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La Une du n°614
La Une du n° 614

Retro-Rétro – Gouvernance: N°614 du 22 au 28 juillet 2009

 

L’actualité politique nationale ces derniers jours est sans conteste la sortie médiatique de l’ambassadeur Salif DIALLO qui propose entre autres, le passage à une 5e République avec un régime parlementaire. Qu’est-ce qu’un régime parlementaire ? Est-il opportun dans le contexte actuel du Burkina ? Pour avoir des réponses à ces questions et à bien d’autres, votre journal a donné la parole à un technicien du droit en la personne de M. Luc Marius IBRIGA, maître assistant de droit public à l’Université de Ouagadougou. Sur le même sujet, nous avons rencontré des acteurs politiques, de la société civile et des étudiants.

Luc Marius IBRIGA, maître-assistant de Droit public à l'U.O

Luc Marius IBRIGAPour un régime parlementaire au Burkina il faut une reconversion des mentalités”

Pouvez-vous nous dire, Professeur, ce que c'est qu'un régime parlementaire?
Luc Marius IBRIGA (L.M.I) : Le régime parlementaire est un régime de gouvernement dans lequel on applique le principe de la séparation souple des pouvoirs avec un Exécutif qui est responsable devant le Parlement et qui détient par le président de la République le droit de dissolution et un Parlement qui en retour a le pouvoir de renverser le Gouvernement. Donc le régime parlementaire se distingue du régime présidentiel par le fait qu'il y a une collaboration de pouvoirs. La séparation de pouvoirs est une séparation souple contrairement au régime présidentiel où la séparation est rigide. Il y a ce qu'on appelle des contre-poids. C'est-à-dire qu'à la dissolution dont dispose l'Exécutif, répond la motion de censure qui est l'arme de l'Assemblée. Alors que dans le régime présidentiel l'Assemblée ne peut pas renverser le Gouvernement et l'Exécutif ne peut pas dissoudre l'Assemblée. Donc voilà les caractéristiques fondamentales du régime parlementaire, un régime qui prône la collaboration des pouvoirs dans laquelle chaque pouvoir détient une arme contre l'autre. Il y a une sorte d'équilibre des pouvoirs qui fait que si l'Exécutif peut dissoudre l'Assemblée, elle peut renverser l'Exécutif.

Est-ce que c'est dans ce type de régime que l'on parle de "la dictature des partis" si oui pourquoi cette expression ?
L.M.I : Tout dépend de la composition de l'Assemblée. Il est certain que dans un régime parlementaire issu d'une élection dans un scrutin de listes, les partis ont beaucoup de pouvoir parce que pour pouvoir arriver à l'Assemblé déjà, il faut que le parti vous mette en position d'être élu. Donc la discipline de parti, quand on a un scrutin de liste, est très élevée ; ce n'est pas la même chose quand c'est un scrutin uninominal où c'est la personne du candidat qui lui permet d'être élu. Donc dans un scrutin de listes les partis ont des prérogatives très importantes. Ce faisant, si on arrive à l'Assemblée avec une majorité stable, très forte, il est certain que le régime parlementaire qui veut qu'il y ait des contre-pouvoirs, des contre-poids se trouve dénaturé dans la mesure où l'Assemblée nationale n'est plus là comme une structure visant à faire le contre-poids au Gouvernement ; mais, elle devient un allié du gouvernement ce qui fait qu'aujourd'hui, on se rend compte que le régime parlementaire a changé de nature parce que les majorités stables qui se forment au niveau législatif enlèvent toute idée de l'opposition entre la Chambre et le Gouvernement. On a, en fait, aujourd'hui une situation dans laquelle on a un gouvernement qui est appuyé par sa majorité. Donc le régime parlementaire trouve sa pleine expression dans un système où il y a un équilibre de forces au niveau de l'Assemblée et dans un système où il y a des alliances qui se forment ce qui fait que l'on n'est pas sûr que le Gouvernement va toujours avoir le quitus quand il va devant les Chambres. Et aujourd'hui, le régime parlementaire est dénaturé en plus parce que l'on appelle la rationalisation du régime parlementaire. C'est-à-dire que, compte tenu de l'instabilité dans laquelle le régime parlementaire s'est trouvé du fait des coalitions, on est arrivé à une situation dans laquelle il y a des mécanismes qui ont été prévus dans la constitution pour en fait "brider" le Parlement. Par exemple, c'est le chantage à la confiance c'est-à-dire que le gouvernement engage sa responsabilité sur un texte et on considère le texte comme adopté sauf si une motion de censure est déposée. Vous voyez bien que dans ce cas, la majorité ne va pas renverser le Gouvernement puisque celui-ci lui force la main en disant "choisis entre moi me renverser et le texte". Il y a le fait que c'est le Gouvernement qui a l'ordre du jour de l'Assemblée, il y a le fait que les amendements faits par les députés avec une incidence financière ne sont reçus que quand les députés ont trouvé les moyens de les financer. Vous proposez de construire un amphithéâtre "donnez-nous les recettes pour le faire". Il y a aussi le vote bloqué c'est-à-dire qu'on discute du texte et on le vote dans sa globalité sans rentrer dans les détails. Autant d'éléments du régime parlementaire rationalisé qui existent dans notre constitution, dans la constitution française et qui font que, aujourd'hui, on n'a plus réellement de régime parlementaire authentique au plan international. La plupart des régimes parlementaires sont des régimes de majorité stable qui, en fait, ne donnent plus l'essence même du régime parlementaire qui est que l'Exécutif doit se savoir sur un siège éjectable parce que la Chambre peut voter la censure. Le Parlement se trouve aussi toujours dans une situation d'attente parce qu'elle ne sait jamais le jour que l'exécutif peut décider de la dissolution. Donc aujourd'hui la balance penche du côté de l'Exécutif qui a plus de prérogatives par rapport aux chambres. D'ailleurs vous voyez bien que dans les réformes qui sont faites ici et là, on dit qu'il faut réhabiliter le Parlement parce que le Parlement n'est pas dans une situation d'équilibre comme le voudrait le régime parlementaire.

