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La Une n°612 du 08 au 14/07/2009
La Une du n° 612
Lettre de l'Editeur :N°612 du 08au 14 juillet 2009

Quel rôle pour la société civile ?

Quand notre pays a évité le clash en 1998, 1999, cela n’a pas élé le fait de l’une quelconque des institutions traditionnelles même si c’est le président du Faso qui a eu l’initiative d’appeler les forces sociales à s’interposer entre les différents acteurs et à indiquer la voie à suivre. Même les plus sceptiques après leurs premiers coups de gueule, sommes toutes des réflexes naturels, ont fini par abdiquer et à se soumettre à leurs analyses ..

Il faut le dire tout net, si le Burkina Faso n’est pas le long fleuve tranquille à la stabilité inébranlable, à la croissance solide et irrésistible, à la démocratie immaculée et apaisée comme le prétendraient certains acteurs sociopolitiques à en croire des officines politiques bien connues et leurs pendants, il est loin, si ce n’est qu’il se trouve aux antipodes du chaos économique que eux, par contre, décrivent, de la démocratie dévoyée et confisquée qu’ils prétendent et encore plus de la bombe sociale prête à exploser dont ils ne cessent d’allumer les mèches au fil des médias et des discours en feignant ne pas entendre le silence assourdissant des explosions en chaînes qu’ils annoncent. Rarement l’adage selon lequel on ne peut pas réveiller quelqu’un qui ne dort pas a eu autant de relief.
Partisans de la sinistrose à l’envie, il n’y a pas jusqu’aux scènes de ménages à être présentées comme la preuve de l’imminence du «sunami social» qui devrait balayer le pouvoir en place et les porter aux affaires. Un «sunami» qui, force est de le reconnaître, ne fait même pas assez de vagues dans leurs verres de whisky ou autres boissons frelatées et prohibées dont ils semblent abuser plus que de raison, pour les réveiller et qui a le don de les mettre en apesanteur au-dessus des réalités du Faso. On comprend aisément que ce qu’ils décrivent n’a rien à voir avec le Burkina.
Comment expliquer autrement leur propension à tomber à bras raccourcis et sans discernement sur tous ceux qui ne partagent pas leurs opinions ou leurs analyses de la situation nationale. Et pourtant ils se présentent eux-mêmes champions de la démocratie et de la liberté d’expression. C’est à croire qu’il n’y a de démocratie que celle qui leur permet de déverser leur excès de bile sur les autres. Mais qu’à cela ne tienne ; il faut bien de tout ce monde pour faire le Burkina Faso cité en exemple pour ses multiples performances. Un exemple qui se construit chaque jour qui passe dans un contexte difficile et complexe qui exige de savoir se poser les bonnes questions aux bons moments et de leur apporter les réponses appropriées. Quand on regarde d’où vient le pays et où il est arrivé en quelque deux décennies dans le domaine économique comme politique, on peut dire qu’il n’a pas chômé et qu’il mérite bien mieux que le volet de bois vert de certains de ses citoyens même s’il est vrai que d’ordinaire on ne connaît la valeur de certains biens que lorsqu’on les a perdus. Dans tous les cas, il peut se targuer aujourd’hui d’avoir une histoire sur laquelle il peut s’appuyer pour construire son avenir.
Parce que rien ne lui a été donné gracieusement, parce qu’il a su anticiper sur les grands périls qui se sont dressés devant lui et dont il a su percevoir les prémices, parce qu’il a su puiser dans ses ressources lorsqu’il a été pris de cours, il est maître de son destin malgré les vents contraires et un environnement très souvent hostile. Cette capacité d’anticipation lui a permis de toujours se remettre en cause et s’inventer de nouvelles solutions aux problèmes rencontrés. C’est donc dire que tout n’est pas beau comme dans le meilleur des mondes ; que les Burkinabè en sont conscients et qu’ils ne prétendent pas être le nombril de la terre. Effectivement des problèmes, il en existe actuellement au moment où son processus démocratique semble s’incruster définitivement dans le paysage sociopolitique, tout en restant à consolider au regard de tout ce qui se passe alentours et de nombreux scories dont il devra se débarrasser pour s’arrimer davantage à l’histoire.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est là où le pays force le plus l’admiration, la paix sociale bâtie autour et par un dialogue social permanent, qu’il va falloir être particulièrement vigilant. C’est aussi le jeu des acteurs politiques qui gagnerait à être davantage discipliné et débarrassé d’un certain nombre de comportements jusque-là marginaux, mais qui prennent de l’ampleur et dont les effets négatifs sont de plus en plus perceptibles. S’il n’y a pas péril en la demeure, et le jeu ne consiste pas à ce qu’il en soit ainsi, il urge néanmoins de lancer de débat sur ces deux sujets et de recueillir les avis de toutes parts dans le pays, de sensibiliser toutes les couches sociales afin de mettre tout le monde au même niveau de conscientisation afin que les décisions qui en sortiront nécessairement soient véritablement consensuelles et engagent toute la nation.
