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La Une du n° 606

Retro-Rétro – Gouvernance: :N°606 du 27 Mai au 02 juin 2009

Présidentielle

Exit les candidats «atypiques»

L’élection présidentielle ne sera plus comme une foire politique au Burkina Faso. La révision du code électoral en ses articles 124, 125 et 127 durcit les conditions de candidatures tout en leur donnant une plus grande crédibilité.

Pour prétendre désormais au fauteuil présidentiel, il faut non seulement avoir suffisamment de moyens financiers mais aussi être assez connu dans le pays. Avec la révision du Code électoral, le montant de la caution est passé de 5 à 10 millions FCFA et il est exigé une attestation de parrainage pendant le dépôt des candidatures. Le taux des suffrages nécessaires de 10% pour le remboursement de la caution est cependant ramené à 5%.
Ces nouvelles conditions pour la candidature à l’élection à la présidence du Faso vont peut-être permettre d’éviter la situation de 2005 où il y avait 13 candidats déclarés. Une flopée de candidatures dont la pâleur de certaines d’entre-elles avaient donné à cette élection une allure folklorique. Des gens dont on n’avait jamais aperçu le faciès dans le paysage politique étaient dans le starting-block. Ainsi, des candidats qui n’ont pu rassembler plus d’une centaine de personnes, sympathisants et badauds y compris, pendant leurs meetings de campagne, pour ceux qui ont osé en tenir, prétendaient vouloir veiller sur la destinée de plus de 14 millions de Burkinabè. Avec les nouvelles dispositions, ce n’est pas évident que les candidatures pleuvent encore à la prochaine présidentielle.
Le montant de la caution va sans doute freiner certaines ardeurs. Quand on sait qu’en 2005 le taux de suffrage le plus élevé après celui de Blaise COMPAORE n’a pas atteint 5%, les postulants au fauteuil présidentiel vont maintenant réfléchir par deux fois avant d’oser débloquer dix millions, rien que pour faire de la figuration. De même que les esprits malins, qui font recours à leurs calculettes pour évaluer le ratio montant financement public et montant caution pour tenter l’aventure d’autant qu’ils pourraient entrer dans leurs fonds avec l’argent versé par l’Etat pour la campagne. Ils auront en tout cas à convaincre de leur légitimé à travers le parrainage. Ce qui n’est pas une mince affaire. En effet, l’article 125 du code électoral exige parmi les documents de candidature, une attestation de parrainage de 200 élus (conseillers municipaux ou députés), repartis dans sept des treize régions du pays. L’introduction du parrainage va donc permettre aux éventuels candidats de prendre la vraie mesure de leur représentativité avant de s’engager pour la conquête du palais de Kossyam plutôt que de faire dans l’illusion et se retrouver avec des badauds pendant la campagne électorale et quelques voix évidemment au décompte final.

La fonction de chef de l’Etat est si importante qu’il était temps qu’on durcisse les conditions d’accès afin d’éviter les candidatures de complaisance. Comme c’est l’impression que nous ont donnée certains candidats par le passé, il ne suffit plus d’avoir seulement son argent pour prétendre à la présidence du Faso mais en sus, il faut de la légitimité en se faisant parrainer. En 2005, il y a des candidats qui ont cru que l’élection présidentielle était un tremplin pour eux pour exister politiquement ou se faire découvrir par le public. Ils ont donc cassé la tirelire pour cela et n’étaient visibles que le temps de leur droit de passage dans les médias. Les nouvelles dispositions relatives à l’élection présidentielle, loin de porter préjudice à quiconque, vont désormais donner du piquant à la course présidentielle. On assistera dorénavant à des campagnes électorales beaucoup plus sereines avec des candidats assez représentatifs grâce au parrainage.o

Drissa TRAORE

Fin du nomadisme politique

Pour une entorse au jeu démocratique, c’en était une. Le nomadisme politique, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a beaucoup contribué à biaiser le jeu démocratique, amenant des élus à fouler du pied le choix des électeurs. Eh bien «plus jamais ça !», pourrait-on dire, car l’Assemblée nationale a enfin statué sur le cas en votant une loi coercitive pour le député mais bonne pour l’assainissement du jeu démocratique et surtout pour le respect de l’électeur.