Combien de pays au plan international expérimentent les régimes de type parlementaire ?
L.M.I : Il y a une bonne partie de pays qui expérimentent le régime parlementaire. Si on excepte les Etats-Unis et certains pays de l'Amérique Latine, la plupart des pays expérimentent le régime parlementaire. Le régime parlementaire le plus connu est celui britannique où on a au niveau de l'Exécutif c'est la reine qui règne mais ne gouverne pas. En fait, tous les pouvoirs sont entre les mains du Premier ministre avec les Chambres. Prenons le système français : quand il y a une majorité présidentielle très forte comme c'est le cas actuellement, on tend plus vers un régime présidentiel. Mais il est bien marqué dans la constitution française que c'est le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la Nation. Ça veut dire que c'est ce gouvernement-là qui est responsable devant le Parlement. Mais le régime français, qui est l'exemple du nôtre bien que nous ayons encore corsé le caractère présidentiel est un régime qui de temps à autre bascule vers le régime présidentiel ou vers le régime parlementaire en fonction de la relation qui peut exister au sommet de l'Exécutif. Quand il y a cohabitation, nous sommes dans un régime parlementaire ; mais, quand il n'y a pas cohabitation, le président de la République reprend le dessus. On le voit aujourd'hui, le président SARKOZY éclipse même le Premier ministre dans ses prérogatives. En Allemagne, c'est un régime parlementaire. La tendance est au régime parlementaire mais au régime parlementaire rationalisé. C'est-à-dire que pour éviter l'instabilité politique on a introduit des mécanismes de rationalisation qui empêchent véritablement qu'on aille dans les travers que l'on a connus notamment en France sous la 4e République où certains gouvernements n'ont même pas fait une semaine et ont été renversés.

On parle souvent de régime parlementaire avec des variantes. Que faut-il comprendre par là ?
L.M.I
: On parle de régime parlementaire avec des variantes parce que tout dépend. On peut avoir un régime parlementaire avec un exécutif bicéphale. C'est-à-dire un président qui est là, qui règne mais qui ne gouverne pas avec un Premier ministre qui détient l'ensemble du pouvoir. C'est le cas en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Israël, etc. On peut avoir un régime parlementaire dans lequel c'est le chef de l'Etat qui est en même temps le chef du gouvernement. Quand le chef d'Etat est chef du gouvernement et qu'il est responsable devant les chambres, il s'agit d'un régime parlementaire. On a le régime parlementaire rationalisé qui permet à l'Exécutif de bloquer la capacité de "nuisance" du Parlement. Les députés peuvent décider sur une loi de déposer des milliers d'amendements et comme on doit discuter normalement selon la procédure amendement par amendement, ça veut dire que la loi ne sera jamais adoptée lors de la session. Dans le régime parlementaire rationalisé, le vote bloqué permet de remédier à cela. C'est-à-dire qu'on ne discute pas article par article, on discute de l'ensemble pour éviter aux députés de pouvoir bloquer le travail parlementaire. Il y a aussi des mécanismes qui permettent d'éviter la démagogie ou le populisme des députés. Parce que quand les élections approchent, les députés peuvent êtres tenté de créer des avantages pour la population dans l'espoir d'être élu.
Donc le régime parlementaire rationalisé dit que si vous proposez une dépense, il faut proposer automatiquement des recettes. Si vous pouvez dire, "il faut construire un amphithéâtre", il faut dire "voilà comment on va trouver l'argent pour construire cet amphithéâtre". Ça restreint la possibilité des députés. Le comble même dans le régime parlementaire rationalisé, c'est le chantage à la confiance qui est un mécanisme qui permet au gouvernement de faire adopter une loi sans même que l'on en discute. C'est-à-dire que le gouvernement engage sa responsabilité sur le texte et l'on dit que le texte est censé être adopté sauf si une motion de censure a été votée contre le gouvernement. Donc quand le gouvernement sait que sa majorité n'est pas favorable à un texte parce que peut-être impopulaire et dont le vote par les députés peut entraîner des problèmes, il engage sa responsabilité et en ce moment les députés sont pris entre deux feux ; soit ils acceptent le texte ou ils renversent le gouvernement. C'est ce qu'on appelle le chantage à la confiance. La plupart des régimes parlementaires aujourd'hui dans le monde sont des régimes parlementaires rationalisés parce que le régime parlementaire de forces, s'il fonctionne véritablement avec un équilibre de forces, il peut être source d'instabilité politique. C'est-à-dire que les petits partis peuvent devenir les grandes forces. Aujourd'hui c'est le cas en Belgique où ce sont les petits partis qui décident avec qui ils vont gouverner et non pas les grands partis qui disent aux petits partis de venir parce que ce sont eux qui ont le petit plus qui va faire la majorité ; situation que nous avons connue au Burkina et qui a fait que quand la majorité était d'une voix sous la 2e ou 3e République, le député détenteur de cette voix était devenu très important parce que c'est lui qui faisait et défaisait les majorités. Tout régime a ses avantages et ses inconvénients.

Dans quel type de régime sommes-nous au Burkina Faso ?
L.M.I :
Le régime politique burkinabè est hybride. Un régime hybride dans la mesure où il est qualifié par les uns de régime parlementaire fortement présidentialisé et par d'autres de régime présidentiel avec des éléments de régime parlementaire. Cela pour la raison que le régime parlementaire, comme je vous l'ai dit, suppose que les prérogatives les plus importantes reviennent au Gouvernement. C'est-à-dire que celui-ci est responsable devant le Parlement qui dispose de la possibilité de le renverser. Mais il se trouve que dans notre système burkinabè le régime est fortement présidentiel parce que les prérogatives qui sont reconnues au président du Faso sont très importantes. Et il y a une ambiguïté dans notre système parce qu'on dit que le président du Faso détermine la politique de l'Etat dans ses grandes orientations et que le Gouvernement conduit la politique de la Nation alors que dans la constitution française, il est dit que c'est le Gouvernement qui détermine et conduit la politique de la Nation. Ici, nous avons donc un régime dans lequel le président, qui est imaginé être le président d'un régime parlementaire parce que politiquement irresponsable du fait que c'est le Gouvernement qui l'est dans les faits, en vient à jouer le principal rôle. C'est le Gouvernement qui est responsable devant l'Assemblée mais il se trouve que c'est la politique du chef de l'Etat qui est mise en œuvre par le Gouvernement. Il y a une première dénaturation à ce niveau. Il y a dans les faits du jeu politique un régime parlementaire mais on a un système dans lequel ce n'est pas réellement un régime parlementaire parce que celui qui conçoit la politique n'est pas responsable de sa politique. C'est-à-dire qu'on a pris le système français mais on a enlevé la disposition qui aurait fait de cela un régime parlementaire en cas de cohabitation à savoir que c'est le Gouvernement qui détermine et conduit la politique de la Nation. Là on a dit que le président du Faso détermine les grandes orientations de la politique de l'Etat et le Gouvernement conduit la politique de la Nation. Si on veut arriver à un régime parlementaire au Burkina, il faut, en fait, faire descendre certaines prérogatives du chef de l'Etat au niveau du Gouvernement. C'est-à-dire que c'est le Gouvernement qui déterminera la politique de la Nation qu'elle conduira. Le chef deviendra le garant de la continuité de l'Etat et celui qui en fait est au-dessus du jeu partisan comme en Angleterre où la reine règne mais ne gouverne pas. C'est le système en Allemagne.
Si on vous demande qui est le président en Allemagne, on ne le connaît pas. C'est aussi le cas en Israël où Simon PEREZ est le président alors que la réalité du pouvoir est entre les mains du Premier ministre. En fait, si on veut arriver à un régime parlementaire au Burkina ça veut dire que le chef de l'Etat prend de la hauteur et devient quelqu'un qui a une position honorifique. C'est-à-dire qu'il n'intervient pas dans la politique quotidienne et c'est le Premier ministre et le gouvernement qui mènent la politique et qui en sont responsables devant l'Assemblée nationale. Ça veut dire que si on veut que notre pays devienne un régime parlementaire on doit réviser, revoir les prérogatives du chef de l'Etat à la baisse pour les transférer au niveau du Premier ministre et faire en sorte qu'il ne soit plus un fusible qui saute pour éviter que le président en reçoive des coups parce que c'est sa politique que l'on met en œuvre alors qu'il n'est pas responsable politiquement.
Notre système actuel est donc un mélange de régime parlementaire et de régime présidentiel qui fait dire à certains que c'est un régime parlementaire fortement présidentialisé.

