[Actualité] - [Annonces] - [Archives]
La Une du n° 613
NATION::N°613 du 15 au 21 juillet 2009

OBAMA et l'Afrique
Je t'aime, moi non plus

Lors de son premier voyage officiel en Afrique noire (fort attendu pour des raisons évidentes), le président américain, Barack Hussein OBAMA, a insisté sur la nécessité pour l'Afrique de prendre en main sa propre destinée. Un discours qui n'est pas nouveau en soi ; mais qui oblige cette fois celui qui l'a prononcé à prendre réellement ses responsabilités si son souhait est réellement de voir ses "frères" sortir de la misère dans laquelle ils végètent et dont ils ne sont pas les seuls responsables.

Pour sa première visite sur la terre de ses ancêtres (Afrique) le président américain Barack OBAMA a OBAMA a, encore une fois, séduit à l'occasion de son séjour ghanéen, par ses formules chocs, son "militantisme" africain et surtout par son "pèlerinage" familial à la porte du non-retour, là où nos ancêtres embarquaient sans espoir de retour pour d'autres continents où les attendaient souffrance, misère morale et servitudes diverses. Du OBAMA "pur jus", pourrait-on dire, que les Africains ont cependant du mal à consommer cette fois dans la mesure où il n'est pas allé jusqu'au bout de sa logique. En effet, c'est une évidence que le continent est miné par différents maux allant de la corruption à des maux plus grands, mais, les Africains ne sont pas les seuls responsables de leur destin tragique. Nonobstant les brûlures atroces de l'histoire dont elle porte encore les stigmates, l'Afrique, faut-il le rappeler, est la plus grande victime de l'option néolibérale voulue par les grands de ce monde. Comme le rappelle le professeur Joseph Ki-ZERBO (Repères pour l'Afrique p. 193) "la chute du mur de Berlin qui divisait le monde en deux camps a permis de totaliser le monde sous la seule bannière et la férule du libéralisme capitaliste." Et, cette mondialisation n'est pas "innocente", car des capitaux colossaux, beaucoup plus importants que ceux qui sont investis dans la production réelle et le développement sont engloutis dans ce jeu mondial de l'argent réservé à une petite minorité qui s'enrichit en jouant avec l'avenir économique de millions et de milliards d'individus qui, eux, luttent pour survivre simplement.
Plus d'une décennie avant l'actuelle crise, le "vieux" l'avait vu venir et prévenait déjà contre les dangers que les boursicoteurs faisaient courir à l'économie mondiale. En effet, il avait souligné que "le secteur bancaire peut être bouleversé par le secteur boursier où la volatilité électronique et redoutable des capitaux spéculatifs est maniée par des opérateurs qui guettent, flairent et anticipent même parfois le profit où qu'ils nichent dans le monde créant ainsi des conjonctures porteuses et artificielles qu'ils n'hésitent pas à fuir instantanément au moindre signal ou frisson de fièvre." Ce système économique prévaricateur qu'OBAMA avait promis de combattre de toutes ses forces a toujours pignon sur rue un semestre après son avènement. Mieux, les institutions qui le servent (FMI et B.M) ne se sont jamais portées aussi bien elles qui sont appelées au chevet d'une économie moribonde. Le "tout -libéral" a la cote au grand dam des Africains que l'on oblige à suivre "l'orthodoxie" alors que les maîtres du monde taillent des croupières au système. Angela MERKEL, Gordon BROWN, Nicolas SARKOZY, tous ont investi de l'argent public dans les secteurs déficitaires après la crise. Un volontarisme que l'on refuse aux Africains en dépit des immenses défis à relever et auxquels, le privé, malgré toute sa bonne volonté ne peut faire face. C'est ce dossier-là qu'OBAMA aurait dû ouvrir au lieu de se complaire en donneur de leçons avec dans la tête la volonté non avouée de régler les comptes de son père. Lequel, faut-il le rappeler, après de brillantes études en Amérique n'a pas pu donner sa pleine mesure au Kenya pour diverses raisons. C'est vrai que nous aimons bien OBAMA pour le symbole qu'il est devenu ; mais il ne doit pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Déjà qu'il peine à régler d'autres dossiers sensibles comme celui du Proche-Orient, l'idylle pourrait tourner court.o