La question du nomadisme politique au Faso ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’époque de l’Assemblée territoriale (avant l’Indépendance), des cas avaient déjà été enregistrés et dans l’histoire beaucoup plus récente, sous la IIIe République notamment, la question s’est posée avec beaucoup plus d’acuité d’autant qu’étant d’un enjeu très important. En effet, pour avoir la majorité plus un, le parti majoritaire de l’époque, le RDA, avait joué des pieds et des mains pour débaucher un député du PRA. Ce qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive mais qu’à cela ne tienne, c’était la non-réglementation du jeu démocratique en la matière qui le permettait et la IVe République a hérité de cet état de fait que les gens ont longtemps décrié. Il faut dire que l’enjeu étant grand, les élus eux-mêmes rechignaient à prendre une loi qui devait empêcher ce que l’on a appelé «nomadisme politique».
Si la quatrième législature de la IVe République n’a connu qu’un cas de départ d’un député d’un parti pour un autre, il n’en fut pas de même pour les trois précédentes où la valse se dansa à cœur joie.
Il fallait vraiment statuer sur cette situation car en démissionnant du parti dans lequel il a été élu, le député non seulement fragilise ce dernier, mais dévoie du même corps le choix de ses électeurs. Sous la IVe République, le parti réceptacle des «élus nomades» demeure le CDP, parti au pouvoir, et dans une moindre mesure, l’ADF/RDA. Ainsi, le CDP est vu par l’opposition comme déstabilisateur de l’opposition.
Outre la déstabilisation des partis politiques, le nomadisme contribue également à créer des inimitiés entre les députés et partant les militants. Sans oublier les incompréhensions semées au sein des populations qui ont mis leur confiance en un parti en lui donnant des voix finalement «vendues» par l’élu. Il faut avoir du cœur pour digérer une défection comme celle qu’a connue le PAREN du député Laurent BADO à la troisième législature. Plus actuelle est cette défection de Nestor BASSIERE, qui a rejoint l’UNIR/PS avec son mandat,  créant du même coup, une double fracture au sein de la famille sankariste. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il a changé de place à l’hémicycle puisque jusqu'à ce que survienne la crise, il était assis à côté de son mentor le député Norbert Michel TIENDREBEOGO, du FFS. Sans aller jusqu'à affirmer que ceci explique cela, on voit bien le mal que ce jeu politique peut créer.  La nécessité de combattre le nomadisme politique par la suppression du mandat impératif inscrit dans la constitution obligeait le Parlement à procéder à une révision constitutionnelle.  Les présidents des quatre groupes parlementaires que sont Me Bénéwendé SANKARA de l’ADJ, Mahama SAWADOGO du CDP, Galliam Augustin OUEDRAOGO de l’ADF/RDA, et Diemdioda Amadou DICKO du CFR, ont initié la proposition de loi qui a mis fin à cette plaie de notre démocratie. L’article 94 nouveau est en tout cas clair : «Tout député appelé à de hautes fonctions est remplacé à l'Assemblée par un suppléant. La liste des hautes fonctions est déterminée par la loi.

