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La Une du n° 611
Lettre de l'Editeur :N°611 du 01 au 07 juillet 2009

Vous avez dit régionalistes ?

A défaut de chercher à prouver qu’un parti politique est régionaliste ou autre, pourquoi ne demanderait-on pas aux partis politiques de montrer pattes blanches en apportant la preuve qu’ils couvrent toute l’étendue du territoire national ? Ne serait-ce pas la meilleure preuve qu’ils ne sont pas régionalistes ou ethnicistes ? Ailleurs, et pas loin de chez nous, tout parti est tenu d’avoir un siège animé par des salariés du parti dans chacune des circonscriptions électorales des scrutins nationaux. Outre qu’une telle disposition assure le caractère national des partis, elle oblige les acteurs politiques à regrouper leurs forces et évite la création tous azimuts de partis. De même, elle crée de fait des conditions favorables à l’alternance que certains acteurs appellent de tous leurs voeux.

Les récentes tribulations au sein du Parti pour la Démocratie et le Progrès/Parti Socialiste (PDP/PS) de feu le Professeur Joseph KI-ZERBO a remis au goût du jour le débat récurrent sur la scissiparité, devenue mode principal de fonctionnement des partis politiques avec la propension des acteurs politiques nationaux à quitter leurs partis pour en créer d’autres. Si le phénomène avait connu un certain ralentissement, donnant l’impression d’une prise de conscience, ou à tout le moins, d’un assoupissement, depuis quelques mois, il y a comme un regain d’activisme qui invite à une véritable réflexion sur le sujet. De toutes parts on s’interroge, et on analyse dans la presse, dans les fora, séminaires et autres sans parvenir à s’accorder tant sur le diagnostic que la thérapeutique.
Personne ne s’y trompe pourtant, car même si chacun y va de ses explications et de ses convictions, on a conscience qu’on ne peut plus continuer à fermer les yeux et à regarder la situation en l’état et au pire continuer à se détériorer. Aujourd’hui le pays compterait 136 partis politiques légalement reconnus, auxquels il faudrait certainement ajouter le Rassemblement pour la démocratie et le socialisme (RDS) de François O. OUEDRAOGO et le Faso Metba d’Etienne TRAORE, tous dissidents du PDP/PS. En toute bonne logique et au regard des us et coutumes du microcosme politique, il faudrait s’attendre à voir les «réformateurs» (partis du CDP) et les partisans de l’alternance qui gravitent autour de Zéphirin DIABRE, sauter eux aussi le rubicond et formaliser leurs ambitions politiques sous formes de partis. Soit dit en passant, on s’étonne même qu’ils n’en soient pas encore là, tant ils réunissent «toutes les conditions » et bien plus qu’il n’en faut pour le faire. Parlant de conditions, il faut dire que la Constitution du Burkina Faso plus que d’être des plus libérales en prônant le multipartisme intégral, entretient un certain flou qui autorise toutes les dérives auxquelles on assiste actuellement en toute impuissance. En effet son article 13 stipule que « les partis et formations politiques se créent librement… Toutefois, ne sont pas autorisés les partis ou formations politiques tribalistes, régionalistes, confessionnels ou racistes.» Autant dire que le ver est dans le fruit car bien malin qui pourrait déterminer à partir de quel moment un parti franchit la ligne rouge, étant entendu qu’à moins de vouloir s’en réclamer, il y a mille et un moyens d’en réchapper même si dans les faits le parti est tribaliste, régionaliste, confessionnel ou raciste. En la matière, on constatera que tous les partis mettent comme un soin particulier dans la composition de leurs organes dirigeants, en faisant en sorte de varier les patronymes pour ne pas être pris à défaut. Cela est souvent si bien fait que la manœuvre saute aux yeux, preuve que leurs auteurs n’ont aucun scrupule et sont parfaitement conscients qu’ils rusent avec la loi. Ce n’est certainement pas à ces personnes qu’il faudra faire un cours sur la légalité républicaine et la morale en politique. Il serait fastidieux de dresser la liste des partis de ce pays dont on serait légitimement en droit de craindre qu’ils aient des fondements ethniques, ou régionalistes. A y regarder de prêt, nombreux en sont dont la sphère d’influence se limite juste à quelques départements, villages, secteurs ou villes. Les dernières législatives en ont donné des preuves éloquentes tant par l’incapacité de la plupart des partis d’être présents dans toutes les provinces, que dans les voix récoltées. Le nombre de partis ou de regroupements de partis qui ont, à l’occasion fait étalage de leur «régionalisme», pompeusement appelé «fief», est révélateur du problème. Généralement ces partis proviennent de scissions d’autres partis qui avaient eux-mêmes déjà du mal à justifier leurs assises nationales. C’est tout dire. Il faut accepter de regarder la vérité en face si on veut trouver des solutions au cancer de la « scissiparité » qui frappe le corps politique national. Ce ne sera pas le moindre mal pour ne pas dire que cela ressemble à un vœu pieux car le mal est si profond qu’il semble congénital. On imagine mal comment cette classe politique pourrait se remettre en cause malgré les évidences. On peut d’autant plus en douter que la société civile qui devrait l’y aider n’est pas moins complice de ce qui se fait.
