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Une 609
La Une du n° 609
ACTUALITE:N°609 du 17 au 23 juin 2009

Benjamin KAGAMBEGA, maire de Laye
Ce qui s’investit à Ouagadougou ne touche pas la population de Laye . . .”

Notre pays, le Burkina Faso dans le cadre de son développement a fait l’option de la décentralisation. Depuis 1995 à nos jours ce sont 302 communes rurales qui ont vu le jour à travers ce processus. Laye est une commune rurale d’environ 14 600 âmes situé au Nord de Ouagadougou à environ 33kms. C’est son Maire en la personne de M. Benjamin KAGAMBA que votre journal a reçu pour vous pour qu’il vous entretienne de l’expérience de sa commune. Retour sur un entretien franc et direct, sans langue de bois, autour des préoccupations majeures d’une bourgade..

Comment s’est effectuée votre entrée en politique jusqu’à votre élection en tant que maire de Laye ? Benjamin KAGAMBEGA (B.K) : Entrée en politique c’est aller un peu vite en besogne. Fondamentalement je n’ai pas la trame d’un homme politique ; cependant j’avais une préoccupation par rapport à mes origines comme tout un chacun de nous et c’est dans les actions de développement agissant en tant qu’individu, citoyen simplement d’un village qu’il se posait quand même un problème. A certains moments où on me disait : «Ecoutez ce que vous faites est très bien ; mais vous n’avez aucun mandat. Vous parlez au nom des populations, mais nous on a des difficultés à prendre en compte ce que vous dites parce qu’il n’y a rien qui vous mandate par rapport à ces populations pour lesquelles vous parlez». Et c’est ainsi que l’opportunité s’est présentée c’est-à-dire les municipales. J’étais loin d’imaginer que Laye serait un jour une commune et que moi j’en serais le Maire. Mais cette opportunité s’étant présentée j’ai estimé que c’était peut-être l’occasion de renforcer les initiatives de développement que nous prenions de manière parfois non planifiée, désordonnée, sans coordination, sans même une large participation des populations. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé en train de battre une campagne sous la bannière de l’Union des Patriotes pour le Développement (UPD), une structure politique de la mouvance présidentielle étant entendu que je devais entrer avec une couleur, l’habit de Maire étant essentiellement politique. Si j’ai été élu c’est certainement parce que les populations avaient besoin à un moment donné de croire en quelqu’un et de croire en quelque chose par rapport au développement de leur localité.

Présentez-nous votre commune et dites-nous à combien se chiffre le budget communal.
B.K :
La commune de Laye à une superficie d’un peu moins de 100km2 exactement 99,61km2 et une population qui tourne autour de 14.600 habitants. C’est une commune rurale composée de 10 villages administrativement reconnus. Le conseil municipal lui est composé de 21 conseillers. La population a pour activités principales l’agriculture et l’élevage en plus de quelques activités d’artisanat et quelques autres activités artistiques.
S’agissant du budget communal, il tournait autour de 13 millions (les 2 précédentes années) dont 6 au titre de la subvention de l’Etat et 7 au titre des recettes propres. Cette année cependant, il est de 33 millions parce que nous avons bénéficié d’une subvention du PNTG2 à hauteur de 20 400 000 FCFA si fait que le budget est parti jusqu’à 33 millions.