S'il cesse d'exercer ses fonctions au plus tard à la fin de la moitié de la législature, il peut reprendre son siège ; au-delà de cette date, il ne peut le reprendre qu'en cas de vacance de siège par décès ou démission du suppléant. Tout député qui démissionne de son parti en cours de législature est automatiquement déchu de son mandat. Le député démissionnaire de son parti est remplacé par un suppléant. Lorsque le ou les suppléants sont également démissionnaires et qu’il n’existe plus de suppléant sur les listes de ce parti dans la circonscription des démissionnaires, il est organisé des élections partielles sauf si l’on est au dernier tiers de la législature.»  En clair, le siège appartient désormais au parti et non au député. Si donc la loi était rétro active, Nestor BASSIERE serait en mauvaise posture car ce sera soit revenir à l’UPS pour garder son siège de député, ou rester à l’UNIR/PS comme simple militant et attendre 2012 pour espérer être élu.o

Frédéric ILBOUDO

Révision du code électoral

Pour une CENI plus crédible

La loi N°014-2001/AN du 3 juillet 2001 portant code électoral vient d’être modifiée par l’Assemblée nationale. Cette modification n’est rien d’autre que l’aboutissement d’un long processus que la représentation nationale a enclenché par la mise en place de commissions ad hoc devant réfléchir sur les réformes politiques et institutionnelles. La commission ad hoc sur le code électoral après une large concertation avec tous les acteurs a déposé son rapport. Ce qui a servi de substrat à la modification du code électoral dont une bonne partie concerne la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Après les élections législatives de 2007, les acteurs politiques, la société civile et certains observateurs n’ont pas manqué d’émettre des critiques et même de faire des propositions pour le bon fonctionnement de la CENI et ses démembrements. La relecture du code électoral avait même été évoquée plusieurs fois par le président de la CENI à certaines de ses sorties. Aujourd’hui, donc c’est chose faite au grand bonheur des acteurs politiques si tant est que cette modification du code électoral permettra le bon fonctionnement de la CENI et ses démembrements.

La Société civile incontournable
On se rappelle que lors des débats au sein de la commission portant code électoral, les acteurs politiques avaient proposé et soutenu l’exclusion de la composante Société civile de la CENI. Les raisons avancées par certains responsables politiques sont qu’elle n’est pas crédible et est politisée. De débats en débats, les acteurs se sont accordés sur le maintien de la composante Société civile mais représentée par ses deux composantes que sont les communautés religieuses et les autorités coutumières. Ils ont proposé l’exclusion de la composante droits humains et libertés «en raison des difficultés liées à l’identification des structures qui la composent».
Finalement, le gouvernement, comme pour venir au secours de la Société civile a trouvé l’exclusion des organisations de défense des droits humains inopportune. Pour lui, ce retrait serait non seulement incompris, mais constituerait aussi un recul de la démocratie.
La loi votée maintient donc la composante tripartite de la CENI avec cinq personnalités représentant les organisations de la Société civile à raison de 3 pour les communautés religieuses, une pour les autorités coutumières et une pour les organisations de défense des droits humains.

Autonomie de gestion et rapport public
Pour une CENI plus efficace, les différents acteurs ont proposé son autonomie financière. Mais, pour le gouvernement, il serait inopportun de créer un régime financier spécial pour cette institution eu égard au fait qu’une relecture du régime financier des institutions est en cours et permettra par là de régler définitivement la question de son mode de gestion. C’est dire que la CENI devra prendre son mal en patience en attendant cette relecture. Toutefois, elle reste responsable de la gestion des fonds qui lui sont alloués et la loi votée dispose en outre que le contrôle des comptes financiers de la CENI relève de la Cour des comptes.
Une des «touches majeures» de la modification du code électoral est, sans conteste, l’adresse d’un rapport public au président du Faso une fois par an par la CENI sur l’exécution de ses missions. Une copie doit aussi être transmise au président de l’Assemblée nationale.
Le vote des Burkinabè résidant à l’étranger étant un acquis, la CENI, hors du territoire national, prend des dispositions nécessaires pour l’organisation des scrutins référendaires et présidentiels dans les ambassades et consulats généraux du Burkina Faso. Avec le vote de la loi portant modification du code électoral, une CENI new look de par ses attributions est en place. Pour l’organisation des élections, elle voit aussi ses attributions s’étendre dans les ambassades et les consulats généraux.o

Ben Alex BEOGO

Lire : La Commission électorale nationale indépendante (CENI)
exerce les attributions suivantes

