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La Une du n° 608
Lettre de l'Editeur :N°608 du 10 au 16 juin 2009

Le moindre mal

Dans le contexte actuel du pays, il ne suffit pas seulement d’organiser les élections, mais il faut voir comment entamer véritablement un processus démocratique apaisé qui pourrait s’inscrire dans la durée. Ould VALL est certes un militaire, mais il a déjà fait la preuve qu’il est démocrate dans l’âme. Il pourrait donner beaucoup plus de chance à la classe politique de fonctionner comme il se doit. Ce qui n’est pas évident avec le chef de la présente junte qui a déjà une dent contre celle-ci qui la lui rend bien volontiers. En tous les cas, le plus grand souhait est la tenue d’élections transparentes. Les Mauritaniens, tous les Africains avec, observent les hommes politiques de ce pays. Assurément ils n’ont plus droit à l’erreur.

Maintenant que le président sénégalais, Abdoulaye WADE, a réussi un accord entre les protagonistes de la crise politique mauritanienne, il reste la question des candidatures pour la présidentielle, qui est tout aussi périlleuse. En effet, si l’Accord-cadre de Dakar, qui en réalité légitime le coup de force du général Abdel AZIZ déjà adoubé par KADDHAFI, le président en exercice de l’UA, a permis le report de l’élection du 6 juin au 18 juillet 2009 et prévoit la formation d’un gouvernement de transition, il n’aura certainement pas assez prévenu sur la guerre des tranchées que pourraient susciter certaines candidatures. En fait, la déclaration de candidature de l’ancien chef de l’Etat, le général Ely Ould Mohamed VALL qui avait débarrassé la Mauritanie du mal aimé Ould TAYA ne permet pas l’optimisme quant à la solidité de cet Accord de Dakar. Celle-ci va évidemment bouleverser la donne politique et les opposants se doivent de revoir leur stratégie par rapport à cette présidentielle.
Certes, l’entrée en course de Ely Ould VALL fera des soucis au chef de la junte, le général Abdel AZIZ, mais embarrassera davantage l’opposition, notamment son principal leader Ahmed Ould DADDAH du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). Lui et ses alliés du FNDD voyant mal un militaire à la tête du pays et qui n’ont pu empêcher la candidature du chef de la junte lors des négociations de Dakar devraient donc encore compter avec un autre militaire. Ce qui devrait obliger à une redistribution des cartes ou à repenser fondamentalement les perspectives pour la Mauritanie au plan politique. En effet, maintenant, que Ould VALL se met dans la course, quelle attitude l’opposition doit-elle adopter ? Décidera-t-elle de faire front commun contre les deux généraux ? Ou va-t-elle juger mieux de s’aligner derrière le tombeur de Ould TAYA qui avait montré le visage d’un démocrate, quoique militaire venu au pouvoir par la force, en respectant les engagements pris face aux Mauritaniens et la communauté internationale en organisant des élections transparentes et équitables avant de se retirer ? La dernière hypothèse semble en tous les cas le moindre mal pour elle. Compte tenu de la forte présence de l’Armée au premier plan dans les affaires de l’Etat mauritanien depuis le renversement du premier président, Moktar Ould DADDAH en 1978, Ould VALL est à même de contrarier les desseins de son frère d’armes qui dirige la présente junte. Il pourrait gagner l’élection et gérer le pouvoir sans trop craindre pour les bruits de bottes, lui qui est très influent dans l’Armée et qui a renforcé son aura depuis son coup de force contre Ould TAYA dont il commandait la garde rapprochée et mieux, il pourrait être perçu par les Mauritaniens comme le doublement sauveur. Il faut dire qu’en acceptant organiser les élections après son putsch Ould VALL s’est illustré comme le principal initiateur du processus démocratique en Mauritanie qui a vécu au rythme des coups d’Etat avant de sombrer sous la férule d’un Ould TAYA qui n’autorisait aucun écart vis-à-vis de son pouvoir. De toute évidence, il pourrait apparaître comme le dernier recours dans cette jungle dans laquelle on ne reconnaîtrait pas sa propre mère. Dans le contexte actuel du pays, il ne suffit pas seulement d’organiser les élections, mais il faut voir comment entamer véritablement un processus démocratique apaisé qui pourrait s’inscrire dans la durée. Ould VALL est certes un militaire, mais il a déjà fait la preuve qu’il est démocrate dans l’âme. Il pourrait donner beaucoup plus de chance à la classe politique de fonctionner comme il se doit. Ce qui n’est pas évident avec le chef de la présente junte qui a déjà une dent contre celle-ci qui la lui rend bien volontiers. En tous les cas, le plus grand souhait est la tenue d’élections transparentes. Les Mauritaniens, tous les Africains avec, observent les hommes politiques de ce pays. Assurément ils n’ont plus droit à l’erreur.o

Fatogoma DOUSSE

 

 

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