Quel est le type de régime qui sied le plus pour des soucis de démocratie et de bonne gouvernance ?
L.M.I :
Le régime parlementaire présente à première vue des vertus de reddition de compte dans la mesure où chacun est responsable des actes qu'il pose au plan politique. Du point de vue de la reddition de comptes, il y a véritablement dans le régime parlementaire un élément important parce que chaque fois que le Gouvernement pose un acte, il doit être conscient que cet acte peut être jugé et provoquer même son renversement. De la même manière, quand le Parlement pose des actes, il doit savoir que s'il exagère, il peut arriver à ce que le mandat des députés soit écourté par une dissolution. Donc cela conduit à la modération dans le jeu politique. Mais cela n'est possible véritablement que s'il y a un équilibre au niveau des Chambres, que si le Gouvernement sait que, s'il passe dans telle ou telle voie, il est possible qu'il y ait un changement de majorité à l'Assemblée qui pourrait conduire à ce qu'il soit renversé. Le régime parlementaire ne peut donner sa pleine expression que dans un système d'équilibre de pouvoirs au sein de la Chambre. Mais quand il y a une force politique qui est ultra-dominante, le régime parlementaire perd son sens dans la mesure où le Gouvernement est assuré d'avoir une majorité qui va le suivre et donc il n'y a plus cette réserve, cette prudence dans l'élaboration des politiques publiques. Donc quand il y a une majorité confortable à l'Assemblée, le Gouvernement peut véritablement faire ce qu'il veut et souvent on dit que le Parlement dans ce cas-là devient comme une Chambre d'enregistrement parce que le Gouvernement n'a pas peur de ce qu'il fait. Cela devient encore plus dénaturé quand nous avons un système avec une discipline de parti. Avec un système d'élection de système de liste, il est certain que, en tant que député, si vous ne suivez pas les orientations du parti, vous risquez fort de ne pas vous retrouver sur la liste aux prochaines élections. La discipline de parti peut aussi dénaturer complètement le régime parlementaire quand il y a un déséquilibre flagrant des forces. Le régime présidentiel peut être intéressant dans la mesure où il permet de voir qui est responsable, dans la mesure où la politique, c'est celle du chef de l'Etat.
Et donc dans le régime présidentiel ni l'Exécutif ni le Législatif n'ont d'arme l'un contre l'autre. C'est-à-dire que le président ne peut pas dissoudre l'Assemblée, l'Assemblée ne peut pas renverser le président. Donc là, ce sont les populations qui sont les censeurs. Si les députés n'ont pas bien fait leur travail aux prochaines élections peut-être que le peuple va envoyer une autre majorité. Si le président n'a pas bien géré c'est le peuple qui va décider. C'est le système qui existe actuellement aux Etats-Unis. Mais c'est un système qui fonctionne bien aujourd'hui parce qu'il n'y a pas de discipline de parti. Les élus sont indépendants et on voit souvent des élus démocrates qui vont voter avec des républicains ou des républicains qui vont voter avec des démocrates. Pour résumer, il n'y a pas un système qui soit l'idéal. Il faut en fait trouver le système qui correspond aux réalités sociologiques et au niveau de compréhension des populations. C'est toute une culture politique qui conduit à l'acclimantation d'un régime politique. On ne peut pas dire c'est tel régime politique qui est le meilleur. A un moment donné, tel régime politique peut être le plus indiqué et quelques temps après il devient un régime qui est dépassé parce que les mentalités, les mœurs politiques ont changé et ne correspondent plus à cette réalité. C'est comme la question de la limitation des mandats et autres. A un moment donné ça peut être nécessaire mais il se peut que ce ne soit pas nécessaire par la suite. Dans certains pays, il n'y a pas eu mais les gens ne font pas des mandats très longs. Et dans d'autres ça existe et on continue de le garder parce que l'on considère que c'est un élément important. Ici au Burkina Faso si on veut regarder les mentalités et la réalité du jeu politique, il faudrait bien que l'on clarifie notre système en allant vers un régime présidentiel parce que quand on élit le président au suffrage universel direct, on lui donne une stature alors que dans le régime parlementaire, le président de la République n'est pas élu au suffrage universel direct. Il est élu au suffrage indirect par les Chambres. Ça veut dire que dans la conception que les gens ont du pouvoir au Burkina aujourd'hui, disons du chef au Burkina, si on veut coller aux réalités de la conception du pouvoir dans notre pays, ce serait le régime présidentiel et d'ailleurs c'est ce que le président TANDJA veut faire. C'est-à-dire se donner un régime présidentiel alors que le régime nigérien est un régime parlementaire. Le régime présidentiel, s'il fonctionne bien dans certains pays (Etats-Unis), se voit souvent dévoyé en Afrique dans son fonctionnement et devient un régime présidentialiste. En fait, la concordance des majorités présidentielles et des majorités à l'Assemblée font en sorte qu'il y a un déplacement du pôle du pouvoir au niveau du président de la République qui devient si important que les règles, mêmes fondamentales, d'exercice du pouvoir sont violées. Dans ce cas, le régime parlementaire est souvent vu comme celui qui peut éviter les excès du pouvoir. C'est-à-dire éviter que celui qui a le pouvoir considère qu'il a tout le pouvoir et que ce faisant, on passe d'une conception institutionnelle à une conception patrimoniale du pouvoir.

