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La Une n°607 du 03 au 09/06/2009
La Une du n° 607
Lettre de l'Editeur :N°607 du 03 au 09 juin 2009

Excision : Forcer les bastions de la réticence

On l’aura compris, Blaise COMPAORE place son engagement dans la dynamique de la mobilisation des énergies et la sensibilisation plus accrue des concitoyens sur la nécessité de donner à la femme toute sa dignité afin que celle-ci puisse pleinement participer au développement du pays. Ce qui implique le respect de son intégrité physique. Pour le président du Faso, si rien aux plans scientifique et religieux ne justifie la pratique de l’excision, pourquoi par une telle erreur handicaper la femme au point de compromettre son avenir et hypothéquer la marche du pays vers un développement humain durable ? L’interrogation vaut son pesant d’or et tous les Burkinabè sont appelés à y répondre. Evidemment, ils sont invités à participer au combat pour mettre fin à la pratique de l’excision partout au Burkina. C’est le type de combat où chacun a une part de responsabilité. Rien ne sera superflu ou inutile. Traquer l’excision devrait devenir pour chaque Burkinabè un reflexe. Comme celui de respirer !.

Malgré la décennie de lutte organisée contre la pratique de l’excision au Burkina Faso, le fléau ne cesse de forcer les remparts de la résistance des hommes et femmes de bonne volonté engagées dans le combat. Si à un certain moment, l’on a cru que la sensibilisation avait porté et que l’engagement des responsables coutumiers et religieux et celui de leaders d’opinions avaient définitivement contribué à faire comprendre que l’excision était dangereuse et ne reposait sur aucun fondement religieux, des cas spectaculaires d’opérations du genre sur des fillettes à Ouagadougou même et quelques localités alentour dont notamment Pabré, sont venus jeter l’effroi sur les consciences engourdies qui ne pouvaient penser que cela puisse encore se faire, surtout pas si près.
Quelle pratique peut avoir la peau aussi dure, si ce n’est celle qui prétend tirer sa légitimité des fondements culturels d’une société ? C’est le cas justement de l’excision aux origines diffuses, mais que les communautés qui la pratiquent mettent au compte de l’héritage culturel ou alors de recommandations religieuses. Décourager une telle pratique demande plus que de l’exégèse scientifique car les populations en majorité rurales et analphabètes pensent répondre à des volontés suprahumaines (Ancêtres, Dieu…?) ; d’où le recours indispensable aux notabilités coutumières et religieuses (Prêtres, Pasteurs, Imams…) pour aider à l’éclairer et surtout récuser cette accusation infondée portée contre des religions ancestrales ou révélées. En tout cas, les études sont formelles et toutes corroborées par les témoignages les plus crédibles; ni la coutume, ni les religions (Christianisme et Islam notamment) ne peuvent justifier de la pratique de l’excision d’autant que ne relevant d’aucune de leurs préceptes. C’est donc dire que l’excision est à répertorier comme un simple fait social. Un de ces faits portés par le vécu quotidien et qui finissent par devenir des règles absolues contre lesquelles personne ne veut s’élever de peur de provoquer contre soit des foudres mystérieuses. D’ailleurs, certaines communautés qui ne la connaissaient pas jadis et qui la pratiquent aujourd’hui permettent de corroborer cette approche.
Si donc l’excision est apparue à un moment donné de l’existence des hommes pour peut-être résoudre, dans l’entendement de ceux qui l’ont instaurée, des problèmes sociaux déterminés, elle n’est certainement pas une véritable solution et il est à remarquer que ses méfaits eussent été connus que ces derniers ne l’eussent recommandée à leurs contemporains. C’est dire que la pratique n’aurait donc existé. Alors qu’est-ce à dire ?
Aujourd’hui, on ne connaît que trop bien, ces effets néfastes de l’excision ; voilà pourquoi il faut mener une lutte âpre et sans concession pour arriver à l’arrêt définitif de la pratique. Qui peut de nos jours prétendre qu’il ne les connaît pas ou qu’il ne croit en leur réalité ? Qui oserait se livrer à sa pratique au vu de tout le monde comme si de rien n’était ? C’est dire que quelque part on a compris ou à tout le moins qu’on est conscient, lorsqu’on la pratique, on se livre à un acte répréhensible. C’est contre cette résistance qu’il faut s’élever de nos jours. Et là, tout indique qu’on a largement dépassé le seuil de la sensibilisation, de la conscientisation et de l’éducation. Voilà l’inflexion qu’il faut avoir le courage de faire pour s’assumer pleinement.
Au Burkina, tout comme ailleurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie où les mutilations génitales féminines sont de pratique, on a célébré au mois dernier, la Journée mondiale de lutte contre la pratique de l’excision. C’est dire à quel point la communauté internationale perçoit l’ampleur du fléau. Le thème de cette célébration veut tout dire : «la volonté politique au centre de l’action pour l’atteinte de la tolérance-zéro aux mutilations génitales féminines (MGF) en 2015». Un engagement qui exige des actions déterminantes et vigoureuses car 2015 ce n’est pas si loin. Pire, d’ici là combien de jeunes filles innocentes dans l’âme et le corps vont-elles être marquées au fer rouge par la bêtise de personnages que le minimum de décence qui nous est imposé nous interdit de qualifier.
Le 25 mai dernier, à Kaya, où le Burkina a célébré en différé cette Journée mondiale, on a fait le bilan d’une décennie de lutte et pris le pouls de la cité en la matière. En définitive, les perspectives ne sont pas bonnes si l’on n’y prend garde. En effet, si les efforts dans cette lutte semblent annihilés par l’ignorance des populations, des réticences à des niveaux souvent insoupçonnés complexifient la tâche faisant en sorte qu’il faille donner à la lutte une nouvelle dimension pour non seulement être au rendez-vous de 2015 avec un bilan positif mais aussi ne pas vendanger les résultats acquis et le consensus obtenu au niveau des acteurs engagés dans la lutte. Il faut donc un engagement beaucoup plus fort comme on l’a dit à Kaya et c’est en cela que celui du Président du Faso est à saluer à sa juste valeur.
Ainsi donc, Blaise COMPAORE va s’investir dans un autre chantier au plan social. Nanti de l’expérience acquise dans la lutte contre les IST/SIDA, nul doute que le Président du Faso saura insuffler un nouveau dynamisme à la lutte contre l’excision. Ses propos sont sans équivoque qui montrent l’importance de ce combat qui commande de grands changements de mentalité chez les Burkinabè : «la suppression de cette pratique est un impératif pour la santé maternelle, la promotion de l’égalité des sexes et la réduction de la mortalité infantile».
On l’aura compris, Blaise COMPAORE place son engagement dans la dynamique de la mobilisation des énergies et la sensibilisation plus accrue des concitoyens sur la nécessité de donner à la femme toute sa dignité afin que celle-ci puisse pleinement participer au développement du pays. Ce qui implique le respect de son intégrité physique. Pour le président du Faso, si rien aux plans scientifique et religieux ne justifie la pratique de l’excision, pourquoi par une telle erreur handicaper la femme au point de compromettre son avenir et hypothéquer la marche du pays vers un développement humain durable ? L’interrogation vaut son pesant d’or et tous les Burkinabè sont appelés à y répondre. Evidemment, ils sont invités à participer au combat pour mettre fin à la pratique de l’excision partout au Burkina. C’est le type de combat où chacun a une part de responsabilité. Rien ne sera superflu ou inutile. Traquer l’excision devrait devenir pour chaque Burkinabè un reflexe. Comme celui de respirer !.o

Fatogoma DOUSSE

 

 

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