souhaitons que le gouvernement fasse des efforts afin de pouvoir trouver une solution à cette crise parce que tout le monde en a marre et ç’en est de trop. En licence de géographie depuis le 8 avril, pas un seul cours n’a été disposé. Les enseignants sont au nombre de 13 et aucun n’a donné cours.

Des efforts sont quand même faits, la dette sociale apurée, des bureaux en construction…
A.D
: Concernant les bureaux, c’est la vieille cité des étudiants qui a été dégagée afin de faire office de bureau pour les professeurs suite à la crise qui est survenue depuis le 17 juin 2008. Ça en tout cas c’est visible. En ce qui concerne l’épuration de la dette, je n’en sais pas grande chose là-dessus.o

UEA interpelle

Les représentants de l’Union des Etudiants Africains (UEA)Ces deux dernières années académiques : 2007-2008, 2008-2009, l'Université de Ouagadougou (UO) est marquée par une suite d'évènements troublants son fonctionnement ordinaire. C'est dans cette logique de disfonctionnement que s'inscrit la situation actuelle de notre temple du savoir. A l'origine, une grève des enseignants du SYNADEC dont le préavis a été déposé le 05 Décembre 2008 et portant sur deux (02) points:
1- La revalorisation de la fonction enseignante
2- Le paiement de la dette sociale. . Après négociation, le second point qui retardait la rentrée académique 2009 fut entièrement satisfait et permis alors la reprise des cours le 28 Février 2009.
Quarante jours plus tard, l'Université de Ouagadougou (UO) plongea dans des jours sombres avec toujours les enseignants à l'origine qui exigeaient la revalorisation de leur statut. Et depuis plus d'un mois un dialogue de sourd, mieux de jusqu'au boutiste règne entre les autorités et lesdits enseignants au détriment des étudiants. Au vu de l'évolution de la situation, les plus grands perdants sont les étudiants. En effet, l'année académique court un grand danger et avec elle les ambitions et même le destin des étudiants. En outre, c'est tout le système éducatif qui est entrain d'être mis en péril. L'heure est au réveil, il est temps de dénoncer et de faire avorter cette tentative d'assassinat.
Oui camarades, on veut assassiner notre droit au savoir, notre intelligence. Mais à qui profite ce crime? Pas à cette génération sacrifiée.
Dès lors, il est important devant l'histoire de dégager objectivement les responsabilités et d'en tirer les conséquences avant le chaos.
A ce titre, les premiers démissionnaires dans une telle crise restent les parents d'élèves et d'étudiants, qui n'existent que de noms, abandonnant devant l'éternel leurs responsabilités face aux menaces qui planent sur la vie universitaire et sur les examens scolaires plus particulièrement sur le BAC.
Quant aux imminents professeurs, si leur revendication est une réalité, nous sommes surpris de constater leur position jusqu'au boutiste. Hier, ils étaient les chantres du dialogue apaisé et le modèle de la lutte syndicale, aujourd'hui, maîtres du radicalisme et prophètes de déclarations incendiaires de nature à paralyser le système éducatif. .
Face à une telle situation, la section nationale de l'UEA exige : l'ouverture d'un dialogue franc et sincère entre les deux protagonistes, une résolution rapide de la crise, le paiement de l'aide et du FONER dans un délai raisonnable.

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