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La Une du n° 613
Lettre de l'Editeur: N°613 du 15 au 21 juillet 20099

Gorba perd son sang froid !

Réformer profondément les institutions actuelles, donner des chances égales à tous les partis politiques, dissoudre l’Assemblée nationale de manière anticipée, intégrer l’opposition dans le gouvernement pour qu’elle surveille, avoir un fichier électoral transparent et consensuel, avoir des pièces de votations sécurisées, éviter la patrimonialisation de l’Etat… Et quoi encore ? On croirait entendre les réfondateurs de Me Hermann YAMEOGO auxquels le CDP avait répondu sans ménagement d’aller voir ailleurs... En clair, c’est déclarer la faillite totale de la IVe République et voir dans la situation nationale actuelle une crise profonde, un chaos sociopolitique qui exigerait une remise à plat des institutions. Que le 1er Vice-président du parti au pouvoir ait une telle opinion de la gestion du pays est pour le moins fort de café..

Ce n’est pas un article sur l’élection du « Monsieur Energie atomique » et une interview de notre Ambassadeur en Autriche qui a managé la participation du Burkina Faso à l’élection du nouveau Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), que notre confrère Ousséini ILBOUDO de L’Observateur a ramenés de Vienne, mais bien une « bombe atomique politique » dont les effets n’ont pas tardé à se faire sentir et marqueront encore longtemps le débat politique. En effet dans le langage qu’il s’est si bien corsé au vitriol, Salif DIALLO, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a comme à son habitude asséné ses « vérités » avec un brin de provocation comme il en a le secret, comme s’il accordait autant d’importance à la forme qu’au fond. Soit dit en passant, s’il y a un homme politique dans ce pays qui sait manier les petites phrases, les médias et leurs hommes c’est bien lui et cela est tout à son honneur dans un pays où la plupart des hommes politiques sont loin d’avoir compris tout l’intérêt qu’ils peuvent tirer de l’un et l’autre. N’est-ce pas pour cela qu’il semble avoir une longueur d’avance sur les autres, amis comme adversaires, au point d’avoir une image quelque peu surfaite sur laquelle il n’hésite pas à surfer à l’envi ? Toujours est-il qu’une interview de Salif DIALLO ne laisse personne indifférent et nombre de journalistes seraient prêts à traverser le désert à pied pour aller recevoir ses confessions. Personne n’a eu besoin de cela et c’est tant mieux. Salif a donc parlé.
Depuis lors, ça vole dans tous les sens et sur tous les tons, certains se laissant même aller à des confidences pour le moins incroyables, tandisque tout le monde semble avoir donné congé à sa mémoire. Sur ce point, il faut dire que c’est très curieux de voir tout le monde faire un scoop de la proposition de Salif DIALLO de voir notre régime politique évoluer vers un système parlementaire alors que San Finna l’annonçait déjà dans son édition n°518 du 8 juin, donc un mois jour pour jour avant l’interview accordée à L’Observateur paalga. A l’époque, personne n’avait rien eu à dire, de sorte que le déluge d’encre et de salive actuel a quelque chose de surréaliste au point de sembler procéder d’une campagne de communication bien planifiée, chacun s’attachant à jouer sa partition du mieux qu’il le peut. Cela ne nous étonnerait d’ailleurs que très peu et ce serait du « Salif tout fait ». Quant au débat sur le thème de l’alternance et des conditions à créer pour la provoquer, Zéphirin DIABRE a déjà agité le sujet la presse avec. Les réformateurs de tous bords en font leur plat favori chacun l’assaisonnant à son goût. Donc là aussi, rien de nouveau. L’intérêt de la sortie de Salif DIALLO est bien ailleurs. Nous le voyons principalement dans la forme mais aussi dans le fond.
