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La Une du n° 604
Lettre de l'Editeur :N°610 du 24 au 30 juin 2009

Niger : La preuve par le contraire !

En vérité, M. TANDJA, qu’on pourrait appeler « M. Niet » pour sa propension à opposer un « Non » cinglant et irrévocable aux autres, a fini à force de manœuvres à ne plus être le citoyen que ses concitoyens ont élu en 1999 puis réélu en 2004. Ce qui lui arrive aujourd’hui est beaucoup plus la résultante de ses propres turpitudes qu’autre chose. Au plan politique, l’homme est parvenu à se mettre à dos ceux qui ont contribué à le faire. C’est le cas notamment de son ancien dauphin désigné et ancien Premier ministre, Hama AMADOU, qu’il a « décagnoté » puis embastillé 8 mois durant et sur lequel, il s’est acharné contre toute logique et plus que de raison.

Un cas d’école ! La situation socio-politique de crise profonde du Niger, avec en toile de fond la volonté du président Mamadou TANDJA et de ses partisans de procéder à une relecture de la Constitution dans le sens de sauter le verrou constitutionnel qui oblige à une alternance le 22 décembre prochain est à tout point de vue un cas d’école qui devrait interpeller politiques et acteurs de la société civile de nos pays, observateurs et analystes des processus démocratiques en Afrique. C’est vrai que jusque-là on n’avait pas encore rencontré un tel cas de figure où le pouvoir en place est mis en difficulté par tous ceux qui militent contre ce qui est communément appelé dans nos contrées « tripatouillage » des constitutions ou encore « instauration de présidence à vie ». On a généralement eu droit à des révisions passées comme lettres à la poste, à des velléités vite éteintes dans l’œuf, avant même de prendre corps ou encore au respect scrupuleux des dispositions commandant l’alternance. D’où tous les clichés et les dérives qui vont avec d’une Afrique qui ne serait pas prête à la démocratie. Le cas du Niger autorise donc des analyses beaucoup plus profondes, d’autant qu’il met en exergue la démocratie dans toute sa plénitude. Un pouvoir contesté avec succès par une opposition sur des enjeux nationaux, le tout en s’appuyant sur un fonctionnement harmonieux des institutions. Un spectacle en lui-même digne d’intérêt. Et pourtant, le président Mamadou TANDJA nous avait assurés que son peuple voulait le voir prolonger son contrat à la tête de l’Etat et était pour cela prêt à amender sa loi fondamentale pour le lui permettre surtout que de « petits » politiciens s’y opposaient, sans tenir compte de ses intérêts. Il faut croire qu’il s’est laissé tromper par les apparences, à moins qu’il n’ait voulu se jouer lui-même du peuple nigérien pour s’imposer à son destin.
En vérité, M. TANDJA, qu’on pourrait appeler « M. Niet » pour sa propension à opposer un « Non » cinglant et irrévocable aux autres, a fini à force de manœuvres à ne plus être le citoyen que ses concitoyens ont élu en 1999 puis réélu en 2004. Ce qui lui arrive aujourd’hui est beaucoup plus la résultante de ses propres turpitudes qu’autre chose. Au plan politique, l’homme est parvenu à se mettre à dos ceux qui ont contribué à le faire. C’est le cas notamment de son ancien dauphin désigné et ancien Premier ministre, Hama AMADOU, qu’il a « décagnoté » puis embastillé 8 mois durant et sur lequel, il s’est acharné contre toute logique et plus que de raison. Que dire de sa gestion cavalière de la rebellion qui sévit dans le Nord du pays, alors que presque toute la société appelait à un dialogue pour une solution durable qui préserverait la cohésion nationale. Sa volte-face de dernière minute n’y a rien fait, puisque le mal était déjà fait. Comme si cela ne suffisait pas, sa majorité a volé en éclats, son ami et allié Moumouni DJERMAKOYE, ci-devant président de la Haute cour de justice ayant lui aussi rejoint le « front anti-tazarché » (1) avant de rendre l’âme.
L’affaire était donc mal engagée surtout qu’en face les opposants n’ont ménagé aucun effort pour faire triompher leur cause, tant dans l’opinion publique nationale, qu’au plan international. En effet, ils ne se sont pas contentés de discours et ont travaillé à élargir leur base, en s’adjoignant une multitude d’associations de la société civile parmi les plus représentatives. La résultante a été l’opposition par deux fois de la Cour constitutionnelle aux projets présidentiels ; d’abord en rendant un avis défavorable le 25 mai à la tenue du référendum, puis en annulant le 12 juin le décret TANDJA pris pour fixer la date de ce référendum au 4 août.
On sait que le lendemain du premier revers, TANDJA n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, il a tout simplement dissout l’Assemblée nationale et par la suite engagé des poursuites judiciaires contre les députés pour « détournements ». Un prétexte pour leur faire payer leur fronde, mais surtout leur renvoyer la monnaie de leur pièce, puisqu’ils étaient en droit de le traduire devant la Haute cour de justice pour « haute trahison » pour avoir essayé d’enfreindre à la Constitution. Si TANDJA espérait se sortir enfin d’affaires en demandant au « Conseil de la République », le vendredi 19, de lui permettre de légiférer par ordonnance pour assurer, disait-il, la continuité de l’Etat en l’absence du Parlement, mal lui en a pris, car celui-ci à son tour lui opposera une fin de non recevoir. « Monsieur Niet » pris donc à son propre jeu par une série de « Niet » dont il se souviendra toute sa vie. C’est dire s’il devait boire le calice jusqu’à la lie. En signant le samedi 20 le décret convoquant le corps électoral pour les législatives anticipées du 20 août sur proposition de la CENI, qui par ailleurs avait refusé de s’occuper de son référendum, déclare-t-il forfait en abandonnant son projet de révision constitutionnel qui en principe devrait précéder cette élection ? C’est le moindre mal qu’on puisse souhaiter au Niger. Mais vu les tergiversations auxquelles le maître des lieux nous a habitués rien n’est moins sûr.
Ce qui est par contre une certitude, c’est que les anti-révision sont loin d’être des enfants de chœur et on peut être certain qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin, d’autant que même la communauté internationale en commençant par la CEDEAO est attentive à l’évolution de la situation et se dit attachée au respect de la Constitution par tous les acteurs de la scène socio-politique nigérienne. Il ne s’agit ni d’immixtion dans les affaires intérieures du pays, encore moins de jugement de valeur. Parce que TANDJA a échoué dans les conditions politiques et sociales qui sont les siennes, il devrait être compréhensible qu’il eut réussi avec des conditions plus favorables. N’est-ce pas la preuve qu’il faille davantage analyser les faits dans les pays que de se limiter aux clichés ?

N.d.l.r (1) « Front tazarché » : l’alliance des adversaires de la révision de la Constitution. Tazarché signifie prolongation en haoussa.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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