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La Une du n° 606
Lettre de l'Editeur ::N°606 du 27 Mai au 02 juin 2009

Et si le CGD s’interrogeait sur sa propre crédibilité ?

N’est-il pas anachronique d’entendre la plupart des acteurs de la société civile s’interroger sur la crédibilité des options stratégiques de développement de nos politiques nationales au motif que ce développement est financé largement de l’extérieur, alors que leurs propres programmes à eux sont financés à 100% de l’extérieur ? Que peut-on penser de nos acteurs de la société civile lorsqu’ils font de l’alternance un indicateur de premier plan de la démocratie, alors que dans le même temps celle-ci est la chose la moins bien partagée au sein de leurs organisations ? N’est-on pas aussi en droit de s’interroger quand des acteurs de la société civile fustigent ceux d’entre eux réputés proches du pouvoir alors qu’eux-mêmes fricotent avec l’opposition jusqu’à s’approprier leur discours sans aucune nuance ?.

Il y a quelques semaines de cela, le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) s’interrogeait sur la crédibilité de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et concluait à travers les résultats de sondages qu’il a effectués que celle-ci s’effritait à vue d’œil au point qu’on pourrait se demander si elle pouvait encore organiser des élections crédibles. Une Lapalissade qui autorise une foule d’analyses et de commentaires des plus osés voire tendancieux, de la part d’acteurs à la critique facile qui n’ont aucun scrupule à ergoter sur la paille dans l’œil du voisin en ignorant royalement la poutre qui barre le leur. De nombreux analystes s’y sont mis et à cœur joie en y tirant un plaisir à couper au couteau puisque tout ce qui ne marche pas dans ce pays est imputable au pouvoir en place.
Même le CGD lui-même ne s’est pas privé de jugement de valeur et d’affirmations péremptoires, en dépit du devoir de réserve qu’il devrait avoir et de l’humilité qui accompagne en général ce type d’organisations dont la vocation est de se battre pour les principes. Par ailleurs, ce qui gêne davantage, c’est que pour être partie prenante, le CGD aurait dû éviter d’être juge, ce qui aurait donné plus de crédit à son étude.
Du coup, on se demande ce que peut bien cacher la gymnastique de chiffres qu’on met sous notre nez, d’autant qu’il est connu et reconnu des initiés qu’on peut tout faire dire aux sondages. On peut même leur faire faire des choses et des choses. Pour dire qu’ils sont rarement pour ne pas dire jamais innocents, surtout lorsqu’il s’agit de sondages d’opinion.
Il ne s’agit pas d’être suspicieux pour l’être ou de décrédibiliser les sondages, mais de fixer leurs limites et prévenir des jugements à l’emporte-pièce et des procès d’intentions qu’on en tire sous nos latitudes avec une aisance intellectuelle qui a de quoi révolter. En effet avec le niveau d’instruction que l’on sait et la fascination des chiffres qu’on y observe des tours de passe-passe sont vite joués.
Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas non plus de quereller les positions du CGD, ni la probité de ses études, mais de dire nos réserves d’autant plus que le débat sur la CENI est loin d’être épuisé et que les avis divergents sur les causes qui pourraient expliquer la perte de confiance dont elle serait l’objet. Quand aux causes pour expliquer cet état de fait, elles sont légions Comme nous l’écrivions dans ces mêmes colonnes « En vérité, il faut lire au-delà des chiffres du CGD pour prendre la mesure des réalités. En effet, plus que la CENI, en tant que structure, ce sont ses composantes qui sont interpellées dans leur capacité à s’élever au-dessus de leurs propres agendas pour se mettre au service de la nation… ». En d’autres termes, il faut aujourd’hui s’interroger sur la légitimité de la majorité, de l’opposition et de la société civile à se gargariser d’être plus démocrates les uns que les autres. Chacun d’eux devrait le faire aussi sur sa propre légitimité au lieu de passer le clair de leur temps, pour certains, à parler des autres.
Ainsi, pourquoi par exemple le CGD ne s’interrogerait-il pas sur sa propre crédibilité ? Même si pour certains il est plus qu’improbable de pouvoir être à la fenêtre et se regarder passer dans la rue, l’exercice ne manquera pas d’intérêt. A mon humble avis, les résultats risquent de nous surprendre tous, des fois qu’ils le fasse tomber de son piédestal et oblige à plus d’humaniste certains de ses animateurs qui ont tendance à se prendre pour le nombril de la « terre des Hommes intègres ». Cela ne surprendrait d’ailleurs que ceux qui le voudront tant il est évident que quelque part certains ont abandonné au cours de leur parcours les B.A-BA de leur sacerdoce. Mais à défaut de voir le CGD nous enseigner par une telle étude, d’autres pourraient s’y coller car au stade actuel du débat politico-social, il urge de nettoyer les écuries d’Augias de la société civile, d’autant plus qu’elle même se perd actuellement en conjectures sur sa propre indépendance et neutralité. En effet, à voir certains s’ériger en étalon et se donner le droit de distribuer les bons et les mauvais points alors que leurs pratiques quotidiennes prêtent à caution, il y a de quoi s’interroger. Juste trois situations pour illustrer mon propos et éviter les procès d’intentions.

N’est-il pas anachronique d’entendre la plupart des acteurs de la société civile s’interroger sur la crédibilité des options stratégiques de développement de nos politiques nationales au motif que ce développement est financé largement de l’extérieur, alors que leurs propres programmes à eux sont financés à 100% de l’extérieur ? Que peut-on penser de nos acteurs de la société civile lorsqu’ils font de l’alternance un indicateur de premier plan de la démocratie, alors que dans le même temps celle-ci est la chose la moins bien partagée au sein de leurs organisations ? N’est-on pas aussi en droit de s’interroger quand des acteurs de la société civile fustigent ceux d’entre eux réputés proches du pouvoir alors qu’eux-mêmes fricotent avec l’opposition jusqu’à s’approprier leur discours sans aucune nuance ? Des situations bien embarrassantes qui imposent des remises en question et expliquent l’expectative des populations. Cela exige une prise de conscience pour donner au jeu politique toute la crédibilité qu’on est en droit d’en attendre, au lieu de se limiter à des analyses parcellaires et partiales qui évitent de prendre la question dans sa globalité. Comme pour compliquer la tâche, on constate une méfiance grandissante entre acteurs politiques et acteurs de la société civile. C’est ainsi que, alors que les seconds s’insurgent contre la « trop grande politisation » de la CENI qui expliquerait la chute de sa crédibilité, les premiers quant à eux réclament que les seconds s’occupent de leurs oignons et soient par conséquent exclus de la CENI qui ne devrait être qu’une affaire de politiciens. C’est à perdre son latin. La suspicion est bien installée et il faut plus qu’une indexation de quelques-unes des parties pour la résorber. Chacun doit accepter un examen de conscience. Sans faux-fuyant. Qui donnera le premier l’exemple ? Ne suivez surtout pas mon regard !.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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