En effet, si celle-ci jouait réellement son rôle d’interpellation, de surveillance et d’altruisme, elle aurait à défaut de l’amener à changer son fusil d’épaule, suffisamment mis le doigt sur la plaie pour obliger l’ensemble de la société à se déterminer et à obliger les politiciens à plus de civisme. Ce n’est malheureusement pas le cas, de nombreux acteurs de cette société civile ayant apparemment des agendas cachés comme s’ils tiraient profit des contre-performances et des déviances du jeu politique. N’est-il pas vrai que la plupart d’entre eux tirent leur légitimité de ces insuffisances et bâtissent là-dessus programmes sur programmes et donc budgets sur budgets et financements sur financements ? Comment comprendre autrement que mêmes celles dont on doute le moins rechignent à s’investir dans cette indispensable action de salubrité publique ? Car plus que de gérer les humeurs des politiques, ou leurs carrières, il s’agit du respect de notre loi fondamentale et au-delà de sauvegarder la paix sociale, car au rythme où vont nos politiciens, il n’est pas loin le jour où on pourrait assister à des affrontements à base régionaliste voire ethniciste entre des partis. Ce serait alors le comble de la bêtise. Il suffit juste de jeter un coup d’œil, pas loin de nous au-delà de nos frontières, pour voir à quel point une telle perspective est à repousser fermement tant elle serait désastreuse. Or des germes il en existent et de très sérieuses qui ne demandent qu’un terrain quelque peu fertile pour prospérer. Et c’est ce que de nombreux politiciens font avec l’impression de ne pas s’en rendre compte et avec une insouciance coupable. C’est vrai que la Constitution est loin d’être contraignante sur la question alors qu’elle est de la plus grande importance. A sa décharge, on peut toutefois noter qu’on a trop pris l’habitude de ne retenir de l’article 13 que la liberté qu’elle accorde de créer des partis en minimisant les fonctions qu’elle donne à ceux-ci : «l’animation de la vie politique, l’information et l’éducation du peuple…». Combien sont-ils parmi les 136 partis existant qui assument réellement ces fonctions ? Très peu, on le sait tous et cela devrait être un motif suffisant pour retirer des récépissés d’existence.
En plus de tous ces griefs liés au respect de la Constitution on peut aussi s’interroger sur l’impact de l’émiettement des partis, sur la qualité du débat et du jeu politique. Si les partis sont porteurs de «projet de société», en existe-t-il réellement autant de variantes crédibles pour ce pays? On peut en douter. D’autant plus que quand des Sankaristes quittent un parti sankariste c’est pour en créer d’autres, tout comme quand les Socialistes quittent des partis socialistes c’est pour créer d’autres partis socialistes, etc. Une situation anachronique que la vie du groupe parlementaire de l’opposition, «Alternance-Démocratie-Justice», met en perspective. Créé avec 5 partis et 11 députés au départ, il se retrouve actuellement avec 7 partis mais toujours autant de députés. Entre temps, trois des partis fondateurs ont disparu : l’UNIR/MS devenu UNIR/PS ; le PDP/PS qui ne compte plus de députés ses deux députés se retrouvant à Faso Metba et au RDS ; et l’UPS dont une partie à rejoint l’UNIR/PS et une autre le FFS. C’est dire que les divisions n’apportent rien. On peut même subodorer qu’elles empoisonnent le débat car il serait illusoire d’attendre d’anciens camarades qui se sont étripés et ont fini par se séparer une collaboration dénuée d’arrières pensées. On sait aussi qu’en politique il n’y a d’ennemis plus irréductibles que d’anciens amis. Au total on ne peut plus ou plutôt on ne doit pas laisser la situation en l’état. Non seulement la Constitution est violée et foulée aux pieds par les principaux acteurs qui devraient la défendre comme la prunelle de leurs yeux, mais la société dans son ensemble évolue vers des lendemains chargés de réels dangers. Il ne faut pas tenter le diable. Il est plus que temps d’agir si on vent redonner au jeu politique l’aura qu’il a perdue en s’accordant certaines libertés avec des valeurs cardinales. Malheureusement les principaux acteurs de cette nécessaire catharsis sont disqualifiés de fait. Avec les derniers développements auxquels on a eu droit, il faut reconnaître qu’il y a périls en la demeure.
A défaut de chercher à prouver qu’un parti politique est régionaliste ou autre, pourquoi ne demanderait-on pas aux partis politiques de montrer pattes blanches en apportant la preuve qu’ils couvrent toute l’étendue du territoire national ? Ne serait-ce pas la meilleure preuve qu’ils ne sont pas régionalistes ou ethnicistes ? Ailleurs, et pas loin de chez nous, tout parti est tenu d’avoir un siège animé par des salariés du parti dans chacune des circonscriptions électorales des scrutins nationaux. Outre qu’une telle disposition assure le caractère national des partis, elle oblige les acteurs politiques à regrouper leurs forces et évite la création tous azimuts de partis. De même, elle crée de fait des conditions favorables à l’alternance que certains acteurs appellent de tous leurs voeux. Même si on n’en prend pas le chemin ; avec face au parti majoritaire formé du regroupement d’une dizaine des partis les plus significatifs du pays, se présentent une multitude de dissidences de partis. Ce n’est pas ridicule
ça ?
Politiciens disqualifiés, société civile aux abonnés absents, il ne reste plus que le peuple lui-même pour trancher !o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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