Pendant les périodes pré-électorales, elle est chargée de toutes les opérations préparatoires préalables aux consultations électorales notamment:

- de tenir à jour et de conserver le fichier électoral national ainsi que les documents et matériels électoraux ;
- de réviser les listes électorales ;
- d'établir et de distribuer les cartes électorales ;
- d'assurer ou de superviser la formation du personnel chargé des scrutins ;
- d'élaborer le budget annuel de fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et de le soumettre à l'approbation du Gouvernement ;
- d'effectuer le recensement et l'estimation des coûts du matériel et de tout frais inhérents à la réalisation des opérations électorales ;
- de contribuer à l'éducation civique des citoyens en matière d'expression du suffrage ;
- d'élaborer le projet de budget des consultations électorales et de le soumettre à l'approbation du Gouvernement ;
- d'acquérir et de ventiler le matériel et les fournitures divers nécessaires aux opérations électorales ;
- de gérer les moyens financiers et matériels mis à sa disposition ;
- de réceptionner et de traiter les dossiers de candidatures aux élections législatives et locales ;
- de publier les listes des candidatures ;
de remettre dans les délais les spécimens de bulletins de vote et d'affiches publicitaires aux candidats des partis politiques prenant part au scrutin en vue des campagnes électorales.

Vote des Burkinabè résidant à l'étranger
Un acquis aux multiples enjeux

Réclamé à cor et à cri depuis plusieurs années par la Société civile et les partis politiques, surtout de l'opposition, le vote des Burkinabè résidant à l'étranger a été pris en compte dans la récente modification du code électoral. Désormais les Burkinabè résidant à l'étranger pourront voter aux élections référendaires et aux élections présidentielles. Mais, à l'analyse et à l'épreuve du terrain, la joie et la satisfaction des responsables politiques risquent de se transformer en illusion et même en cauchemar. La raison est toute simple.

Le vote des Burkinabè résidant à l'étranger est donc désormais possible mais, il est à préciser qu'il n'est possible que dans les pays où il y a une ambassade ou un consulat général. Et le vote ne concerne que le référendum et la présidentielle. Pour voter, les Burkinabè résidant à l'étranger doivent être immatriculés à l'ambassade ou au consulat général d'origine et présenter la carte consulaire.

32 lieux de vote pour les Burkinabè résidant à l'étranger
Selon une source de la CENI, le Burkina compte 27 ambassades et 5 consulats généraux à l'étranger. Les consulats généraux sont : Bouaké, Abidjan, Kumassi, Niamey et Djeddah. C'est donc au total 32 lieux de vote pour les Burkinabè résidant à l'étranger. Les consulats honoraires ne sont pas pris en compte dans la mesure où ils ne délivrent aucun document administratif. Les termes de la loi étant clairs, il appartient aux partis politiques de se mettre à la tâche. Ce ne sera certainement pas une partie de plaisir pour les futurs candidats à l'élection présidentielle. En dehors d'un ou de deux partis politiques qui peuvent se targuer d'avoir des structures à l'extérieur, les autres doivent commencer à s'organiser en conséquence. Et il est certain que les partis qui ont des structures à l'étranger feront la différence parce que leur travail sur le terrain sera plus aisé le moment venu.
Si la loi sur le vote des Burkinabè résidant à l'étranger a été saluée par tous, cela ne saurait occulter les problèmes pratiques qu'elle pose. Prenons le cas de la Côte d'Ivoire que nous connaissons bien et supposons que les Burkinabè résidant dans ce pays ont tous des cartes consulaires, donc immatriculés à l'ambassade ou au consulat général. Le problème qui va se poser ne réside pas au niveau de la carte consulaire ou autres documents administratifs, le problème, c'est le lieu de vote. Le Burkinabè de Côte d'Ivoire qui veut voter doit rejoindre Abidjan ou Bouaké pour pouvoir voter. Ce qui suppose que le vieux BIRBA, résidant à Sinfra, ou le vieux ZONGO, planteur de cacao résidant à Gagnao, pour voter doit prendre un véhicule de transport, payer son ticket et son séjour pour se rendre à Bouaké ou à Abidjan le jour du scrutin, pour voter. Le consulat général ou l'ambassade étant considéré comme une "portion du Burkina. C'est dire que les Burkinabè résidant à Abidjan ou à Bouaké n'auront certainement pas de difficultés pour voter, mais ceux de l'intérieur malgré leur patriotisme et leur citoyenneté auront du pain sur la planche. Inutile de dire que ce problème va inévitablement jouer sur le taux de participation au scrutin. Un autre problème et pas des moindres : si en Afrique, il est plus ou moins facile de dresser un "fichier" des Burkinabè résidant dans un pays, en Europe ou aux USA, les ambassadeurs vous le diront, ils sont nombreux les Burkinabè qui ne veulent pas qu'on "sente" leur présence, ils ne viennent à l'ambassade que lorsqu'ils ont de sérieux problèmes.