Quelles sont les priorités arrêtées par le conseil municipal ?
B.K :
Si vous connaissez l’histoire de Laye, vous savez quelle est la situation actuelle de Laye car tout est prioritaire. Nous vivons un paradoxe qui n’est pas toujours perçu de tout le monde à savoir notre proximité avec une capitale gigantesque comme Ouagadougou à l’échelle du Burkina Faso s’entend. L’évidence pour nous est que Ouagadougou c’est le gigantisme comparé à Laye. Ce paradoxe crée un certain nombre de problèmes qui ne sont pas toujours perçus tout de suite. On a tendance à penser que ce qui se passe à Ouagadougou nous implique nous touche alors que c’est le contraire. Ce qui s’investit à Ouagadougou ne touche pas la population de Laye et le paradoxe se situe à ce niveau.
Quand, par exemple au niveau du gouvernement, on décide de faire quelque chose à l’endroit des localités éloignées de Ouagadougou nous ne sommes pas éligibles parce que pas suffisamment éloignées de Ouagadougou (maximum 33kms). Vous voyez le paradoxe ? Pas suffisamment intégrée à Ouagadougou pour bénéficier de ce qui se passe à Ouagadougou, pas suffisamment éloignée de la capitale Ouagadougou.
Parlant maintenant des priorités, prenons le domaine de la santé. Le CSPS de Laye qui est la seule structure de santé dans la localité date de 1959 et rien n’a changé dans ce CSPS mis à part le fait que le revêtement extérieur est devenu de la tyrolienne. Bien sûr on y a adjoint une maternité ça s’arrête là. Imaginez donc le contexte de 1959 par rapport à 2009 aujourd’hui. Vous prenez l’éducation. Comme beaucoup de localités au Burkina Faso c’est l’Eglise catholique qui a démarré l’éducation si ma mémoire ne me trompe pas entre les années 42-44 et ça s’appelait Ecole primaire privée catholique mixte de Laye. C’est ainsi qu’on a évolué jusqu’à ce que les mutations interviennent en matière d’éducation (reprise de l’Etat par rapport aux écoles catholiques, etc.). Nous en sommes encore là même si à ce niveau nous devons à la vérité dire que Laye a bénéficié quand même d’un soutien de l’Etat ces dernières années notamment avec le projet Japonais qui a construit un certain nombre d’infrastructures scolaires. Nous ne pouvons donc pas dire au niveau de Laye que nous n’avons pas été soutenus dans ce volet-là et c’est l’occasion de dire merci au gouvernement parce que nous ne sommes pas de ceux-là qui sont là uniquement, que pour la critique. Quand c’est fait c’est fait mais quand ce n’est pas fait, on le dit aussi. Il y a aussi un minimum de choses concernant l’environnement. Nous sommes carrément un désert à la porte de Ouagadougou.
Du fait des conditions de vie de la population, la coupe abusive du bois n’était pas qu’un mot, une expression ; c’était une réalité. Les arbres karités, vous les voyez autour des concessions mais au-delà c’est les «Poutou poussé» et «chegssé» là que vous voyez et rien d’autre parce que les populations, compte tenu de leur niveau de vie se sont rabattus sur les arbres afin de pourvoir Ouagadougou et avoir un peu d’argent. Donc tout est prioritaire à Laye. Mais comme il faut commencer par quelque chose le conseil municipal a élaboré un plan municipal, que je pourrais mettre à votre disposition où sont définis les grands axes prioritaires que sont l’eau, l’éducation, la santé, l’hygiène et les petites activités économiques qui fixent les jeunes et occupent les femmes. Dans le Kourwéogo, le marché de Laye se révélait être le plus important en termes de volume des échanges des produits locaux parce que nous étions dans une position centrale. La relance de ces produits permettra aux femmes de s’occuper. Il y a aussi l’artisanat dont une jeune couche s’intéresse énormément. On a enfin le domaine artistique et culturel.
Nous avons dit que les hommes ou les femmes qui y évoluent et qui sont quand même un échantillon représentatif de la culture mérite d’être soutenus par le conseil municipal.

Quels sont les problèmes que vous rencontrez dans la gestion de votre commune ?
B.K :
Nous devons, à la vérité, dire que nous avons une drôle de chance à savoir que nous avons le soutien massif de l’administration déconcentrée de l’Etat à commencer par la région puis la province. Nous avons une oreille attentive au niveau de tous les services déconcentrés de proximité. Donc sur le plan structurel dire que nous avons des difficultés en tant que telles je ne crois pas. Nous avons un conseil municipal soudé qui tient régulièrement ses sessions. Les difficultés que nous rencontrons sont les mêmes que celles des autres communes rurales avec cependant quelques particularités. De façon générale, nous n’avons pas de personnel ni d’équipement pour offrir les prestations qu’on attend de nous. Laye particulièrement n’a pas de barrage alors que les provinces qui l’entourent en ont au moins deux. Nous tenons cependant à remercier les autorités gouvernementales qui ont bien voulu nous doter d’une machine à écrire manuelle qui a toute son importance pour des communes non électrifiées comme le nôtre ne pouvant pas bénéficier des services d’un ordinateur. De même, le siège de la mairie a été construit par le gouvernement. Il ne s’agit donc pas de tomber dans la langue de bois même si on estime que ce qui est fait n’est pas suffisant.

Que pense le Maire que vous êtes avec résidence ici à Ouagadougou de cette opinion qui souhaite que les Maires soient assignés à résider effectivement dans leur commune pour une meilleure administration de leur localité ?
B.K :
De mon point de vue la meilleure administration ne dépend pas exclusivement de la résidence du Maire, même si cela à un inconvénient. C’est vrai qu’un Maire qui réside à près de 400kms de sa commune pose problème. C’est une évidence ! Cependant ce qui est important c’est que véritablement il y ait un engagement, une volonté et je pense que les Maires qui ont eu l’honneur et le privilège d’avoir été élus par leur population afin de présider aux destinés de leur localité ont fait cette option-là. La non-résidence du Maire ne saurait être normalement un élément central par rapport à un quelconque dysfonctionnement ou à une non-atteinte des objectifs que le conseil municipal se serait fixés. Pour ce qui ne concerne pas cette question est mal venue parce qu’étant à quelques (environ 33ks) de chez moi. Donc je suis mal placé pour apprécier objectivement cette question.