Alpha YAYA

Rood-wooko

Dans la dynamique du scandale

Roodo-Wooko, marché central de Ouagadougou, et ses alentours ont été le théâtre d’échauffourées entre les forces de l’ordre et de jeunes commerçants, le 09 juillet dernier dans la matinée. A l’origine, une mauvaise intervention d’agents de la police municipale qui a abouti à la mort d’un des leurs.

Le matin du 10 juin 2009, rien ne présageait d’une folle journée dans le plus grand centre des affaires de la capitale burkinabè. Les boutiques se sont ouvertes dans le calme et les revendeurs de l’encombrante rue de «Ouaga pas cher» accostaient les clients pour proposer toutes sortes de marchandises. La police municipale comme de coutume avait pris place dans ses guérites pour la surveillance des abords du marché. Des agents étaient postés aux feux de signalisation des carrefours jouxtant l’aire du marché pour la régulation de la circulation. C’est justement à un de ces croisements, juste au niveau de l’espace culturel Zaka et la quincaillerie Diacfa-matériaux, qu’a eu lieu le drame qui a transformé les abords du marché en zone d’émeutes pendant plus d’une heure.

Bavure policière ou supposé telle ?
Peu avant 10 heures, un jeune d’une trentaine d’années, habillé d’un tee-shirt blanc et d’un pantalon, roulant sur une motocyclette P50, enfreint les règles de la circulation. La qualification de l’infraction nous a été difficile à établir parce que les versions divergeaient. Selon des sources, il aurait emprunté la voie qui va du Rond point des Nations unies à Zaka. Cette route est à sens unique et est alors interdite dans le sens Rond-point Zaka. Selon d’autres, il aurait brûlé le feu au carrefour Zaka-Diacfa-matériaux.
Interpellé par un premier policier, l’intéressé aurait refusé de s’arrêter. Un autre policier qui était non loin du croisement entre les deux voies aurait donné un coup de pied dans sa mobylette, le déséquilibrant. Ne maîtrisant plus son engin, il a d’abord heurté un taxi arrêté au bord de la voie, avant de percuter un camion, communément appelé 10 tonnes. Le malheureux est mort sur les lieux.
Cependant, les responsables de la Police Municipale contestent ces versions. Pour Clément OUANGO (Directeur Général de la Police Municipale), interrogé par l’Observateur Paalga dans son édition n°7421, ses hommes ne sont nullement mêlés à cet accident. «Dans son rapport, le chef du carrefour a fait ressortir qu’il a entendu le cri d’une femme et quand il s’est retourné, il a vu qu’il s’agissait d’un accident. Il a donc appelé ses camarades et ils ont balisé les lieux avec des feuilles et régulaient la circulation. Ils y ont passé dix minutes à peu près pendant que les badauds affluaient. Parmi les nouveaux arrivants, un monsieur s’est écrié que ce sont les policiers qui ont interpellé un jeune, lequel a cogné un véhicule et en est mort. Les gens qui continuaient de venir ont commencé à s’en prendre à eux. Le chef a expliqué vainement qu’ils n’en étaient nullement responsables et qu’ils étaient en train de réguler simplement la circulation. Mais comme c’était la foule, il n’a pas été écouté.» Il faut dire que la victime était bien connue dans le milieu des petits commerçants et exerçait dans le domaine des objets d’arts. Ce qui évidemment va contribuer à exacerber la tension et entraîner la situation qui a prévalu.