L'Ambassadeur Salif DIALLO a souhaité dans une sortie médiatique que l'on tende vers ce régime. Est-ce que le contexte sociopolitique burkinabè s'y prête ?
L.M.I :
Je dirais que pour que l'on mette en place un régime parlementaire, il faut en amont réviser pas mal de choses. Il faut premièrement que l'on arrive à une situation de pouvoir équilibré. Cela veut dire que le régime parlementaire aurait pu bien fonctionner dans la législature passée où on avait un équilibre des forces. En ce moment, il est certain qu'on a une possibilité d'arriver à une situation de contre-pouvoirs. C'est-à-dire que le Gouvernement sent que sa majorité n'étant pas très large, elle doit pratiquer la modération. Ça voudrait dire qu'il y a tout un système à mettre en œuvre pour avoir, comme l'ambassadeur Salif DIALLO a eu à le dire, des élections dans lesquelles le problème de la légitimité du chef de l'Etat, des conditions de vote, de la transparence des élections ne posent pas problème, etc. Ça suppose que du point de vue du découpage électoral, on fasse des réformes pour essayer d'instaurer une sorte d'équilibre qui va permettre d'asseoir la philosophie du régime parlementaire. Comme l'a souligné le député Mahama, dans une situation de déséquilibre très fort, le régime parlementaire n'a pas sa raison d'être dans la mesure où véritablement on a des députés qui peuvent donner leurs points de vue au gouvernement mais le gouvernement ne dispose pas dans notre constitution d'assez d'éléments pour forcer la main aux députés. Donc ça suppose un certain nombre de révisions. Ça suppose aussi une évolution des mentalités du personnel politique parce que jusqu'à présent au Burkina on a l'impression que la manière de gouverner, ceux qui ont la majorité doivent la garder et faire ce qu'ils veulent. L'idée même d'une opposition qui puisse être crédible n'a pas été la chose la mieux partagée du Burkina. Au contraire la tradition a été de laminer l'opposition pour la ramener à sa plus simple expression. Dans un système qui a été qualifié de "Tuk-guili" au Burkina, le régime parlementaire n'a pas sa place. comme on dit, une reconversion aux vertus de la démocratie à savoir l'idée d'acceptation de la différence et d'une opposition conséquente. Il faut aussi que du point de vue de la conception, comme l'ambassadeur lui-même l'a dit, qu'on fasse des sacrifices. Ces sacrifices ont déjà été refusés par le CDP, parce que les élections de la dernière législature avec le découpage régional avait conduit à une sorte de rééquilibrage qui n'a pas été bien vécu par le CDP et on est revenu à la circonscription électorale de la province qui a permis au CDP de reprendre des couleurs dans la présente législature. Donc c'est d'abord un changement de mentalité par rapport à la manière de concevoir et de percevoir le pouvoir et ensuite du point de vue des élections il n'est pas certain que même si on faisait une constitution qui soit pour un régime parlementaire on dit à l'arrivée un régime parlementaire dans la mesure où cela suppose aussi que l'opposition pour aller dans un régime parlementaire aille en rangs serrés pour avoir son mot à dire et peser dans les décisions. Si on a une opposition éclatée comme c'est présentement le cas, il n'est pas certain que même si on avait un régime parlementaire qui dise comme au Niger dans l'ancienne constitution que le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation, que le régime parlementaire puisse fonctionner. Il n'est pas aussi certain qu'à l'arrivée on n'ait pas à l'Assemblée plus de 75% de députés CDP. En fait, c'est tous ces changements-là qui sont nécessaires avant d'envisager un régime parlementaire.
On ne peut pas décréter un régime parlementaire. On peut le concevoir dans la constitution mais la réalité du régime parlementaire c'est la décision des électeurs. Quand la majorité est écrasante dans les Chambres, les parlementaires deviennent ce qu'on appelle des "parlementaires godillauds" c'est-à-dire, qu'il faut que ces parlementaires-là suivent la volonté du Gouvernement. Ce n'est pas une mauvaise chose un régime parlementaire au Burkina mais ça suppose beaucoup de reconversions des mentalités pour que la mise en place de régime véritablement parlementaire puisse être vécue au Burkina.o

Angelin DABIRE (stagiaire)

Norbert TIENDREBEOGO apprécie

Norbert TIENDREBEOGO, président du FFSNous voudrions également donner notre lecture de la récente sortie, aussi surprenante que bizarroïde, de l'ambassadeur Salif DIALLO depuis Vienne.
Pour qui connaît l'importance du devoir de réserve auquel sont astreints les ambassadeurs, l'on ne saurait en effet ne pas se poser de questions sur l'audace de tels propos. Ensuite, n'oublions pas que Monsieur l'ambassadeur est avant tout un militant du parti au pouvoir, dont il n'en est point le porte-parole, tout vice-président qu'il est. C'est dire que cette question éminemment politique devait être discutée et vidée au sein du parti, avant de l'envoyer en pâture à l'opinion, au détour d'une AG de l'AIEA à Vienne. Que cette sortie intervienne juste après la tenue du Forum des citoyens de l'alternance, comme une réponse du berger à la bergère, ne laisse guère beaucoup de doutes quant à la frilosité qui s'est certainement emparée des cercles restreints du pouvoir. «L’ambassadeur Salif DIALLO apparaît dès lors comme la voix de son maître, chargé de divertir le peuple burkinabè et de préparer ainsi les esprits à l’enjeu véritable de ce honteux montage proposé, à savoir le maintien coûte que coût, vaille que vaille de Blaise COMPAORE au pouvoir jusqu’à la fin de ses jours, comme nous l’avons vu sous d’autres vieux. Bien sûr son parti serait appelé entre temps à renoncer à certains avantages, et pas des moindres…»
Une telle option annoncée par le N° 2 du parti au pouvoir, révèle du coup le fossé qui sépare désormais Salif DIALLO de ses camarades de lutte, dont plusieurs des leurs, comme beaucoup de responsables de l'opposition, pourraient également faire leurs preuves à la place du grand patron.
L'opposition quant à elle, ne devrait pas se laisser abuser par les perspectives que cette proposition salifienne semble présenter en termes de renouvellement des sièges à l'Assemblée nationale, de changement du mode de régime, etc., toutes choses qui n'ont pour but que de camoufler nous l'avons dit, le seul et vrai objectif poursuivi : la pérennisation du pouvoir d'un seul homme. Nous autres du FFS avons si bien compris le sens et la portée de la manœuvre, que nous dénonçons et condamnons d'ores et déjà toute tentative de passage en force. La paix et la stabilité tant brandies par Salif DIALLO ne dépendent pas d'un seul homme, encore moins de son maintien ad vitam aeternam au pouvoir. Bien au contraire!