Ce n’est pas pour enlever toute valeur aux différentes formes de représentations qui existent de nos jours, mais c’est qu’il s’agit d’un tournant si délicat qu’il nous semble important que le peuple lui-même se prononce directement et affirme les orientations vers lesquelles il entend voir les acteurs sociopolitiques inscrire leurs actions. On le sait, ce pays a plus d’une fois, frôlé l’implosion. Cela a été notamment le cas au cours de la crise des années 1998 à 2000 dont l’ampleur est à nulle autre pareille. Et s’il a réussi à s’en sortir, sans trop de dommages, il le doit à l’esprit de tolérance et de dialogue de ses populations, qui, même au plus profond des antagonismes des acteurs politiques, ont su transcender leurs divergences pour refuser les solutions de facilité, qui ont ailleurs causé désolations et blessures profondes. C’est aussi parce que quelque part quelqu’un y a cru, notamment le président COMPAORE qui a, à tous les tournants décisifs des deux dernières décennies, su mettre l’avenir de la Nation entière entre les mains de celui qui détient sa souveraineté, le peuple. On se rappelle encore des propos élogieux d’un de ses adversaires les plus irréductibles qui, saluant la création du Collège des Sages, avait trouvé l’idée géniale. Il ne croyait pas si bien dire. On sait que n’eût été ce Collège des Sages, Dieu seul sait les drames qui auraient souillé notre terre.
Voilà une richesse qu’on gagnerait à cristalliser dans nos comportements républicains au lieu de les laisser se manifester et agir au gré des drames. Elle a été tellement positive qu’on aurait dû depuis longtemps s’en inspirer pour donner au dialogue social fécond toute sa place dans l’espace institutionnel de notre pays. On n’a pas le droit et il est quelque peu irresponsable de confiner un tel trésor au seul domaine de l’aléatoire au prétexte qu’il ne rentre pas dans les canaux de la démocratie telle qu’elle nous est donnée en exemple. Quand notre pays a évité le clash en 1998, 1999, cela n’a pas été le fait de l’une quelconque des institutions traditionnelles même si c’est le président du Faso qui a eu l’initiative d’appeler les forces sociales à s’interposer entre les différents acteurs et à indiquer la voie à suivre. Même les plus sceptiques après leurs premiers coups de gueule, sommes toutes des réflexes naturels, ont fini par abdiquer et à se soumettre à leurs analyses . parce que tous convaincus qu’ils agissaient sans calcul et étaient désintéressés dans le fond. Il ne s’agit pas de militer pour une institutionnalisation du Collège des Sages ou autre, mais d’imaginer des processus pour associer les forces morales à la marche de notre nation, aux côtés des acteurs traditionnels que sont les politiques dont on est en droit de douter, dans nombre de situations, qu’ils font de l’intérêt supérieur de la nation leurs préoccupations principales. Cela est lié à leur nature même qui les conduit bien souvent sur des chemins de traverses pour parvenir à leurs objectifs : conquérir le pouvoir, le conserver et le gérer. Quand ces mêmes acteurs se piquent de vouloir désigner ceux de la société civile qu’on devrait écarter au prétexte qu’ils seraient liés au pouvoir, on tombe des nues puisqu’il est un secret de polichinelle que nombre d’associations de la société civile traditionnelle sont des appendices de leurs partis politiques.
Dans notre dernière édition, nous avons jeté un regard critique sur l’autre problème de fond auquel notre démocratique doit aujourd’hui apporter une réponse, celui du jeu politique national et particulièrement de la pléthore des partis politiques et leur rôle dans l’animation de la vie de la nation. Notre dossier de la semaine débroussaille davantage le sujet à la lumière des avis de spécialistes et de nos réflexions critiques. Si seulement chacun d’entre nous, pouvait accepter cet exercice en toute humilité. Nous y avons tous intérêt !o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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