Comme il le dit dans l’interview, sa proposition ne date pas d’aujourd’hui, puisqu’il en a discuté « plus d’une fois » avec le président du parti et l’a même avancée, « il y a déjà quelques années », pendant qu’il était au pays et au gouvernement. Dans ces conditions, pourquoi mettre le débat aujourd’hui sur la place publique, cela depuis Vienne et à quelques jours du congrès ordinaire de son parti dont il est le 1er Vice-président chargé des questions politiques ? Une question d’autant pertinente que Monsieur est ambassadeur et à cet égard a un devoir de réserve qui devrait lui commander d’éviter certains types de commentaires sur la situation nationale, surtout de l’extérieur du pays. Sans être au fait des us et coutumes en diplomatie, il nous semble que c’est là plus qu’un écart puisque représentant du président du Faso, il ne devrait en principe exprimer que les positions de celui-ci d’autant plus qu’il est à l’extérieur et de surcroît dans les locaux de l’Ambassade.
Le ministre des Affaires Etrangères de la France, poussé sans ménagement à se dédire et à apporter son soutien franc à la liste européenne de l’UMP, bien que n’appartenant pas à ce parti, illustre parfaitement le fait. N’est-il pas d’usage pour les diplomates et autres responsables nationaux de s’abstenir de commentaires sur la situation nationale de leur pays lorsqu’ils sont en déplacement hors des frontières nationales ? Par ailleurs, étant la deuxième personnalité de son parti, est-il indiqué qu’il émette un point de vue aussi publiquement personnel soit-il, sur une question de cette importance touchant les institutions du pays alors qu’elle est en débat au sein des structures ? Une telle attitude ne vient-elle pas accréditer les thèses de dissensions fratricides au sein du parti et participer ainsi à la campagne de dénigrement de ses adversaires ? Surtout à un moment où il fait face à des manifestations d’humeur de certains militants qui ont même choisi de quitter les rangs. Enfin, comme on aime à le dire, « Salif DIALLO n’est pas n’importe qui ! » ; ce faisant, peut-il s’autoriser une telle sortie sans partager à l’avance avec le président du Faso dont on dit qu’il a la confiance absolue ?
Autant de questions intrigantes dont on imagine aisément qu’il s’est posé et aux quelles il a apporté des réponses qui ressortent dans le contenu de son propos. Réformer profondément les institutions actuelles, donner des chances égales à tous les partis politiques, dissoudre l’Assemblée nationale de manière anticipée, intégrer l’opposition dans le gouvernement pour qu’elle surveille, avoir un fichier électoral transparent et consensuel, avoir des pièces de votations sécurisées, éviter la patrimonialisation de l’Etat… Et quoi encore ? On croirait entendre les réfondateurs de Me Hermann YAMEOGO auxquels le CDP avait répondu sans ménagement d’aller voir ailleurs ; même le collectif de Me Halidou OUEDRAOGO n’a pas osé aller aussi loin au plus fort de la crise des années 1998-2000. En clair, c’est déclarer la faillite totale de la IVe République et voir dans la situation nationale actuelle une crise profonde, un chaos sociopolitique qui exigerait une remise à plat des institutions. Que le 1er Vice-président du parti au pouvoir ait une telle opinion de la gestion du pays est pour le moins fort de café. Même les réfondateurs qui viennent de quitter le parti n’ont pas été aussi loin dans la critique et dans les revendications. Pourtant le même Salif DIALLO les avait voués aux gémonies et avait même accusé le président du parti de complaisance à leur endroit pour ne les avoir pas sanctionnés. Il n’y a même pas une année de cela ! C’est à désespérer des hommes politiques ! Plus que la réponse qu’on pourrait attendre du parti, c’est la conséquence logique que Salif DIALLO devrait tirer lui-même de son analyse personnelle qu’il serait intéressant de connaître. C’est vrai que ni le ridicule, ni la honte ne tuent en politique mais il faut reconnaître que là on flirte avec la ligne rouge.