Ben Alex BEOGO

Lookman SAWADOGO, secrétaire général du Collectif devenons citoyens (CDEC)
«A priori tout régime est bon, tout dépend des acteurs politiques»

Lookman SAWADOGOSelon vous quel peut être l’intérêt d’un régime parlementaire ?
On dit que le système parlementaire, c’est le système qui consacre la toute puissance de l’Assemblée nationale. De façon pratique, ce qui veut dire que le Premier ministre est nommé par la force politique qui aura plus de sièges à l’Assemblée nationale. Cela a l’avantage de renforcer le rôle de contrôle de l’Assemblée nationale sur le gouvernement. Si c’est l’opposition qui arrive en tête, ça devient beaucoup plus intéressant en ce sens qu’il y aura une cohabitation. Mais si ce n’est pas le cas, c’est comme si on était dans un régime semi-présidentiel. L’intérêt d’un régime parlementaire c’est si et seulement si les forces en présence s’équilibrent de sorte à ce que le Premier ministre soit de l’opposition ou de la majorité sans dépendance vis-à-vis du président amenant une concurrence politique assez rude. Mais dans notre contexte, je ne vois vraiment pas comment il y aura une cohabitation à l’issue d’un tel régime.

Il n’est donc pas opportun d’instaurer un régime parlementaire au Burkina Faso ?
A priori tout régime est bon, tout dépend des acteurs politiques qui l’animent. Que ce soit un régime présidentiel, semi-présidentiel ou parlementaire, le type de régime importe peu mais ce sont les individus qui l’animent qui peuvent le rendre dynamique. Le principal intérêt de l’instauration d’un régime parlementaire est que cela peut amener un changement c’est-à-dire la possibilité que l’opposition contrôle le gouvernement. Si par exemple, l’opposition arrivait à prendre le dessus à l’Assemblée nationale et ce qui relèverait de l’extraordinaire, on aura une cohabitation. Cela peut avoir une influence positive sur la gestion des choses.
On dit que le régime présidentiel consacre trop de pouvoir entre les mains du président alors qu’avec un régime parlementaire, le Premier ministre a beaucoup plus de pouvoir. Je veux bien comprendre, mais est-ce que dans notre réalité les relations politiques dépendent des textes ? Je ne le crois pas. Je ne pense que même s’il y a cohabitation avec un régime parlementaire que le Premier ministre ait plus de pouvoir que le président en ce sens que dans notre contexte, les rapports humains sont plus importants que la réalité des textes.

Mais est-ce qu’un quelconque type de régime peut amener à un équilibre des forces politiques?
Je ne pense pas que dans le contexte de notre pays la nature du régime soit la cause du déséquilibre des forces politiques. Que ce soit sous un régime présidentiel ou parlementaire, le problème de l’équilibre des forces ne dépend pas de là. Ça dépend de la réalité des forces qui animent la vie politique. Je ne crois pas qu’un régime parlementaire puisse renforcer l’organisation ou la capacité de l’opposition. Ça m’étonnerait donc qu’au Burkina le régime parlementaire favorise un équilibre politique. Il faut bien que l’opposition cherche à mieux se structurer et à mieux occuper le terrain politique.

A votre avis, quelles sont les insuffisances au système politique actuel ?
Il faut que les partis politiques se renforcent. Avec près de 150 partis politiques, comment peut-on avoir les forces politiques réelles dans cet émiettement là ? Notre système politique souffre, en effet, de cette dispersion des partis. Il est donc nécessaire que les acteurs politiques constituent des cartels de partis pour être aussi forts et pouvoir faire face. Non pas pour faire seulement face à la majorité mais aussi être présent sur le terrain.

En tant que membre de la société civile, quel commentaire faites-vous des propositions de Salif DIALLO ?
C’est vrai qu’il y a trop de débat autour de ses propositions, mais en tant qu’acteur de la société civile je ne vais pas spéculer sur ce qui appartient à la subjectivité des choses. Je vais plutôt m’intéresser à ce qui est objectif. Actuellement, dans le contexte de la gouvernance nationale les propositions de Salif DIALLO ont un certain intérêt. Par exemple, quand il propose une Constituante qui est le regroupement de toutes les sensibilités pour réfléchir sur quelque chose y compris la Constitution, je crois que cela pourrait améliorer la gouvernance. Il y a aussi une autre proposition intéressante, à savoir la composition d’un gouvernement d’ouverture qui consacre l’entrée des autres forces politiques pour mieux réussir les réformes. Il y a des moments où pour nous les pays africains subissant des crises financières et autres aléas de la mondialisation nous réfléchissions à des types de gouvernement d’union nationale qui est une unité dans la différence.

Mais cela ne remet-il pas en cause les réformes politiques qui viennent d’être adoptées et qui interdisent la participation de l’opposition dans un gouvernement sauf en temps de crise majeure ?
Mais on ne finira jamais de proposer des choses d’intérêt pourvu que ça n’entre pas en contradiction avec les autres.

C’est justement le cas non ?
Dans tous les cas, moi je suis pour les gouvernements ouverts où tout le monde travaille. Il nous faut sortir de la logique classique majorité-opposition qui ne nous fait guère avancer. Les réels problèmes de la gouvernance aujourd’hui à travers le monde vont bien au-delà de ce débat classique avec deux camps qui se regardent comme des ennemis. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide. Si dans l’opposition, il y a des forces qui peuvent, qu’on les appelle pour travailler. Cela ne veut pas dire qu’elles viennent se saborder. Ce qui est certain, il faut qu’on réfléchisse à des formes d’alternance qui peuvent se faire par des arrangements politiques bien en fonction de nos réalités. Une alternance, ce n’est pas seulement le départ de Blaise COMPAORE, ça peut être aussi le renouvellement de son entourage.o

Drissa TRAORE

Mahama SAWADOGO, député CDP
Les régimes parlementaires sont de nature instables

Traditionnellement trois règles fondent le régime parlementaire :
- L'irresponsabilité du chef de l'Etat, dont les prérogatives sont assurées par le gouvernement, par l'exercice du contreseing.
- La responsabilité politique du Gouvernement devant le Parlement
- Le droit de dissolution du Parlement, exercé théoriquement par le chef de l'Etat ; mais en fait par le chef du Gouvernement.

