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La Une du n° 613

Retro-Rétro – Gouvernance: N°613 du 15 au 21 juillet 2009

Ruines de Loropéni

Sorties des vestiges de l’histoire par l’UNESCO

Le vendredi 26 juin 2009, un fait historique exceptionnel s’est produit à Séville, en Espagne, où les fameuses ruines de Loropéni venaient d’être inscrites au panthéon du patrimoine mondial de l’UNESCO. C’était au cours de la 33e session du comité tenue du 22 au 30 juin 2009. Que d’émotion quand on sait que la première tentative fut un échec et renvoyée à Vilnius en Lituanie pour des études complémentaires !.

Une vue aérienne  des ruines de LoropéniLe Pr. Jean-Baptiste KIETHEGA a conduit de bout en bout le dossier jusqu’en son inscriptionChargées de plus de mille ans d’histoire, les ruines du Lobi sont situées dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso, un espace géographique et culturel réparti aujourd’hui entre notre pays, la Côte d’Ivoire et le Ghana. Elles constituent les témoins matériels d’une civilisation régionale à un moment donné de l’histoire. Tailladé par la colonisation anglaise et française à la fin du XIXe siècle, cet ensemble culturel réparti entre les trois pays précités s’inscrit dans un quadrilatère approximatif de 200 km de long du Nord au Sud et de 100 km de large d’Est en Ouest. Parmi ces ruines, celles de Loropéni dans la province du Poni représentent l’archétype achevé d’ouvrages dont les techniques architecturales ne se trouvent nulle part ailleurs en Afrique et sur lesquels les sources orales, écrites et les visites touristiques se sont focalisées depuis leur découverte en 1902 par le lieutenant français Henri SCHWARTZ.

De la construction des ruines
Les traditions orales recueillies depuis la découverte des ruines désignent les Koulango comme bâtisseurs des forteresses de la région. Cependant, les enquêtes récentes menées par l’équipe pluridisciplinaire conduite par le professeur Jean-Baptiste KIETHEGA révèlent que les Konlango ont pu avoir pour ancêtres les Lorhon et les Nabé, lesquels venus du Mandé ont produit et commercialisé de l’or dès le Xème siècle dans la région de Kong. D’après certaines versions de traditions orales, c’est le rempart de plan quadrangulaire qui a d’abord été construit, puis les cloisons et enfin les bâtiments intérieurs.
Une séance de fouille. Ici on procède au carroyageL’observation de la jonction entre les murs pendant des fouilles archéologiques, corrobore cette information. Les murs sont principalement faits d’une maçonnerie de moellons de pierres latéritiques maçonnées avec l’argile gravillonneuse. Ce sont de hauts murs impressionnants, allant jusqu’à 6 mètres de haut, entourant un grand établissement abandonné, et mieux préservés parmi les dix forteresses similaires.
Quant aux matériaux, il a été établi qu’ils sont probablement extraits non loin de l’enceinte. Les blocs de pierres débités dans la cuirasse latéritique et la terre prise en un lieu qui forme actuellement un bas-fond à l’Est des ruines qu’occupent les populations Lorhon, Koulango et Gan venus de la région d’Accra (Ghana) et se seraient établis sur le site vers la fin du XVIIe siècle tout en ignorant les bâtisseurs contrairement à une autre source qui leur en attribuait la paternité. L’ouvrage posthume paru en 2005 de Mademoiselle PERE les attribue aux Gans. Aussi, existe-t-il sur les murs de la muraille nord ainsi que sur ceux de certaines structures des vestiges de trous destinés à recevoir des poutres et poutrelles, tant dans les blocs de pierres que dans les colombins d’argile. Ce que des fouilles de certains compartiments ont mis au jour témoignant des vestiges de trous régulièrement alignés servant à recevoir des poteaux. Il est dit que la réalisation de l’édifice extérieur a mobilisé au moins 3400 m2 de matériaux et entre 500 et 800m3 d’eau et aussi une main d’œuvre importante. « L’observation des structures montre une certaine sophistication à la fois dans la conception et le tracé, mais aussi dans le choix des matériaux », a indiqué le professeur KIETHEGA. La sélection, les tris et la préparation (taillade) en fonction des dimensions (largeur et longueur) impliquent une certaine organisation dans la construction avec des concepteurs, des gestionnaires des matériaux et des équipes de travail, de supervision de l’exécution.