Comme on peut le constater, l'application du vote des Burkinabè résidant à l'étranger va rencontrer de nombreux problèmes sur le terrain. Pour les solutions, il appartient aux formations politiques d'opter au plus vite pour la sensibilisation et l'information sur le terrain. Ce qui ne sera pas une partie de plaisir quand on sait que la plupart rasent les murs du fait de leur manque de moyens pour ne pas dire de leur pauvreté. Comme dirait l'autre, c'est facile de voter une loi mais le plus difficile c'est son application. Les futurs candidats à la présidentielle auront toute la latitude de le constater. En attendant, on peut se réjouir du fait que le tort fait depuis longtemps, aux Burkinabè résidant à l'étranger, ait été réparé par le vote de la loi. Attendons donc de voir.

Ben Alex BEOGO

Adama SERE, Secrétaire général du RDEBF
"Le vote des Burkinabè de l'étranger est un couteau à double tranchant"

Le Rassemblement des écologistes du Burkina Faso (RDEBF), contrairement à certains partis ne s'est pas officiellement fait entendre sur les réformes politiques et institutionnelles. Son président, Ram OUEDRAOGO "se fait de plus en plus rare" Que se passe-t-il dans ce parti écologiste ? Quelle est sa lecture des réformes politiques ? Pour avoir des réponses à ces questions et à bien d'autres, nous sommes allés à la rencontre de M. Adama SERE, secrétaire général du parti.

Comment se porte votre parti le RDEBF?
Adama SERE (A.S) : Le RDEBF se porte bien. Tirant leçons des élections passées, nous avons jugé bon d'apporter un rectificatif à notre dénomination pour éviter les confusions. Le parti, à partir de maintenant c'est le RDEBF au lieu de RDEB. Quand je dis que le parti se porte bien, c'est un peu à l'image de tous les autres partis. Nous profitons de ces temps pour voir ce qui a marché, ce qui n'a pas marché afin d'asseoir un peu plus le parti sur le terrain. Nous poursuivons le travail de sensibilisation et de formation de nos militants sur le terrain. C'est ainsi que nous sommes à une phase de renouvellement de nos structures sur l'ensemble du territoire.

On n'a pas entendu votre parti se prononcer sur les réformes politiques engagées par l'Assemblée nationale. Pourquoi ce silence ?
A.S : C'est vrai, on nous fait souvent le reproche de ne pas assez communiquer. C'est vrai, c'est une défaillance fondamentale que nous sommes en train de corriger. Pourtant, pour vous dire vrai, le parti se porte bien et les instances se réunissent toutes les deux semaines. Un travail est fait ; mais je comprends le fait qu'on nous reproche de ne pas communiquer. Pour résoudre ce problème de communication, nous avons mis en place une commission qui travaille et qui va nous faire des propositions dans ce sens. Nous allons en tout cas marquer notre présence sur le terrain.