Ce type idéal de régime parlementaire a un mouvement évident : la concurrence potentielle, la responsabilité politique du Gouvernement et la dissolution du Parlement qui peut entraîner. Soit une instabilité gouvernementale, soit une instabilité parlementaire.
Comme solution à cette concurrence il existe une solution politique et deux solutions juridiques.
-La solution politique découle du fait majoritaire qui transforme la concurrence institutionnelle parlement-gouvernement en un dialogue politique entre majorité parlementaire et opposition.
Cas du régime britannique contemporain
- Les solutions juridiques :
Le parlementarisme rationalisé
La concurrence potentielle entre Parlement et Gouvernement est paliée au plan institutionnel par un effort de rationalisation.
Dans certains cas, cette rationalisation porte sur le processus législatif : définition du domaine de la loi (France), décentralisation législative au sein des commissions (Italie).
Dans d'autre cas la rationalisation, il s'agit d'encadrer la mise en œuvre de la responsabilité politique du Gouvernement (France, art 49-3 de la constitution permet l'adoption d'un texte sans vote formel de l'Assemblée) (Allemagne avec l'article 67 de la loi fondamentale instituant la censure constructive).

- La concurrence potentielle entre Parlement et Gouvernement est fréquemment palliée par des révisions constitutionnelles qui ont pour objet de limiter les pouvoirs propres du président au profit de ceux du chef du Gouvernement.

Le régime présidentiel (exemple USA)
Il se reconnaît, en particulier, au maintien de la séparation des pouvoirs, mais surtout au cumul des fonctions de chef de l'Etat et de chef de Gouvernement au profit du président.
Si en régime parlementaire l'indépendance du chef de l'Etat est fondé sur son irresponsabilité en régime présidentiel elle repose sur sa responsabilité directe devant l'opinion.
Dans ce régime ni le président, ni le Parlement ne disposent du pouvoir d'écourter les mandats respectifs.o

Le régime parlementaire vu par Achille TAPSOBA

"Je n'ai pas d'appréciation particulière du régime parlementaire. Le régime parlementaire, nous le connaissons de façon historique. C'est un régime comme tout autre. Le régime présidentialiste a fait ses preuves, le régime parlementaire est un régime qui a également fait ses preuves. Tout dépend des conditions et des circonstances socio-historiques et politiques dans chaque pays. Le régime présidentiel a ses avantages et ses inconvénients, le régime parlementaire a également ses avantages et ses inconvénients. Demandez aux professeurs de droit constitutionnel, il n'y a pas un régime miracle, reconnu absolument meilleur aux autres. Demandez aux professeurs de droit constitutionnel, ils vous le diront.
N'oubliez jamais cette maxime philosophique importante : "Quelque soit la nature du régime, rappelez-vous que ce sont les hommes qui sont les exécutants. Et tant que ce ne sont pas les dieux qui font la démocratie, ça reste la démocratie des hommes"..

Ben Alex Beogo

Me SANKARA Bénéwendé,député de l’UNIR/PS
"Salif DIALLO nous a ravi la vedette"

Monsieur le président, actualité oblige, l'ambassadeur Salif DIALLO propose pour le Burkina une Ve République avec un régime parlementaire. Que pensez-vous de ces propositions dans le contexte actuel ?
Bénéwendé SANKARA (B.S) :
En tant qu'acteur politique de l'opposition, je suis un peu jaloux que l'ambassadeur Salif DIALLO nous ravisse la vedette. Si c'était l'UNIR/PS qui était à la Une par rapport à un tel débat, j'en serais beaucoup plus content. Mais je vous remercie pour cette opportunité que vous me donnez.
Je dirais tout d'abord que sa proposition d'aboutir à une Ve République n'est pas mauvaise en soi. Je crois que c'est un débat d'idées et bien avant lui beaucoup de citoyens burkinabè particulièrement de l'opposition ont estimé qu'il fallait une refondation. C'était le mot en vogue. Que ce soit dans la majorité ou de l'opposition il y a eu des refondateurs pour réclamer plus de débat démocratique interne. A l'opposition, c'est une réfondation tendant à dire qu'il faut une mise à plat des institutions pour tendre vers de nouvelles propositions. Donc, en réalité, l'ambassadeur Salif DIALLO n'a véritablement pas innové en dehors de la proposition du régime parlementaire. Il a donné un exemple en disant qu'on pouvait faire de Blaise COMPAORE, à l'image du régime anglais, une sorte de Reine d'Angleterre. Là, c'est le premier péché. Mais, il a été très courageux en appréciant le régime. En disant que cela éviterait la patrimonialisation du pouvoir. C'est d'ailleurs à ce niveau qu'il s'est attiré les foudres. Il faut reconnaître que le pouvoir de la 4e République est aujourd'hui un pouvoir familial et qu'il y a faillite. Je pense que ce qui est évident on n'a pas besoin de charlatanisme pour le reconnaître. Qu'on sanctionne l'ambassadeur pour avoir dit la vérité, c'est la caricature qui colle au pouvoir de la 4e République. Mais je regrette que son parti arrive à cette décision pour quelqu'un qui a voulu user de sa liberté d'opinion, même si je ne connais pas les motivations réelles des uns et des autres. Nous prenons acte.

Le régime parlementaire est-il possible dans le contexte actuel du Burkina ?
B.S :
Votre question est très pertinente. Je dis que le Burkina a mal à sa démocratie et à son régime hyperprésidentialiste. Et le problème de notre démocratie, c'est le chef de l'Etat. Il s'agit moins de dissoudre l'Assemblée que d'empêcher la monarchisation du pouvoir à travers un homme.
Du régime parlementaire, je dirais qu'il faut d'abord un certain nombre de préalables. Il faut un jeu équilibré. Il n'y a pas de régime parlementaire sans une opposition forte. Si vous prenez l'Assemblée nationale aujourd'hui, vous avez 1/10 qui est de l'opposition contre le reste qui est de la majorité.
Pour un régime parlementaire, il faut d'abord une opposition forte. Voyez déjà les bruits et les problèmes autour de la question du chef de file de l'opposition. Voyez les vagues que cela soulève et à ce jour, cette loi votée n'est même pas encore appliquée. En plus, le Burkina n'a même pas été capable d'adopter la carte d'électeur biométrique…
Il y a donc pas mal de problèmes à résoudre d'abord. Il en est de même du vote des Burkinabè à l'étranger, on sait comment ça va se passer… C'est pour vous dire qu'on ne peut pas se lever un bon matin pour quitter d'un régime présidentiel à un régime parlementaire si on ne tient pas compte du niveau réel de notre démocratie. Il nous faut des réformes. Ça peut être une réfondation… Mais l'essentiel pour moi, c'est le consensus national. Ce consensus ne peut se faire que dans la tolérance et le dialogue politique.