De l’utilisation historique du site !
Une partie du mur des ruines de Loropéni avec des constructions en moellonLes recherches archéologiques sur les ruines de Loropéni font ressortir plusieurs niveaux d’occupation, dont les plus anciens remontent au XIe siècle et les plus récentes, les Gans arrivés à la fin du XVIIe siècle. Ils durent abandonner le site autour du XVIIIe siècle suite au décès de Tokpa Farma, un de leurs rois, de suite d’une grave maladie. Jusqu’à une période récente, de nombreuses interrogations sur l’identité des bâtisseurs des ouvrages en ruines, leurs fonctions et la chronologie probable de leur construction, ont fait l’objet de mystère depuis leur découverte en 1902. Plusieurs thèses furent avancées écartant tout d’abord l’origine noirs des bâtisseurs en l’attribuant aux Phéniciens, Egyptiens, Arabes ou encore Portugais ou Hollandais, sous le prétexte que de telles constructions intelligentes n’auraient pu être réalisées par les populations locales. Ces versions furent remises en cause par les récents travaux de recherches sur le site. Les bâtis situés dans la commune rurale de Loropéni avec une enceinte quadrangulaire presque carrée de 105m de largeur sur 106 de longueur, construits en moellons de latérite pour des murs atteignant 5 à 6 m de hauteur dont l’épaisseur dépasse 1m20 sont le témoignage le plus imposant et le mieux conservé de l’architecture, à partir du XIe siècle. En effet, la construction de cette forteresse dont sont issues les ruines de loropéni remonte bien avant l’arrivée des Européens en Afrique. Les ruines de Loropéni sont le vestige le plus imposant et le mieux conservé des extraordinaires forteresses que le peuple rassemblant les Nabé, Lorhon, Konlango, Touna fut amené à concevoir à partir du XIe siècle. Ces forteresses faisant le meilleur usage des possibilités offertes par les matériaux de construction locaux leur permirent d’organiser l’extraction et la transformation de l’or dans un contexte de sécurité qui siècle, après siècle deviendra de plus en plus précaire. Ainsi, elles témoignent du fort développement des échanges commerciaux et de l’importance primordiale de l’extraction et du commerce de l’or en Afrique de l’Ouest reliant les routes commerciales vers les grandes villes du Sahel à savoir Bobo-Dioulasso, Djené, Mopti, Tombouctou et au-delà, l’Afrique du Nord. L’insécurité et les convoitises engendrées par ce commerce poussèrent au développement d’établissements humains fortifiés de plus en plus imposants. C’est pourquoi, ce bien est une preuve essentielle et irréfutable de la capacité qu’ont eue les peuples africains d’utiliser de façon judicieuse les matériaux disponibles dans leur environnement, de développer des solutions techniques élaborées et de mettre en place une organisation du travail complexe pour produire des établissements humains adaptés.