Il nous est revenu qu’une communauté et ses riverains étaient à couteau tiré ces derniers temps autour d’un problème foncier qu’en est-il exactement et quel rôle a pu jouer le Maire que vous êtes dans la résolution de ce problème ?
B.K :
Il s’agit en fait d’un problème de cohabitation entre agriculteurs et éleveurs qui n’est pas propre à laye.
C’est un peu l’eau et le feu. Quand vous avez semé, vous avez envie de récolter, vous n’entendez pas voir un animal venir vous l’arracher. Cependant éleveurs-agriculteurs c’est le même espace qu’il faut se partager. Il faut alors des règles de cohabitations qui malheureusement n’ont jamais été fixées de manière claire ou écrite. On essaie chacun plutôt de faire de telle sorte que la saison puisse s’achever avec le moins d’incidents possibles. En fait, il s’agit d’un problème mettant aux prises des éleveurs qui se sont installés d’un côté du village de Laye depuis près de 20 ans et qui essayaient de vivre en bonne intelligence avec les agriculteurs. Ces dernières années, il semble qu’il y a un sentiment de ras-le-bol par rapport aux dégâts de manière récurrente qui sont causés au niveau des cultures et pour lesquels on est sans réaction de la part des autorités. Nous avons entendu les parties en conflit après une première manifestation.
C’est pendant que nous étions en train de mettre en place une structure pluri-partite qui allait regrouper les anciens, les chefs de terre et de quartier, les jeunes, les éleveurs et les agriculteurs bref une structure de veille et de règlement de contentieux qu’un groupe de jeunes a estimé que ça mettait du temps.
Ils ont alors essayé de s’en prendre aux éleveurs, mais nous les avons vite stoppés pour leur faire comprendre que cette façon de procéder n’était pas la meilleure façon de régler le problème. Ces jeunes qui sont au nombre de 3 ou 4 qui à l’occasion cooptent d’autres sont des agitateurs, des désœuvrés qui se déplacent d’ombre à ombre pour boire le thé. Ils ne sont ni éleveurs ni agriculteurs mais véritablement des pagailleurs dont l’action à l’échelle de Laye fait dimension. En tant qu’autorité tirant notre compétence à partir de transfert de compétence portant sur 11 domaines, on ne peut chasser un Burkinabè à quelques endroits du territoire national alors que notre loi fondamentale tend à la mise en place d’un Etat-Nation. Aussi j’ai dit à ces jeunes que s’ils persistent dans leur volonté de chasser qui que ce soit, je trouverais les moyens en tant que Maire d’y trouver une infraction à la loi pénale de notre pays. En tout état de cause nous avons instruit la gendarmerie de se saisir du problème pour qu’on y voie plus clair et situer les responsabilités.

Quelque chose qui vous tient particulièrement à cœur et que nous n’avons pas pu prendre en compte ?
B.K
: Je tiens véritablement à vous féliciter pour cette initiative de nous donner la parole. Laye n’est peut-être et certainement pas une commune importante dans le cadre de la décentralisation, mais vous avez choisi de donner la parole à Laye. Pour cela, je vous félicite. Méconnaître le rôle de la presse dans le cadre de la décentralisation, c’est comme vouloir se déplacer en s’enlevant une jambe. Nous avons donc dans le cadre de la décentralisation, besoin de l’appui de la presse de quelque bord que se soit. Votre choix est des plus opiniâtres parce que le gouvernement a décidé de s’appuyer sur la décentralisation afin de promouvoir le développement durable à partir de la base. Nous partageons en fait un même engagement pour le développement de notre pays vous avec votre stylo vos microphones et vos appareils photos et nous en étant sur le terrain en contact direct avec les populations dans la recherche d’idées afin de déterminer quelle est la meilleure formule à même de répondre aux questionnements de nos populations. Je profite lancer un appel par rapport à ma commune et personne ne pourrait m’en vouloir de prêcher pour ma chapelle, ce qui est de bonne guerre. Ma commune est une commune à «statut particulier» qui du fait d’être située à quelques encablures de Ouagadougou étouffe sous le grand baobab que constitue Ouagadougou. On pourrait alors penser à une solution simple consistant à intégrer Laye à Ouagadougou. Ce serait une méprise totale. Il faut reconnaître la singularité de ces types de communes et d’octroyer les moyens adéquats pour son développement. Merci et félicitations à vous.o

Angelin DABIRE (Stagiaire

 

 

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