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La Une du n° 605
Lettre de l'Editeur :N°605 du 20au26 Mai 2009

Ils n’ont pas le choix !

Un cas de figure que les acteurs politiques ont toutes les raisons de craindre parce qu’ils ne sont plus loin les jours où excédées des brimades, exactions et autres injustices, elles ne s’élèvent contre les pouvoirs établis. Il est évident que partout le sentiment que les responsables tirent profit de la situation et se contrefichent du sort des citoyens monte en intensité au point de commencer à prendre le pas sur les rhétoriques identitaires distillées par les barons de ces pouvoirs pour légitimer leur position. Naturellement cette façade se lézardant, l’illégalité de la situation n’en paraît que plus révoltante.

Le processus de normalisation en Côte d’Ivoire avance ! Il avance à son rythme. Un rythme auquel on a fini par s’habituer et qui exaspère nombre d’observateurs et certains acteurs qui s’en ont fait une raison, prenant leur mal en patience convaincus comme le dit un proverbe populaire de la sous-région que : « la nuit a beau durer, le jour finit par se lever ». C’est dire si la notion de temps n’y a pas la même valeur qu’ailleurs où l'on affirme qu’il est de l’argent et qu’il est par conséquent compté et géré parcimonieusement avec un regard intéressé au retour d’investissement. Fatalisme ou excès d’espoir. Toujours est-il que s’il y a une certitude c’est qu’un jour ou l’autre la Côte d’Ivoire sortira de ce pétrin. Et semble vouloir se hâter, mais lentement.
A leur rythme donc, les protagonistes de la crise ivoirienne avancent, soutenus, à bout de bras, (on peut le dire) par un facilitateur sur lequel le temps semble avoir le même effet que l’eau sur le plumage d’un canard et qui est parfaitement impénétrable à l’irrédentisme des uns et insensible aux chausse-trapes des autres comme s’il faisait corps avec chacun d’eux à tel point qu’on a l’impression qu’il se confond à eux.
Toujours est-il que depuis lundi dernier, les choses semblent prendre une nouvelle tournure avec l’adoption d’un chronogramme qui devrait d’ici décembre prochain mettre un terme à cette interminable crise dont on est en train de croire qu’elle ne prendra jamais fin. Réuni, ce jour, autour du facilitateur, le Cadre Permanent de Concertation (CPC) a enfin pris les décisions hardies attendues par tous, pour que les élections tant souhaitées aient lieu à bonne date, c’est-à-dire dans le courant de l’année et dans de bonnes conditions, autrement dit un scrutin apaisé, juste, crédible et transparent. Ce n’est pas trop tôt.
Et même si dans cette crise on nous en a fait voir des vertes et pas mûres, le fait que les acteurs soient parvenus à des accords sur tous les points litigieux et cela en un rien de temps, en se fondant sur des faits et des engagements forts, autorise un réel espoir de voir le processus aboutir. Ainsi, il apparaît que le choix du 29 novembre 2009 pour la tenue du premier tour de l’élection présidentielle n’est pas une simple vue de l’esprit ou un choix fantaisiste, mais repose bien sur une évaluation réaliste de la situation.
Avec le démarrage de la passation des charges entre les Com-Zones des Forces Nouvelles et le corps préfectoral aujourd’hui 20 mai même ; l’enrôlement à la date du 13 mai de 70% de l’électorat potentiel prévu et la décision de mettre un terme à cet exercice le 30 juin ; la décision de publier les listes électorales en fin septembre et le démarrage de la campagne électorale en mi-novembre, on peut affirmer que le chemin est bien balisé et qu’à moins d’un dérapage extraordinaire et apocalyptique on devrait pouvoir tenir les engagements et pour une fois faire mentir tous ces oiseaux de mauvais augure qui n’ont de cesse de soutenir que la seule vérité qui importe et qu’on refuse de voir, c’est que les Ivoiriens se complaisent dans leur crise et trouveront, comme à toutes les autres fois le moment venu, le secret pour repousser encore à plus tard la solution finale.
C’est que, s’il est vrai que, d’une part, les uns et les autres ont pris le temps de se forger de nouvelles habitudes avec la crise et d’en développer toutes les opportunités au point de ne plus vouloir une autre réalité, il est aussi vrai d’autre part que les populations en ont plus que marre et souffrent le martyr au quotidien de cette situation de ni paix, ni guerre. En effet, au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, au Centre comme dans toutes les périphéries, elles ne sont plus loin de la rupture. Un cas de figure que les acteurs politiques ont toutes les raisons de craindre parce qu’ils ne sont plus loin les jours où excédées des brimades, exactions et autres injustices, elles ne s’élèvent contre les pouvoirs établis. Il est évident que partout le sentiment que les responsables tirent profit de la situation et se contrefichent du sort des citoyens monte en intensité au point de commencer à prendre le pas sur les rhétoriques identitaires distillées par les barons de ces pouvoirs pour légitimer leur position. Naturellement cette façade se lézardant, l’illégalité de la situation n’en paraît que plus révoltante.
En effet, au Nord comme au Sud, il suffit d’écouter la rue pour comprendre qu’on est loin de l’euphorie et de l’adhésion unilatérale des moments de braise.
Les révoltes ne sont donc plus loin et il importe de trouver maintenant des solutions pour ne pas avoir sur le dos les populations qu’on dit défendre.
Par ailleurs, il faut noter que les autres intervenants dans le processus, à commencer par le facilitateur, ont chacun leurs agendas et qu’il n’est pas évident qu’ils puissent indéfiniment être aux côtés des Ivoiriens. C’est dire s’il est temps de passer aux choses sérieuses et que cette fois-ci on a toutes les chances d’être la bonne, même s’il faut rester sur ses gardes. Sans oublier que chaque peuple a sa fierté à défendre et que quelque part celui de Côte d’Ivoire ne doit pas beaucoup apprécier que d’autres pays qui ont connu des crises après le leur n’en aient plus que des souvenirs, alors que lui est toujours empêtré dans des négociations. N’est-ce pas ?o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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