De l’échec à Vilnius à la victoire de Séville !
Une partie des ruines en état de délabrementDepuis 2005 et ce, en conformité de la ratification en 1987 de la convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, le Burkina Faso a soumis la candidature des ruines pour une inscription. Le comité scientifique du patrimoine mondial de l’UNESCO réuni, en juillet 2006 à Vilnius en Lituanie avait renvoyé le dossier des ruines de Loropéni pour une étude complémentaire. Un échec qui a fait état de la légèreté du premier dossier. Ainsi il avait été demandé au Burkina Faso d’approfondir la connaissance des valeurs et de la signification du site par des études et des fouilles ciblées des ruines et de leur espace intérieur, afin d’établir le rôle et la fonction de Loropéni et son association avec le commerce transsaharien et à destination des côtes de l’Afrique de l’Ouest ; de réunir les recherches existantes sur Loropéni et les ruines de la totalité du pays Lobi afin de mieux comprendre la relation entre Loropéni et d’autres villes fortifiées de la région du Lobi ; et formuler un projet détaillé pour stabiliser les murs des ruines de Loropéine et en expliquer les moyens de financement. Cette tâche a été commise (il s’agit des 2 premiers points) par le ministère en charge de la Culture à une équipe scientifique placée sous la supervision et la coordination du professeur Jean-Baptiste KIETHEGA de l’Université de Ouagadougou (U.O) et le 3e point à l’ONG CRATERRE sous le contrôle direct de la Direction générale du patrimoine culturel. Ainsi le professeur KIETHEGA va s’entourer d’experts nationaux d’historiens spécialistes en tradition orale, (Pr. Moustapha GOMGNIMBOU et Dr Ky Jean Célestin), d’archéologues (Dr Lassina KOTE et Dr Lassina SIMPORE), de botanniste (Pr Sita GUINKO) et de géomorphologue (Dr SANOU Dya CHRISTOPHE) appuyée d’experts béninois (Dr. Alexis ADANDE), Togolais (Dr Angèle Doal AGUIGAH) et Ivoiriens (Dr. Hélène Timpoko KIENOU/KABORE).
Une visite des ruines par le Premier ministre Tertius ZONGOCette équipe scientifique a séjourné à Loropéni du 16 janvier au 15 février puis du 15 avril au 4 mai 2008 pour répondre aux interrogations et compléter le dossier qui passe pour être une affaire nationale d’autant plus que dans la sous-région, le Burkina jusque-là est le seul pays n’ayant pas un site inscrit au panthéon du patrimoine mondial. Les 2 missions ont été déterminantes et suffisantes pour l’apport d’éléments complémentaires au dossier bien que le Pr KIETHEGA en bon Mossi est resté prudent. «Nous avons fait le maximum pour répondre aux questions posées par les experts de l’UNESCO. Nous pensons en tout cas les satisfaire. Mais un examen reste un examen… », a laissé entendre le professeur lors de la visite du site les 16 et 17 mai 2009, par les premiers responsables du ministère chargé de la Culture et les diplomates accrédités auprès de notre pays. De multiples conférences publiques sur les ruines après le dépôt du dossier révisé des ruines de Loropéni, le jeudi 29 janvier 2009 au centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, ont suscité l’orgueil national et l’engagement de l’autorité marqué par une visite sur le site du Premier ministre Tertius ZONGO. Ainsi dit, le gros du boulot a été fait ; mais le reste revient au comité du patrimoine mondiale réuni pour la 33e session à Séville en Espagne du 22 et 30 juin 2009. Une forte délégation burkinabè avec à sa tête le ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Filippe SAVADOGO, le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Pascal Koudougou SAWADOGO, les Pr Jean-Baptiste KIETHEGA, Moustapha GOMGNIMGOU, Lassina SIMPORE, Jean-Claude DIOMA, Directeur général du patrimoine culturel, l’ambassadeur Luc Adolphe TIAO en France ont pu assister à la délibération, le vendredi 26 juin 2009, des 21 membres du comité. A en croire certains membres de la délégation, ce fut une épreuve de nerf, et l’angoisse et l’émotion se cachaient mal pour un suspens qui semble durer encore 1000 ans. Après le dossier du Cap-vert qui est passé de justesse, c’est celui de la Côte d’Ivoire sur la ville du Grand Bassam qui est renvoyé après vote pour des études complémentaires. Le dossier sur les ruines de Loropéni avait déjà eu le « OK » de l’ICOMOS, l’instance technique du comité chargé de l’éclairer sur la valeur scientifique des sites à inscrire. Ce qui n’était pas aussi gagné d’avance puisque le comité est souverain et indépendant. A l’examen, devant ce dossier impressionnant, l’assistance n’a pas résisté à l’ovation sous des félicitations qui fusent de partout selon la délégation. C’est ainsi qu’à l’unanimité, les ruines de Loropéni furent reconnues comme « une valeur universelle exceptionnelle ». Ainsi, ces ruines qui viennent de loin sont un ouvrage inscrit au titre III du patrimoine mondial car relatant « un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue ». Ainsi rapporté par le docteur Lassina SIMPORE, conservateur des ruines, Loropéni est pour l’UNESCO «l’exemple le mieux préservé d’un type d’établissement fortifié dans une vaste région de l’Afrique de l’Ouest, associé à la tradition de l’extraction de l’or, qui semble avoir persisté pendant au moins 7 siècles. Etant donné sa taille et sa portée, Les fouilles on revelé des trous qui ont pu servir de poutres et de poutrellesLoropéni reflète un type de structures assez différent des villes fortifiées de l’actuel Nigéria, ou des villes du Haut Niger qui s’épanouissent dans les empires du Ghana, du Mali et du Songhaï. Elles peuvent donc être considérées comme un témoignage exceptionnel d’un type d’établissement généré par le commerce de l’Or ». Toute la reconnaissance du « pays des Hommes intègres » a été traduite à l’endroit du comité par le ministre SAVADOGO tout en relevant que « la reconnaissance de ce site comme bien d’importance universelle signifie qu’il n’appartient plus uniquement au Burkina Faso ; mais à tous les peuples du monde auxquels sa protection incombe désormais ». Parlant de protection, le devoir du Burkina Faso à l’endroit de l’UNESCO est la conservation et Filippe SAVADOGO, le premier responsable de la question, en est conscient. «Avec l’inscription des ruines de Loropéni, nous sommes conscients de l’ampleur de la tâche qui nous attend et nous oeuvrons donc à respecter toutes les conditions pour mériter cette inscription sur la liste du patrimoine », a-t-il relevé quand on sait que des sites peuvent aussi en être exclus. C’est le cas de la Vallée d’Elbe à Dresde en Allemagne exclue cette année sur la liste du patrimoine mondial. C’est dire, la tâche qui attend le Dr Lassina SIMPORE, nommé conservateur des ruines de Loropéni, déjà outillé par une formation au Bénin sur les questions de conservation du patrimoine culturel.o