La loi sur le quota a été votée. Quelle est l'appréciation de votre parti ?
A.S : Il faut retenir que par rapport aux différentes réformes, notre parti, qui est un parti d'opposition est dans le Cadre de concertation des partis de l'opposition (CPO). Et nous avons travaillé dans ce cadre où nous avons donné notre point de vue par rapport aux différentes réformes. Ce que le CPO a proposé et donné comme appréciation est le reflet de la position de l'ensemble des partis membres. Mais, il faut avouer que dans l'ensemble, sur les réformes, notre appréciation est mitigée, dans la mesure où il y avait beaucoup d'attentes ; mais, à la fin, la montagne a accouché d'une souris en dehors d'une ou deux lois votées. Pour répondre à votre question sur la loi sur les quotas, je dirais qu'au RDEBF nous avons toujours prôné la parité. Mais les 30% nous ne la rejetons pas, c'est déjà un pas en avant, malgré le fait que l'environnement socioculturel n'est pas encore réceptif quant à la participation politique des femmes.
Il y a encore des stéréotypes et autres pesanteurs, sources de blocages au niveau des femmes. Nous pensons néanmoins que la loi sur les quotas est une bonne chose et nous adhérons pleinement à cette loi tout en disant qu'il y a un travail de formation et de sensibilisation à faire dans ce sens. Mais, au niveau de l'opposition, nous avons regretté le fait que la loi ne prend pas en compte les postes nominatifs. Au RDEBF nous militons pour la parité ; mais il faut reconnaître que ce n'est pas facile pour nos sœurs de s'engager. Le travail doit donc se poursuivre.

Et la loi sur le vote des Burkinabè de l'étranger ?
A.S : Le vote des Burkinabè de l'étranger est un couteau à double tranchant. Mais le RDEBF a été parmi les premiers partis à demander le vote des Burkinabè de l'étranger. A priori, nous ne pouvons qu'applaudir le vote de cette loi dans la mesure où le Burkinabè de l'étranger reste avant tout un Burkinabè, il n'est pas différent des autres. Mais vu notre contexte démocratique, cela nous fait un peu peur. Nous attendons donc de voir son application sur le terrain. C'est donc le wait and see.

La loi sur le statut de l'opposition a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Quelle est la position du RDEBF ?
A.S : Nous sommes dans la même dynamique que le CPO et pour nous, c'est une, loi qui vient clarifier la scène politique nationale. Nous étions dans une situation où on ne savait plus bien quelle est la position d'un de nos grands partis sur la scène en l'occurrence l'ADF/RDA. C'est donc une loi qui vient permettre de clarifier la situation.

La CENI fait l'objet de plusieurs critiques. Qu'en pense le RDEBF ?
A.S : En principe la CENI de par sa composition ne devait pas avoir de problèmes. Mais comme je l'ai dit, notre processus démocratique a des insuffisances et l'application de certaines choses pose problème, si elle n'est pas dévoyée. C'est par exemple la participation de la Société civile dans la CENI. Nous au niveau du CPO, on avait même demandé son retrait de la CENI afin que les choses soient plus claires. La Société civile est insaisissable et sa composition est complexe. Elle est diffuse. Mais, je pense que le vrai problème aujourd'hui de la CENI, c'est l'autonomie financière. On ne peut pas avoir une institution comme la CENI et la gérer comme un service administratif. La question de l'indépendance financière de la CENI doit être résolue, c'est un impératif. Il faut la résoudre si on veut véritablement avancer de manière citoyenne.

Et la question du nomadisme politique ?

A.S : Le nomadisme politique était une pratique qui dénaturait notre processus démocratique et électoral. Cela relevait d'une question d'éthique et de moral. La loi adoptée sur la question est un plus et permet aux élus de savoir à quoi s'en tenir.o

Par Ben Alex BEOGO

Les gadgets
Pub ou corruption ?