Me, depuis près de 10 ans on ne fait que des réformes avec les propositions du Collège de sages et récemment l'Assemblée nationale a voté des lois portant réformes politiques et institutionnelles. Ne pensez-vous pas qu'il est temps d'arrêter et de faire avec ce qu'on a déjà ?
B.S
: C'est ce que je vous dis. Il ne s'agit pas de faire des "réformettes". L'affaire Norbert ZONGO nous avait amené dans une crise profonde. Et la solution du Collège de sages était de faire une espèce de catharsis de notre démocratie par des réformes profondes. Ces propositions ont été acceptées par tout le monde. Mais vous avez vu que l'application de ces propositions a été biaisée. Nous avons une tare congénitale qui nous suit depuis 1987. En 1991, on a abouti à une constitution où le peuple était divisé entre CFD et ARDC et par la suite les opposants les plus farouches se sont dissouts pour créer le CDP. Et le temps s'écoulant, les contradictions qui étaient anodines au sein de CDP et du pouvoir sont mises aujourd'hui au grand jour. Il ne s'agit donc pas de faire des réformes tout en sachant qu'on va les biaiser à l'application. Que l'on soit de la majorité ou de l'opposition, il faut d'abord accepter que le Burkina a mal à sa démocratie. Et il ne faut pas réformer pour réformer. Nous avons besoin d'aller en profondeur dans notre démocratie.o
Idrisa BIRBA

Dr Emile PARE, président du MPS/PS
"Depuis plus de 3 ans, mon parti a proposé le passage à la Ve République"

Que pensez-vous de la proposition du régime parlementaire dans le contexte actuel du Burkina ?
Emile PARE (E.P) :
Je dois dire que le MPS/PS a des propositions déjà établies par rapport à la nature du régime futur. Vous vous souvenez, qu'après les présidentielles de 2005, nous avons fait une conférence de presse pour demander le retour à la case départ ; c'est-à-dire à la situation d'avant 1991, parce que Blaise COMPAORE a été élu à la Soviétique avec plus de 80%. Ensuite, les législatives qui ont suivi, le CDP a pris l'Assemblée avec sa mouvance avec plus de 80% ; même close pour les élections municipales. Nous avons donc dit que la démocratie a été confisquée et la 4e République ne peut plus faire évoluer démocratiquement notre pays. Il faut donc passer à la 5e République. La proposition de Salif DIALLO n'est rien d'autre qu'une invite au passage à la 5e République. Ce n'est pas une proposition nouvelle. C'est parce que c'est Salif DIALLO et ce qu'il est que cela suscite tant de bruit. Ce sont des propositions que l'opposition a annoncées depuis longtemps.
Nous avons proposé au MPS que la 5e République soit un régime semi-parlementaire, semi-présidentiel. Pas un régime purement parlementaire. Le débat est ouvert et c'est pourquoi nous avons dit qu'il faut des assises nationales.
Par rapport à la proposition de Salif DIALLO, nous disons que ce n'est pas arrivé. Nous aurions souhaité que Salif DIALLO dise d'aller au régime parlementaire mais sans Blaise COMPAORE. Il faut qu'il ait le courage de dire qu'il faut un régime sans Blaise COMPAORE. Pour nous, Blaise COMPAORE est disqualifié. C'est ce que Salif DIALLO ne dit pas. Si on n'est pas clair, on va laisser croire qu'on est en train de préparer la situation pour que Blaise COMPAORE fasse encore deux mandats. Il faut clarifier la donne. Sinon dans le fond, toutes les questions abordées par Salif DIALLO ont été abordées depuis par notre parti.
Quant à sa suspension, ça c'est une question interne au CDP. Les refondateurs et bien d'autres ont demandé la même chose. Soumane TOURE l'a également dit. Nous, nous sommes pour le passage à la 5e République.
Pour sa suspension, je dirais que c'est une Nnième sanction de Salif DIALLO parce que depuis les législatives passées, Salif DIALLO ne fait que subir des sanctions. Depuis le premier gouvernement Tertius ZONGO, d'aucuns ont dit qu'il n'était pas sur la première mouture et il a fallu l'intervention du chef de l'Etat. Après, il n'a pas duré au gouvernement où il semble qu'il était souvent refoulé de la salle et finalement on l'a envoyé en exil à Vienne. Pour Salif DIALLO, qu'est-ce qu'il y a à faire à Vienne ? Salif DIALLO subit une disgrâce depuis longtemps. Parce que si c'est le fait qu'il ait parlé hors du parti, je dis que ce n'est pas la première fois qu'un haut responsable du CDP parle hors du parti. Juliette BONKOUNGOU est plusieurs fois intervenue sur les questions politiques hors du parti. Salif DIALLO, lui-même, a toujours intervenu hors du parti sur les questions politiques et cela dans la presse. Ce n'est pas sa première fois. Le CDP ne peut pas aujourd'hui évoquer un principe pour sanctionner Salif DIALLO. Le CDP pour moi n'est pas un parti, c'est un rassemblement autour du chef de l'Etat, il n'y a pas de principe. La sanction de Salif DIALLO est un faux-fuyant.o

Ben Alex Béogo

Dr Bangba Pierre BIDIMA pour un régime présidentiel fort

Militant chevronné de la paix, président du Mouvement pour la Paix, docteur Bangba Pierre BIDIMA ne rate pas une occasion pour se prononcer sur les questions d'intérêt national telles les réformes institutionnelles ou la sortie médiatique de Salif DIALLO qui alimente toutes les gargotes.

A la question quelle appréciation faites-vous des différents régimes politiques en cours dans nos pays, Dr Bangba Pierre BIDIMA, relève qu'il en existe plusieurs types tels : présidentiel, semi-parlementaire ou parlementaire etc. Mais que tous concourent de par leur programme au développement de leur nation. Pour le cas du Burkina Faso, le président du Mouvement de la Paix a rappelé que ce pays a connu un mélange de régimes ; politique, présidentiel, parlementaire, semi parlementaire. Selon lui, pour les pays pauvres comme le Burkina Faso à démocratie débutante, le régime présidentiel fort sied mais aussi avec un Parlement fort qui a le pouvoir de contrôle, de motion, et de censure sur l’Exécutif. «L’une des faiblesses de notre régime c’est que le Parlement à l'heure actuelle n'a pas le pouvoir de censurer l'Exécutif», a-t-il révélé.