Issoufou MAIGA

Dr Lassina SIMPORE, conservateur du site des ruines de Loropéni
“Cette inscription est une reconnaissance de l’archéologie burkinabè”

Le docteur Lassina SIMPOREArchéologue, gestionnaire de patrimoine culturel et immobilier et enseignant-chercheur à l’Université de Ouagadougou, Dr Lassina SIMPORE a été un des acteurs clés dans la conduite du dossier d’inscription des ruines de Loropéni sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Son dynamisme et sa disponibilité lors des travaux de recherches pour la constitution dudit dossier lui ont valu d’être nommé comme le conservateur du site. Découvrons à travers cet entretien qu’il nous a accordé tout l’intérêt de cette inscription..

En quoi consiste votre tâche de conservateur du site des ruines de Loropéni ?
Lassina SIMPORE (LS) : L’arrêté ministériel me nommant dit que je suis chargé de la gestion quotidienne du site. De ce fait, je suis chargé de promouvoir le site et d’éliminer tous les dangers qui le menacent. Ce sont là les deux grandes missions d’un conservateur. La première mission consiste à faire en sorte que le site soit connu au Burkina Faso, en Afrique et dans le monde entier. Et l’autre tâche est de parer à tout ce qui peut menacer la disparition du site.

Comment présentez-vous le site de Loropéni ?
L.S :
Pour une présentation générale, je dirai que le site de Loropéni se trouve en pays lobi qui est à cheval entre le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Burkina. Nous distinguons plus d’une centaine de ruines dans cette région, mais le site qui a été classé dans le patrimoine mondial se trouve à Loropéni, commune rurale située à 42 km de Gaoua. Ces ruines sont une concession quadrangulaire d’une centaine de mètres de côté. La hauteur des murailles fait 6 m, la largeur 1m40 et le sommet 40 cm. A l’intérieur de l’enceinte, il y a des constructions adossées à la muraille et des concessions.

Quelle est l’importance de ces ruines?
L.S :
Le site de Loropéni peut être considéré comme un site majeur du Burkina qui est signataire de la convention de 1972 sur le patrimoine culturel. Cette convention nous donne droit à présenter une liste indicative contenant les sites majeurs du pays dont les ruines de Loropéni. C’est aujourd’hui l’un des sites de la sous-région dont l’UNESCO a reconnu la valeur universelle exceptionnelle.

Qu’en est-il de cette valeur universelle?
L.S :
Quand un Etat propose un site pour inscription sur la liste du patrimoine mondial, celui-ci doit répondre à un des critères édictés par l’UNESCO. Il y a 10 critères au total dont 6 pour les sites culturels et 4 pour les sites naturels. Après évaluation, l’UNESCO a estimé que le site pourrait être plutôt inscrit sous le critère III dont l’intitulé est le suivant : « le site apporte un témoignage unique et exceptionnel pour une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue. » Ce critère a été proposé parce qu’au stade actuel des recherches, nous n’avons pas encore un certain nombre d’informations sur le site. Nous devons donc continuer les recherches pour avoir une idée de : qui a véritablement construit ces Ruines ? Pourquoi on a construit ces Ruines ? Et quand est-ce que ces Ruines ont été construites ?

Quel impact auront ces recherches complémentaires sur le site ?
L.S :
Une fois qu’on a de nouveaux éléments, nous avons le devoir d’en informer l’UNESCO. Et en fonction de ceux-ci, nous pouvons demander une réévaluation du site pour l’inscrire sous d’autres critères.