La question de la corruption électorale s’est également invitée dans les débats lors de la relecture du code électoral, notamment en ce qui concerne l’article 70 relatif aux documents de propagande électorale.

S’il y en a qui ont voulu l’interdiction des gadgets dans la campagne car pour eux ceux-ci seraient source de corruption, la majorité des députés a cependant trouvé trop simpliste la relation de cause à effet qu'on en fait en décidant de maintenir cet article en l’état.
Dans la proposition de loi, cet alinéa à l’article 70 déclinait en ces termes les intentions des réfractaires à l’utilisation des gadgets : «Par ailleurs, il est interdit la distribution et l’utilisation de gadgets de toute nature, à l’exception des affiches, banderoles, posters et spécimen de bulletins de vote, de l’ouverture à la clôture de la campagne électorale».Un alinéa en sus après le premier du code qui est : «Il est interdit de distribuer ou de faire distribuer sous peine de confiscation, le jour du scrutin, des bulletins de vote et autres documents de propagande électorale». Au finish, le nouvel alinéa (alinéa 2) a été supprimé et l’ancienne formule maintenue. Ce qui n’est assurément pas pour faire plaisir à ceux qui voient d’un mauvais œil la distribution des gadgets pendant la campagne électorale. Ils n’ont, en tout cas, pas convaincu de leur proposition qui allait à coup sûr porter préjudice aux candidats, car les gadgets constituent du matériel publicitaire au même titre que les affiches, posters, banderoles et autres objets ou documents. Ils contribuent non seulement à la visibilité des candidats mais aussi, font le prestige du parti. Les gadgets font partie du domaine du design d’un parti politique tout comme les posters.
Penser que les gadgets soient à même de favoriser la corruption de l’électeur, c’est vraiment infantiliser ce dernier, lui denier la capacité de jugement. Pourtant les politiciens doivent maintenant se rendre à l’évidence que l’électorat n’est pas aussi naïf. L’opinion publique ne se forme nulle part d’elle-même, elle est formée, consciemment ou inconsciemment par les idées que l’on véhicule, les actes que l’on pose, les actions que l’on entreprend, le tout sous-tendu par un projet politique que l’on doit pouvoir défendre devant les populations. Pour cela, il faut convenir que les moyens pour y parvenir soient laissés à la discrétion des acteurs politiques pourvu que ceux-ci soient honnêtes et autorisés par la loi car le travail de mobilisation, les efforts pour influencer l’électorat font partie intégrante de la politique. On ne peut donc établir un lien entre la distribution des gadgets et la corruption électorale. C’est une mauvaise appréciation de croire qu’un gadget peut facilement influencer le choix d’un électeur. Si c’était le cas, les élections passées, ils ne seraient pas nombreux, les électeurs, à se rendre aux lieux de vote car embarrassés et rattrapés par leur conscience.
En effet, voter pour qui d’autant qu’on a reçu des gadgets de presque tous ? Du reste, les protagonistes ne disent-ils pas aux potentiels électeurs au cours des meetings : «Si l’on vous donne des tee-shirts, des casquettes et autres gadgets, prenez les mais le jour du vote, dans l’isoloir, votez en toute âme et conscience pour votre parti, notre parti?» C’est dire que les gadgets sont loin de pouvoir déterminer l’issue d’une élection. La corruption aux élections est à rechercher ailleurs plutôt que de faire un faux procès aux gadgets sinon la logique amènerait alors à interdire aussi aux commerçants et promoteurs de produits de consommation la distribution gratuite de gadgets au public dans l’objectif de l’amener à s’intéresser auxdits produits. Ne serait-ce pas le comble de l’aberration ? En tout cas, les rédacteurs de la proposition de loi portant modification  du code électoral qui se sont laissés aveugler par la question des gadgets ont manqué le combat qui valait et qui mettait à nu la corruption électorale : celui contre la distribution de numéraires. Car, entre les gadgets et les billets de banque, le choix est vite fait pour un électeur qui a … faim.o

Drissa TRAOR

 

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