Le fait est d’autant sérieux qu’il ne fait pas de cadeaux à ses camarades qui apparemment ne partagent pas ses vues et selon lui, « pompent l’air tous les jours avec des pseudo lectures de la situation nationale … ». Ce n’est pas seulement inélégant de parler ainsi de camarades avec lesquels on a partagé des moments parfois difficiles, c’est tout simplement bêtement méchant et dévalorisant. D’autant que cela ne repose pas sur la vérité des faits puisqu’on sait que le parti ne milite pas pour « maintenir le statu quo » et que jusqu'à preuve du contraire aucun des responsables en vue n’a encore émis le vœu d’hériter du pouvoir ou de « conserver des avantages par des tours de passe-passe ». Les accusations sont graves. L’un quelconque des collaborateurs du président du Faso mérite-t-il de telles injures de la part d’un ex-collègue ? On peut en douter surtout que le crime de lèse-majesté ici semble être le fait que les personnes visées ne partagent pas son point de vue qu’il n’argumente d’ailleurs pas se contentant de lieux communs et d’affirmations infondées. En effet, en quoi l’instauration d’un régime parlementaire pourrait-elle favoriser l’alternance en l’état actuel d’émiettement de l’opposition et de la domination outrancière du parti au pouvoir ou renforcerait-elle la cohésion du parti au pouvoir alors que lui-même joue aux francs-tireurs ou encore préserverait-elle la paix sociale ? A tout le moins, il s’agit ni plus ni moins que de paroles en l’air. Ne courerait-on pas le risque d’instaurer une dictature des partis au détriment d’une réelle expression de la volonté populaire ? Par contre, dans d’autres milieux, des débats sont ouverts sur des propositions concrètes pour assainir le paysage politiques, renforcer la démocratie par une plus grande prise en compte de la société civile et de toutes les sensibilités politiques, etc ; afin d’aboutir à des réformes en profondeur du systhème dans le sens d’une plus grande prise en compte des aspirations des populations et des problèmes de développement à la base. Comme il apparaît, il ne s’agit pas de mettre les compteurs à zéro mais tout au contraire de continuer à progresser sur la base des acquis engrangés au cours des deux dernières décennies. L’histoire des peuples n’est pas un éternel recommencement.
Une simple question de logique. On ne peut quand même pas prétendre que ce pays est en crise aiguë tout de même. Plus que l’instauration d’un régime parlementaire c’est le processus proposé pour y parvenir qui choque. D’autant que tout en proposant « une grande consultation » qui devrait indiquer quoi faire, Salif DIALLO dit déjà là où il faut arriver et les étapes pour y parvenir. Pour approfondir la démocratie, on peut certainement imaginer meilleur scénario.
Même sur les « questions bonus », Salif DIALLO donne l’impression d’en avoir gros sur le cœur contre ses camarades. A François COMPAORE que Ousséini ILBOUDO « suspecte de vouloir succéder à son frère », le minimum d’élégance lui commande de lui reconnaître le droit de pouvoir le faire si telle était éventuellement la volonté des électeurs exprimée à travers les urnes et si le parti le retenait comme son candidat.
Au total, le moins que l’on puisse dire c’est que Salif DIALLO est à la croisée des chemins. Rien ne peut plus être comme avant pour lui. Cela d’autant plus que certains de ses amis supposés ne lui facilitent pas la tâche. C’est le cas notamment de Germain Bittiou NAMA (GBN), Directeur de publication de L’Evènement qui, sous le titre « l’audace de Gorba » (Gorba : un des surnoms de Salif DIALLO), écrit dans l’édition n°167 du 10 juillet 2009 de son journal que : « C’est de la cour que s’est nouée l’entreprise de déstabilisation de Gorba, parce que soupçonné d’être le principal opposant à la dévolution dynastique du pouvoir… ». C’est certainement la même cour qui a répondu aux questions de Monsieur ILBOUDO à la place de Gorba pendant que vous y êtes ! Comme emporté par ses sentiments, GBN ne trouve pas mieux que de nous faire cette confidence de premier ordre « … Quand Salif est diabolisé pour ses rapports supposés avec le directeur de L’Evènement, c’est encore ce même lien supposé avec le PCRV qui est pointé… ». Sans commentaire comme dirait l’autre. Et Gorba doit certainement faire sien cet adage populaire : « Dieu, préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m’en occupe ! ».
A tout le moins, les nerfs de Gorba (empruntons à GBN) ont lâché. Apparemment, il n’est pas le dur qu’on croyait. Ces propos sont inacceptables dans la forme comme dans le fond. Aussi bien vis-à-vis du président du Faso dont il est le représentant, du CDP son parti qu’il vilipende à peu de frais, que des collaborateurs du Président du Faso qu’il dénigre.o

Cheick AHMED
ilingani2000@yahoo.fr

 

 

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