Quelles sont les péripéties qui ont alors abouti à l’inscription du site au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
L.S :
Il faut savoir que le site a d’abord été présenté à l’UNESCO en 2006. Et lors de la délibération à Vilnius (Lituanie), le dossier a été renvoyé. Dans le jargon de l’UNESCO, renvoyer un site signifie qu’on demande à l’Etat partie de revenir d’ici trois ans avec des informations précises. Pour notre cas, on nous avait demandé trois éléments : des recherches historiques pour connaître les origines des bâtisseurs et du site d’une manière générale ; des recherches archéologiques sur le site et enfin un projet de stabilisation des ruines. Nous avions trois ans donc pour répondre à ces trois questions et en principe, on devrait pouvoir se représenter même à partir de 2007 ou en 2008. Mais la recherche de ces différents éléments nécessitait un important investissement financier et compte tenu des réalités économiques du pays, c’est finalement en 2008 que l’Etat a pu dégager suffisamment d’argent pour faire les recherches. Et nous avons pu déposer le dossier en janvier 2009 qui a été examiné le 20 juin 2009 à Séville en Espagne.

Et à combien peut-on estimer le coût du dossier ?
Le sommet du mur fait 40cm et sa base 1,40mL.S :
Je ne suis pas bien placé pour répondre à cette question. Mais je sais qu’en 2007, l’Etat a dégagé une trentaine de millions de FCFA pour le site et il a demandé de l’assistance internationale à l’UNESCO qui a bien voulu satisfaire à cette requête.

Comment l’UNESCO tranche les dossiers ?
L.S :
Après le dépôt du dossier au siège de l’UNESCO à Paris, l’institution confie le dossier à un de ses organismes consultatifs. ICOMOS pour les sites culturels et l’UICN pour les sites naturels. L’organisme désigné se déplace sur le site pour vérifier les informations versées dans le dossier et rédige un rapport qu’il soumet au Comité du patrimoine mondial qui comprend 21 pays membres et qui se réunit chaque année en session sous l’égide de l’UNESCO. Chacun des 21 représentants se prononce sur le rapport de la structure consultative qui fait quatre types de recommandations. Ainsi, elle peut demander : de ne pas inscrire le site de différer son inscription ; le renvoyer afin que l’Etat partie apporte des informations complémentaires ; enfin de l’inscrire. Si à l’issue des interventions des 21 pays membres, s’il n’y a pas de consensus, on procède à un vote.
En ce qui concerne le Burkina, à Vilnius la structure consultative avait demandé le renvoi et elle a été suivie par les 21 membres du Comité. Et cette année à Séville, tous les 21 membres ont suivi à l’unanimité la recommandation de l’ICOMOS qui demandait l’inscription du site. Mais, il y a eu par exemple le cas du site de Cap-Vert où l’ICOMOS a demandé le renvoi du dossier parce qu’il y avait des pièces qui manquaient. Or entre-temps, le pays avait pu fournir tout ce qui manquait et au vu de cela le Comité a décidé d’inscrire le site. Ensuite, l’organisme consultatif avait demandé de différer le dossier de la Côte d’Ivoire qui demandait l’inscription de Grand-Bassam (Côte d’Ivoire) mais au vu d’un certain nombre d’éléments que l’Etat ivoirien a proposé, le Comité a fini par renvoyer le dossier.

Concrètement, que signifie cette inscription ?
L.S :
La liste du patrimoine mondial comprend les sites culturels et naturels les plus importants du monde. Y figurer signifie donc qu’on reconnaît que votre pays ou ses populations ont une culture ou un patrimoine qui mérite d’être connu par le monde entier.