Faut-il aller à la Ve République comme le demandent certains ?
Dr BIDIMA prône plutôt un toilettage de textes. "Il y a l'article 37 qui est toujours à problème. Il y a un camp qui tient en ce qu'il reste tel quel, c'est-à-dire une alternance constitutionnalisée. L'autre estime que cette donne est une atteinte au droit du peuple donc il faut sauter le verrou de limitation du mandat présidentiel. Tôt ou tard il faudra résoudre le problème", soutient-il. De son avis c'est une question qu'il faut peut-être soumettre au peuple par voie référendaire pour qu'il se prononce en toute souveraineté.

De la sortie médiatique de Son Excellence Salif DIALLO
Cet apôtre de la paix voit en cela une erreur professionnelle, diplomatique qui méritait tout d'abord une sanction administrative avant celle politique car en tant qu’ambassadeur il est astreint au droit de réserve. "A ce que je sache, la première mission d'un ambassadeur c'est vendre la bonne image de son pays. Si celui-ci depuis son poste déclare que si on ne fait pas ceci ou cela son pays court au péril social, il a peut-être raison mais ce n'est pas à lui de dire cela. Il y a les partis politiques ou la société civile qui doivent jouer ce rôle", affirme-t-il tout en martelant que la déclaration de Son Excellence Salif DIALLO est loin d'être patriote.
Parlant du fond du problème à savoir dissoudre l'Assemblée nationale pour aller à un régime parlementaire, Docteur BIDIMA, dit ne pas épouser l'idée. Pour les régimes parlementaires bien qu'ils soient les plus démocratiques sont aussi les plus instables. "Un pays pauvre comme le Burkina Faso ne peut pas se permettre d'organiser 2 ou 3 élections en l'espace d'un ou 2 ans" a-t-il dit. De la suspension de Salif DIALLO aux instances du CDP, bien que se justifiant de ne pas connaître les textes qui régissent ce parti, Pierre BIDIMA a soutenu que : "Les réfondateurs du CDP, à ce que je sache, n'ont pas dit pire que cela et se sont les mêmes Salif qui les ont sanctionnés.
Peut-être ce sont les mêmes textes qui ont été utilisés pour le cas de Salif. Dans ce cas c'est tout à fait normal". Pour lui, c'est le contraire qui a été fait en le sanctionnant politiquement. "On aurait pu le relever de ses fonctions de diplomate d'abord parce qu'on ne dépeint pas l'image de son pays en noir en tant qu'ambassadeur", a argué Docteur BIDIMA.o

Issoufou MAIGA

Ce qu'en pensent des étudiants

Que pensez-vous de la proposition de l'ambassadeur Salif DIALLO qui veut que notre pays aille vers le régime parlementaire ?
Angélique ILEA.I :
Je trouve que aller vers un régime parlementaire est une bonne proposition.

Pourquoi le pensez-vous ?
A.I :
Je pense que ça pourrait aider à mieux gouverner le pays.

Trouvez-vous que le pays n'est pas bien gouverné ?
A.I :
Si, c'est bien gouverné mais j'aimerais que la gouvernance soit meilleure.

Et c'est le régime parlementaire qui va permettre cela ?
A.I :
Oui, je pense que ça pourrait contribuer à mieux faire.

Ibrahim Patrick CONGO, juriste

Qu'est-ce qu'un régime parlementaire ?
I.P.C :
Un régime parlementaire est un régime où nous avons un monarque, si je peux m'exprimer ainsi, qui demeure à ce poste et un parlement d'où proviendra le gouvernement en fonction des tendances de la majorité et c'est ce gouvernement qui s'occupera d'élire un Premier ministre qui sortira bien sûr de la majorité et qui dirigera le pays.

Que pensez-vous de la volonté de Salif DIALLO qui pense que notre pays doit adopter ce type de régime ?
I.P.C :
Je dis d'abord que Salif DIALLO a précisé dans l'interview que c'est son point de vue personnel. De ce point de vue aussi, il est difficile de porter des critiques là-dessus. Ceci dit, à mon humble avis, je pense que toute forme de régime pourrait être considérée aussi plutôt que proposer forcément un régime parlementaire. Il faut dire que dans les pays où nous avons des régimes parlementaires il y a eu une histoire. Par exemple en Angleterre, il y a toujours eu un prince et une reine. Ici nous n'avons pas la même histoire que ces pays. C'est mon point de vue. Je ne tiens pas à critiquer ce qu'a dit Salif DIALLO; mais, je ne partage pas son opinion que je respecte tout de même.

Vous êtes satisfait du régime dans lequel on est ?
I.P.C :
Je dirais plus ou moins parce qu'il faut dire que quel que soit là où on n'est, on est jamais satisfait à 100% de son régime. Quand bien même il y a des choses à refaire il ne faut pas oublier les acquis. C'est bien vrai qu'avec la crise économique, ce que nous voyons quand on quitte la ville dans les périphéries, il y a lieu souvent de se poser des questions. Mais je ne suis pas de ceux qui balayeraient du revers de la main comme quoi il n'y a pas d'acquis. Il y a beaucoup de choses à faire ; mais, il faut quand même féliciter ceux qui sont là et qui font le travail tout en leur faisant des suggestions en espérant qu'ils fassent mieux que ça.

Patrice KABRE, étudiant en 2e année de droit (U.O)

Patrice KABRESavez-vous ce que c'est que le régime parlementaire ?
P.K :
L'idée que j'ai du régime parlementaire, c'est un régime où les pouvoirs sont plus concentrés aux mains du Parlement.

Notre pays doit-il adopter ce type de régime ?
P.K :
Je crois que oui. Je suis du même avis que Monsieur Salif DIALLO qui a émis l'idée dans la presse. Je pense que si on va vers un régime parlementaire cela va beaucoup déconcentrer les pouvoirs ; puisque je me dis que le pouvoir en ce moment ne sera pas seulement entre les mains de l'Exécutif. Et puis les décisions seront prises de manière démocratique.

 

Mme NIKIEMAMme NIKIEMA, étudiante en droit (U.O)
Je trouve que avec notre régime-là ce n'est pas intéressant si le président doit tout faire, on trouve que sincèrement ça ne va pas. Au moins si le Premier ministre pouvait décider, le Parlement aussi allait contrer. Si au moins le parlement est là, le Parlement représente le peuple et il est censé connaître ce qui est bon pour le peuple. Maintenant s'il n'a pas un mot à dire et que tout se résume au président du Faso, sincèrement ce n'est pas intéressant. Si vraiment on pouvait aller vers ce régime parlementaire là, ça allait vraiment arranger le Burkina. C'est mon avis.o

 

Angelin DABIRE (stagiaire)

 

 

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