La colère des commerçants
Vite accouru sur les lieux, un groupe de jeunes a d’abord tenté de lyncher le policier incriminé. Avec l’aide de ses camarades, celui-ci réussit à intégrer les locaux du commissariat du marché. La foule se déchaîne alors contre tout ce qui symbolise la présence de la police à Rood-Wooko. C’est la zone Nord du marché, la plus proche du lieu du sinistre, qui a été touchée. A l’Ouest, en face de Diacfa-Librairie, la maisonnette qui abritait les engins des policiers en service est incendiée avec son contenu. Le véhicule des Sapeurs pompiers, qui étaient venus éteindre l’incendie, est obligé de rebrousser chemin face aux jets de pierres. Il a perdu une partie de ses pare-brises. A l’Est, les émeutiers ont démoli les guérites et brûlé une moto connue sous l’appellation de «c’est le moment».
Les éléments de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) arrivés sur les lieux vers 10h30 ont dû calmer leurs ardeurs face à la détermination des commerçants d’en découdre. « S’il titre du gaz lacrymogène, ça va chauffer », a lancé un commerçant. Ayant réussi à éloigner les manifestants des abords du marché, les hommes en bleu se sont contentés de défendre cette position.
Le chef d’Etat major de la gendarmerie nationale, le Colonel Patounézambo ZONGO est arrivé sur les lieux vers 11 heures. Au contraire des CRS, le chef des pandores a adopté une attitude conciliante. Aucun manifestant n’a été inquiété. Bien au contraire. Un groupe de manifestants en provenance du marché et qui scandaient «Simon assassin » est intercepté à côté du lieu de l’accident. Le colonel a trouvé les mots pour les calmer. Il sera même applaudi quand il quittait les lieux. Le corps de la victime a été enlevé vers 11 h 30 après le constat des éléments du commissariat central de police de Ouagadougou.

L’accident ne serait qu’un prétexte
Si la mort du jeune commerçant est à déplorer, elle a surtout servi de prétexte pour s’en prendre à la Police Municipale que les occupants de Rood-Wooko ne portent visiblement pas dans leur cœur. Toutes les récriminations étaient faites à l’encontre de ce corps de sécurité. Pas plus tard que le 25 juin dernier, les barrières de la police ont été détruites au motif qu’elles empêchent les clients de fréquenter le marché.
Selon un commerçant que nous avons rencontré, les véritables raisons de ce climat délétère entre la Commune et les commerçants seraient l’attribution des hangars dans le marché. Pour lui, la mairie a attribué des hangars à des gens qui n’avaient pas droits ou qui n’ont aucun intérêt à les occuper. Ces attributaires tenteraient actuellement de sous-louer les lieux. Ceux qui s’estiment lésés ne chercheraient que la moindre occasion pour se faire entendre. Si on y ajoute le fait que les affaires tournent au ralenti dans le nouveau Rood-Wooko, les conditions sont réunies pour l’explosion de la cocotte-minute.
Toutefois, il faut dire que ce n’est pas en s’attaquant aux symboles de la Municipalité au moindre dérapage que les commerçants auront gain de cause. En tant que techniciens des échanges, ils savent que le retour des clients dans une structure marchande restée inactive pendant plusieurs années ne se fait pas du jour au lendemain. Les populations ont acquis de nouvelles habitudes en s’approvisionnant dans les marchés secondaires souvent géographiquement plus proches d’elles. C'est dire que Rood-Wooko devra prendre son mal en patience. Les commerçants devraient avoir la lucidité de reconnaître que l'affluence d'antan ne peut être immédiate après la réouverture du marché; à eux aussi de libérer des initiatives pour attirer la clientèle.
La présence de la Police est indispensable pour la sécurité du marché. Avant l’incendie, il y avait un commissariat de police à Rood-Wooko sans que cela ne provoque autant de rixes avec les agents. Une présence plus discrète mais efficace de la Police pourrait, peut-être, contribuer à apaiser les tensions. Pour certains commerçants, la trop grande présence de la police serait un repoussoir pour leurs clients. Rood-Wooko sera ce que ses occupants veulent qu’il soit.o


Ahmed NAZE

 

INFOS FLASH
LES MEDIAS DU FASO
LES DOSSIERS
index.gif
 
ZEDCOM © 2008 Tous droits réservé