Quels autres avantages peut-on tirer ?
L.S :
Il y a plein d’autres avantages, tout dépend de là où on se trouve. En tant qu’enseignant-chercheur, j’ai eu l’occasion de voyager un peu partout comme au Portugal, en Belgique, en Italie pour dispenser des cours sur le patrimoine d’une manière générale. Mais je vous avoue qu’il y a des endroits où on ne connaît pas le Burkina Faso. Quand je me présente que je suis Burkinabè, il faut que je donne la situation géographique par rapport à d’autres pays. Ce qui veut dire que malgré la CAN, le sommet France-Afrique que nous avons organisés, malgré qu’on organise continuellement le FESPACO, le SIAO, la SNC, le Burkina n’est pas encore bien connu dans le monde entier. Alors, cette inscription est un pas de plus pour une visibilité du Burkina Faso. Si on prend sous l’angle de la recherche, vous savez qu’en renvoyant notre dossier en 2006, on a demandé surtout des recherches archéologiques. Et en acceptant cette année ce dossier, cela veut dire que l’UNESCO reconnaît qu’il y a une très bonne équipe d’archéologues au Burkina capables de mener des recherches. Cette inscription est donc pour moi, une reconnaissance internationale de l’archéologie burkinabè. Sous l’angle de gestionnaire de patrimoine que je suis, j’ai contribué à l’élaboration du dossier du Burkina sous la double casquette d’archéologue et d’expert en gestion de patrimoine. Le fait d’apporter ma contribution dans le remplissage du dossier qui a été accepté veut aussi dire que les différentes formations que j’ai reçues ont servi. Ce qui suscite en moi une certaine fierté.
Par ailleurs, au niveau local, l’inscription du site est une opportunité pour développer la région du Sud-Ouest. Je pense par exemple que la route Gaoua-Loropéni-Banfora même si elle était en projet de bitumage, on pourrait accélérer le projet. Il faut aussi s’attendre à une affluence de touristes étrangers et burkinabè alors que pour le moment, Loropéni ne dispose pas d’infrastructures d’accueil adéquates ou de restauration. C’est aussi une occasion pour les construire. En plus, je pense cette inscription est une opportunité de lutte contre la pauvreté dans la localité en ce sens que les artisans pourront mieux vendre leurs produits tels que les tenues dagara, la poterie etc. C’est également une opportunité pour les compagnies de transport d’étendre ou de renforcer leurs activités dans la zone car c’est aujourd’hui difficile de rallier Gaoua-Loropéni et pourquoi pas créer spécialement des lignes Ouaga-Loropéni ? D’une manière générale, j’invite tous ceux qui ont le sens des affaires de saisir l’opportunité.

Quelles sont les obligations vis-à-vis de l’UNESCO après cette inscription ?
L.S :
Si avoir un site sur la liste du patrimoine mondial est une opportunité de développement, c’est aussi s’engager pour le protéger. Il y a une batterie de textes tendant à sauvegarder le site qu’il faut respecter. Après l’inscription du site, on nous a aussitôt demandé un rapport sur la gestion et la sécurité du site à la session de juin 2011. Nous devons donc nous mettre au travail pour que d’ici 2011 nous fournissions un rapport sur l’état du site en indiquant ce que nous avons pu faire tel que prévu dans le plan de gestion qui faisait partie du dossier. Je souligne au passage qu’il est exigé à tous les pays de déposer leur dossier avec un plan de gestion qui indique toutes les activités à mener à court, moyen et à long terme. Ce qui veut dire que l’Etat, le gouvernorat du Sud-Ouest tout comme la commune de Loropéni doivent faire des efforts pour que toutes les idées qui figurent dans le plan de gestion soient exécutées même s’il faut recourir à une assistance internationale. Ce qui nous permettra de présenter un bon rapport d’évaluation à l’UNESCO en 2011.

Au risque d’être déclassé ?
Le Pr. Jean-Baptiste KIETHEGA (d) avec les autres archéologues qui ont mené les recherches sur le site à SévilleL.S :
Vous savez, ce sont les hommes qui se sont réunis pour classer le site, ces mêmes hommes peuvent donc se réunir pour son déclassement. C’est même arrivé cette année, on a enlevé un site de l’Allemagne de la liste. L’année dernière c’est arrivé sur un site d’Oman. Je pense qu’avant d’arriver au déclassement, il y a une série d’avertissements qu’on fait au pays qui abrite le site et c’est quand celui-ci refuse ou tarde à rectifier le tir que la sanction tombe. Mais en ce qui nous concerne, c’est quelque chose qui ne peut pas nous arriver de sitôt pourvu que tous les acteurs jouent le jeu. Nous avons aujourd’hui l’avantage de disposer d’un plan de gestion qui n’était pas exigé dans le dossier par le passé avant d’accepter le site. Il y a des pays qui sont aujourd’hui menacés de radiation parce qu’ils n’ont pas de plan de gestion. C’est maintenant qu’ils sont en train de les rédiger et nous sommes même sollicités pour les aider dans ce sens. J’étais tout récemment dans une cité historique au Portugal inscrite sur la liste du patrimoine mondial mais qui n’a pas de plan de gestion. Le pays a même reçu des menaces et c’est maintenant qu’ils sont en train de le rédiger. J’ai donc pu leur apporter ma modeste contribution. Je puis donc vous rassurer que Loropéni est loin d’être menacé.

Pouvez-vous donc nous en dire plus sur le plan de gestion du site de Loropéni ?
L.S :
Un plan de gestion est élaboré avec les parties prenantes. Autrement, dit on réunit toutes les personnes qui ont un intérêt sur le site pour s’enquérir de leurs idées. C’est ainsi que nous avons rencontré la préfecture, la commune, la sécurité, les riverains, les commerçants etc. Il y a par exemple dans ce plan de gestion une partie intitulée « la vision » qui prend en compte les attentes des parties prenantes. En les résumant, il s’agit de mieux faire connaître le site dans le monde entier d’ici cinq à dix ans. Cela nous a permis d’élaborer un plan de communication. Ensuite nous prévoyons des études d’ordre historique pour mieux connaître les bâtisseurs, de même que des études archéologiques, des études botaniques voire géomorphologiques. Tout ça pour donner le maximum d’informations qui permettront d’écrire des ouvrages sur le site, de faire des dépliants ou des affiches. Pour la préservation du site, le plan de gestion prévoit des mesures à prendre pour éliminer les dangers qui menacent les Ruines tels que les arbres qui poussent dans le mur dont la base mesure 1,40 m. Quand il pleut, il y a de l’eau qui stagne dans l’enceinte tout comme à son alentour. Nous avons donc prévu un système de drainage. Il y a également des dispositifs tels que des haies vives, les barrières anti-feu pour protéger le site des incendies. Il existe aussi un plan de formation des guides touristiques.

Dans la même optique de préservation, avez-vous intégré le facteur des changements climatiques qui provoquent régulièrement des catastrophes naturelles ?
L.S :
De mon point de vue, les changements climatiques sont des menaces pour toute l’humanité. Aucune partie du globe n’est épargnée. C’est dire donc que le site de Loropéni n’est pas à l’abri des catastrophes. On peut un jour à l’autre avoir une pluviométrie exceptionnelle ou des vents très violents qui peuvent raser tout le mur. Pour le moment et compte tenu de la modicité de nos moyens, nous avons pris des dispositifs pour éviter que l’eau stagne autour de l’enceinte.

Quels sont aujourd’hui les sentiments qui vous habitent du fait de cette inscription ?
L.S :
En tant que Burkinabè, je suis fier d’appartenir à ce pays qui a pu inscrire un site sur la liste du patrimoine mondial. Le Burkina Faso était le seul pays de l’Afrique de l’Ouest qui n’avait encore pas de site reconnu par l’UNESCO. On figurera désormais sur la carte des pays possédant un site sur la liste du patrimoine mondial. Cela arrive à un moment où on assiste à un bouillonnement culturel. Comme vous le constatez, il y a des Burkinabè qui ont remporté Case Sanga au Mali, le FESPACO qui devient de plus en plus grandiose, la SNC qui mobilise davantage.
En tant que chercheur, j’ai ce sentiment de fierté d’appartenir à une équipe d’archéologues qui a su mener à bon bout cette inscription. Ceci est une reconnaissance à l’archéologie burkinabè qui a 30 ans d’existence. Je suis surtout content pour mon professeur à savoir le Pr. Jean Baptiste KHIETEGA. Cette inscription peut être considérée comme le couronnement pour tout ce qu’il a fait sur l’archéologie burkinabè. Par ailleurs je suis très reconnaissant envers le directeur général du patrimoine culturel, Jean Claude DIOMA et tout son staff qui ont su nouer un bon partenariat avec l’université pour la bonne marche du dossier. Vous savez quand on réunit une équipe, c’est aussi des humeurs qu’il faut gérer et M. DIOMA a su vraiment se mettre à l’écoute de tout le monde. Il a abattu un grand travail de façon discrète. Je dirai enfin à l’endroit de tous les Burkinabè que ce n’est pas normal que les gens viennent d’ailleurs découvrir les Ruines de Loropéni avant nous. J’invite donc tout un chacun à faire un effort pour aller visiter le site afin d’en être son ambassadeur partout où il sera.o

Drissa TRAORE

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